CHAPITRE X
Le théâtre belge enchaîné. La « Défense du Bonheur » .
Le théâtre du Parc et Victor Reding. La revue-comédie.
« Le gendre de M. Van Mol » . Le « Milliard » .
Le directeur d’un théâtre subventionné doit être un homme
de théâtre.
Or. ceiie annéo-là — r’étail on l’an 1900 après Jésus-Chrisl — ayant mis sur patios un acte en vers, inlitulé la Défense du Bonheur, j’eus besoin du directeur qui voulût bien le jouer. Reding, qui venail d’ètre porté à la direction du Parc par le lïiouvement d’üi)inion créé par ses amis et confrôi'es de la i)resse, me parut tout inrliqué : des amitiés communes et des intérêts communs nous avaient rapfijrocbés depuis longtemps. Je lui remis mon manuscrit en janvier 1901. Il s’empressa de ne pas le lire et sans doute la Défense du. Bonheur n’eût-elle jamais connu le plateau — cm; qui n’eût pas empêché les petits ipiois de pousser — si 'les hasards d’une tournée n'avaient amené à Bruxelles, pendant l’été de la même année, Sarali Berntiardt.
Gérard Harry l’ayant priée à déjeuner chez lui me lit le plaisir de m’inviter avec elle et, avec une décision que je n’avais jamais eue et dont je tus nettement confus, il lui parla de mon acte. Sarah Bernhardt me dit simplement : « Venez me l’apiporter le plus tôt possible au Grand Hôtel. » Je fis recopier mon .brouillon et le cœur me battait un peu en me rendant au Grand Hôtel : Sarah était partie le matin même poui* Belle-Isle-en-mer, où, pendant près de quarante ans, elle passa ses vacances.
J’envoyai mon manuscrit à Bette-Isle et, le surlendemain, ce télégramme m’arriva qui me fra])pa crime joie stupéfaite : « Je mont(;rai' voire 'pfieee à Paris dès mon retoiir. »
Quelques semaines après, elle me convoquait pour les répétitions dans ce théâtre qui avait l’air d’un temple dont elb; était la rayonnante; déité : on n’accédait, à la .scène que par .des icouloirs où le mot «Silence!» se répétait religieusement sur
des pancartes et .sa loge étail — si j’ose dire — un tabernacle mondain. Victorien Sardou, avec son légendaire bonnet, y séjournait des heures, à cette époque, préparant, avec elle les som])tueux accessoires de Théodoru, révisant les macpieltes, faisant. déplier les tissus de soie et d’or, maniant les lourds bijoux byzantins, drapant des manteaux sur les épaules des artistes et des comparses : et tous deux, fiévreux, oublieux du monde, à l’abri des hommes qui courent à ces œuvres perverses dont parle le poète irrité,- vivaient dans le recul des âges, flambants do passion, brûlant de l’énergie à i)lein courant. C’est quand on a vu passer ce torrent do force nerveuse qu’on comprend tout ce que. l’Art (m traiail peut conférer de noblesse et de pu’estige à la convention et au mensonge du théâtre, même si ce théâtre est inférieur aux regai'ds du penseur et de l’artiste. J’ai appris là à (Mumaître Sarah Beiaihardt et je conserve à sa mémoire de l’admiration et du respect : elle était une force créatrice pareille aux puissances mystérieuses de la nature : j’aurais voulu qu’on creusât son lombeau dans un de ces rochei's de Belle- Tsle mordus et déchiquetés, deptuis des milliers d’années, par l’océan et conserva id leur force sauvage sous l’assaut des vagues échevelées dont les al laques toujours renouvM'lées s’écroulent...
Elle présida elle-même aux dernières répétitions de la Défense du Bonheur; elle passa une après-midi tout entière à planter le décMir et une autre à régler l’éclairage; îdle fil, le sort le plus enviahle à ce petit, acte, où balbutiait la gaucherie d’un débuiant émerveillé de sa fortune : il suffira do dire que les trois rôles inânciipaux étaient confiés à R(mée Parny, Madfdeine Dolloy et Charles Le Marchand.
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.Hoding, volant, dès lors, par-dessns la frontière, au devant de la Défense du Bonheur, la mit à l’affiche du Parc avec une pièce de Valère Gille; je lui écrivis, suivant l’usage, une belle lettre où je le remerciais et le félicitais « du fond du cœui* » de son dévouement, une fois de plus acquis, à la cause sainte du théâtre belge.
Mais je sens bien que je ne jmurrai écrire la suite de ces souvenirs de tbéàtre sans revenir sur lleding et peut-être vaut -il mieux en finir tout de suite.
