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La politique doit cesser d'être un art, pour ne pas dire un artifice, et devenir à son tour une science documentaire, si ce n'est une science exacte, par la rigueur de ses conclusions et la précision de ses appareils.
Une teUe évolution ne demande qu'un acte de foi, non pas aveugle, mais rationnelle, dans ce fait non miraculeux que le pays est une personne, qu'une nation est un individu collectif et conscient, somuis aux mêmes lois de la nature que les individus, mais également doué, comme eux aussi, d'une vie qui lui est propre, d'une pensée, d'une raison, d'un instinct et d'un libre arbitre et, qu'en conséquence, il ne faut plus que le principe moderne de la souveraineté du pays soit une manière de parler et une façon comme une autre de se moquer de lui. Comme dans les Sociétés financières, il est de bon ton de se moquer de l'Assemblée des actionnaires.
Il appartenait à la Eépublique de faire prévaloir dans le monde ces données d'une pMosophie nouvelle et de s'attacher à les transformer en méthodes de gouvernement. Non seulement elle ne l'a pas fait, mais elle a fait tout le contraire, et l'on peut dire d'eUe qu'aucun gouvernement n'am^a été jusqu'ici plus fidèle aux vieux expédients du passé, à la fois plus corrupteur de la moralité du pays et plus oublieux de ses prérogatives.
Ne serait-il pas grand temps de reconnaître de si méprisables erreurs et de réagir contre le système qui les perpétue ? Ne serait-il pas à propos de considérer la Eépublique, non plus comme un sousentendu religieux, non plus comme la formule con-
— Gl —
venue d'on ne sait quelle entreprise étrangère, non pins comme le galetas de tous les préjugés négatifs, mais coKime un système de gouvernement ayant ses principes à lui, ses méthodes à lui, ses avantages propres, m regard de cei-feains inconvénients, en un mot, contme un système scientifique positif, rationnellemeni appliqué au gouvernement des sociétés ?
Pour cela, il faudrait tout d'abord essayer de restituer au Suffrage universel toute sa puissance d'arbitrage, de lui rendre la main et de le laisser nous donûer son avis, avec plus d'ampleur et de liberté qije ne le permettent et le scrutin d'arrondissemeni et toutes les sophistications dont il est entouré, ûuand on a cette admirable ressom^ce sous la main, on est impardonnable de ne pas en tirer tout ce qu'elle comporte d'apaisement pour tout le monde.
La déndocratie française n'est plus du tout ce qu'elle ét^it. Si son tempérament est demeuré le même, se^ organisations et ses gToupements sont différents. N'e vaut -il pas mieux les façonner dès à présent aui commodes pratiques de la liberté, que de leur opposer constamment, après d'abominables tromperie^' et des documentations falsifiées ou enfantines, le quos ego des sergents de ville et des charges d^ cavalerie, en attendant qu'on soit obligé de leur opposer le fusil à répétition et le canon de 75 ? /
Si le parti républicain n'était pas ce qu'il est, c'est-à-dire une espèce de caste hindoue, quasi sacerdotale, confinée dans ses préjugés d'un autre âge, très peu ouverte aux grands soufîîes du large et pour tout dire dépourvue, comme toutes les
castes, du sens démocratique, il comprendiait toute rimmense force qu'un gouvernement républicain peut tirer du Suffrage universel décloisonné et débridé, dans un pays qui compte près de sept millions de propriétaires, ayant leur maison, c'està-dire l'autonomie et l'indépendance individuelles.
Au lieu de fonder sa conservation sur l'eïacement systématique du dalaï-lama, élu en concla/e par les deux Chambres, il rendrait au Suffrage uiiversel le droit de désigner à sa convenance le génnt de ses affaires et d'élire directement le Président de la Eépublique.
En un mot, il faut déplacer l'axe cemral de la Eépublique. C'est une aberration, au moins en France, sinon partout, de le placer dans une Chambre collectivement anonyme et irrfôponsable, qui est forcément une foire ouverte à toites sortes d'influences suspectes et de marchanda£:es malfaisants. C'est au contraire un retour nécessaire à la politique rationnelle que de replacei cet axe sur le bon sens, la fermeté, l'esprit de siite, la probité et la responsabilité d'un gérant na'donal, pouvant mettre en valeur toutes les forces iaemployées de la Eépublique.
Ne serait -il pas, en ce cas, plus confirme à cet ordre d'idées d'essayer d'arriver légalement à une sorte de république consulaire, dans le genre de celles du Mexique et des États-Unis, qui nous fournissent, à cet égard, de précieuses pièces de comparaison ?
En dehors de cette réforme essentielle et radicale, qui fait déclancher toutes les autres et qui, de plus, est simple comme bonjour, car il n'y a qu'à la
vouloir pour qu'elle soit, que peuvent être les remèdes à l'état actuel des choses, sinon des emplâtres bons à dissimuler les plaies et non à les guérir ?
