‹ Souvenirs d'un slavophileChapitre 24 sur 32 · Déraciner · texte numérisé non relu

Déraciner

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ont décidé notre Société à cette démarehe. Un goût décidé pour tout ce qui peu! contribuer à l'accroisse ment des connaissances utiles, un zèle infatigable pour procurer le bien-être de ces conirées et les avantages dont la république littéraire est susceptible, tant de qualités dominantes qui sont votre apanage nous persuadent que les intérêts de cette Société ne voua seront pas indifTérents et qu'agrégés au nombre de ses membres, ils vous seront personnels.

Il y avait peut-être quelque ironie dans ce.

langage si flatteur ; mais les fonctionnaires prussiens durent affeclcr de ne point s'en apercevoir et faire bonne mine à mauvais jeu.

D'après ses statuts, la nouvelle Société se proposait de développer les sciences et les lettres en langue polonaise. Elle se partageait en trois sections : mathématiques; — philosophie, histoire ; — littératures, langues, beaux-arts. Elle se proposait de publier des ouvrages sur le»

différentes branches de ses études, de rééditer, en les mettant au point, les livres utiles, de donner de nouvelles éditions de livres classiques, d'honorer la mémoire de ses membres décédés pour encourager les vivants, La première séance publique de la nouvelle Société eut lieu

classiques du xvi" siècle et invitait ses compatriotes à s'iaspirer de ces glorieux modèles.

Parmi les premières lectures communiquées ■à la Sociéti!, je relève un travail d'Albertrandi sur les Muses, un du prince Alexandre Sapieha sur le système métrique, un de Czacki sur les dîmes. L'énumération de ces titres suffit à iniJiquer la variété des travaux de la Société, qui était vraiment un Institut national. Le Gouvernement prussien, si hostile aujourd'hui aux manifestations de la vie polonaise, montrait au Towarzystwo une invariable bienveillance, Albertrandi écrivait en français au ministre Schulenbourg : « Monseigneur, il a plu à Votre Excellence non seulement d'accorder sa puissante protection à notre Société naissante, mais encore de permettre qu'en l'illustrant de son nom, elle puisse profiter de ses lumières. » Il avait même découvert que la maison de Brandebourg était, par je ne sais quel lien éloigné, apparentée à d'anciennes dynasties polonaises, ■et dans une adresse présentée le 25 juin 1802 au roi Frédéric-Guillaume, il s'exprimait en ces termes :

Si ]a conservation el la perfeclion d'une langue qui ■est celle de la plus grande partie des sujets de Votre

cédés qu'on ne retrouverait plus aujourd'hui dans les rapports du Gouvernement prussien avec ses sujets polonais.

La Société s'efforçait de justifier ces faveurs nouvelles par l'absolue correction de son attitude. Un de ses membres, le poète Woronicz, avait écrit un hymne à Dieu, qui est assurément l'un des plus beaux morceaux lyriques de l'époque, et voulait en donner lecture dans la séance du 13 décembre 1805.

Ce morceau se terminait par des strophes ardentes sur lés misères de la Pologne, par des vœux pour sa résurrection. La Société décida que l'ode ne serait point lue et serait remplacée... par une traduction de quelque morceau grec.

Cependant les événements se précipitaient ; les aigles de Napoléon portaient vers le Nord et rOrient de l'Europe leur vol triomphant.

Dans les derniers jours d'octobre 1803, les journaux de Varsovie publiaient un communiqué qui annonçait le désastre d'Iéna ; le 27 novembre, les troupes françaises entrèrent à Varsovie. J'ai raconté ailleurs l'histoire de la Pologne napoléonienne*. Le régime prussien

1. Le Monde slave, 2* série. Paris, Hachette, 1902, p. 61-93.

sophique. La présidence de la Société fulconfiée au publicistc Staszyc. Une médaille frappée par ses soins attesta sa reconnaissance pour le souverain qui avait consolidé son existence.

En 1809 la Société, voulant remercier les Élats- Unis de l'hospitalité offerte à Kosciuszko, élut par acclamation le président Jefferson comme membre honoraire.

