JULES CLARETIE
de dissertations, d'histoires sur Hamlet, depuis Wilhehn Me" /5/c/' jusqu'à la plus récente des critiques, que j'avais complètement perdu le sens de la réalisation possible...
Que faire?
Hamlet était-il, selon Stendhal, un monstre d'amour filial ?
Un fou ?
Un homme intelligent qui contrefaisait le fou?...
Bref, j'étais noyé.
Un de mes amis, comprenant clairement mon état, me dit :
— Rentre chez toi. Prends une des meilleures traductions de Shakespeare, celle de François- Victor Hugo, par exemple. Metstoi la tète dans les mains, et lis Hatnlet de la première ligne à la dernière, comme si tu l'ignorais totalement.
Je suivis ce conseil. Je rentrai chez moi. Je pris le livre. Et je le lus comme un enfant. Alors il me sembla que c'était bien plus facile que ne le pensait mon imagination en désarroi. Toutes les broussailles de mon esprit s'écartèrent.
Hamlet me parut un être né pour l'amour et voué à la haine et au mépris. Un être bon et tendre. Il adorait son père et son père est mort. Il aimait éperdument sa mère, et celle-ci s'est
remariée un mois après la mort de son père. Et il hait instinctivement l'homme que sa mère a épousé.
Le spectre de son père lui révèle que la reine est la cause de sa mort. Alors, il tombe des nues dans un abîme de terreur folle et de perplexité.
Comme il comprend que son exaspération est visible, et qu'elle va l'entraîner à de redoutables paroles, il contrefait le fou pour se préserver. Seulement, à force de simuler la folie, dans de grands moments d'émotion, il la côtoie. A un passage de la scène avec sa mère, il est bien près d'être réellement fou.
Il tient tout le monde en suspicion. Il avait deux bons amis. Il surprend un signe d'eux qui les lui révèle traîtres. Il voit venir Ophélie. Il se sent heureux de ce frais visage, son cœur se dilate à l'idée d'un peu de tendresse... Il dit bonjour à la jeune fille... Et il se rend compte, aux premiers mots, qu'Ophélie l'interroge, et derrière une portière, il aperçoit Polonius qui épie ses réponses.
Il semble bien, — ceci dit en passant, — qu'on se soit trompé sur le' compte d'Ophélie... C'est la fille d'un courtisan et la sœur d'un ruffian.
Dans la première version d'Haiulet, Ophélie est une fille de mauvaise vie, envoyée à