‹ Souvenirs d'un vieillardChapitre 10 sur 30 · LE DINER DE LA SAINT-NICOLAS · texte numérisé non relu

LE DINER DE LA SAINT-NICOLAS

Roger est venu me chercher pour le dluer de la Saint- Nicolas, OÙ se réunissent les anciens camarades de classe. Depuis bien des années, j'avais cessé d'y assister. J'i-

50 sooyEsms ccn vieillard.

gnore si Mas soannes moore nombreux, et je demaiide

h mon compagnon qpaels convives seront présents.

€ Us sont trois seulein^t, me dit-il, nuis que vonsne pouvez avoir oubliés. C'est d'abord BeauKeu le oonsàlter, un ci^devant Alcttxiade ({ui croit qae sa perruiçae cacfte ses soixante^-septoansyporteun jabot et oeoliaue à se parer des. mollets iiqu'il a eus; puis Lefort, un exceHeût aomme, persoadé qu'il était né pour la littérature parce (]u'il s'est troQvé impropre à laute autre professîontetqui parle d'Horace commeée son oo&temporain, bien qu'il n'ait que soixantenliX'^iiis; «nlln Hériot, moins yimx d'une année, jnds plus-grave ^de dix, et cpii se (Mroitprofond parce (fu'il prend du( tabac, o»

Je me suis étonné de voir que tloger connût si exactement rage éo chacun 4a nos undens caxoarades.

« Vous ne savez dcmcpas, me diMI, q«te je m'occupe maintenant de statislique ! J'ai entreqpris de connaître le chiffre de la-râ niojenae dans notre arrondissement ; depaistrusjottrsi jetoiiUelesa^^s del'étaf civil ! Quand nos dames sauroat que je vérifieies âges, je vais marcher de pair avec les grandes puissances ; on me demimdera des nouvelles de nion perroqmt. »

Nous arrivânResenftn;ies' trots convives -'ttaioat déjà Téunis, et leur accueil fut ce qu'il devait être. BeauUfu me parla en fredonnant des parties de* vers ettles cavatlnes de notre jeunesse ; Lefort me cita un vers de Virgile, et Hériot toussa trois fois très-gravement en prenant du tabac ; Roger me dit que c'était sa manière habituelle de prouver qu'il pensait. *.

On vint bientôt nous annoncer que le dîner était servi. n avait été commandé par le conseiller, qui, delwas les livrei> publiés par ses- confrères les magistrats, »e connaissait, je crois, à fond que celui de Brillat^awirin.ill

LAtD£aNl£RE ÉTÂP£. Il

cornsnença dsie âissertalien de gastronamie transcendanle, enirecottpée de citatioBs de Berchoux et de ûésaupers^xp*!! itenmna par une iamentation élégiaque sur les changemeate ^«ayait subis la cuisine française.

« On se nourrit encore, mais oa ne sait plus fiianger, > dil^il €n usmfWBt las . paiioles 4U1 mailrç ; lés dtners sont deiWBns siKn)^ômfi&t>ABs ediilMiittns de luxe ou des prétextes de réunion ; on n*en fait pbis,un 1» t| mais mx moyen : aassi voyea (inieUedécadeikce 1 ûaveus sert des fleurs, on TOtts. liait iQWfef>8ans(ya»fii perinettreles réflexions. Plus* :dâ oes .savant dôbats ($«1 easerçaieat l&^oûlet laisaient il'ëdncftten.du palais. ÊherohezHEBoi encore unThoosune «lui, cmïjme te OMOjnsuEideHr de Souvré, pourrait reooanattre soixante-quatre vins rien <j^'au bouquet, et disljn* .IperJesjpetilfiipcÂsid&Clamart de ceux d*^pinay.

— Parbleu Ij'espéte bien <pilLo?y en^a. j>lij8,iaterDemtfÂtsiLoger.

— !lliivy'raâ.pliiSj r^taHériet,4uiiouîllaJtdaBasa tabatière avec Tair que pouvait avoir Newlcm- cherchapt le JsyslèBie du monde.

— Et savez-vous pourquoi, eber ami? repnt' le con- •"fleiUer ûes/m ton léger, c*est qu'on a abondonné les tca* - édifions ikalionales peur* introduire des usages et des m^s imtbaFes.îLe cesi»opoUtisme^asttK)noini^efij^ a perdus ; c'est lui qui a désboAoré nos tables de taat de pâtes itali^imes et de tant de brouets> britanniques.

