‹ Souvenirs d'un tragédienChapitre 24 sur 38 · A MON AMI JULES TRUFFIER RÉPONSE EN BOUTS RIMÉS A SON JOLI SONNET · texte numérisé non relu

A MON AMI JULES TRUFFIER RÉPONSE EN BOUTS RIMÉS A SON JOLI SONNET

Quand les dieux étaient forts, les cœurs purs, autrefois, Bien loin de nous, hélas! dans les âges antiques, Les poètes erraient et leurs voix prophétiques. Clamaient à travers champs, plaines, coteaux et bois.

Et le charme était tel des poétiques voix —

Pour les beaux Athéniens rrvant sous le portique —

Qu'il suffisait alors, sous le ciel de l'Attique,

A susciter Vorgueil ou calmer les effrois.

Nous sommes plus rétifs à la lyre sonore; Son charme cependant, nous le sentons encore Et les vers faits pour nous ont un accent divin.

Je suis digne, dis-tu, du myrte et de l'acanthe?

Eh bien, quoique poète ait le sens de devin.

Je nen crois pas un mot... mais ton sonnet m'enchante]

(Garrigues, septembre 1906.)

Je donnai toutes mes idées à Barbier, nous parlâmes, nous vécûmes ensemble la Vieil" lesse de Don Juan... Barbier transcrivit le fruit de nos entretiens en beaux alexandrins sonores. Et quand l'œuvre fut achevée, il voulut rejeter sur moi l'honneur de l'avoir menée à bien. Que justice soit rendue ici à son excessive modestie !...

Nous présentâmes la pièce à M. Claretie, qui nous conseilla de la porcer à l'Odéon. Paul Ginisty, alors directeur du second Théâtre- Français, la reçut, à la condition que j'en interpréterai le principal rôle.

Le Ministre de l'Instruction publique, M. Bienvenu-Martin, y consentit très volontiers, mais le Comité de la Comédie-Française s'y opposa. M. Claretie offrit alors de recevoir la pièce en raison de cette attitude du Comité.

Mais il nous eût fallu attendre longtemps sans doute son tour de représentation. Nous fîmes observer que la pièce appartenait à l'Odéon, puisqu'elle y avait été retenue tout d'abord...

içS SOUVENIRS D'UN TRAGÉDIEN

Le Ministre, mis au courant de ces péripéties, usa de ses prérogatives pour me permettre de jouer ma pièce à l'Odéon.

La presse fut très iîatteuse pour la Vieillesse de Don Juan. Les félicitations allèrent, en même temps qu'aux auteurs, aux excellents artistes dont je fus entouré, M''" Madeleine Lely et M"' Dux, MM. Janvier, Candé et Séverin.

Quant à moi, je pense ne l'avoir point bien jouée. Aux répétitions, je faisais travailler tous les rôles, de sorte que j'arrivai à la première les sachant tous... sauf le mien!

Et puis, j'étais un peu déconcerté... J'écoutais toutes les répliques... J'avais beau me dire que la pièce n'était plus de moi et que l'auteur devait céder le pas à l'acteur, le souci démon texte me barrait un peu la désinvolture que j'eusse souhaité faire paraître...

C'est à cette époque que, sur le conseil de quelques amis,jeposai ma candidature à l'Académie des Beaux-Arts.

VOICI deux lettres que j'écrivis, en 1909 et 1910, au Secrétaire Perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts, à roccasion de ma candidature :

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE PERPETUEL, MESSIEURS LES MEMBRES DE l' ACADEMIE DES BEAUX-ARTS.

fai l'honneur de vous informer que je pose ma candidature an fanteuillaissé libre par la mort de votre regretté confrère M. Michel.

Plusieurs fois déjà, fai été accueilli par vous avec une bienveillance toujours croissante qui a paru justiHer mon ambition.

Je viens vous prier de me continuer cette bienveillance dont j e sens tout le prix. Vous le save^: de très illustres acteur s, MM. Mole, Monvel, Préville et Grandmesnil, ont eu V heureuse fortune de prendre place sous la

glorieuse coupole, lors de la fondation de VInstitiit de France. Sans prétendre les égaler, je me borne à invoquer prés de vous mon titre de doyen de la Comédie-Française, à vous faire remarquer que Vart théâtral ncst plus représenté parmi vous, et à vous affirmer^ qu'après une carrière de plus de quarante années, et dans la mesure de mes forces., fai toujours essayé de ne pas trop déchoir de la tâche que je m'étais imposée, et que, si je n'ai pas mieux fait, c'est, que, réellement, je n ai pas pu m.ieux faire.

Codifiant dans votre esprit d'indulgente justice, et quel quesoit d'ailleursvotrearrct, je vous prie de vouloir bien agréer pour vous, Monsieur le Secrétaire perpétuel, et pour les grands artistes dont je brigue les suffrages, l'hommage empressé de tout m.on respect, de toute m.on admiration, et de tout mon dévouement.

MouNET- Sully.

9 juillet 1909.

Je ne fus point élu cette fois, mais j'eus cependant quelques voix. A plusieurs reprises je me présentai en vain.

Mais une nouvelle vacance étant venue à se pi'oduire, et me croyant alors quelques chances, je posai, à nouveau, ma candidature en ces termes :

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