LES VOLEURS O'ENFANTS
20 Juillet 1908.
La justice est journellemeiit appelée à poursuivre et à punir une catégorie de malfaiteurs qui se font une spécialité de voler des enfants.
Une notable partie de notre répertoire dramatique, depuis le Trouvère, et la Juive jusqu'aux Deux Gosses, en passant par VHomme qui rit et les Deux Orphelines, sans parler de cinq cents autres pièces en prose, en vers, en musique et en charabia, a pour invariable scénario l'histoire lamentable et touchante d'un ou plusieurs enfants soustraits à leurs parents naturels, pour devenir la proie d'exploiteurs sans scrupule.
Les faits divers criminels, au moyen desquels une presse encore plus criminelle enseigne chaque jour à des générations de jeunes citoyens comment il faut commettre un crime et comment il faut dépister la police efc la gendarmerie, sont pleins de rapts d'enfants et d'enlèvement de mineures. Tantôt, ce sont des rôdeurs bohémiens ou gitanos, qui, à la dérobée, s'emparent d'un enfant mal gardé, pour le désosser dès son plus jeune âge et en faire, à leur service, un acrobate-caoutchouc ou un phénomène
de foire. Tantôt, ce sont des proxénètes ou procureuses mercenaires, chargées de rafler des fillettes à peine nubiles, pour expédier à l'étranger tout le fruit nouveau qui n'est pas consommé sur place par la luxure indigène. Chaque jour a son enfant martyr, avec interview sensationnelle de la marâtre infernale ou du beau-père dénaturé, qui se proposent de faire périr sous les plus indignes traitements les enfants abhorrés d'une première union, quand ce ne sont pas les enfants encore plus mal accueillis d'une union nouvelle.
Au milieu de ce gibier de bagne, il n'y a d'impuni et de non recherché, jusqu'à présent, qu'un certain malfaiteur dénommé Doumergue, mauvais petit huguenot de Nîmes ou lieux circonvoisins, qui exerce présentement en France la profession de ministre de l'Instruction publique, pour le compte des consistoires de l'Église réformée, et qui touche, de ce chef, 60.000 francs par an, sans compter les 15.000 qu'il s'était précédemment adjugés.
Ce n'est pas, comme dans les espèces ci-dessus rappelées, un ou deux enfants que ce minotaure calviniste se propose d'enlever à leurs père et mère. Il prétend s'emparer, de gré ou de force, de tous les enfants des Français. Il prétend les détourner et les désosser, lui aussi, à sa façon, pour leur fabriquer une mentalité, une moralité, une religion qui, vraisemblablement, seraient les siennes, ou celles des consistoires dont il est l'instrument. En un mot, et pour appeler les choses par leur nom, il prétend voler, de par la loi, des enfants nés catholiques de parents catholiques, pour en faire, bon
gré mal gré, des petits protestants, reniant la foi de leui^s pères, à la plus grande gloire et pour le plus gTand service de l'Angleterre et de la Prusse, dont le protectorat est acquis aux huguenots de notre pays, par l'intermédiaire de la Franc-Maçonnerie, congrégation judéo -protestante.
Tel est, depuis longtemps, le plan du parti dit « républicain «. Dans sa substance et dans ses moelles, ce parti mal nommé n'est pas autre chose que le vieux parti huguenot, présentement abrité sous le manteau de la Eépublique, et particulièrement de la Eépublique parlementaire, qui se prête plus commodément qu'aucune autre à ce genre de travestissement.
Jusqu'ici, ce plan de protestantiser la France pour la rattacher finalement en subalterne à l'hégémonie anglaise ou allemande, n'avait été aperçu que de quelques personnes, à qui leur indiscrète claii'voyance a coûté fort cher, car on s'est empressé de leur fermer la bouche et de les bâillonner solidement, pour les empêcher de divulguer ce secret du règne.
Maintenant, ce plan éclate si clairement, dans les projets de loi du calviniste Doumergue, qu'il n'est plus permis aux catholiques français, même aux plus aveugles et aux plus endormis dans la culture des lieux communs, de ne pas le voir. Quelques protestants eux-mêmes, plus libéraux ou mieux inspirés que la plupart de leurs coreligionnaires, en conçoivent de l'inquiétude.
Ils se demandent, non sans trouble, de quelle
réaction la découverte d'une pareille trame pourra être suivie. (On a déjà pu voir que quelques protestants ont jugé prudent de se créer un alibi à propos de la loi sur les biens d'Église.)
Après ving-t-cinq ans, pendant lesquels les instituteurs, façonnés à la protestante, dans des écoles normales protestantes, par des directions protestantes, ont été dans chaque commune substitués au curé catholique, pour y substituer le cléricaKsme protestant au cléricalisme catholique, le législateur protestant, payant d'audace, arrive à la rescousse pour dire aux familles étonnées : « C'est comme cela, )) et je vous défends de toucher, même par la voie )) judiciaire, à cet instituteur, que j'ai mis là pour )) vous voler le cerveau de vos enfants ! »
Il ne faut pas s'égarer dans les discussions oiseuses de textes et de mots.
