M. de Heeckeren. Voir ma notice sur Pouchkine
sion. Le ministre mêla confia immédiatement.
Il n'y avait pas un instant à perdre ; Tinauguration de la statue devait avoir lieu dans cinq jours ; j'avais juste le temps d'arriver. Je m'embarquai le soir même à la gare du Nord. C'était un mercredi-. Je fis d'une seule traite le voyage et je débarquai le dimanche malin à Moscou.
Si j'avais pu prévoir les événements, je me serais un peu moins pressé. En arrivant à Kœnigsberg, j'appris que S. M. l'impératrice Maria- Féodorovna, femme de l'empereur Alexandre II, venait de mourir. Le train russe que je pris à Wirballen (Wierzbolowo), emmenait précisément à Saint-Pélersbourg ses petits-fils, les enfants de la duchesse d'Edimbourg, qui se rendaient aux funérailles de leur auguste aïeule. En arrivant à Moscou je fus informé qu'en raison du deuil national, l'inauguration de la statue était ajournée sine die. Elle aurait lieu à coup sûr, car je reçus presque aussitôt la visite du maire qui venait m'inviter à occuper, à l'hôtel Loskoulnoï, le logement que la municipalité m'avait destiné. Je n'avais point trop lieu de m'affliger du retard qui me retenait dans une ville où je compte tant d'amis et dont le séjour m'a toujours laissé les meilleurs souve-
nirs. La plupart des littérateurs russes s'étaient déjà réunis dans la vieille capitale pour honorer la mémoire du poète national.
A côté de Tourguenev, redevenu mon voisin, se groupaient les plus illustres représentants de la littérature russe : Ostrovsky, le fécond dramaturge, le peintre réaliste de la vie moscovite, Grigorovitch, Télégant romancier, Dostoievsky, dont les yeux profonds, la physionomie convulsée révélaient à première vue le génie inquiet et les longues épreuves ; le délicat poète Polonsky. Mon vieil ami Pisemsky, accablé par les malheurs qu'il avait subis — un de ses fils s'était tué, un autre était devenu fou — restait solitaire à la campagne. J'allai lui serrer la main et mêler mes larmes aux siennes. Tolstoï n'avait pas cru devoir se déranger pour fêter la mémoire d'un poète qu'il jugeait immoral, et dont la mort tragique avait été un défi jeté aux commandements de Dieu et de l'Église. Il était resté dans sa campagne de lasnaïa Poliana. A côté des littérateurs, les critiques, les historiens s'étaient groupés pour honorer leur illustre compatriote. Parmi eux figuraient quelquesuns des plus illustres professeurs de l'Université de Moscou, les Storojenko, les^Tikhonravov, les
Klioutchevsky. L'élément artistique était représenté par Nicolas Grigorovitch Rubinstein, le frère du grand Rubinstein, comme lui musicien fort distingué et directeur du Conservatoire de Moscou, et par des artistes des théâtres impériaux des deux capitales.
Nous nous réunissions le soir chez Tourguenev et nous préparions les éléments des fêtes littéraires et artistiques qui devaient être données, conférences, concerts, récitations publiques ; mais quand auraient-elles lieu ? — En attendant, je jouissais délicieusement du commerce de cette élite intellectuelle groupée autour de Tourguenev. — Elles devaient avoir un caractère plus officieux qu'officiel. Cependant on savait qu'un parent de TEmpereur, le prince d'Oldenbourg, devait venir les présider. Mais quand viendrait-il? Quand le deuil officiel serait-il, je ne dis pas achevé, mais levé, pour permettre les cérémonies officielles ? Nous n'en savions rien.
Ce deuil venait bien mal à propos ; il empêchait les théâtres impériaux de s'associer à nos fêtes. Il eût été si intéressant de voir jouer Boris Godounov au Petit-Théâtre de Moscou, — la Comédie-Française de la Russie — d'entendre
au Grand-Théàlre quelques-uns de ces opéras que le génie de Pouchkine a suggérés aux musiciens indigènes. Devant un cas aussi grave de force majeure il fallait s'incliner. Les organisateurs de la fête avaient éprouvé d'autres désillusions. Ils avaient envoyé des invitations ^ tous les grands représentants des littératures européennes, en Allemagne, en France, en Angleterre, en Italie. Personne ne s'était dérangé. J'étais le seul délégué de l'Europe entière. Aussi me choyait-on à qui mieux mieux.