— Virgile Ta dit, fit observer Lefort* qui cherchait depuis* tongtémps à placer une citaitàixiiijTmôoJàanaos et donafarentes*.

— Effets du volcan révolutionnaire, ajauta.niélaficoli<« quement Hériot.

* Je crains les Grecs même danslears juréseBUk

— Un moment, interrompit Roger; et quel désastre social, je vous prie, a donc produit chez nous la naturalisation du plumpudding ou du macaroni ? Dieu me pardonne I à en croire Beaulieu, Thistoire de Thumanitô .serait une question de cuisine.

— Rappelez-vous Taphorisme du docteur, dit le conseiller avec son rire marquise : Dis-moi ce que tu man" ges, je te dirai ce que tu es.

^ Et moi aussi, parbleu I reprit vivement Roger, Amenez-moi, sans me les nommer, les hommes connus de tous les temps et de tous les lieux, et, sur ce renseignement, je gage les reconnaître. Â ceux qui me diront : Je vis de ce que je trouve et sans y prendre garde, je répondrai : Tu es Épaminondas, Caton, saint Vincent de Paul, Turenne ; à ceux qui me vanteront leurs festins : Tu t'appelles Sardanapale, LucuUus, ou Turcaret.

— Bravo ! bravo 1 s'écria ironiquement Beaulieu, notre cher Roger n'a pas changé ; c'est toujours l'avocat général du présent.

— C'est-à-dire du chaos, objecta Hériot gravement.

— Mais, quoi qu'il en soit, reprit le conseiller en se renversant sur sa chaise^ et jetant une jambe sur l'autre, je maintiens, cher ami, que tout s'en va dans notre pauvre monde ; que les dîners sont moins délicats, les femmes moins belles, les hommes moins aimables...

— Comment en serait-il autrement? interrompit Lefort ; on apprend les mathématiques, les langues étrangères, et on oublie le latin I... ce qui fait qu'on ignore le français. Nos auteurs contemporains ne connaissent plus le grand précepte du législateur du Parnasse :

Sans la langue, en un mot, Tauteur le plus diyin Est tot^oors, quoi qu'il fasse, un méchant écrirain.

LA DERNIËRE ETAPE. 03

— Comme, sans la reconstitution de Ijancienne société il ne sera jamais qu'un sujet rebelle, acheva Hëriot. »

Et, se réunissant tous trois dans une sorte de chœur plaintif à la gloire du passé, ils commencèrent à regretter ses joyeux soupers, ses gavottes, ses tragédies^ ses bouquets à Chloris, ses corporations, ses parlements et ses fermiers généraux.

Roger essaya en vain de répondre ; le Champagne aidant, l'enthousiasme des convives semblait grandir et devenait toujours plus bruyant. Enfin, Lefort se leva, et, prenant la parole, il proposa un toast à tout ce qui avait été et qui n'était plus.

€ Jamais 1 s'écria Roger à bout de patience... Au diable les élégies rétrospectives t Faites votre gîte des ruines, si le cœur vous en dit; moi, je préfère les toits neufs.

— Le malheureux a oublié ses beaux jours ! s'écria Lefort pathétiquement. Contemptor temporis acti !

— Dites que Raymond et moi nous sommes seuls ici & nous les rappeler, reprit Roger, ce qui fait que seuls nous pouvons les juger. Vous autres, vieux étourdis, ce que vous prenez pour ces jours, c'est vous-mêmes : vous croyez que le monde a perdu tout ce que T&ge vous a enlevé... Si les dîners d'aujourd'hui te semblent inférieurs aux soupers de ton temps, Beaulieu, n'accuse que ton appétit, et ne t'étonne pas de préférer la gavotte que tu

dansais à la polka que tu ne danses plus Toi, Hériot,

parce que tu étais maire de ton village et qu'un plus jeune t'a remplacé, tu voudrais rebrousser chemin jusqu'aux croisades ; et quant à Lefort, il ne peut se consoler de voir le moindre écolier qui sort de rhétorique imprimé comme lui dans l'Âlmanach des Muses. Hélas I chers amis, votre erreur est celle de tous les hommes. Chacun de nous regarde le temps comme son laquais et

th SOUTENIR^ D'UN VIEILLARD.