En France, les partis du genre de celui dont j'examine le dernier avatar ne procèdent jamais par propositions nettes, loyales et intelligibles. Ils jettent à la meute des disputeurs quotidiens des mots à ronger, cependant que le fond des choses et la chose eUe-même demeurent dissimulés au plus grand nombre et font sous ce couvert leur installation subreptice.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'instituteur, tel que l'a souhaité le parti huguenot, est intangible en fait. Il l'était avant, de par la politique, qui le voulait et le maintenait ainsi. Seulement, dès qu'on s'est aperçu qu'il n'était plus intangible en droit, et que les tribunaux ordinaires pouvaient l'atteindre, vite, selon l'expédient usuel de ces étranges gou-
vernants, on a bâclé, sous forme d'un projet de loi, une muselière aux tribunaux.
Les légistes, consultés par les journaux, perdent ici et leur science et leur temps, sur des oripeaux et des trompe-l'œil. Le gouvernement sait mieux que personne qu'il n'est pas une seule de ses lois scolaires ou religieuses qui ne soit une violation plus ou moins hypocrite de la liberté du citoyen et de la neutralité de l'État. A le lui démontrer, on prend la posture d'un naïf et d'un nicodème. Eien, peut-être, ne fait mieux son affaire et ne répond mieux à son désir que cette façon quelque peu prudbomesque de discuter sérieusement sur des textes artificieux, au lieu de prendre brutalement au collet la question elle-même que ces textes ne font qu'habiller.
L'État ne peut être neutre en la matière religieuse, qui touche à tant d'intérêts temporels. S'il prétend être neutre, sa neutralité est un mensonge ; s'il l'est en réalité, sa neutralité est une sottise. Il faut donc que l'État s'explique sur le fond de la question. S'il s'explique, il sera contraint d'avouer qu'il institue contre un pays catholique un enseignement protestant.
J'estûne que toutes les lois scolaires et toutes les lois religieuses dont se plaignent les catholiques français n'eussent pas tenu une demi-journée devant l'opinion publique ni même devant le Parlement si, au lieu de faire incessamment comme des mijaurés et des nigauds, le jeu de leurs adversaires, les orateurs de l'opposition avaient nettement et hautement posé la question de savoir si, oui ou non, il s'agit de substituer en France la religion protestante à la religion catholique.
Encore cette fois, par les deux projets de loi que 'e calviniste Doumergue a eu l'aplomb de déposer, ils ont une occasion décisive de démasquer cette arcane du régime et d'en finir avec cette sournoise et suffocante politique.
L'heure est venue d'étaler à la tribune, par une documentation qui est à la portée de quiconque voudra se la procurer, ce qu'a été l'instruction publique en France, depuis un quart de siècle qu'elle est plus ou moins dans les mains des protestants.
Il y a lieu de montrer quels ont été de préférence les programmes d'études et les programmes de concours, ainsi que la composition des jurys d'examens ; quels livres choisis par des pasteurs ont été imposés aux élèves et aux familles, et ce qui les distingue des autres, en apparence similaires ; quel façonnage historique absolument renversant a été imprimé à la jeunesse imprudemment confiée à l'État soi-disant neutre ; quel travestissement de nos annales et de notre illustre passé a été, comme un poison subtil et persistant, versé dans l'âme des jeunes Français ; et, comment, en définitive, une nation peut s'éveiller demain orpheline de ses auteurs les plus certains, destituée de son patrimoine moral, par qui elle se survit, et ayant senti se desceller en elle les assises mêmes de sa nationalité.
30 Juillet 1908.
Par Allah, dieu des Croyants, dont Mahomet est le Prophète, voilà une révolution turque proprement accomplie — en attendant qu'elle tourne à l'aigre et aux violences, comme il est d'usage, et qu'aux fédérations, où l'on s'embrasse dans les rues sans se connaître, succèdent les sombres assassinats, dont les places publiques sont peu après ensanglantées.
Tout arrive. îsTous verrons un Parlement turc, comme nous voyons un Parlement moscovite. Au moins, le Parlement sera-t-il cette fois tout à fait à sa place à Stamboul, qui n'est autre que F antique Byzance, puisque qui dit parlement dit byzantinisme.
Ce qu'il nous plaît de relever, dans la convulsion jusqu'à iDrésent idyllique dont le monde ottoman ressent l'intime volupté, c'est moins sa spontanéité, qui n'est qu'apparente, que sa coïncidence avec les velléités man'f estes que la Sublime Porte avait d'entrer dans la Triplice et de se ranger, contre l'Angleterre, aux directions de Guillaume II.
Ce fut l'objet d'un précédent article, l'Angleterre s'est chargée du post-seriptum.
Ah ! cela n'a pas traîné ! Et comme on voit
ici tout à plein, par une leçon de choses exceptionnellement lumineuse et frappante, quelle est et quelle a été, on peut dire de tout temps, la tactique de l'Angleterre, pour résoudre à sa façon les difficultés du continent !
Cette tactique est simp'e. Elle consiste à introduire la révolution, disons simplement le désordre, dans tout pays qui fait obstacle à la marche de la Grande-Bretagne, et de profiter aussitôt de ses divisions intestines, pour reprendre dans le monde l'avance qu'elle était menacée d'y perdre.