Du moment qu'on ne modifiera pas les influences qui dominent la Eépublique, celle-ci restera ce qu'elle esl;. Elle ne bénéficiera ni des bienfaits relatifs du régime parlementaire, ni des bienfaits également relatifs du régime consulaire. Elle continuera à pourrir sur place, dans le système spécial de parlementarisme pathologique qu'on lui a fabriqué, pour l'entretien de quelques centaines de participants et de leurs clientèles. La crise, que beaucoup d'entre eux commencent à prévoir, ne peut être conjurée que par une évolution rationnelle, soit vers une monarchie parlementaire dont la Eépublique actuelle est une contrefaçon, soit vers un régime représentatif, actionné comme aux États- Unis, comme au Mexique, par un chef temporaire, élu et surtout rééligible, pour éviter l'accident de 51.
Parmi les républiques des deux mondes, il n'en est qu'une, une seule, qui soit constituée sur le patron de celle-ci, c'est celle de l'Uruguay.
En Uruguay, le président est élu comme ici par les deux Chambres. Il n'y a pas d'autre exem^ple.
Sans vouloir médire de l'Uruguay, qu'il soit permis à un répubhcain fi^ançais de souhaiter pour son pays une constitution moins exceptionnelle.
— Mais, dira-t-on, un président de la Eépublique élu par le pays, en voyez-vous un ? Qui *?
— Qui ? Toujours qui ? c'est-à-dire l'individu avant la loi, l'organe avant le besoin. Commencez par voir le besoin et par voter la loi. Après cela,
Qui ? sera l'affaire de la France et non la nôtre. La France saura bien trouver sans nous ce qui lui conviendra. Et, si elle se trompe, elle n'aura de comptes à rendre qu'à elle-même.
Français et Anglais
ier Mai 1908.
Un fait d'importance, qui est aujourd'hui fort commenté, vient de se produire en Angleterre.
M. Winston Churchill, député icigli à la Chambre des communes, constamment élu jusqu'ici par la circonscription de Manchester, vient d'y être battu à une assez grosse majorité, par un concurrent tory.
Comme M. Winston Churchill esb membre du cabinet wigli actuellement aux affaires, ?on échec fait présumer que le cabinet lui-même est atteint et qu'on peut pronostiquer sa retraite.
Telles sont, en effet, les mœurs politiques de l'Angleterre. Sur ce simple indice d'un déplacement de la majorité, le ministère aussitôt s'en estime ébranlé et ne se sent plus investi de la confiance du pays.
Naturellement, les anglophiles e1 les anglomanes de chez nous, qui sont pour la plupart des parlementaires invétérés, sont pénétrés d'admiration pour un système de gouvernement, qui marque une sensibilité si immédiate et une si honnête déférence aux moindres fluctuations de l'opinion publique. Et ils ont bien raison.
Mais on les entend volontiers s'écrier : « Comment » se trouve-t-il en France des mécréants assez )) dépom'vus de sens politique, pour méconnaître » la beauté de ces institutions anglaises ec les » bienfaits du régime parlementaire lui-même ? » En quoi ils ont tort.
Que faut-il leur répondre ?
Une chose bien simple : c'est que nous sommes en France et non pas en Angleterre ; que nous sommes des Français et non pas des Anglais ; que les mœurs politiques des Français ne sont pas les mêmes que les mœurs politiques des Anglais ; que l'on perd son temps à vouloir artificiellement exiger des uns le même tempérament, les mêmes mentalités et les mêmes gestes qui sont naturellement chez les autres ; qu'une nation est ce qu'elle est, et que la nation voisine a, de son côté, sa propre manière d'être ; que les millions d'individus composant la première sont d'un autre sang, d'un autre atavisme héréditaire que les millions d'individus vivant de l'autre côté du détroit ; que tel régime politique, comme tel régime d'alimentation, peut convenir à ceux-ci qui ne conviendrait point à ceux-là; que la science expérimentale est ici d'accord avec le sens commun, pour décider que l'individu et les groupes d'individus, s'ils veulent donner leur plénitude de vie, de valeur et d'activité, doivent se développer, selon leurs propres lois d'existence et dans leur propre milieu, et non pas selon les lois ni dans le milieu d'une autre espèce.
Ce n'est pas tout.
Ce n est pas tout.
Si vous voulez que les mœurs politiques françaises
puissent donner le même rendement que les mœurs politiques anglaises, il faudrait que la société française fût constituée sur des bases identiques ou ressemblantes à celles de la société anglaise; que l'outiUage politique de l'État français fût calqué sur l'outiUage politique du Eoyaume-Uni; que, notamment, il y eût, dans la société française, une aristocratie exerçant une action et une influence sociales, comme l'aristocratie britannique ; que, notamment, il y eût, à la tête de l'État français, une dynastie royale, si unanimement respectée, dans son principe et dans son ordre d'hérédité, que les femmes ellesmêmes y puissent régir les affaires publiques, comme les hommes, dire à la Chambre et au Sénat : « Mes armées, mes flottes, mes relations avec les autres puissances, mon gouvernement », etc.