▼ent s'en faire suivre ; mais le temps n*^t qfti-fa Men. Il marche, il marche d^as pas toujours égal, et, parcetcffie le niMreseralenlit^ nous crions qu^il Ta-trop vite, qd -il est deyenu fou, qu'il court aux abîmes^. Le del me g&tàê'de le croire^ amis ; si je' ne puis le suivre que de loin,' du moins je lui eHverrai mes souhaits d'heureux voyage... Buvez, eomme vous le propose Lefort, à toutce>qui aiMé et à tout ce qui n'eist plus ; Raymond et moi, nous boi- . rons à ce qui est et à ce qui sera. »

Acesmots, nos deux venessesont cherchés, tandis^que

:nous entendi0B9(se choquer ceuxde nés eompagnDBs,«ar

aucun n'avait été persuadé, et tous^dis^ont bientôt repris

leur plainte contre le présent. Ils ont parlé d'abord des

plflâfiii's petdus, des inftrmitës croissantes, du vide qutse

faisaitiautour>d'eux« 'Roger et jnoi nous avons écouté en

-sâenee; mais quand, paEssantde^la plainte à Taccasation,

ils ont vuiduinootier lemonde, vide désormais de joies^t

(jde vertus, 'descendant rapidement ^duis un goufte, quand

• leurs voix, réunies pour une funèbre prédiction, ont Té-

:fété en bhxBur que le glas if unèbre sonnait pour le genre

:linmain, Roger s'est levé impétueusement et s*est écné :

« « Il soone,'en'Bflët,(imais <pour noue^mémes 1 La nuit

rqui ee fait' n'est pas dans de monde, elle est dans nos

yeux. Ne sentez-vous pas vos têtes qui penchent, vos

' pieds qui chanceUent, votre saïKg-qui se refroidit ? Tous,

ici, nous sommes le passé, c^e6trè-dife ce qui doit tomber

pour laisser la place lave au soc qui labou«e au.profit de

Tavenir. L'étemeUe Jauoheuse'le sait ; elleestlà, derrière

cette porte; elleaitteBd'que la voix du maître lui crie : La

moisson est mûre L,. Encore un instant, etvoos la ver*

rez entrer^ sa faux k la main. 2»

La porte s'est ouverte/ en effet, mais c'était rhôtétier . ^l^ppoctut soaiméfiKrire.

LA fiBBN{ÈB:& ÉTAPE. S$

^r2s avoir soldé, nous avons pris congé l'un de Tautre^t nons.nous sommes séparés.

Roger les a regardés partir^ puis^ secouant la tête :

«Allez, a*t-il murmuré, •adorateurs des idées mortes» fiénatsdes royaumes détruits 1 accvoupîâsez-vous près des tombesy.au Heu d!aUer souiâre aux berceaux; et surtout ne vous «plaignez pas que^lesjdei^ères.années soient froides et désenchantées, vous quine voulez point aroke.que la jeunesse ait encore un soleil et des enc^ntements. Mais nous, ami, restons, jusqu'au bout aur le pont du : navire, mMés aux crainies,>aux espérances des matelots, .et n'allons pasinous coucher souade pont en umonçant lOi naufrage. Quand la vie déctolten nous,.empruntoas à la vie des uites ; soyonsifoets deleur focea et joyeuxde .Jour joie. »

nous avionagagnéJe chemin 'du canal ;.le soleil, déjà presque dispam dsniiève l'Jiorîeon^'ne répandait plus autour de nous que des lueurs mouranles. Les collines embnimées disparaissaient au.l0in , etiesidétsûls de la vallée, moins distincts, s'effaraient lenlâmeat.>Mûn compagnon a étendu la main vers le couchant :

€ Voyez, a-t4l dit, le jour va^finir, et ceux qui ne regardent point au delà d'eux-mêmes pourraient dire, comiïie nos convives detoutà l'heure, que le soleil s'éteint à jamais. M^s L'homme qui penser sait qu'au 4noment où la nuit. couvre eea yeux, d!aul«esyQUx:ûnt4éjà aperçu l'aurore. »