Récapitulant la carrière de Reding au Parc, VEveniail dans un article qu’il est supei’flu de dire inspiré et dont il est inutile do nommer l’insindrateur, écrivait en 1st23 : *
« G'csl, une justice à rcnclce au directeur du » Parc ({UC, depuis plus de vingt ans, il a mis » à la scène toutes les pièces belges qui mért- » talent quelqu’atlention. »
La question de l’encouragement à l’art dramatique étant de celles qui préoccupent à juste litre l’opinion et le gouvernement, j’apporte, de science personnelle, quebiues précisions au sujet de l’affirmai ion cidessus.
J’ai été quatre fois, depuis vingt ans, en rapport, à propos de pièces ilé tbéàtre, arec M. Reding.
Je viens de vous raconrer les avatars de la Défense du Bonheur.
Et. d’une.
'Ma seconde rencontre sur la scène avec Reding date do 1908. J’avais une idée — bonne nu mauvaise, mais une idée.
J..e genre « revue de fin d’année », me disais-je, a spécialement en Belgique, toutes les faveurs du public; Camille Lemonnier a bien caractérisé la situation en écrivant, dans un feuilleton du Temps :
« A travers 'le fertile caprice d’adroits siiocialistes... la revue de fin d’année a fini par devenir, en Belgique, un art minoritif 'd pimfiant. tii. du moins, avec un moi'dant de caricature et des allures de vaudeville, passe, en coup de vent, quelque ebose de la vie nationale croqué sur le vif. »
Partant de là, on était en droit de se demander pourquoi la revue devait se confiner dans la farce, la pochade, la culbute du café-concert et se réserver pour les maillots, les défilés et les décors du théâtre à spectacle. Est-ce qu’un peu de littérature, en renouvelant la revue, ne la vivifierait pas? Est-ce que la notation directe des événements, l’introduction d’épisodes d’actualité dans une comédie de mœurs ne constituerait pas, avec un dosage adroit, une manière nouvelle dans l’art multiforme du théâtre? Pourquoi n’essayerions-nous pas, Belges que nous sommes, puisque nous avions « nationalisé » le genre revue, de la faire monter d’un étage, de la tirer de l’office et de l’anticbambre du
bâtiment des J.jettres pour lui meubler un cabinet à l’entresol?
Et cette idée-là n’était pas déjà si sotte ipuisque — l’on sait avec quel succès! — Ri P et Bousquet l’exploitent depuis dix ans et que, en cet an de grâce 192G, la Revue, sous la direction Gémier, a fait son entrée à rOdéon.
Le Parc, avec sa clientèle compréhensive, apte à marquer tous les efforts et à les encourager, s’indiquait comme terrain d’épreuve. Au Parc, permission d’échapper aux scènes populaires traditionnelles; permission de traiter, sans le grossissement obligé sur les théâtres de genre, des épisodes intéressant le monde des lettres et des arls; permission de rencontrer, à la faveur d’une iidrigue ad hoc, le genre joli fies revues de paravent qu’avait inaugurées à cette époque la Bodinière.
Nous bavardâmes de tout cela, pendant quelques soirs d’été, avec Reding — • et il se décida à tenter l’aventure.
11 me proposa une collaboration parisienne que j’acceptai avec transipiort, celle d’un brillant écrivain à qui une comédie écrite en société avec F. de Groisset, avait déjà assuré la grande notoriété à Paris.
Il en résulta trois actes.
Quand ce fut fini, nous convînmes tous les trois... que ce n’était pas ça. Tandis qiie mon collaborateur retirait, pour la transformer et la réserver à d’autres fins, uniquement parisiennes celles-ci, sa contribution à la pièce, je recommençai le tout à la demande de Reding, sur nouveaux frais — c’est-à-dire sur un autre ]dan et avec une orientation complètement différente.
La nouvelle pièce fut lue à un « aéropage » que d’éminents critiques bruxellois comipiosèrent. Ils lui firent le meilleur accueil. La date de la première fut fixée — et aussi l’interprétation.
Pourtant, Reding hésitait. Il lisait, relisait, annotait, ajoutait des héquets...
Finalement il me proposa... de jouer le 3'"® acte en fin de spectacle, c’est-à-dire l’acte de revue proprement dit. Il affirmait que nous irions longtemps; il me promit une mise en scène éblouissante et un orchestre di primo cartello, avec un décor neuf : il me demandait seulement de mettre mes personnages de revue en habit noir et en costumes de soirée — ce que je déclarai à peu près aussi logique que de jouer le Monde où Ton s’ennuie en costumes de ballet.