Enfin, l'autorisation d'inaugurer le monumen t arriva de Saint-Pétersbourg. Le 20 juin, si j'ai bonne mémoire, le prince d'Oldenbourg arriva et reçut dans une des salles du musée Roumiantsov les délégués des diverses sociétés ou institutions, qui avaient organisé cette solennité littéraire ou s'y étaient fait représenter. Quand on appela le délégué du gouvernement français, un mouvement de curiosité sympathique se fit dans l'auditoire. J'adressai à Son Altesse un petit discours en français, oii j'exposais le caractère de ma mission et l'intérêt que mon pays prenait à l'œuvre et à la mémoire de Pouchkine. Le prince se contenta de me
remercier par une inclination de tête.
Le lendemain, vers huit heures, j'étais encore au lit, lorsqu'on frappa à ma porte. Son Altesse Impériale avait envoyé un exprès pour me faire savoir qu'Elle désirait me recevoir immédiatement en audience. De telles invitations sont des ordres. Je me levai en hâte, je passai mon habit, j'arborai ma cravate blanche et je courus chez Son Altesse. Le prince se montra fort aimable ; il se plut à me dire combien la Russie était touchée de l'hommage officiel que la France rendait à son poète national ; puis, sans chercher de transition, il passa à l'affaire Hartmann, insistant sur la mauvaise impression qu'avaient produite sur le souverain et sur la population russe les procédés du gouvernement français en cette circonstance. Je déclinai respectueusement l'entretien. Je fis remarquer que ma mission était d'ordre purement littéraire, que, d'ailleurs — ce qui était vrai — je n'étais nullement au courant de la question. Le prince passa alors à un autre ordre d'idées. Il m'entretint de ses rêves de désarmement et de paix universelle, me résuma un discours qu'il avait prononcé récemment à propos de je ne sais plus quelle inauguration. « J'ai fait, me dit-il, lithographier ce discours en trois langues :
russe, français et allemand. En quelle langue désirez-vous que je vous le donne ?
— En russe, Monseigneur, puisque c'est en cette langue que le discours a été prononcé. »
Je crois vraiment que je devenais courtisan.
Le prince parut sensible à ma réponse ; mais comme il désirait être lu par d'autres que par moi, il me remit un certain nombre d'exemplaires en russe, en français et en allemand.
Le soir de ce jour-là eut lieu, sous la présidence de Son Altesse, dans la grande salle de l'Assemblée de la noblesse, la séance solennelle d'ouverture des fêtes de Pouchkine. Un certain nombre de discours furent prononcés par les délégués des principales institutions. Je pris la parole, celte fois en langue russe ; malgré les scrupules de quelques-uns de mes amis, j'avais tenu à me présenter comme « délégué du gouvernement de la République française ». Le mot effarouchait encore un peu les régions officielles en Russie. Mais le public moscovite lui fit bon accueil. La fin de mon discours fut accueillie par des applaudissements enthousiastes dont je reportai tout l'honneur à mon pays. Ce qui me toucha le plus, ce furent quelques cris de : spasiho ! (merci) tombés du
<r — TTIT'
haut d'une tribune occupée par des étudiants *.
Mon discours achevé, Tourguenev m'apprit que deux filles de Pouchkine étaient dans la salle et qu'elles désiraient me remercier. Je ne pouvais me dérober à cet honneur. L'une des deux, la comtesse de Mehrenbach, résidait habituellement en Allemagne : elle avait épousé un prince de Nassau. Elle ne ressemblait nullement à son illustre père ; noble, élégante et majestueuse, elle rappelait plutôt la beauté de sa mère, Nathalie Gontcharov, cette beauté qui avait fait l'orgueil et le malheur du poète. Auprès d'elle, figurait un de ses neveux, officier de marine, qui rappelait singulièrement le type exotique de Pouchkine. Le grand poète, comme on sait, descendait d'un Abyssin égaré en Russie, qui eut l'honneur d'avoir pour parrain Pierre le Grand.