Avez-vous cela ? Pourriez-vous seulement le supporter ? Évidemment non.
Alors, queUe est cette aberration de vouloir qu'une mécanique sociale et politique conçue, et construite pour une société déterminée, se trouve également propre pour une société toute dissemblable ?
La première des conditions, pour tâcher d'obtenir chez nous les mêmes mœurs parlementaires qu'on admire chez nos voisins, serait donc premièrement de restaurer en France, par voie de synthèse pratique et effective, ce que l'analyse démontre exister chez nos voisins, c'est-à-dire ime aristocratie fournissant à jet continu des sujets élevés pour la vie publique ainsi que pour les choses du gouvernement, et un pouvoir royal héréditaire, reconnu ou accepté par la nation tout entière.
Le parlementarisme français réunit -il ces condi-
— estions ? î^on. Veut -il s'y conformer ? Kon. Est -il disposé à en faire tout au moins un essai ? îfon.
Ce ne serait pas tout encore.
Il faudrait aussi que la nation elle-même fût assouplie et entraînée à pratiquer ce sport spécial qu'on appelle le régime des partis. C'est-à-dire que la nation fût, non seulement dans ses classes dirigeantes, mais aussi dans ses classes dirigées, répartie et classée en deux gTands groupes politiques distincts, se contrôlant mutuellement dans l'exercice du pouvoir, alternativement exercé.
Le parlementarisme français réunit -il ces autres conditions ? Kon.
En France, on le sait, il n'y a jamais qu'un parti, dont tout le monde veut être : c'est celui qui gouverne. Les autres ne comptent pas, n'existent pas, ne sont rien et ne peuvent rien. En outre, les individus qui composent présentement notre unique parti ne conçoivent pas qu'ils puissent jamais descendre du pouvoir. Ils considèrent comme une entreprise factieuse contre la Eépublique elle-même qu'on prétende leur enlever le pouvoir, même par des élections. Ils invalideraient demain à l'unanimité l'élection de Manchester plutôt que de s'y soumettre.
Le parlementarisme français ne ressemble donc en rien au parlementarisme anglais.
Et ce ne serait pas tout encore.
A toutes les conditions qui précèdent, il faut en ajouter une bien plus décisive, qui est d'ordre géographique.
L'Angleterre est une grande île, protégée de toutes parts contre les agressions continentales. Conséquemment, l'Angleterre est à l'aise pour s'adonner à des raffinements d'équité politique. Tandis que la France est un pays continental, exposé de toutes parts aux invasions et, par surcroît, l'objet des convoitises de tous ses voisins du Nord et du Midi. Elle est bien forcée d'y pourvoir.
Un pays de marcbes est bien obligé de se défendre, qui vit tour à tour défiler sur ses grands chemins, non seulem^ent les armées romaines, mais aussi les Cimbres et les Teutons venus de la Germanie, les Huns dévalés des plateaux asiatiques, les Normands échappés de la Scandinavie, les Sarrazins partis des rivages de l'Afrique, bien après que les Carthaginois d'Annibal l'eussent eux-mêmes foulée au passage, et bien avant que les bandes espagnoles^ de Charles-Quint et de Philippe II se fussent ellesmêmes étendues jusqu'aux Flandres en lui passant sur le corps, et aussi les reîtres allemands, et aussi les grandes compagnies, et aussi les Anglais, et les Prussiens, et les Cosaques.
Un tel pays ne saurait avoir, pour vaquer à sa conservation, le même concept de gouvernement qu'un pays voué, tout au contraire, par sa sécurité même, à la conquête commerciale de l'Univers.
Chez celui-ci, la liberté politique n'est pas seulement la plus agréable des choses de luxe, elle est aussi l'instrument le plus indispensable et le plus commode de son développement économique.
Chez celui-là, le souci même de la défense implique des institutions appropriées, et telles qu'un petit
nombre, investi de l'autorité nécessaire, puisse veiller nuit et jour, pendant que le plus grand nombre travaille, qui ne pourrait plus travailler, si quelqu'un de vigilant ne répondait pas de la sécurité de tous.
Un exemple, pour n'en citer qu'un.
La France a perdu désormais, pour sa défense efficace en cas de guerre, le bénéfice incomparable de l'offensive. Pourquoi ? Parce que, pour singer, mal à propos, le régime parlementaire, la mobilisation ne peut être ordonnée sans un vote des Chambres.
Que l'Angleterre, protégée par les océans, fasse ainsi, c'est bien. Elle peut voir venir : elle a le temps. Mais que la France soit l'objet d'une attaque brusquée, qui fera tomber en quelques heures toutes ses défenses de première ligne et communiquera à la nation entière la sensation décourageante d'un premier revers, elle peut en être, sinon tout à fait perdue, du moins fort compromise. .
