UN POÈME TCHÈQUE SUR LA BATAILLE DE CRÉCV
Dalibor de Kozojedy s'éiancèrent dans la Iroupe ennemie, virilement, sans nulle terreur. Avec eux poussèrent mainls vaillants, Friîek, Ty(, Benesek, Lysek, tendant vers les glorleases hauteurs (ou les hauteurs de la gloire). Puis le vaillant sire Kunarl de Pavlovice, Jean, le fils dévoué de sa sœur ; sans perdi-e un instant, chacun s'élança en hâte. Arberker se fil grand honneur en se prëcjpitanlderrière son maître. Le seigneur Tegel de Ried, vaillant comme un Turc, le flls-de Hertwig de Tegenburk, le seigneur de Malvezad, noble race, Fricendorl, delà terre autrichienne, l'un des fils d'une vaillante famille, Tusek de Bavory (ou de Bavière), jeune chevalier, tous s'élancèrent dans les rangs ennemis, plus braves l'un que l'auti-e. Ils ne redoutent point dommage de mort ; ils se tiennent à cOlé de leur seigneur et accomplissent des actions chevaleresques. L'héroïque Milicin les appelle, et aussi Hron de Vlasim, qui porte un demî-esquif'dans ses armes. Le noble sire Bolek, vaillant chevalier, ne déshonore ni la Itose ni l'Esquif'. 11 s'élance sans tarder après eux pour la perle de l'ennemi. Il se souvient de sa noble origine, de son illustre père, qui grâce h son esprit chevaleresque eut partout des aventures dans les vaillants combats et ailleurs, suivant sa noble pensée, jusqu'au jour où sous les étendards de son seigneur il fut tué au combat dé Lava * sous son armure chevaleresque...
Ici s'arrête malheureusement le fragment rimi! cité par Lupar. Il reprend le récit delà bataille de Crécy. Je traduis jusqu'à la fin la relation de l'historien tchèque :
1. G'est-â.-dire ni Ilermaa ni Hron de Vlasiin. 3. Autrement dit M uravskû polé, en allemand MarcliFeld, où périt Promysl Olokar lo 36 août 1278.
curer à Paris. Une bibliographie très complète de ces notices a été donnée par M. Cenek Zibrt [Bibliografie ceské historié, Bibliographie de l'histoire de Bohême, Prague 1900, p. 249-631). Ce précieux répertoire, dressé par ordre alphabétique^ donne non seulement la liste des grandes familles de la Bohême, de la Moravie et de la Silésie, mais aussi celle de tous les travaux qui leur ont été consacrés : ces travaux sont souvent en latin ou en allemand ^ Ils sont presque tous introuvables chez nous. Les indications que je fournis sont emprunlées à l'histoire de Bohême de Palackj, à Tencyclopénie tchèque (Slovnik Naiicny) qui parut à Prague de 1860 à 1874 sous la direction de M. Ladislas Rieger, à la nouvelle encyclopédie publiée par la librairie Olto, qui parait à Prague depuis 1888 et qui n'est pas encore achevée et aux notes malheureusement très sommaires des Fontes rerum bohemicarum. Voici les indications que j'ai pu recueillir sur les familles citées par notre texte. Si loin que nous soyons du douloureux épisode de Crécy, nous devons quelque gratitude à ces étrangers qui versèrent leur sang pour la France.
Klimberk. La famille Klimberk, primitive-
dans l'Encyclopédie tchèque de M. Rieger {Slovnik Naucny, t. VII, p. 756), Pierre de Rosenberg était allé guerroyer en France contre les Anglais. Je n'ai pu découvrir le texte original qui mentionne cet épisode. La famille de Rosenberg s'est éteinte au commencement du xvn" siècle.
Valkun de Poresin est évidemment un nom purement tchèque. Les ruines du château de Poi^sin e.\istent encore en Bohême, près du village de ce nom. 11 avait été érigé au xui° siècle par la famille des seigneurs de Strakonice, à laquella Valkun devait se rattacher. Cette famille s'est éteinte vers le xv* siècle.