•xm

Ta

liONSIBim BAPTISTE*

J'aioparlé à Roger ^du piK^jet de mariage de nos serviiiem^ ; il 9km&.bemix^ de gt âce à.^ XacôiLiter l'exécu-'

tion. Il gardera René qui est accoutumé, dit-il, à ses gronderies, et Félicité surveillera seule le petit commerce qu'ils veulent entreprendre. "

Reste à chercher quelqu'un qui puisse la remplacer chez moi. Roger m'a proposé un domestique devenu libre par la mort du comte de Farel. Le comte était un philosophe de Fécole du Contrat social, un peu bizarre, mais adonné à toutes les grandes vertus. Ceux qui riaient de ses idées ne le rencontraient jamais sans se découvrir. Son valet a été formé par lui ; c'est aussi, dit-on, un philosophe, grand lecteur à ses moments de loisir, et qui parle comme un avocat. Roger, qui le connaît et en fait cas, a proposé de me l'envoyer dès aujourd'hui. J'ai accepté, et, à l'heure dite, notre homme est arrivé.

C'est un petit vieillard maigre, propret, mais formaliste. Il a essuyé ses pieds trois fois avant de dépasser le seuil de mon cabinet, il a salué et s'est nommé :

« Monsieur Baptiste. »

Je l'ai regardé avec un peu d'hésitation.

« C'est vous que m'envoie mon ami Roger ?

— Moi-même, monsieur.

— Vous avez servi le comte de Farel ?

— Pendant seize ans.

— Vous cherchez une place ?

— Et Ton m'a dit que monsieur en avait une.

— Alors causons... monsieur Baptiste.

— Je viens pour cela, monsieur. »

Et comme' il s'est aperçu que j'oubliais de lui offrir un siège, il en a pris un (le plus modeste) et il a attendu mes questions.

Je l'ai interrogé sur ce qu'il savait faire ; il a répoiidu nettement, sans vanterie, de manière à me convaincre qu'il pouvait suffire à tout. La modestiede mon ménage ne

le rebute pas ; il s'accommode de la médiocrité des gages. J*ai cru inutile de pousse? plus loin mes investigations» et je lui ai dit :

€ £n voilà assez, tout est convenu; j^ vous arrête, Baptiste.

— Monsieur Baptiste, » a-t-il repris gravement. Je Fai regardé.

« Ah I vous tenez à ce que je n'oublie point ce mot?

— Par la raison que je ne Foublierai jamais en parlant à monsieur. »

Je n'ai pu m'empècher de sourire.

€ Gela peut paraître singulier à monsieur, a-t-il ajouté avec calme ; mais j'ai mes raisons...

— Et puis-je vous les demander sans indiscrétion^ monsieur Baptiste ?

— Certainement, daus le cas où cela intéresserait monsieur.

— Beaucoup.

— Eh bien ( je crois que le langage influe sur les habitudes, et que la trop grande familiarité de termes unit par se traduire en manque d'égards.

— La remarque est de vous, monsieur Baptiste ?

— Non, monsieur,' elle est de monsieur le comte... qui était, comme monsieur le sait peut-être, un véritable sage... mais j'ai cru reconnaître sa justesse dans ma petite expérience.

-— Je suis de votre avis, monsieur Baptiste.

— C'est un honneur et un plaisir pour moi, monsieur.

— Je vois que vous avez des principes.

— C'est-à-dire que monsieur le comte m'a fait réfléchir à la position respective des maîtres et des dômes** Uques.

— Et vous avez trouvé ?..•

08 «oovBrr ins d^ctw vieillard.

— Qu*en avilissant l6 plus souvent les uns, dië* rompait les antres.

— Oh 1 oh 1 voilà de bien gros mots, monsieur Baptiste f -* Pas plus gros que les choses^ monsieur. Dans la

domesticité ordinaire, il semble que le mattre aitsmile— ment des droits, le serviteur seuiementdes devoirs ^ d-où il résulte que le premier tend toujours à Tabus, le second à la révolté.

— Et.quel remède voye^voFus à cela, monsieur Baptiste?

— Monsieur le comte m*a fait comprendre quUl n*y en*, avait qu'un seul^ monsieur: le respectrétiproqiie. Quand le eommandement est poli, Tobéiseanoe n'a rien qui puisse révolter. Je ne m'en étais pas rendu compte autrefois ; je^ trouvais seulement dur de me soumettre; A mon âge^ la domesticité me paraissait humiliante pour an vieiUetrd;i Monsieur le comte m'a enseigné le mojien' de la rdever.