La conclusion est donc qu'il faut savoir admirer les institutions anglaises, en ce qu'elles ont de particulièrement avantageux pour l'Angleterre ; mais qu'il serait bien imprudent de croire et de propager que ce qui convient à l'Angleterre peut nécessairement convenir aux autres pays et spécialement au nôtre.
Et, dernière remarque, l'Angleterre elle-même, depuis qu'elle a senti passer, au milieu de ses récents triomphes, on ne sait quelle vague sensation de danger pour ses propres rivages, songe non seulement à se faire une armée métropolitaine qu'elle n'avait pas, mais encore à modifier ses institutions
elles-mêmes, qui ne lui semblent plus suffisamment répondre aux besoins nouveaux de sa situation.
En quoi il faufc l'admirer encore d'être si sage, alors que nous demeurons, de notre côté, si frivoles et si imprévoyants.
Lka Datte poav les lignes
10 Mai 1908.
Aujourd'hui, la liquidation des scrutins de ballottage terminera le renouveUement général des municipalités. Celui-ci sera suivi, dimanche prochain, du renouvellement général des maires efc adjoints qui, pendant quatre années, gouverneront les communes.
Si l'on voulait bien considérer, dans sa juste portée et dans ses conséquences effectives, cette opération en partie double de l'élection des conseils par la population et de l'élection des maires par les conseils, on y verrait certainement la plus importante manifestation de la vie politique des Français'. Dans l'état des choses, c'est bien ceitainement de celle-là que toutes les autres dépendent.
Quand on examine, en effet, le mécanisme en quelque sorte automatique des autres élections, plus spécialement quaUfiées politiques, on s'aperçoit aisément que les municipalités, c'est-à-dire les maires, y ont un rôle tout à fait prépondérant. La possession des mairies est donc devenue la clé de la position des partis, et, si l'on se bat, c'est surtout pour avoir les urnes.
Combien, cependant, seraient tentés de s'y méprendre, qui ne verraient là qu'un incident fort
natui-el de la vie publique ! Il n'en est rien. Ce n'est pas parce que la population, en nommant son conseil local, exprime un avis direct et spontané, que l'éclio s'en répercute et, remontant de degré en degré, s'impose du conseil au maire, du maire au député et au sénat em" et de ceux-ci aux lois qu'ils élaborent.
S'il en était ainsi, la logique serait à son aise, pour nous persuader que nous jouissons, malgré tout, et si lointaine qu'en soit l'impulsion originelle, d'un système de gouvernement du pays par le pays. Il serait, à vrai dire, bien fruste, bien rudimentaire et bien insuffisant, mais enfin le principe y serait et l'embryon serait visible autrement qu'au microscope.
Laissons donc la théorie et voyons la pratique.
D'abord, la population appelée à renouveler ses conseils locaux ne croit pas encore qu'elle accomplit, dans sa pleine et exacte acception, un acte politique. Le lien existant entre cette petite affaire du ménage communal et la grande affaire du laboratoire législatif lui échappe. La relation de cause à effet ne lui est pas sensible, et, au surplus, on la lui cache.
Si, dans quelques villes et dans un certain nombre de communes, les élections municipales revêtent un caractère nettement politique, il s'en faut de beaucoup qu'il en soit 'de même sur toute l'étendue du territoire. Des intérêts très circonscrits et d'une extrême banahté y demeurent seuls en jeu. On y éprouve même de la difficulté à recruter les éléments à peu près convenables d'une seule liste de candidats. A plus forte raison s'il s'agit de recruter des listes concurrentes. Encore, quand on y parvient
— Tétant bien que mal, n'est-ce point sur des questions d'ordre politique que s'établit la compétition
Oh ! naturellement par une imitation quelque peu risible de ce qui se passe au chef -lieu, les fortes têtes du village font bien appel aux clichés usuels, aux poncifs en vogue, aux levains d'opinion, aux terribles adjectifs de la logomachie courante. Ce n'est là qu'une singerie, et le fond des compétitions locales réside surtout dans les rivalités de clans, dans les animosités individuelles de porte à porte, lesquelles empruntent à la politique, non pas ses questions essentielles, mais ses expédients de combat et les commodités qu'elle offre pour se nuire.
De sorte qu'on ne saurait vraiment interpréter le vote municipal de la plupart des communes de notre pays comme une indication politique sufiSsante, de nature à légitimement influer sur les directions supérieures.
Pourtant, ce vote municipal, tel qu'il est, si réduit et si borné qu'il soit à des querelles de fumiers de lavoirs et de fossés mitoyens, n'en est pas moins le premier acte générateur d'organismes influents, sur lesquels la politique de parti va tout à l'heure étendre ses prises.
Non seulement des conseils de gestion locale en seront constitués, mais des maires vont en sortir, armés de la toute-puissante magistrature qui leur est dévolue et qui réunit dans leurs seules mains tous les pouvoirs de la loi et tous les pouvoirs aussi que la loi ne dit pas.
