‹ Souvenirs d'un revuisteChapitre 12 sur 20 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Le théâtre de la Monnaie.

La baguette de Sylvain Dupuis et le D' Poskin.

Maurice Kufferath.

« Jean-Michel ». « 1914 ». « Vers la Gloire ».

Il est quelques emblèmes autour desquels, malgré le scepticisme ambiant, notre res|»ect s’attarde ; le geste de la bénédiclion, le drapeau du régiment, la cornelto de rintirmière, la croix des braves...

Le bâton de chef d’orchestre est tabou aussi : il représente, pour les musiciens, ce que le bâton de maréchal de France représente j)Our le cor|.is des officiers. Point n’est besoin qu’il soit, comme le bâton militaire, recouvert de velours d(‘ Gènes et semé de lys ou d’étoiles : il commande autant le respect s’il ne consiste qu’en une baguette coupée à la baie ou en un morceau de manche de parapluie : ce qui lui confère son prestige, ce n’est pas la

matière dont il est fait, c’est qu'il représente. Tenir dans

le symbole sa main le

.bâton de chef d’orchestre à la .Monnaie., il n’est pas un chef de cinéma qui n'ait fait, ce rêve éblouissant et dérisoiia'.

Geci dit, représentez-vous la scène suivante : on répète à la Monnaie, sur ^ le l'lal('au. b'S chœurs de Jean Michel, opéra (‘Il trois actes, musique d’Albert Dupuis, liaroles du IF Poskin et de votre serviteur.

Au centre du demi-cercle formé par le.s quatre-vingts choristes, renforcés encore d’un groui)e d’enfants, Sylvain Diqniis dirige, sa partition ouverte sur le pupitre portatif. Tout obéit à sa baguette; avec elle, il peut, à son gré,^ précipiter ou ralentir les mouvements, déchaîner l’orage ou obtenir des «pianos» de source niurmurante, faire pâmer les voix .jusqu’à, l’i'xtinction du souffle, fouetter les traînards, ramener les batteurs d’estrade : de même (|ue Faust est, avec ce breuvage, le seul maître de son clestin, Sylvain Dupuis .est, avec sa baguette, le seul maître de tout ce qui respire, à ce moment, sur la scène.

On fait un ensemble accompagné à l’or.gue : chœur du deuxième acte de Jccdi Michel, devant l’église St. Paul. Ça ne va

pas. Trois fois la baguette a arrêté la masse chorale; trois fois elle l’a remise en piste. Arrêt définitif. Palabre entre Sylvain Dupuis, toujours debout derrière son pu- ])itre et l’organiste, invisible à son clavier, dans quelque recoin sombre, au fond du théâtre. Plus on s’explique, moins on s’entend.

a 1 orgue, annonce et, laissant sa bail traverse la scène

lisen

que

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