— Comment cela ?

— En exigeant plus d'égards que de gage»,, monsieur, et en rendant mes services assez utiles pour qu^on craigne de les perdre. On a beau n'être qu'un domestique^ qmad les cheveux commencent à blandiir, il faut sauvegarder sa dignité.

.— Vous avez raison I me snis-je-éÉrié ; qne Dtéu me pardonne, monsieur Baptiste^ d'avoir tout à l'heure sourifl vous me faites voir, pour la première foisi, la vieillesse noble sous la livrée. Je crains seulement que vous nd trouviez pas beaucoup de maîtres pareils au comtes

— Je le sais, monsieur; on le traitait dlèriginal»

— Dites de cerveau timbré.

— Peut-être ; mais comme* on m'a dit que monsieur lui ressemblait un peu...

— Moi I me suis-je écrié en riant ; sur mon^âmev on m'a fait trop d'honneur. J^ tâdierai cependant de

LA DERNIERE ETÂP& iti^

Dei<'pii9'<Iéâi0ir dans votre opinion; mais si^ infDloiH* tairément, je tous ètessais en* quoique ^cboBe»»'» - — J*(n!«rlirai& monsieur.

— -SeiU.. « remr, monsieur Baptistdi -^ J'ai Vhonneur de saluer monsirar. »' It s'est indiné -gravement comme un ambatsadeur en^ audirace de congé, et il a. diapara.

Déddém«!&tje y9ùx eass^ mantkfm Bûptisie ; ce sera un moyen de m-améliOTer. Nesdomestiques ne isont baUtueUement que les complaisants ou les victimes de nos travenr, je suis curieux d'en. aiseir un qui s*cn fera* fnmchement le juge. S'il ne me sert point, ehrbieni ik m'41ët>eia: l'éducation ne doit s'aobever qu'k la tomber

Loisinsu

AiijdurdWurjetnesttisrAi^llédff.beimn berner 10^ seteil matinal se gUlssaitenà^ les ridesui^e ma fenétn» el-banaii la chambra dhm* rajomr^ étinodant dansi le^ueb se jouai^t d'itinombrabtes^atomeflpi Je meisuis oubMA quelque-temps 4i«voîr tourbillosner ce^mondes des« inÛH Btment pelita qui; ne sont qu'une degré de rimmenst ééheUe de la création. D)9vest eux il m'a semblé que j*é« tais plus grand, plus fort; j'aiélé plus content de ma condition d'homme^

Nms veilh auirpremiers jours de^rkutmnne, l'air du matin est déjà froid ; je vois de monialoAve les* toits ra^ couverts d'une légère dentelle • de ^gelée^blanabe ; la cbaleur du lit m*«a paraiti plus douce ; j'en joui&a.i«c une volupté confuse^ Au dehors^ tout est en mouisement^ Lès

eO SOUVENIRS D'UN VIEILLARD.

chariots pesants font trembler les pavés, les cris dès marchands retentissent, des pas se croisent dans la cour, des voix se répondent; j'entends le palefrenier qui siffle son air habituel en faisant crier la poulie du puits banal; les oiseaux eux-mêmes gazouillent et picorent dans le jardin ou sur les toitures ; le monde a repris sa rude journée, et avec elle recommencent les préoccupations, les débats, les sueurs. Tout s'agite et s'inquiète , tandis que moi je prolonge les douces sensations du réveil.

C'est la vieillesse qui me fait ces loisirs sans remords. Vétéran de la vie, j'ai le droit de regarder l'activité journalière sans y prendre part : ma tâche est achevée ; assis au pied de mon œuvre, je puis croiser les bras ; les dernières heures du soir sont à moi.

Je n'avais encore jamais réfléchi à ce privilège. La jeunesse est un noviciat forcé où temps, volonté, intelligence^ tout est la propriété du maître. Nos pieds nous portent, mais ne se meuvent qu'au commandement. •— La virilité ' nous impose des devoirs de chaque instant ; — ^l'ftge mûr alourdit le fardeau des responsabilités ; — la vieillesse seule est véritablement libre. Le monde, dont nous étions esclaves, signe alors enfin notre affranchissement. A nous les longs sommeils, les promenades sans but, les causeries ininterrompues, les lectures capricieuses, les heures perdues à l'aise ; nous n'avons plus là, à notre porte, les six jours de la semaine, criant comme le Barbe-Bleue du conte populaire : — Descendras-tu de là-haut ?