C'est par ce maire que la suture va s'opérer avec le pouvoir central, avec le préfet, qui est déjà le plus formidable des agents politiques ; non pas pour
s'inspirer de la pensée des communes, mais pom*, de gré ou de force, leur imposer la sienne, c'est-à-dire celle du parti ou du groupe dont il est l'instrument.
Et par là se démontre, en première analyse, l'inversion manifeste du système de gouvernement du pays par le pays, qui est un leurre, sinon un mensonge. Tout désormais dépendra de ce maire, agent du préfet, et par ce maire s'en suivra le sort des autres élections, qui seront maquignonnées, truquées, falsifiées, au gré des instructions du préfet.
En un mot, c'est par les maires que le pouvoir central tient à la fois les électeurs et les urnes, et qu'en tenant les électeurs et les urnes, on fausse délibérément les bases électives de la politique française.
La lutte municipale n'est donc même pas une lutte d'intérêts locaux portée dans les urnes : c'est une lutte pour les urne? elles-mêmes, pour les prendre et se les attribuer, pour les posséder et pour y faire, à l'occasion, ce que le préfet voudra.
On se demande souvent pourquoi le Suffrage universel paraît si dévoyé, si peu conscient des grands intérêts généraux, si inhabile à les résoudre. C'est] lui imputer des torts qui ne sont pas les siens. On le charge des fautes d'autrui. On lui fait expier, par d'injustes sarcasmes, ce qui n'est point de son fait, mais du fait de l'effroyable simulacre de gouvernement libre, qui feint de lui emprunter un simulacre de légitimité.
Étant donné que la commune est la cellule même de l'organisme français, comment celui-ci ne serait-il pas infirme et contrefait, si la cellule est déjà déna-
turée dans sa manière d'être ^. Elle est dénaturée par la superposition d'un agent qui est bien sorfci d'ellemême, si l'on veut, mais qui, dès qu'il en est sorti, se transforme et s'incorpore à d'autres intérêts, parmi lesquels le sien est déjà fort sollicité, séduit ou contraint.
Selon les services politiques que rendra le maire, sa commune en sera bien ou mal traitée. On saura bien le plier, ce maire, bon gré mal gré, aux volontés du sous-préfet, en lui refusant jusqu'aux satisfactions élémentaires de ses services publics ; en lui suscitant les plus sottes querelles avec les plus mauvais sujets que renferme chaque groupe de population ; en le mettant incessamment dans son tort ; en abusant quelquefois de son inexpérience administrative, pour lui valoir mystification et préjudice ; en érigeant à ses côtés et dans l'ombre quelque délégué secret ou officieux, qui exercera de fait les fonctions dont l'autre n'aura que l'apparence
î-^ Si le maire, au contraire, est docile, on lui prescrira, comme à un complice, de faire voter pour un tel. On lui assurera l'impuni ce, pour les fraudes d'inscription sm^ la liste électorale, pour les fraudes matérielles du scrutin, pour la propagation des mensonges et des perfidies, pour les affichages et les lacérations de placards, pour les licences et les fermetures de cabarets, pour les procès-verbaux de petite voirie, de pêche ou de chasse prohibées, pour la distribution d'invraisemblables subventions, les refus de sursis et de congés, les admissions aux établissements d'assistance, etc., etc.
Le maire n'est donc plus ici et dans la plupart
des cas l'émanation directe, permanente et protectrice des sentiments des habitants. Par une évolution invertie de son rôle et de son mandat, il devient l'agent tout -puissant du parti qui gouverne. Pour l'intérêt de celui-ci, il se fait trop souvent le corrupteur complaisant de sa propre commune ; pour son succès, il voudra tenir les urnes et il les tiendra.
De là, il faut conclm^e qu'on se bat pour les urnes, qid sont l'instrument des fraudes futures.
C'est sur ces questions pratiques qu'il convient d'appeler l'attention des réformateurs. Ils s'en prennent volontiers aux vices culminants du régime politique du pays, parce qu'ils sont les plus visibles et ils en délaissent les obscurs fondements sur lesquels cependant tout repose.
C'est par la cellule régénérée que le corps social recouvrera la santé politique, et il ne la recouvrera point du fait qu'on am'ait artificiellement modifié sa coiffure ou l'appellation de son gouvernement.
Que n'a-t-on pas écrit, depuis un siècle et demi, sur la séparation des pouvoirs et tout ce qu'on a écrit là-dessus a abouti à quoi ? A instituer dans cliaque commune un agent, le plus considérable et le plus essentiel de tous, qui concentre dans ses seules mains les pouvoirs les plus redoutables, exercés chaque jour sur des individus, sur des familles, sur des groupes sans défense ou sans autre défense que de vagues recours pour excès de pouvoir.
Ah ! Il y a beaucoup à faire, pour donner à la commune française son épanouissement rationnel ; mais le parti dit républicain s'en soucie à peu près comme un poisson d'une pomme.
