Voir 2^ édition. Paris, Hachette, 1897, p
des Russes et des Polonais, mettez les Anglais et les Boers, vous comprendrez aisément la violence des polémiques. Les partisans les plus acharnés des Boers ne se croient pas obligés de mettre les Anglais en dehors de la famille européenne et du droit des gens. C'est pourtant ce qu'on faisait pour la Russie en 1867. Il me semble toutefois que la cause sympathique des Boers a fait couler moins de flots d'injures que, vers 1863-1870, la question polonaise. Mon séjour à Diakovo fut brusquement interrompu par un incident imprévu, mais qui au fond ne me surprit que médiocrement. Une dépêche, adressée du chef-lieu de leijoupanie^ Osiek (Essek) à la gendarmerie du bourg, faisait connaître qu'un étranger suspect se trouvait dans le palais de l'évoque, qu'il fallait mettre la main sur lui et l'expulser. Le télégramme avait été officieusement communiqué à une personne qui s'empressa de m'en donner connaissance. Était-ce le consulat autrichien de Belgrade qui avait signalé mon départ pour Diokovo? Etait-ce la police d'Agram qui croyait retrouver en ma personne le Français tumul-
1. Joupanie, préfecture. Osiek, plus connu sur nos cartes sous le nom hongrois d'Essek.
tueux dont j'ai raconté plus haut les aventures? Ni révoque ni moi n'osions nous prononcer.
Le jour n'était pas plus pur que le fond de mon cœur.
Ce qu'il y avait de certain, c'est que les Hongrois ne négligeaient aucune occasion d'importuner le prélat patriote et qu'ils tenaient à abréger mon séjour chez lui.
a Ils n'oseront pas mettre la main sur vous dans mon palais, me dit l'évêque, mais je ne puis répondre de vous si vous en franchissez le seuil. Ils chercheront quelque prétexte pour vous arrêter dans la rue et, une fois qu'ils vous tiendront, Dieu sait ce que vous deviendrez.
Si vous m'en croyez, vous allez partir pour la frontière militaire. — La frontière, supprimée depuis, était soustraite à Faction du gouvernement hongrois et dépendait directement de Vienne. — Je vais vous donner une lettre pour le curé de... et il sera heureux de vous offrir l'hospitalité. »
Une voiture fut immédiatement attelée; deux heures après, j'avais franchi les limites de la joupanie d'Osiek. J'étais à l'abri.
Je mentirais en disant que le curé de... m'accueillit avec enthousiasme. Il parut assez vexé
de la corvée que son évêque lui imposait. Il mit une chambre à ma disposition, mais il oublia complètement de m'ofTrir à souper. Le lendemain matin, j'allai rendre visite à Tune des notabilités politiques du pays, l'avocat Berlich. Je n'avais encore publié que deux volumes et je fus fort agréablement surpris d'en trouver un dans ce coin du pays croate. Je racontai mon aventure.
« Ah ! monsieur, me dit Tavocat, ils n'ont pas la conscience pure, et quand on n'a pas la conscience pure on voit des ennemis partout. »
J'allai passer la journée dans la Bosnie turque, puis je repris le bateau de la Save, qui me ramena à Sisek et de là je gagnai Agram.
D'Agram, pour rompre les chiens, je me rendis à Venise, puis de Venise je regagnai Vienne et Prague. Mes amis politiques, les Rieger, les Palacky, les Brauner, revenaient précisément du pèlerinage de Moscou. Ils étaient encore sous le charme, ravis tout ensemble -de Taccueil enthousiaste qui leur avait été fait et des progrès qu'ils avaient eu l'occasion de constater. Il se mêlait cependant quelques ombres à ce tableau. Fédéralistes par excellence, partisans de la Gleichberechtigung pour les états au-
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trichiens, les Tchèques n'avaient pu voir sans en être affligés l'impitoyable système de russification appliqué à la Pologne.
