‹ Souvenirs d'un révolutionnaireChapitre 2 sur 11 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

En livrant au lecteur ces notes et souvenirs relevés presque tous en leur temps ^ je ne prétends faire ni de l'histoire ni de V autobiographie.

Four Vhistoire, il faudrait y avoir tenu plus de place ou posséder des moyens d'informations que je n'ai Jamais eus.

De V autobiographie? — Encore moins.

Ma vie, pas plus que celle des millions d' êtres dont V existence entière est absorbé, par le gagne-pain n'offrirait rien de bien intéressant à raconter,.. Je n'ai ni plus souffert ni plus lutté qu'eux. Ni plus ni moins qu'eux, je n'ai eu à me plaindre du milieu antisocial^ anti-humain dans lequel peinent et meurent les prolétaires, et que, tous, nous aspirons à détruire pour y substituer une société de citoyens vraiment égaux et libres.

Mais ayant pris part depuis bientôt quarante ans aux efforts communs pour hâter l'heure de la délivrance, J'ai cru que, peut-être, il serait intéressant pour les nouveaux de l'armée révolutionnaire de savoir quelles impressions produisirent sur l'esprit d'un « jeune » d'autrefois les événements qui se déroulaient devant lui, portant dans leurs flancs la révolution sociale et comment ainsi se forma sa conscience.

Le hasard de mes relations m’a fait connaître plusieurs des groupes dont se compose le grand parti révolutionnaire socialiste^ sans que je sois jamais entré dans aucun, — Question de tempérament sans doute.

Cela me donne en tout cas Vavantage de n'avoir jamais épousé leurs dissentiments et, trop souvent, leurs rancunes; il m'est ainsi permis d'en parler sans parti pris ni animosité,

Q%iani aux questions de personnes, tout en n'y attachant qu'une importance secondaire, comme elles tiennent nécessairement leiir place dans le mouvement, je me crois le droit — et j'en use à l'occasion — de stigmatiser ceux dont les actes avérés sont la contradiction flagrante des principes dont ils se réclament pour capter la confiance des opprimés.

Je leur reconnais, en revanche, et je reconnais à leurs amis, le droit absolu de contester le jugement que je porte sur eux; mais je les mets au défi de l'attribuer à vine haine personnelle ou à des vues intéressées.

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