L'inauguration de la statue eut lieu le lendemain, au milieu d'un enthousiasme extraordinaire. Un service funèbre fut célébré au monastère de la Passion, devant lequel s'élevait le monument. Le deuil officiel avait été levé ;
1. Les dépêches adressées aux journaux russes parlèrent longuement de cette ovation. Seul, le Journal, officieux, de Saint-Pétersbourg garda le silence. On craignait de froisser l'Allemagne.
une musique militaire salua par la marche du Prophète', le moment solennel où le voile de la statue tomba. Quelques Russes dévots s'étonnèrent que le clergé n*eût pas béni le monument; il figure d'ordinaire à toutes les inaugurations. Mais il venait déjouer son rôle à la chapelle de la Passion, où le prélat célébrant avait prononcé Toraison funèbre du grand poète et rappelé qu'il était mort en chrétien. Si lé clergé n'avait point paru sur la place publique, c'était pour des raisons qui ne trouveraient point leur application dans nos pays d'Occident. Il y a à Moscou un grand nombre de vieux croyants, fort ignorants et iconoclastes jurés par tradition, s'il en fut. Ils avaient fait courir le bruit que le clergé allait consacrer une idole et, pour ne pas leur donner raison, le clergé avait dû s'abstenir. Il fut d'ailleurs représenté aux fêtes en dehors du monastère de la Passion ; à l'un des banquets, assistaient deux ecclésiastiques, dont un missionnaire revenu récemment du Japon. Il but, en fort bons termes, à la gloire du poète.
Les toasts furen t naturellement fort nombreux dans ces banquets. Il en est un dont j'ai gardé le souvenir. C'est celui de Tourguenev.
134 LE MONDE StAVE
Faisant allusion à la présence du délégué français, il buta la France ; il fit ressortir l'intérêt chaleureux que la France portait aux choses de Russie; intérêt qui se traduisait par des œuvres excellentes dans le domaine des sciences historiques et philologiques»^ Non loin de Tourguenev, était assis Katkov. Il représentait un tout autre esprit politique que celui de Tourguenev, le vieil esprit moscovite.
A un moment donné, il tendit son verre à Tourguenev pour le choquer contre celui du célèbre romancier. Tourguenev refusa le sien. 11 tenait à montrer publiquement qu'il n'avait rien de commun avec les doctrines de la Gazette de Moscou. Un autre incident, après plus de vingt ans, amène encore, quand j'y pense, un sourire sur mes lèvres.
On savait que je devais porter un toast en langue russe et on l'attendait avec quelque curiosité. Un personnage se lève. C'était le maréchal de la noblesse du gouvernement de... le représentant d'une famille qui, si elle ne remonte pas à Rurik, peut néanmoins se vanter d'une fort illustre origine. C'était un de ces Russes qui passent les trois quarts de leur vie à l'étranger et qui n'ont jamais eu le temps
d'apprendre à fond leur langue maternelle. — Qui diable peut parler avec un tel accent, demande un des convives? — Parbleu, répond son voisin, ce doit être le délégué français. — Hélas ! non ce n'était pas le délégué français.
Parla-t-il mieux ou plus mal que moi, je ne m'en souviens plus et si je m'en souvenais, ce ne serait pas à moi de le dire. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il m'eût été difficile de parler plus mal.
Pour confirmer la bonne impression que la présence d'un délégué français produisait sur la société russe j'estimais qu'il était bon que notre gouvernement conférât à des Russes de distinction quelques insignes honorifiques. Il ne pouvait dans l'espèce être question de la Légion d'honneur. Il s'agissait de faire vite et la Légion d'honneur nécessite l'intervention des chancelleries. Le moindre ruban rouge réclame plusieurs mois de négociations. Le ruban violet est plus facile à décerner.