« Quand j'ai vu à Varsovie l'emploi de la langue russe absolument obligatoire, même dans les enseignes et les cartes de restaurant, à côté de celui de la langue polonaise, le cœur m'a saigné, me disait Palacky. »
Son gendre, M. Rieger, avait dans un banquet pris la parole pour plaider la cause des vaincus et solliciter la clémence des vainqueurs au nom de la fraternité slave. Il avait parlé en homme de cœur et en diplomate. Imaginez quel langage devrait tenir aujourd'hui à Londres un étranger venant intercéder pour les Boers. Son devoir serait de ménager les Anglais et non pas de les insulter. M. Rieger n'avait guère été compris par les Russes, et les intransigeants de la droite polonaise lui reprochaient son discours comme une trahison. M. Klaczko le lui avait bien fait sentir dans son pamphlet. D'autres Polonais avaient été plus équitables. Quand je reçus le journal tchèque qui renfermait le discours de M. Rieger, j'allai en donner lecture à mon voisin, le général André Zamoïski. Il fut touché de cette attention et me dit :
« Évidemment nous aurions aimé un langage plus énergique, mais nous comprenons quelle était la situation de M. Rieger et nous lui sommes reconnaissants de sa bonne volonté. »
L'articledeM.Klaczkoavaitfaitauxdeuxchefs de la nation tchèque une impression aussi pénible qu'à révoque catholique de Diakovo. Pour dissiper les préjugés qui régnaient alors en France grâce à Tinfluence néfaste de l'émigration polonaise, Palacky écrivit en allemand une longue lettre qu'il adressait à Saint-René Taillandier. Celui-ci, professeur à la Sorbonne, écrivain érudit et fécond, traitait alors dans la Revue des Deux Mondes les questions concernant l'Allemagne et la Russie. Il avait eu l'occasion de parler des travaux de Palacky ; il était un ami de la cause bohémienne. Palacky m'autorisa à prendre connaissance de sa lettre et à en garder copie. J'ai gardé cette copie. J'en ai donné communication aux héritiers de Palacky. Elle sera publiée dans la correspondance du célèbre historien. Saint-René Taillandier ne pouvait entreprendre de réfuter M. Klaczko dans la revue même dont ils étaient tous deux les collaborateurs. Mais il publia quelque temps après, dans la Revue des Deux Mondes, un article sur JLa
question tchèque et Vintérêt français, qui fit grand plaisir à nos amis de Prague.
Pendant mon séjour dans celte ville je reçus une lettre de mon collaborateur, le poète Joseph Fricz. Il me priait instamment d'aller le trouver à Berlin pour régler ensemble les comptes des souscriptions auxquelles notre volume La Bohême avait donné lieu. Je me rendis à cette invitation ; le poète étala devant moi toutes sortes de grimoires et me démontra qu'il était encore en déficit. Ce n'était vraiment pas la peine de me faire venir à Berlin pour m'annoncer de vive voix ce résultat. Une carte postale aurait suffi, mais en ce temps-là les cartes postales n'étaient pas encore inventées.
Fricz n'avait jamais compté autrement qu'en poète ; il n'y avait pas toujours du pain dans sa maison ; mais il avait toujours fait une part au superflu, « chose si nécessaire». Lorsde lanaissance de son dernier enfant, il n'avait plus que trois francs dans sa commode. Ravi d'avoir un fils, il sortit en chantant et rapporta triomphalement pour ce bébé, qui n'y voyait pas encore clair, un joujou de deux francs cinquante. Grâce à Dieu, ses deux fils, nés tous deux à Paris, n'ont pas hérité de la fantaisie du père. Ils ont
fait de solides études, ils ont fondé à Prague un établissement industriel qui est aujourd'hui en pleine prospérité. Inféodé de cœur et d'âme à l'émigration polonaise, Fricz avait fait tous ses efforts pour détourner Palacky etRieger du voyage de Moscou. 11 ne leur pardonna pas de n'avoir point suivi ses conseils. Il publia contre eux un pamphlet qui eut auprès de ses compatriotes moins de succès que n'en avait eu auprès du public français celui de M. Klaczko.