Je le remerciai donc de cette <( combinaison » et la déclinai : ce que j’avais voulu — ce que nous avions voulu, d’intelligence, au début, — c’était intercaler une revue dans un cadre de comédie. Je laissai à Reding la satisfaction de me dire que les mobiles qui dictent la conduite des hommes en général et la marche du répertoire des directeurs en particulier, sont S('uvent plus forts que leurs désirs ou leur
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volonté... Je lui fis remarquer cependant qu’il aurait pu s’aviser de eette vérité éternelle quelques mois plus tôt; que la vie est courte et qu’il faut beaucoup de temps pour écrire trois actes — même et surtout quand ils ont. été « commandés » ; qu’enfin si on ne livrait jamais bataille qu’avec la certitude de vaincre, une mortelle paix régnerait universellement ici-bas.
Il finit par m’écrire des gros mots; je lui répondis par exprès « qu’il en était un autre ». Et puis on se raccommoda.
Au total, nous nous affirmâmes, face à l’imijartiale Histoire, que nous étions l’un et l’autre désolés : lui, de ne pas me faire le i)laisir de jouer ma pièce; moi, d’avoir cru, un moment, qu’il aurait pu, l’ayant désirée de concert avec moi, la jouer pour des raisons d’amitié personnelle.
Je conservai donc sur ma table de travail trois grands diables d’actes à qui il ne manquait pas un bouton de guêtres et qui, équipés spécialement pour le Parc, ne pouvaient se présenter dans un autre théâtre.
Et de deux.
Cinq ans passèrent. La Belgique était heureuse et l’Allemagne tenait sa poudre sèche...
J’eus la bonne fortune à cette époque, de faire représenter à Dejazet, — « le troisième théâtre français » comme il aime à s’appeler — une pièce bruxelloise qui y fit 250 représentations; Fonson et Wicbeler venaient do jmouver — avec quel triomphal succès! — que la mise à la scène de nos prœurs locales pouvait prendre droit de cité flans le répertoire à Paris. J’osai croire que le Parc ne croirait pas forligner en accordanl, « quelque attention » à une pièce de ce genre.
En mai 1913 donc, mon vieil ami Léopold Courouhle et moi lûmes à Reding une pièce bruxelloise en trois actes dont certains épisodes — les meilleurs, à mon sens — étaient empruntés au cycle des Kaekebroek. Reding la refusa et Courouble, découragé, abandonna la partie. Je supprimai de la jiièce tout ce qui venait des Kaekebroeck .et Eonson, très confraternellement, monta la pièce à l’Olympia; le succès, interromim par la clôture de la saison 1913-14, fut tel qu’un communiqué de Fonson aux journaux annonça que l’Olympia ferait sa réouverture, en septembre, avec la dite pièce.
Hélas, il n’y eut à Bruxelles, en septembre 1914, qu’un seul théâtre ouvert : ce fut le Ihéâtre de la guerre-.
Et de trois.
Voici la quatrième et dernière « station»; en 1912, le gouvernement avait institué une commission, ])résidée par M. Ed. Picard, chargée de désigner les pièces qu’elle jugerait dignes d’être représentées. Un subsicle de 25,000 francs, je crois, était alloué, à cette occasion, à la direction du Parc.
Le 2 février 1913, je soumis au comité de lecture une pièce en trois actes inti¬
tulée Le Milliard. Et le 20 février, le secrétaire du Comité, M. Prickaert, m’écrivait :
« Ces messieurs (du Comité de lecture) m’ont chargé de vous faire savoir que votre pièce, immédiatement après sa lecture, a été classée parmi celles qui méritent d’être mises à la scène. »
D’autres pièces, retenues par le Comité, furent représentées; la guerre vint. L Milliard, demeurait dans les cartons. Je m’informai de son sort auprès de M. Reding qui me répondit le P*’ octobre 1919 : « Toutes les pièces admises par le Comité de lecture et qui m’ont été imposées par lui ont été jouées. Il n’y a aucun arriéré. Ce chapitre du théâtre belge est clos. »
Vous voyez que ce n’est pas compliqué- Et il est tout de même assez difficile de s’expliquer pourquoi le Parc, ayant à faire choix de pièces belges pour la période qui suivit la guerre, tint pour lettre morte l’avis formel, l’avis officiel d’un Comité de lecture aux lumières duquel il se plaisait à rendre hommage.