Le Rachat de l'Ouest
20 Mai 1908.
Jusqu'à présent, le public montait innocemment dans les wagons de l'Ouest, pour rJler chaque jour en banlieue, ou pour aller l'été aux plus prochains bains de mer, sans se douter que l'État pût avoir des vues spéciales sur ce matériel, sur ces rails et sur ces gares, non plus que sur le trafic qui s'y accomplit.
Le même public se demande aujourd'hui quel motif l'État peut avoir de s'infliger la dépense, non petite, d'une telle acquisition, suivie de la dépense d'une telle exploitation, alors que les choses jusqu'à présent s'arrangeaient tant bien que mal, au moyen d'une garantie d'intérêts, qui était déjà une très efBcace prime de protection à un grand service de circulation.
Pauvres gens que nous sommes !
Avec un parti paradoxal comme celui qui nous gouverne, ce n'est presque jamais dans les motifs supérieurs d'intérêt général qu'il faut chercher ses mobiles déterminants. Son seul intérêt est sa suprême loi. Le salut public s'identifie avec le sien et, s'il faut opter, c'est le sien qui l'emporte.
Dans vingt occasions mémorables, nous avons pu mesurer l'amplitude de ce monstrueux égoïsme. Le rachat de l'Ouest n'en est, après tant d'autres, qu'une preuve de plus.
De quoi s'agit-il, en effet ?
Il s'agit de ceci : les départements desservis par le réseau de l'Ouest ne sont pas, au même degré que les autres, atteints par la pourritm^e électorale, dont les gens du « Bloc » ont coutume de faire leurs choux gras ; les élus des départements de l'Ouest sont en général peu portés aux affiliations maçonniques ; les populations de l'Ouesfc continuent à nommer des députés et même des sénateurs peu disposés aux embrigadements des groupes dits de gauche ; la îsTormandie, la Bretagne, la Vendée, le Maine, l'Anjou et autres contrées plus ou moins desservies par les trains de l'Ouest, combinés avec ceux de l'Orléans, font tache sur la carte où la candidature officielle s'étale en teintes rutilantes et on ne peut pas supporter cela.
Il faut donc que cela change.
Pour que cela change, on rachètera le réseau qui dessert cette région encore insoumise, et l'on mettra, à cette fin, sur le dos du public un surcroît de contributions.
Moyennant cette surcharge, les milliers d'employés du réseau seront immédiatement dans la main du Ministre des Chemins de fer.
Celui-ci les assouplira de gré ou de force aux communications, non d'une gare à une autre, mais du Ministère des Travaux pubUcs au Ministère de l'Intérieur.
Ce dernier, en fait de retraites ouvrières et d'amé-
lioration du sort; des travailleurs, mettra à ceux-ci le marclié à la main. Il leur fera comprendre, par ses truchements ordinaires, c'est-à-dire par les nombreux mouchards stipendiés qui, mêlés aux naïfs et aux sincères, encadrent les associations d'employés, que s'ils ne votent pas pour les candidats du parti et du gouvernement, celui-ci sera contraint de les jeter à la rue. Il leur fera comprendre, en outre, que ce n'est pas le tout de voter soimême, en rechignant, pour le candidat officiel, mais que d'autres devoirs complémentaires de propagande s'imposent aux agents d'une grande voie de pénétration qui, chaque jom^, prend contact avec les populations traversées.
Encore ce n'est pas tout d'avoir les agents de tous les services techniques, traction, exploitation, construction, contrôle, etc., non jdIus que les employés sédentaires de tous genres, non plus que les ouvriers des ateliers et des dépôts. Il y a encore toutes les catégories de clientèles qu'une grande Compagnie de transports cultive chaque jour. Dans ces clientèles se répandent, par les mains de l'État à qui cela ne coûte rien, car c'est le public qui les paye, les bienfaits de toute espèce, tarifs, permis, etc., en manne propitiatoire, pour récompenser les bons suffrages et punir les mauvais.
Il y a aussi les avantages ou les châtiments réservés aux communes et aux cantons qui votent bien ou qui votent mal. Cela se traduit par la création de stations ou d'arrêts ou de haltes, ou des facilités de correspondance horaire, accordées de haut et de loin au gros monsieur qui tient la commune ou qui est influent dans le canton.
J'en passe, assurément, mais c'est en dire assez, pom* qu'on aperçoive l'économie du système.
En quelques mois de cette exploitation, qui cesse d'être économique pour devenir politique, une population se trouve enserrée dans un réseau spécial. Ce n'est plus seulement un réseau de voies ferrées, mais un réseau de mailles de filets, comme ceux avec lesquels on pêche l'anchois et la sardine. Et la population se réveille un dimanche matin, jour d'élection, encaquée à l'instar des anchois dans les sentines de la Maçonnerie.