Les émigrés s'exagèrent en général le crédit dont ils continuent à jouir dans leur pays. Et le pauvre Priez constituait à lui tout seul Témigration bohémienne.
Nous ne devions plus nous revoir. Après une année passée à Berlin, Priez alla vivre à Buda- Pest, puis à Agram. En 1879, il obtint l'autorisation de rentrer dans son pays ; mais il continua à mener une vie errante. Talent très inégal, poète plus fantastique encore que romantique, il est mort à Prague en 1891 sans avoir vu se réaliser ni en littérature, ni en politique les chimères de sa jeunesse. Il a rêvé tour à tour d'être un Heine, un Byron, un Mickiewicz. Il est resté bien loin de ses modèles.
Il y a quelques années je visitais à Prague l'exposition nationale tchèque ; j'y trouvai toute une salle consacrée à la mémoire de Fricz.
Parmi les ouvrages du poète étalés sous une vitrine figurait notre Bohême historique. Je savais que ce volume, déclaré coupable de lèsemajesté, était interdit dans l'empire d'Autriche. Il est vrai que le jugement était intervenu à l'époque où quatre cents souscripteurs avaient déjà reçu leurs exemplaires. Je m'informai. On n'avait exposé que la couverture du livre ; l'ouvrage qui simulait l'épaisseur de notre volume était un traité de chimie. Si la police avait voulu le confisquer, elle aurait fait buisson creux.
Je rentrai à Paris riche d'impressions et de souvenirs. Ce qui m'avait surtout frappé dans mon voyage, c'était la différence des points de vue en ce qui concernait la Pologne et les Polonais. Pour les Français d'alors, la Pologne était, comme le disaient ses poètes et ses publicistes, une sorte de Christ des nations injustetement crucifié pour racheter les péchés du monde. Elle devait ressusciter et offrir à la France la plus chevaleresque des alliances.
Tout autre était la manière de voir sur les bords
du Danube, de la Save ou de la Veltava. Sauf quelques exaltés tels que mon ami Fricz, on ne considérait nullement les Polonais comme représentant la nation martyre, comme le premier des peuples slaves. On les plaignait sincèrement, mais on leur reprochait leur politique chimérique, leur égoïsme incorrigible.
Les Slaves méridionaux, les Serbes et les Bulgares, en lulte contre les Turcs, voyaient avec peine les anciens chefs de l'insurrection polonaise offrir leur épée au sultan pour maintenir dans la servitude musulmane des frères slaves, chrétiens comme eux et comme eux opprimés. En A-utriche, les fédéralistes, les Tchèques, les Slovaques, les Slovènes, les Croates constataient avec amertume que les Polonais faisaient bande à part et négociaient directement avec leurs ennemis les Allemands et les Magyars. A vrai dire, la situation politique des Polonais n'était pas absolument identique à celle des autres Slaves. Ceux-ci, dans leur grande majorité, admettaient l'existence de TAutriche et ne songeaient qu'à s'y faire une situation aussi tolérable que possible. Les Polonais avaient toujours les yeux fixés sur la reconstitution de leur antique république ; toutes les alliances,
celles du Turc, de l'Allemand, du Hongrois, leur semblaient bonnes pour réaliser cette généreuse ambition. Ils n'étaient point, comme disaient certains fanatiques de Prague, de Belgrade, ou d'Agram, les renégats de la race slave. Il n'y a pas d'intérêt slave supérieur à celui de tel ou tel peuple pris individuellement. Ils étaient Polonais avant d'être Slaves. Leur politique pouvait avoir sa raison d'être. La question est de savoir s'ils ne sacrifiaient pas la proie pour Tombre et s'ils n'auraient pas mieux fait de ne point donner prise aux critiques ou aux rancunes de leurs congénères.
Sans doute, ils avaient eu raison de ne pas se rendre au congrès de Moscou. Il leur était évidemment difficile de fraterniser avec les Russes ou même avec les autres Slaves sous l'égide de la Russie. Mais, dans l'Autricbe- Hongrie, dans la Péninsule balkanique, la situation était tout autre, et les griefs des Tchèques, des Slovaques, des Croates, des Serbes, des Bulgares, avaient bien quelque apparence de légitimité.