Je n'entrerai pas dans le détail des lecturescommuniquées aux trois sections de la Société, ■ Cet examen nous mènerait trop loin. Au point de vue de leur programme, les séances générales ne différaient guère de ce que pouvaient être alors les séances solennelles de notre Institut. Dans la séance générale du 18 septembre 1809, la Société entendit lire des travaux sur la statistique de la Pologne et de la Lithuanie, sur l'histoire des archives nationales, sur les. livres élémentaires à introduire dans les écoles, et un fragment de L'Homme des champs de Delille, traduit en vers polonais. L'aimable interprète de Virgile faisait alors fureur sur les bords de la Vistule. Bientôt, à son exemple, Gaétan Kozmian allait donner à la Pologne des Gêorffiques polonaises. Vers la même époque la Société eut l'idée d'imposer à ses

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on apprit à Varsovie rinccndie de Moscou, Kozmian lut k la Société une ode qui commençait par ces vers : <' Où est ce monstre, ce géant, terreur des nations ? » Deux de ses confrères lui firent remarquer qu'il serait prudent d'atlendre la fin de la campagne pour l'imprimer.

Au milieu de celle période troublée, la Société continuait cependant sa féconde activité. Elle entrait en rapports avec Prague par l'intermédiaire de Hanka, avec Vienne par l'intermédiaire de Kopilar. Les Russes, établis définitivement à Varsovie, ne songèrent en aucune façon à suspendre ses travaux. A la séance générale du 10 janvier 1814 assistaient le gouverneur général Lanskoï et le sénateur Novosiltov. Un inventaire de la bibliothèque de la Société dressé cette môme année évalue le cliiffre des volumes qu'elle possédait à 7 6i3, chiffre assurément fort respectable si l'on songe aux circonstances dans lesquelles cette bibliothèque avait été constituée. En 1813, la Société élul membre l' historien Lelewell. Sa candidature avait plusieurs fois échoué ; en mémo temps le slaviste viennois Kopitar devenait correspondant.

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pérer sous le règne d'Alexandre l". Hélas ! elle devait disparaître, comme tant d'autres institutioDS nationales, à la suite de la révolution de 1830. Le monument que M. Kraushaar a élevé en son honneur conservera du moins le souvenir de sa féconde activité. Des académies plus considérables n'ont pas eu la bonne fortune de rencontrer un aussi conaciencieux historien.

ciétéhistoriquede Prague (Prague, 1882, p.238- 240}.

Il a été antérieurement publié dans le Vy/tor z Htpratun/éeské(R&cueiide littérature tchèque, Prague, 1845 ;■ tome I, p. H73-1183), et dans le premier volume de l'Anthologie de la littérature tchèque, de M. Joseph Jirecek {3' édition, Prague, 18"73, p. 78-79). Malheureusemenl, aucune de ces éditions n'est accompagnée d'un commentaire historique ou héraldique qui serait pourtant indispensable.

Nous n'avons point de manuscrit de ce texte.

II paru pour la première fois dans l'ouvrage de Prosper Lupac, de Hlavacov^ intitulé : Historié cimri Karlovitoho jmena ctvrtém, Krdli ceském, publié à Prague en 1384'.-

Lupac, né vers 1530 à Prague, mort en 1587 à Domazlice ^, a été un des humanistes et des historiens les plus laborieux de la Bohême au xvi' siècle.

Lupac est un humaniste fort érudit ; bachelier, puis raagister de la Faculté des arts de l'Université de Prague, il fut deux fois doyen de cette Faculté. A l'âge de 39 ans, il se retira

Parmi les textes qu'il cite figurent les anciennes chroniques tchèques en vers rimes, dont le spécimen le plus complet est la chronique dite de Dalimil, qui a été plusieurs fois réimprimée. Elle était encore manuscrite au xvi" siècle. La première édition à paru en 1620'. La plus récente figure dans le m^me volume des Fontes rerum bohemicarum que le fragment sur Crécy. Ces chroniques rimées étalent fréquentes en Bohême au moyen âge. PaprockJ, rhistorienmorave, dans son Zrcarf/omarAmis^t'i moravského (Miroir du Margraviat de Moravie), leur emprunte un fragment d'une centaine de vers*. Lupac leur doit aussi un certain nombre de citations, mais il ne pense pas toujours à indiquer le texte précis auquel il se réfère. Ainsi, dans son introduction, faisant allusion aux événements qui se produisent après la mort du roi Vacslav IV, assassiné en 1306, à Olomouc, par un Allemand, il cite dix vers d'un chroniqueur anonyme (p. xxu-xxui, édition Hanka),

1. Sur la chronique do Dalimil, on peut consuiler la notice que je loi ai consacrée dans la Grande Encyclopédie (t. XIII, p. 774) et les extraits que j'en ai donnés dans la Bohème hiilorique, pittoretque et littéraire, par Josef Fricz et Louis. Léger (Paris, Librairie Internationale, t867).

i. Réimprimé au lome III des Foule», p. 343-944.

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