Celle-ci n'avait pas, en tout bien tout honneur, cinq cents partisans avérés dans la région. Grâce à ces expédients, cette poignée va tout à l'heure en encadrer et contraindre cinquante mille, qui ne sauront pas d'où cela leur tombe ni ce que cela signifie, abreuvés qu'ils seront de mensonges à jet continu, comme au fil de l'eau on jette aux poissons la rogîie qui les emmaille et les précipite finalement dans la poêle à frire.
N'est-ce point, en quelques mots, la haute raison d'État, qui dicte le rachat de l'Ouest, comme elle avait primitivement dicté le rachat des lignes des Charenfces, sur le trajet desquelles un certain groupe de départements réfractaires avaient besoin d'être assouplis aux exercices électoraux à la prussienne ?
Inutile, après cela, de suivi-e les économistes dans leurs savants calculs. A quoi bon ? îsTous savons le pourquoi des millions dont ils supputeront le nombre, sans en changer la destination ni l'objet.
Nous savons que ces millions ne seront pas pour nous ce qu'on appelle une dépense reproductive, mais la rançon sans contre-partie d'une imposture
nouvelle et d'une oppression surajoutée à toutes celles qui écrasent ce malheureux pays.
S'il n'y avait pas cet intérêt-là, je vous demande un peu à quoi rimerait, au regard du sens commun, que le ïMinistère fût sommé de poser la question de confiance sur l'acquisition de l'Ouest ? En quoi même l'Ouest serait-il de nature à intéresser le parti des républicains plus qu'une autre Compagnie ?
Eemarquez combien il est étrange que la seule Compagnie, au sujet de laquelle l'État pourrait produire en faveur du rachat un argument d'intérêt national, c'est-à-dire le réseau de l'Est, qui est l'outil primordial de notre mobilisation et de notre défense, reste en dehors des hautes et savantes spéculations du parti régnant.
Pas question de racheter le réseau de l'Est !
Souhaitons, d'ailleurs, que cet oubli se prolonge. Nous sommes à peu près certains que la mobilisation, le cas échéant, s'effectuera en bien meilleures conditions. Le jour oii ce funeste parti s'aviserait de s'en mêler, on ne pourrait plus répondre de rien. Les voies de l'Est, rendues hors d'état de transporter rapidement nos soldats, ne serviraient plus vraisemblablement qu'à nous amener ici toute l'armée allemande.
Le péril de l'Epargne
3i Mai 1908.
On est sur le point de violer le contrat, par lequel plusieurs millions d'épargneurs français ont prêté leur argent à l'État, moyennant une rente déterminée, qui cessera d'être ce qu'elle doit être, si on la frappe d'un impôt.
Mais n'est-ce point l'occasion ou jamais d'examiner la situation du plus gros détenteur de Eènte française que nous ayons en France ?
l^e cherchez pas qui ! C'est l'État lui-même. Quand on y réiléchifc, sa situation est de ce chef tellement inquiétante qu'elle constitue un péril national.
Et ce péril est si grand, qu'on a cru devoir faire ane loi de n'en jamais parler.
Le silence est ici d'obligation pénale. De tous les secrets du règne, celui-ci est l'un des plus protégés, et pour cause.
A quoi, cependant, servirait la liberté de la presse, sinon à étudier les questions et à les présenter ?
Essayons-le.
On sait la combinaison imaginée par les iinanciers de l'État, pour pomper les versements de l'épargne
française ? Par des milliers de guichets, ouverts à des millions de petits déposants, ils reçoivent des sommes considérables, se montant à des milliards. Avec ces milliards, ils achètent des milliards de rente, c'est-à-dire des milliards de leurs propres titres, auxquels s'ajoutent quelques autres valeurs. Si l'on se réfère au dernier rapport of&ciel du 7 Juillet 1907, sur les opérations des Caisses d'épargne, on y relève le renseignement ci-après, sur la composition du portefeuille :
Rente 3 % ayant coûté 1.470.859.154 85
Rente 3 % amortissable ayant coûté .... 1.410.338.530 75
Total 2.881.197.685 60
C'est-à-dire près de trois milliards de rente,
A cet énorme stock de rentes, viennent s'ajouter, en outre, les Bons du Trésor, qui sont également des titres de l'Êtafc, et le portefeuille accuse un stock de cette catégorie qui se trouve ainsi réparti :
10 Bons du Trésor à 2 % ayant coûté lO.OOO.OOO
776.477 obligations du Trésor ayant coûté . . . 388.238.500 1.980 obligations du Trésor ayant coûté .... 19.800.000
Au total 418.038.500
Soit encore plus de quatre cents millions d'une espèce de rente spéciale amortissable ou à court terme, qui s'ajoutent aux milliards sus-énoncés, pour faire :
D'une part 2.881.197.685 60
D'autre part 418.038.700 »
Ainsi, en chiffres ronds, trois milliards trois cents millions de rentes.