J'enregistre cette nouvelle joie de la vieillesse. Désormais je tâcherai d'en jouir plus pleinement en me rappe» lant les mille chaînes dont l'âge m'a délivré.

Déjà ce matin j'ai prolongé, avec une sensualité réfléchie , cette douceur du lever tardif. Chaudement coucha et regardant le soleil qui semblait tout égayer autour de

LA DERNIÈRE ÉTAPE. Cl

moi, j*ai longtemps écquté les bruits de Tagitation et du travail qui bourdonnaient au dehors avec l'espèce de frissonnement voluptueux qu'éprouve celui qui se sent abrité lorsqu'il entend

Tinter mir la Titre sonore Le grésil léger qui bondit»

Je me suis enfin levé ; au premier coup de sonnette, Félicité m*a apporté mon chocolat.

« Quel temps, Félicité l

— Âh 1 oui, monsieur, bien mauvais.

— Gomment, mauvais 1 ne voyez-vous pas que le soleil griller

— Eh I monsieur ne voit-il pas la gelée blanche f

— Sans doute ; mais l'air n'en sera que plus ferme et plus sain.

— Pas pour les jeunes laitues, monsieur.

— Vous songez aux jeunes laitues, Félicité f

— Rapport que René en a semé. »

Je souris, mais je comprends. Brave fille ! elle n*a déjSt plus que les préoccupations de René ; elle s'intéresse à tout ce qui l'intéresse! Qu'importe l'objet de cet intérêt? Ce qu'on aime est toujours assez grand pour unir quand on l'aime en commun.

Cependant, comme j'ai un autre baromètre que Félicité, je persiste à trouver la matinée belle, et je sors pour une promenade.

J'hésite d'abord sur la direction à prendre ; rien ne m'appelle d'un côté plutôt que d'un autre ; mon temps m'appartient et toutes les routes sont à moi. Enfin je me décide pour les grands coteaux. J'irai jusqu'à la maisonnette du père Bouvier ; voilà longtemps que je n'ai vu ni lui ni son filleul Armand.

ea SOUVENIRS D*UN VIEILLARD.

Je monte les petits sentiers qui serpentent au p^n^hant de la colUne. Les haies, presque complètement dép^iU lécs de leurs feuilles, sont diaprées de baies rouges, brunei et jaunâtres, autour desquelles tournoient des volâes d'oi seaux. Je traverse les friches dont les hautes herbes font trembler, à leurs sommets -, iê grosses perles de rosée ; quelques vaches qui pâturent se retournent à mon passage en me jetant un regard vague* et p^siUe. J^atleins le sommet et je m'arrête;

La vallée est à mes pieds, enoore àmoitié-eRfouie dans la brume qui s'élève lentement comme unafumde; autour de- moi, rien que des bruyères d'oùs'envolentxles vanneaux avec leur cri plaintif. Plus bas sont dispersés des fermes et des villages. Je voisçàet làdescharnies-qui recommencent les sillons à travers les chaumes récents*

En reprenant ma route, j'en rencontre une traînée pflc un fort attelage et que conduit un jeunes paysan»; le soc fend la glèbe avec autant de facilité que lapi^ued'iin.navire fendrait les eaux. Assis sur le fosséy un paystn-me regarde, il me salue; je le reconnais.

« £b I c'est le vieux. Job 1

— Je vois que monsieur ne m'a pas oublié, biesqu'ib ne m'ait pas revu depuis longtempfv

— C'est la vérité, père Job; mais que faitesneous donc là.?

— Je vois les aotresr.continaier ce qi|e j'ai commencé,: monsieur.

— Au fait, je merappelle: ce^champ. était unî taillis; c'est vous qui l'avez défriché ?

— Lui et tous ceux qui descendent leversant; Quand' je suis arrivé aux If omièr^^, il n'y avait queues lande» et des fourrés ; h cette heune, le blé du bon Dieu^pousa» partout.

rJUAtUJERBTl&BE 1I1^AP£ €3

."«-^lltvcniSiaYeziplaiâir à regarder votre eauvref

<*p* J€ UavoBB, :iaoa$ieur ; quand je Yois tes épis couvrir

'4Qut0 la pei^ }ueqa!au ruiâseau^ije me^dis :— Dieu peut

te rappeler, père Job ; tu laisseras (inelqueduMeaprès^toi.»