J'eus l'occasion en rentrant à Paris d'expliquer ces griefs à quelques-uns de mes amis de l'émigration, de leur signaler la déplorable im-
pression produite chez les Slaves par Tarticle de M. Klaczko, de leur expliquer que leur situation n'était nullement dans le monde slave ce qu'ils se plaisaient à l'imaginer. Ils furent absolument stupéfaits. L'émigration traversait encore une période de mysticisme national et catholique que l'échec de la dernière insurrection n'avait point affaibli. Représentante d'un peuple élu, elle croyait en son infaillibilité politique. En dépit de l'opposition de quelques démocrates dissidents, elle avait toujours à sa tête la fraction ultramontaine et conservatrice dont l'hôtel Lambert était le foyer et le prince Ladislas Czartoryski le chef incontesté. Roi de Pologne en espérance, le prince se contentait à Paris d'un titre plus modeste. 11 était le président de la Société d'histoire et de littérature polonaise, dont j'étais membre depuis 186S. La première séanôe tenue après mon retour eut lieu au mois de novembre 1867. Je ne sais qui avait fait courir le bruit, — absolument faux d'ailleurs, — que j'avais l'intention de communiquer à la société le résultat des observations politiques recueillies pendant mon voyage. Je n'étais même pas inscrit à l'ordre du jour. Néanmoins, le prince crut de-
voir m*interdire d'avance la parole, sans doule pour le cas où j'aurais eu Tintention de la prendre : « Je suis informé, dit-il au début de la séance, qu'un de nos confrères a Tinlention de nous faire une communication politique. Je dois rappeler que l'article X de notre règlement interdit les discussions politiques. » Je fis semblant de ne pas comprendre. J'eus cependant à prendre la parole, mais pour une communication d'ordre purement littéraire. L'Académie naissante dés Slaves méridionaux, la Société des sciences de Belgrade m'avaient prié de proposer au Towarzystwo historiczno literackie de Paris un échange de publications. Mes confrères décidèrent qu'il y avait lieu d'accorder l'échange aux Croates, parce qu'ils étaient catholiques et écrivaient avec l'alphabet lalin; de le. refuser aux Serbes, parce qu'ils étaient schisniatiques et imprimaient leurs livres avec l'alphabet russe. Ainsi, chez les attardés de l'émigration et de la Société historique, en dehors du catholicisme il n'y avait rien. L'histoire, qu'ils prétendaient étudier, ne leur avait pas même appris la tolérance.
La société avait rendu quelques services en faisant paraître des publications intéressant
r histoire nationale. Mais ses jours étaient comptés. Les hommes de 1830 disparaissaient peu à peu. Leurs épigones de 1863 ne se souciaient guère d'histoire et de littérature. Après les épreuves de 1870, le public français se désintéressa complètement de la cause polonaise qui Tavait passionné naguère, mais dont il n'avait jamais bien compris tous les éléments. Quelques années après la guerre, la société mourut faute de combattants, c*est-à-dire de membres actifs et payants, et laissa à l'Académie polonaise de Cracovie le soin d'entretenir sa bibliothèque dans les locaux du quai d'Orléans où plane encore le souvenir des Niemcewicz, des Zamoïski, des Mickiewicz et des Czartoryski. Ce sanctuaire national qui vit éclore tant de rêves, qui entendit de si nobles harangues, est aujourd'hui sous la protection du successeur de cette Marie-Thérèse « qui pleurait toujours et qui prenait toujours ».
L'histoire a de ces cruelles ironies.
En Bohême, 1871. — La Correspondance slave. — Les prisonniers français. — Mission en Russie. — Henri Martin. — Jules Simon. — M. Thiers. — Varsovie. — Le malheur d'être polyglotte. — Moscou. — Souvenirs de Sébastopol. — Bouslaev. — Plsemsky. — L'hospitalité russe. — Les environs de Moscou. — Pétersbourg. — Mon parrain Sreznevsky. — Le général Le Flô.