J’ai pris — sans haine et sans crainte, ainsi Momus m’assiste! — mon cas particulier parce qu’il est exemplatif de bien d’autres cas : les leçons de choses sont toujours les meilleures leçons.
Tout compte fait, sur dix actes que soumit à Reding un homme de lettres qui — disons le froidement • — connut des milliers de représentations ; comédies, opéras, opérettes, vaudevilles, revues, un seul acte fut joué... après l’avoir été sur une des premières scènes de Paris — ce qui est bien le contre-pied du protectionnisme; trois furent refusés qui furent fort bien accueillis sur une scène de comédie concurrente, à Bruxelles, du théâtre du Parc et non subsidiée; trois autres ne furent pas joués alors que la direction du Parc avait fixé la date de la première et arrêté l’interprétation; trois autres enfin, choisis, à l’iman imité, aussitôt apràs leur lecture, par un comité du gouvernement chargé de désigner les spectacles belges pour lesquels lui était alloué un subside spécial, furent écartés dès que les circonstances permirent d’éluder la décision officielle.
Notez que je n’ai jamais marqué à Reding que les témoignages de l’amitié la plus loyale et qu’aucun différend, d’ordre personnel ne s’interposa jamais entre lui et moi. Notez tout cela et imaginez quel fut depuis vingt-cinq ans le sort de l’équipe inexaucée des débutants sans chevrons, de.s aspirants auteurs dramatiques piétinant dans la coulisse et agitant leurs manuscrits inutiles...
Imaginez aussi ce qu’ils durent penser quand ils lurent la tranquille affirmation que j’ai rapportée plus haut : « Cest une justice à rendre au directeur du Parc que, depuis plus de vingt ans, il a mis à la .scène toutes les pièces belges qui niérilaient (puelqu’ attention. »
Je sais que Reding a employé, pendant
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ses vingt-cinq saisons directoriales, une formule clichée pour se couvrir des réclamations des auteurs qu’il a joués en ne les jouant pas : « On ne saura jamais, aimait-il à dire, combien un directeur de théâtre peut amasser de haines sur sa tête, à raison des pièces qu’il a refusées. » C’est un mot farce. La Haine est une chose sacrée — et je n’ai jamais senti rien de sacré entre Reding et moi. Il me sera Rermis de ne pas entrer dans cette conception simpliste : d’un côté la sérénité directoriale assise sur son trône de justice; de l’aufre, l’incompétence, la rancune et l’indignité de l’auteur.
Cette formule-là est un parafeu commode, à l'abri duquel le directeur descend arbi- Irairement, à eoups de fusil, tous ceux qui pourraient mettre (ui tort sa perspicacité et compromettre la paix de son existence directoriale.
Un écrivain dramatique ne devient pas nécessairement, |)ar le seul fait qu’il possède cet, amour-|)ropre qui féconde le travail et le force à jtroduire, un être aigri, j)rétentieux et malfaisant, dès qu’il lui arrive d’être en désaccord avec un directeur- Et, si habitué soit ce dernier à se faire ap])eler éminent et distingué par les joueurs de flûte qui rédigent ses communiqués, on serait tout de même un peu niquedouillc de voir en lui le superbomme (tout les jugements .sont sans aiii)el et de qui la souveraine compétence pulvérise, dès la prise de contact, tout contradicteur.
On a beau, lorsque et iiarce qu’on est, comme moi, sur le point de devenir sexagénaire, adopter une philosojdiie souriante et un i)eu désabusée : le devoir ne s’en impose pas moins, aux aînés, de lâcher d’éviter, à leurs cadets, l’arbitraire des entrepreneurs de spectacles subsidiés: c'est ce que je fais en ce moment.
C’est du [)rocès d’un régime qu’il s’agit
Le (lirecleur d’un théâtre subventionné doit être un liom.ine de théâtre : voilà un truisme à qui il faudrait arriver à mettre des ailes afin de le faire voler du côté du ministère des Sciences et des Arts et de l’Hôtel de Ville de Bruxelles.
Un homme de théâtre et non pas seulement un négociant — fût-il intelligent, avisé et de bonne compagnie.
Quand j’aurai dit de Reding qu’il n’eut jamais, avec la littérature dramatique, que des rapports de courtoisie et qu’il fut toujours incapable de mettre en scène un acte de Labiche, j’aurai dit une vérité connue de tous et je n’en aurai qu’une pauvre joie. Il a fait son métier d’entrepreneur de spectacles. C’était son droit et on n’aurait qu’à le féliciter de s’être tiré avec profit d’une exploitation souvent difficile, , si le théâtre qui lui fut confié n’était un théâtre subventionné — la gratuité du loyer équivaut, au taux actuel de l’argent,
un théâtre subventionné et ne devait servir d’école à nos écrivains (1).