Cet énorme stock de rentes, emmagasiné à la
Caisse des Dépôts et Consignations, est acheté « en représentation » des fonds versés, et le rapport du ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, auquel ressortit le fonctionnement des Caisses d'épargne, dit en propres termes ceci :
« En représentation des fonds DUS aux )) Caisses d'Epargne, la Caisse des Dépôts )) et Consignations a dans le portefeuille )) spécial des Caisses d'Épargne, etc. » Observons, entre parenthèses, que les déposants n'ont donc pas, à proprement parler, la propriété ni la jouissance des valeurs achetées « en représentation » de leurs versements. L'achat permanent de rentes, au moyen duquel l'État fait la hausse sur ses propres titres, n'est pas l'affaire des déposants qui y demeurent étrangers.
D'ailleurs, on achète aussi de l'Emprunt hellénique et de l'Emprunt de l'Annam, et autres valeurs sans que les déposants en aient davantage donné l'ordre.
C'est donc l'État et l'État seul qui est responsable des opérations auxquelles il se livre, avec les fonds de Caisse d'Épargne.
N'est-ce point l'occasion de faire remarquer combien cette accumulation de rente d'État est dangereuse, tout au moins imprudente, surtout à l'ouverture d'une période de politique extérieure qui a beaucoup de chances de nous amener de graves conflits ?
Faut -il méconnaître son devoù' au point de faire le silence, sur ce qui peut être d'un moment à l'autre un véritable péril public î
La triste vérité est que l'État peut succomber, sous les circonstaûces à prévoir d'une panique, qui obligerait un grand nombre de citoyens de toutes conditions à se précipiter simultanément, les uns aux Sociétés de crédit, les autres aux Caisses d'épargne, pom' se faire immédiatement de l'argent disponible, dans le même moment que la rente baisserait de dix ou vingt francs.
Comment ferait l'État, pour répondre à la demande fort légitime du public, étant constaté qu'il n'a pour y faire face que sa propre rente, soumise aux mouvements désordonnés et incompressibles qui sont inséparables des crises extérieures ?
Il ne faut pas nous dire que la loi a prévu des cas de force majeure, et que, notamment l'article 3 de la loi du 20 Juillet 1895 dispose que, sur décret, l'État peut limiter les remboursements à 50 francs par quinzaine.
Comment une telle mesure serait-elle humainement applicable, par exemple, aux 4 ou 500.000 réservistes qui devront quitter brusquement leurs foyers en cas de mobilisation 1 Ne leur faudra-t-il pas de l'argent immédiat, et pour eux et pour leur famille, celle-ci restant derrière eux dépourvue des ressources de leur travail ? A ces soldats en partance l'État dira-t-il qu'il les remboursera de 50 francs après quinzaine ? C'est impossible.
Quand on a vu. le public incendier à Longchamp les bâtiments du pari mutuel, parce qu'un cheval gagnant n'était pas payé, on peut se demander ce que pèserait une loi si arbitraire, devant un public qui aurait besoin de son argent, et non pas même d'un argent de jeu gagné par un ticket, mais d'un
argent de travail lionnêtement déposé et confié à la loyauté de l'État.
Les Français, dira-t-on, sont plus exigeants quand ils s'amusent que quand ils souffrent. Tout ce bel esprit ne tiendra pas devant des réalités de la vie courante, surexcitées par une inquiétude générale. Les guichets qui ne paieront pas passeront un mauvais quart d'heure.
Cependant, la question reste posée : que pourra faire l'État ? Il ne pourra pas se faire aider par la Banque de France, qui aura, dans ce moment même, besoin de tout son disponible. Il ne pourra pas non plus se faire seconder par les Sociétés de crédit, qui auront en hâte à concentrer tout leur disponible pour leurs propres besoins. Il sera donc obligé de jeter sur le marché déjà en désarroi une partie de ses trois milliards de rente, pour se faire du comptant, alors que les acheteurs seront rares ou seront amenés à préférer les emprunts de guerre, émis certainement à un taux supérieur.
Il y a peu de temps encore, le ministre des Finances s'est trouvé fort gêné par de tout petits excédents de retraits signalés un peu partout aux Caisses d'Épargne et qui se montaient à peine à 150 millions. Les services publics en étaient presque paralysés ; on retardait çà et là le paiement des fonctionnaires et des retraites. M. Caillaux luimême en était réduit à escompter l'indemnité chinoise avant qu'elle ne fût versée. Que sera-ce lorsque les retraits seront plus considérables et encore plus simultanés '?
La loi sera certainement impuissante, parce
qu'elle est contre la nature des choses. Cet énorme stock de rente, acheté et accumulé pour donner l'illusion fallacieuse d'une rente au-dessus du pair, puis au pair, puis voisine du pair, est une énorme menace de faillite, pour l'heure même où le crédit public sera invité à de nouveaux sacrifices.
Tant mieux si cela ne se réalise pas, mais il n'est pas un homme sensé qui ne sente que c'est possible.