En informant le ministre du bon accueil fait à son envoyé, je lui demandai s'il ne jugeait pas utile de faire connaître à Moscou nos distinctions académiques, qui probablement, n'y avaient pas encore pénétré. Il me fit télégra-
phier qu'il m'autorisait à conférer trois palmes d'officier de l'instruction publique « comme je jugerais convenable ». Mon choix fut vite arrêté. Je désignai le P^ Tikhonravov, doyen de la Faculté des lettres, comme représentant du haut enseignement ; louriev, directeur de la revue la Pensée russe (Rousskaia Mysl), comme représentant de la presse ; Nicolas Grigorovitch Rubinstein, directeur du Conservatoire, comme représentant des beaux arts. Cette liste établie, j'allai la soumettre à Ivan Tourguenev, qui l'approuva. Mais j'avais à lui demander conseil sur une autre question. Il s'agissait de proclamer ces nominations en séance publique et en langue russe. Mais comment traduire ces titres étranges : Officier d'académie? Officier de l'Instruction publique? Le ministre qui a créé naguère ces distinctions ne s'imaginait pas évi^ demment qu'elles seraient conférées un jour à des étrangers. Même en France, on ne se les explique pas toujours très bien. Un horticulteur, proposé pour le Mérite agricole et oublié sur la liste, reçut, un beau jour, en compensation, les palmes académiques. Il se fit faire de belles cartes, sur lesquelles on lisait :
UN TEL Horticulteur.
MEMBRE DE l' ACADÉMIE
Comme on lui faisait remarquer que le titre n'était pas exact: « Oh ! disait-il modestement, pour un simple jardinier, membre suffit; officier, ce serait de trop. » Nous arrêtâmes, d'accord avec Tourguenev, la formule suivante :
« Le ministre de l'Instruction publique de la République française a daigné décorer de Tinsigne des palmes d'or M. un tel. »
Le public applaudit de confiance quand ces palmes furent proclamées ; mais, pour beaucoup d'assistants, elles constituèrent, comme dit Paul Bourget, une cruelle énigme.
Les uns persistaient à croire qu'il s'agissait de la Légion d'honneur. D'autres allaient demander des explications au consul de France.
C'était un homme d'esprit qui aimait le mot pour rire : « Cette distinction, répondit-il, est tellement considérable, que M. Léger, luimême, qui vous la confère, ne la possède pas. » En effet, je n'étais, en ce temps-là, qu'un pauvre petit officier d'académie. Officier d'académie, académicien, c'était tout un pour mes amis moscovites. J'avais bien reçu la dépêche,
mais les palmes n'élaient pas arrivées. Si j'avais pu les offrir enrichies de brillants, le Tout- Moscou artistique et littéraire, se les serait certainement disputées.
C'était un homme fort aimable que notre consul et il était fort bien venu dans la société russe. Je trouvai auprès de lui Taccueil le plus empressé et il fit de son mieux pour me seconder dans ma mission : « Je me trouve fort bien ici, me disait-il; d'abord, je sais le russe, c^ qui est un grand avantage ; ma mère était russe ; c'est elle qui a appris cette langue à Mérimée. » Hélas ! soit dit en passant, Mérimée ne la savait pas si bien. Il lui est arrivé de faire de singu- ' iiers contresens.
Je félicitai notre représentant de cette connaissance de la langue indigène si rare, hélas ! dans notre monde diplomatique. Il eût été indiscret de prétendre luifaire passer un examen. Mais, au premier mot qu'il échangea avec son domestique indigène, je m'aperçus qu'il exagérait un peu ses aptitudes. Toutefois, je n'en fis rien voir.
Il m'emmena déjeuner au restaurant de l'Ermitage. A peine arrivé, il demanda le garçon français. Malheureusement, le garçon français <îtait parti pour Marseille et force fut de recou-
rir aux bons offices de ses camarades russes.