Je l'ai féûoité et j'ai pris congé ; mais- ses paroles me

-sont restées dans la iB^noire;. je» 4esrépMe oomnie cei airs qui vous «eviennent toujours etiqu'on iredonne in^

volontairement.

iMisurquelfuecho^^ après soi! n'es^ce point là, en effet, 4e but de la yie^ ique chacun Atteint selon ses forces

'€t«a condition?: Le plus pauvre maQon, quand Tige Fa coiitbé , peut regasd^ la maison qu'il a élerte ; le vieux diappentier suit :de fiCBil le navire façonné par.sa liacbe

/«t qui relient desioâH9iaînes contrées .avec les eicatriœs de la tempête ; le plus misérable joumaliar «cit Tarbre •qii^il a planté, la carriiee^fd'ilia ouverte^ie ûbemin qu*il a Iracé ; et tous peuvent se dire qu'ils «ont attaché leur souvenir à une «euvre qui dcdt longtemps leur aurvtvie. liais moi, qu'aie fait de4iHfafale icirbas ? où est le fiaonument qui doit marquer mca passage ?: Buisque le hasard de la naissance ne m!a«ait<podnt desttné^à traoBformer la matière, à dresser de jnes mains un signe visible, pourquoi n^ai-^je point tnouvé. place dans l'arl;, dans la science, ou, à défaut .de génie, pourquoi Dieu ne m'ârt-il pas m moins donné rapulence? Que ne m'a-<tril pemais d'attacher mon; nom à quelque însjbHution bienfaisante? D'où vient qu'il m'sit refusé ce qu'il acooflde it .d'auilres : la ^oîife duhien accompli ?

C^te amJ^ition ,* qui n'avait fait juaqu'ici «que traverser mon esprit, s'y attache maintenant et.s'y acharne. Je^me sens triste, humilié, d'avoir été cootenné à lune existence anonyme ; de mourir tout entier pour les hommes le jour où le linceul se repliera sur moi. j Je pense à la jole.de

th SOUVENIRS D'UN VIEILLARD.

laisser un de ces noms qui s^inscrivent à rentrée des n^es de nos capitales, qui décorent les palais, honorent les si< mulacres de bronze ou de marbre, et font de vous un parent du genre humain.

Ah ! même sans prétendre à une pareille gloire, que n*ai-je pu laisser un souvenir plus modeste I être le grand homme d*un village 1 rattacher mon nom à Técole où s'instruisent les enfants, à la promenade plantée où se reposent les vieillards 1 N'aurais-je survécu que dans la simple inscription de cette fontaine de granit qui borde là-bas le chemin et qu*ome le nom de celui qui Ta élevée pour le passant , mon ambition se serait déclarée satisfaite. Ce nom rappellera du moins la mémoire de l'homme qui le portait ; pendant longtemps d'autres pourront le lire comme moi...

En me parlant ainsi , j'étais arrivé près de la fontaine et je cherchais Finscription. Hélas I le marteau gouvernemental avait découronné Thumble monument, transformé maintenant, pour l'uniformité, en borne-fontaine; l'inscription avait disparu !

Je pensai alors & tant de noms plus célèbres qui n'avaient pas eu un meilleur sort ; successivement effacés par la main des partis, ils ne reparaissaient que pour disparaître. Leur survivance dans la gloire n'était qu'une solidarité dans les révolutions. Ballottés du panthéon h Tégout, ils n'obtenaient pas môme ce salut respectueux que l'on accorde au mort obscur qui passe ; si leur éclat attirait l'applaudissement, il justifiait aussi l'injure.

Ah 1 que d'autres ambitionnent alors cette orageuse immortalité ; mieux vaut disparaître de la scène que d'y laisser sa mémoire exposée à de tels retours. Je renonce & mes souhaits ; je demande à Dieu pardon de ma révolte, et je dis comme le poëte :

Fnis ces champs de bataine* Où rinsecte pensant S'agite et se travaille Autour d'un brin de pailla Qu'écrase le passant.

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