Mais, dira-t-on, comment et par quels moyens provoquer à point nommé, dans un pays choisi à l'improviste, des soulèvements intérieurs suffisants pour absorber toute l'attention de son Gouvernement ?
La réponse est facile. Puisse-t-elle apporter son contingent de clarté à notre ami Copin-Albancelli, qui recherche si laborieusement les origines, l'utilité et l'objet de la Franc-Maçonnerie. C'est par la Maçonnerie, entretenue à doses diverses et avec des sous-appellations circonstancielles, dans tous les pays du globe, que l'Angleterre est outillée pour ce genre de diversions.
En d'autres termes, c'est par les Sociétés secrètes, dont la Maçonnerie est à la foi; le type et la maisonmère, que la politique anglaise se fraie clandestinement dans le monde les chemins de sa politique, et qu'elle donne, à point nommé, ici ou là, le branle aux diversions intérieures, propres à mettre en révolution les pays qui lui donnent de la tablature.
La mécanique fonctionne avec une précision et une opportunité remarquables. Elle s'assimile, dans chaque pays, les passions et les préjugés du moment, au moyen desquels on peut espérer y exciter des ferments et soulever des levains d'agitation.
Dans tous les pays de race latine et de religion catholique, c'est par des histoires de couvents, de moines et de jésuites que cela se traite et qu'invariablement cela commence. Dans tous les pays de race slave, encore assujettis à l'autocratie, c'est par la revendication d'une représentation nationale et des libertés parlementaires. La façon dont serait entreprise l'agglomération musulmane était bien faite pour piquer la curiosité des amateurs, des aficionados, car la question religieuse étant ici intangible, on ne voyait pas non plus sans paradoxe se dessiner une nation ottomane ni un Parlement turc.
Eh bien, la gagem^e a été tenue, et l'Europe en esb depuis huit jours tout à fait ébaubie, sinon particulièrement satisfaite.
Maintenant, va-t'en voir s'ils viennent, Jean. La combinaison est renversée, que Guillaume II ourdissait avec des créatures allemandes de l'entourage d'Abdul Hamid, de concert avec ses officiers d'état major, qui dressaient des cadres ottomans pour les campagnes éventuelles de la Triplice. Il va falloir discuter tout cela coram populo^ dans un parloir législatif, où. sous le tarbouche et le fez, des têtes échauffées par le vin nouveau d'une liberté, même illusoire, diront toutes les bêtises qu'on voudra, à l'heure et à la course, — comme ici.
C'est bien joué. Vraiment Edouard VII y met une virtuosité ravissante.
Il semble que depuis qu'il a embauché l'armée française, comme soldat continental, en remplacement de l'armée autrichienne, qui remplissait naguère le même emploi, il veuille étonner ses amis, par la hardiesse et l'à-propos de ses coups de partie. Et, en somme, tout cela est très bien fait, avec une dextérité, une sûreté de main et une apparence de bonne humeur, qui ajoutent du charme à ces acrobaties tout à la fois diplomatiques et révolutionnaires.
Toutefois, la Maçonnerie reste morose. Elle sert, mais elle ne rit pas. On a beau lui dire de Londres : « Mais riez donc ! » Eien ne la divertit, rien ne la console, et il faut en dire la raison.
C'est qu'elle n'est pas seulement une agence anglaise, elle est aussi une agence allemande. En un mot, elle était l'agence mondiale du grand consortimn protestant qui, depuis 1756, syndiquait l'Angleterre et la Prusse.
Et la voici émue, partagée dans ses entrailles, par le grave conflit économique survenu entre les puissances contractantes du pacte de 1756, qui menace d'armer contre elles-mêmes, dans une lutte fratricide, les deux cariatides européennes du monde protestant.
Les uns veulent marcher avec l'Angleterre, les autres préfèrent, comme devant, marcher avec la Prusse, maîtresse hégémonique de l'Allemagne. Cet antagonisme s'est suffisamment dessiné dans la Maçonnerie française, pour que la politique du parti
dit républicain en soit demeurée impressionnée et comme tributaire.
De là, cette politique si visiblement empreinte de fluctuation et de duplicité, qui fait que notre Foreign Office, toujours agenouillé, se laisse surprendre, tantôt sur le genou gauche, devant Edouard VII, tantôt sur le genou droit, devant Guillaume II. C'est le dualisme même donfc la Maçonnerie est présentement le théâtre qui pousse à cette gymnastique.
Pour l'instant, le coup de la révolution turque, suivant de si près l'entente anglo-russe, paraît donner l'avantage aux Anglais. Quel est le coup que les Sociétés secrètes affiliées à Berlin nous préparent maintenant, en réponse à l'entente anglorusse et au Parlement turc ? Mystère.
Mais, gare à nous, qui rions ! Car nous sommes la plus belle des proies, la plus tentante, et il se pourrait que tout ce monde du IsTord, qui au fond se joue de nous, en vînt à l'idée simple de se raccommoder sur notre dos, pour une petite éternité de vingt-cinq ans.