Jesek de RozDALOvicE devait son nom à une bourgade de la Bohême, dans le cercle actuel de Jicin, en plein pays tchèque ; il était fils de Henri Krusina de Lichtenburg. C'est à Jesek que fait évidemment allusion le moine Neplach dans le texte que j'ai cilé précédemment'. Les Lichtenburk se rattachaient à la famille des Hronovci, qui portait dans ses armes deux éperons entre-croisés. D'après M. Zîbrt, qui renvoie au journal tchèque Lumir (t. Vill, année 1858,
I. Voir La bataille de Créty d'après les historiens bohémiens, lejffonde slave (2* série, p. 3).
Benesek, Ly^ek. On ne sait à quelles familles ils appartenaient ; tout ce qu^on peut dire, c'est qu^ils ont une physionomie tchèque nettement caractérisée.
Qu'est-ce que Kunhart de Pavlovice? Un Tchèque probablement. Il y a des villages de Pavlovice en Bohême et en Moravie. M. Zîbrt, qui ignore notre Kunhart, signale (p. 483) un Kunes qui lui est peut-être identique. J'ignore absolument qui est Arberker ; Tegel de Ried est très probablement un Autrichien. Il y. a un Ried dans la haute Autriche. Le nom de Mal- VELZAD n'a ni une physionomie allemande, ni une physionomie slave. Tegenburk est probablement un Allemand. Fbicendorl, comme nous l'apprend notre texte, est un Autrichien. Tusiek de Bavor paraît être un Bavarois. Toutefois cette interprétation n'est pas absolument sûre. Je vois bien Bavor, comme nom d'homme, mais non pas comme nom de famille, en Bohême. En revanche MiLiciN est un nom purement slave ; il s'agit d'une localité située dans l'arrondissement de Tabor, en pays absolument tchèque. Herman de Milicin fut tué à Crécy, et son château, en vertu de conventions de famille, passa aux mains de la famille de
tins, que probablement ils comprenaient dans leur personnel des moines grecs et sud-slaves, serbes ou bulgares qui initièrent les Varègues et les Slaves de Russie à la carrière monastique. Le premier monastère vraiment russe et sur lequel nous soyons largement renseignés, c'est le monastère Petchersky, autrement dit des Cryptes, à Kiev. Il doit ce nom à de longues cryptes qui s'étendent sous la colline qui domine la rive gauche du Dnieper. On ne sait pas exactement par qui elles furent creusées ; suivant les uns, par les Varègues envahisseurs pour y dissimuler leur butin ; suivant les autres, par les Slaves envahis pour se dérober aux sévices des étrangers. Quoi qu'il en soit, à dater de la seconde moitié du xi® siècle, nous voyons ces cryptes (petchery) donner leur nom au monastère, que dans la pratique on appelle Généralement, même en français, Petchersky.
"t en 1051 que nous voyons apparaître cette communauté.
^ pour fondateur un prêtre nommé
* se creusa une petite grotte dans
^v pour se livrer à la vie con-
ce laroslav entendit parler
'^ sa retraite et le fit naé-
stitué le monastère des Cryptes, sur la colline dans laquelle ces cryptes sont creusées et qui fut abandonnée aux moines par le prince Iziaslav. Ils y menaient une vie fort rigoureuse.
« Beaucoup de monastères, dit le prétendu Nestor*, ont été fondés pardes rois, des boïars, des gens riches ; mais ils ne valent pas ceux qui ont été fondés avec les larmes, le jeûne, la prière et les veilles. »
Théodose groupa autour de lui jusqu'à une centaine de frères. Le monastère n'avait pas encore de règle bien déterminée. Théodose lui imposa celle du monastère de Stoudion à Constantinople*. Pourtant certains articles de cette règle tombèrent en désuétude, celui notamment qui interdisait aux moines la propriété personnelle. La plupart des monastères russes empruntèrent cette règle au monastère des Cryptes, et Kiev devint ainsi pour le monde russe une sorte de capitale spirituelle de même qu'elle était déjà une capitale politique, « la mère des villes russes ».