C'était au lendemain de la guerre, dans les derniers jours de mars 1871. Je servais comme sous-officier dans les mobilisés. La Commune venait d'éclater: mon bataillon y avait adhéré. Je me trouvais insurgé bien malgré moi contre le gouvernement légal et fort désireux de m'en aller. Tout à coup je reçus une lettre d'un de mes amis de Prague. Depuis deux ans un journal français, la Correspondance slave, paraissait dans cette ville ; le rédacteur en chef avait dû donner sa démission. On me demandait de venir le remplacer. Aucune proposition ne pouvait m'être plus agréable. Je n'avais rien à faire à Paris. Je n'appartenais à aucun service
public. Notre pauvre France était désorganisée pour longtemps. A Prague, j'allais retrouver mes amis tchèques, — j'avais déjà visité la Bohême en 1864, en 1866, en 1867, —me replonger dans mes études favorites, servir deux causes qui m'étaient également chères, celle de ma patrie, celle des Slaves, en luttant encore — cette fois par la plume — contre l'Allemand.
Ce n'est pas une chose aisée de rédiger un journal français à l'étranger. Je n'avais, en arrivant, qu'un seul compatriote comme collaborateur ; c'était un Français qui avait longtemps vécu en Allemagne, qui ne savait pas grand'chose des questions slaves et dont le jugement était trop souvent oblitéré par l'abus de l'alcool. Au bout de quelques mois, je dus, à mon grand regret, m'en débarrasser et le remplacer par un collaborateur plus docile.
Les circonstances étaient d'ailleurs favorables au succès des idées que j'avais toujours défendues. Notre défaite avait eu, chez les Slaves ennemis de l'Allemagne, un douloureux retentissement. Ils sentaient fort bien que notre cause était la leur et qu'ils étaient à leur tour plus menacés que jamais. L'empereur François-
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Joseph semblait avoir compris le péril que couraient son empire et sa dynastie. Il avait confié la présidence du cabinet cisleithan à M. do Hohenwart qui paraissait fermement résolu à faire prévaloir le programme fédéraliste et à satisfaire les légitimes revendications des Tchèques. J'assistais, le 14 septembre, à cette mémorable séance où le souverain fit communiquer à la Diète de Prague le rescrit où « reconnaissant l'importance politique de la couronne de. Bohême, se souvenant de 1^. gloire que celte couronne avait prêtée à ses prédécesseurs, plein de gratitude pour la fidélité avec laquelle la nation bohème avait soutenu son trône », il se déclarait prêt à reconnaître les droits du royaume et à renouveler cette reconnaissance par le serment du couronnement.
L'enthousiasme fut imfnense. Quelques jours après, le désenchantement était à son comble. Sous la pression des Allemands et des Magyars, le souverain ajournait indéfiniment l'exécution* de sa promesse et congédiait le ministère Hohenwart.
Il se produisit alors un fs^it des pi us étranges: l'imprimerie Skrejsovsky avait fait tirer sur papier vélin des exemplaires polychromes du
rescrit impérial qui constituaient un véritable bijou typographique. Le public se les arrachait. Un certain nombre d'exemplaires avaient été luxueusement encadrés et affichés dans les lieux publics : cafés, restaurants, clubs. L'un des premiers actes du mini^ère Auersperg fut de faire confisquer par la police un document auguste qui était devenu un emblème séditieux. La parole d'un roi saisie par les argousins de son gouvernement! Je ne crois pas que l'histoire d'aucune monarchie ait — depuis le retour de Varennes — jamais offert un pareil exemple d'abnégation chez un souverain.
Au moment même oîi ces événements s'accomplissaient, une librairie de Prague venait de publier sur le règne de Louis XV une sorte de roman intitulé : Un misérable roi. Le lendemain de la chute du ministère Hohenwart, la Gazette nationale fit paraître en tète de ses annonces une réclame gigantesque :