Non, le Parc n’a pas eu à sa tête le guide et l’animateur qu’il y fallait. Et cependant — et c’est là la gravité de la question — le directeur de cette scène détint, pendant un quart de siècle, pendant la période la plus intéressante de notre histoire littéraire, la clef d’or de notre théâtre de comédie subventionnée, l’unique scène où nos auteurs dramaliques ayant une pièce à placer peuvent trouver un public qui les Juge...
En fait d’aide aux auteurs belges, le Parc s’est presque toujours contenté de voler au secours du vainqueur. Est-ce au Parc que l’on créa \q?, Flaireurs e.iVIntruse7 Le Parc a-t-il fait connaître autrement qu’après leur consécration par le public liarisien, Demolder, Verhaeren, Gilkin, Francis de Groisset, Hennequin, Kistemaekers, Grommelynck, Demasy, Wicheler, Fonson, Van Leerberghe, Maeterlinck?
Quel accueil le Parc eût-il fait au Mariage de Mlle Beulernans, qui est une très fim et très jolie comédie; qu’eût fait Fonson s'il n’avait eu un théâtre pour le monter? Albert Giraud a conté comment fut reçu son Bros et Psyché. Pour ne citei' que des noms consacrés, Delattre a présenté çn vain une comédie locale. Même dans le cas où un échec eût accueilli cette comédie, n’était-ce pas un devoir de mettre à même un écrivain comme l’auteur des « Contes de mon Ah liage », maître de la couleur et de la psychologie wallonnes, de tenter la fortune des planches? S’imaginet-on que le théâtre belge — au rebours du théâtre français, Scandinave ou canadien — ne se peut révéler que par des succès, assurés avant que le rideau se lève?
Et qui oserait dire, regardant par cette fenêtre, que, parmd les auteurs découragés de frapi)er à la porte du Parc, il n’y en eut pas à qui une tentative, même médiocrement accueillie, aurait ouvert les voies?
Ge que, je le répète, les pouvoirs publics oublient trop, c’est que, privé de la scène subventionnée du Parc, l’auteur drama- .tique belge est aussi isolé, avec son manuscrit, que s’il se trouvait à Garpentras on à Tomhou'Ctou. En sorte que, s’il est vrai que l’Etat mécène offre des débouchés aux romanciers, aux poètes et aux anna-
(1) .le sais qu’il est de style, pour les directeurs du Parc, de dire qu’ils' ue sont pas. sul)sidiés. C’est une plaisanterie. Le Ihéàire leur est donné par hà ville de Bruxelles en location au prix de 20,000 francs. Or, pour jtrendre un point de comparaison, le petit lliéàtre de la Scala, qui loinhe littéralement en ruines et (pie l’on ne réfectionne plus, parce que l’immcuble est destiné à être converti en hôtel, se loue, au jour le jour, sur le pied de 126,000 francs par an; le théâtre de la Gaîté : 26,400 francs par mois. Si l’on tient compte de ce que le Parc possède un fond de clientèle d’élite, à combien estimer la subvention du Parc?
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listes, aux peintres et aux sculpteurs, il est tout aussi vrai qu’il n"en offre pas aux drarnaturges. Et cependant, combien l’aide est indispensable à celui qui veut faire du théâtre! Pour prendre contact avec la foule, il faut au poète un libraire ou, à son défaut, une revue, un journal; aux peintres et aux sculpteurs, une salle d’exposition ou une vitrine; à l’homme de théâtre il faut une troupe, des décors, un théâtre — et un directeur.
Ah! qu’il serait beau, le rôle d’un Gémier, d’un Huguenet, d’un Signoret, d’un Antoine qui, gérant pendant un ou deux mois, chaque année, notre scène de comédie.
ferait venir à lui les auteurs de chez nous, les prendrait par la main, les guiderait, les mettrait en rapport avec les auteurs étrangers, les présenterait au public autrement qu’avec la terminologie clichée des communiqués et leur assurerait des mises en scène et des interprétations de choix!
On sait ce qu’il en est et ce qu’il en a été—
Nous voudrions — et tous ceux qui aiment notre art national le voudraient avec nous * — qu’il ne continue pas à en être ainsi.
Et ces lignes n’ont d’autre but que d’amener l’instauration d’un régime meilleur.
illlllllllllllllillllillllllllllllllllllllllllil