Sur les cartes des restaurants de premier ordre, dans les grandes villes de l'Empire, le menu est généralement rédigé sur deux colonnes, Tune en russe, l'autre en français ; mais le français est quelquefois fort singulier et pour le comprendre, il faut mieux recourir au texte slave. Et encore!... Je me rappelle avoir été un jour fort intrigué par un plat de poisson qui en français était désigné ainsi : soudac ober^ noua. Je savais que le soudac est un poisson de rivière fort estimable, mais je ne savais pas ■ce que voulait dire obernoua. Je vérifiai la tra- -duction russe, comptant trouver une explication. Les mêmes mots se trouvaient répétés. Je m'informai auprès du garçon et j'appris qu'il s'agissait d'un poisson au beurre noù\
En s'aidant des deux colonnes, mon excellent amphitryon était arrivé à établir un menu très convenable. Tout à coup, il se frappa le front d'un air embarrassé :
« Sacrebleu, je voulais vous offrir une demibouteille de Château- Yquem et j'ai complètement oublié comment on dit demi. »
Les demi-bouteilles ne figuraient qu'en chiffres (1/2) sur la carte.
Je vins avec empressement au secours de mon aimable hôte, et nous bûmes le Château- Yquem à la mémoire de Mérimée.
Je revins de Moscou en France par Smolensk et Varsovie. Smolensk est peu visitée, en gé- .néral, des voyageurs. Ils se contentent de contempler de loin la grande ceinture de murailles rouges qui atteste son belliqueux passé. Smolensk ne joue plus, aujourd'hui, qu'un rôle secondaire ; c'est une bonne ville de province, un honnête chef-lieu de gouvernement ; mais sa situation sur le cours supérieur du Dnieper lui assigne dans Thisloire un rôle considérable. Elle a vu les luttes épiques des Russes et des Polonais au xvi' siècle et au xvii® siècle, le choc formidable des Français et des Russes au début du xix° siècle. Un monument y rappelle le souvenir des combats livrés en 1812, un autre est élevé en l'honneur d'un colonel russe fusillé par les soldats de Napoléon.
Après un arrêt de vingt-quatre heures à Varsovie, je regagnai la France par l'Allemagne. Je croyais rentrer sans encombre à Paris. Cependant à la frontière prussienne, à la station d'Otfloczyn, il m'arriva un événement qui me parut assez désagréable sur le moment, mais
qui, aujourd'hui, ne me rappelle que de pittoresques souvenirs. Un gendarme prussien, ouvrit mon coupé en réclamant les passeports.
Sur ce chapitre, j'étais bien tranquille. J'avais un passeport diplomatique et je me croyais parfaitement en règle.
Au bout de quelques minutes, le gendarme revint, rendit les passeports aux autres voyageurs et me pria courtoisement de descendre pour aller conférer avec le herr major, c'està-dire le fonctionnaire chargé du contrôle des étrangers qui entraientdans l'empire allemand.
« Monsieur le major, mon passeport ne seraitil pas en règle? Vous avez dû remarquer que c'est un passeport diplomatique.
— Sans doute, monsieur le professeur ; mais il ne porte pas le visa d'un consul allemand, et je ne puis vous laisser passer.
— Monsieur le major, je me verrai dans l'obligation d'en référer à mon gouvernement.
— Libre à vous, monsieur le professeur ; mais je suis obligé d'appliquer le règlement, même au personnel diplomatique. J'ai dû arrêter ici, dernièrement, Son Excellence l'ambassadeur d'Espagne près la cour de Russie, et Son Excellence le comte d'Adlerberg, ministre
des domaines dfe Sa Majesté FErapereur de Russie. »
Tandis que nous poursuivions ce dialogue, le train filait à toute vitesse surThorn, emportant mon bagage, que j'avais fait enregistrer pour cette ville. J'avais, par bonheur, gardé à la main mon sac de voyage.
. « Alors, monsieur le major, il ne me reste plus qu'à retourner à Varsovie pour demander un visa à votre consul et déposer une plainte aux mains du mien. Je vais repartir dès ce soir.
— Hélas ! monsieur le professeur, vous n'avez pas de train sur Varsovie avant demain matin huit heures. Vous devrez passer la nuit ici. Mais rassurez-vous ; le cas est prévu : le restaurateur de la gare a des chambres pour les étrangers. »
Il n'y avait plus qu'à se résigner. En même temps que moi se trouvait une dame russe, qui se rendait àKissingen, et qui, comme moi, avait négligé de faire viser son passeport. Elle se lamentait et se voyait déjà arestantka^^ expédiée dans quelque Sibérie prussienne. Elle était d'au-