‹ Souvenirs d'un vieillardChapitre 19 sur 30 · MOINEAUX ET HIRONDELLES · texte numérisé non relu

MOINEAUX ET HIRONDELLES

Quand la brume ou la pluie ont contrarié ma promenade dans la campagne, et qu*un tardif rayon de soleil me permet enfin de sortir, je descends jusqu'à la jolie place plantée qui s*ouyre àFextrémitédemon faubourg et où Roger ne manque guère de venir me rejoindre. C'est ]e rendez-vous habituel des enfants et des vieillards ; il semble que les deux extrémités de la chaîne humaine viennent s'y rejoindre. Ici les cris folâtres, les courses étourdies, les cheveux flottants sur des joues roses ; là les fronts chauves, les démarches lentes et les longs silences.

J'aime ce mélange : ainsi rapprochée, l'enfance paraît plus grave, la vieillesse moins triste; Tune complète l'autre. On comprend mieux la vie en apercevant à la fois le point de départ et le point d'arrivée.

Pourquoi ne pas multiplier les occasions, de ces contacts salutaires? Les anciens n'avaient garde d'y manquer. Chez eux, les hommes qui avaient vécu étaient les éducateurs choisis de ceux qui devaient apprendre à vivre. Les premiers communiquaient l'expérience, les seconds apprenaient le respect; la jeunesse s'instruisait alors, comme le dit Aristophane dans la comédie des Nuées, « à haïr les discordes, à rougir des choses Jéshonnétes, & s'indigner quand on riait de sa pudeur, à se lever devant les vieillards. » Je ne demande point, sans doute, d'en revenir à l'éducation d'Athènes ; chaque siècle a ses hesoins, chaque société ses instruments; mais je voudrais que parmi tant de palais élevés aux rois, aux arts, à Fin» dustrie, on conservât quelques coins de terre ombragés

«4« SOUVENIRS irUN VIEILtARD.

et fleuris à Tenfance et à la vieillesse. Je voudrais retrouver dans cette sollicitude pour ce qui ne sert plus et ce qui ne sert point encore, la preuve que notre société n'est point seulement une reine, mais une mère ; qu'elle aime ce^pi'eHe gouverne et- ne veut ptmrt substituer une ruche à une famille; je voudraissurtout qu'en réunissant Tôtre qui naît à réfère qui finit, on en tirât un enseignement public; que l'enfant apprit, en venant levieillard^ a reconnaissance pour les services rendus, la condesceiH llanee pourla faiblesse, la compassion pour les infirmités.

Mftis le moyen qu'on s'awôte à de pareilles idées dans notre monde mod^ne, où tout n'est que campement, où les institntioBs s<»nt des ij&ates sous lesqudles les idées bivouaquent une mtit peiir- se remettre en marche dè^ l'aurore. Depuis un siècle, quelle moisson a pu mûrirf Quel jour a eu s&n lendemain?- A chaque station un chœurde voix crie vainement au genre humain : Restons ici; c'est la terre promise! La multitude éteint ses feu^ et reprend tumultueusement son voyage, revenant vingt fois sur ses, pas pour retourner bientôt en avant. Incessante recherche do la postérité d^Adam, qui, toujours lasse oti t(Miijoairs en route, semble condamnée à; ^rrer dans sonrftve pendant rétemitél

Je disais tout ceci à Roger co matin, tandis que je me proMOBais avec lui sons les arbres de la petite place; il ^ s'est incMgné de mon bonnement et de mes plaintes.

< Farbleul croyez-vous donc que Dieu ait fait le genre humain pour Timmobilifté?' s'^t-il écrié. Ne voyez-vous pas que tout tdans Pnnivers est en mouvement; que c'est la grande loi do la création?' Si l'homme atteignait son espérance, il ne serait plus homme, car le complet accord de la réalité avec son idéal lo ferait passer dieu ! La promirt cooditionâe sa vie momentanée est l^ispimtion , et

LAJDEK^IEBtE £TUWP(& ICI

qui aspire i narche. Seidenieiit, comme les lueurs sont confuâeay cette marcha eslâncerlaine; rhumanité tourna soureDt sur cHe^mème et i revient aax anciens campements, mais: touioDrs <mie6x instruite. L'erreur reconnue est. un pa&iait vers la j vérité. ai. les' bcMoimes écoutaient ees^Toix^qui lenrmeiBl de s^éiabHr à^tdemetire data un6 idée et une ferme, le miende entier passerait à Fétat de ranêemie Égj^pte HiéoeraÉique,. immense pâriicatioa 8eciale!0ùlé«it>£*était i^rélé aa point oji l'avait laissé la tsadition. Le genare humain n'aurait pteisxiQf à prendre comaie .eHe^ pour emldèmei, . des divinités assises^ aux bras immolDileB et coiffées du vautour auxaàies s^fmboliquemeid raèattœs. Que ferait^' eni^G^t, rénteltt j^nce de ees ailes, làiOàiMi as luilsâsse piusdfiedr poiorles étencbe?

— Ainsi, ai-je repris» vous regasdee. riroimme social comme^unersofflei^^ÂhaavéFns ceadaBuié k einrer jusc^'à la eossomffliàaticai des siècles, saas ixmssoteet :s8iis but

— Sans bofossele); neii, ,car itiaidoms l'étude des lois éterndles tme peqiétoeile mamfesta'tiea des volootâs suprêmes» a repris TiveofiottiReger» il Bfesi pas sans but s'il marche (A. ïàéi l'envoie^. Ne le^ eompaiez peint à Ahasvéms» mais au peuple hébreu errant .dans;le désert et t^T07»ntidi»anl lui tODÉss ises es|iéiaDees à 4ireHl'aile vers la terre promise. Cette terre, nous? ne ratteindarons qii^eiMrèsbeaiicoiipdeidangers couros» de v^aux d'or adonés; dl.fau(tea<nims. fertiâsr- daas, la. ioi^.nous endurch^ Mu.^ L'éjH'euvev désappnsodre ces; nkes de l'Egypte» et laisser^ commet le peiqde de Dieu» da»s les sables du désert le cadavre de la servitude. Alors seulement retenti- ^Bt les trompettes, de Jéricho I liais le pays de Chanaan lot^méme ne sera ppint île port; lau latte continoera jusqu'au «dârnier. jour, parce Que cetieSort est la loi même denotie j)erfegtionBem€»t. JSe parlée demx jamais» eher

ami, d'établissement définitif, de repos; le repos c'est la fin de la vie, et le définitif n'est point de ce monde. »

Tout en causant ainsi nous avions gagné un banc,

et nous nous sommes assis à l'ombre des Jouffes de lilas. Les bourgeons commençaient à brunir Textrémité des rameaux; ver rubescens^ dit Virgile. Les branches des arbres et des buissons dépouillés projetaient leur ombre sur le sable et y dessinaient mille entrelacements capricieux. On eût dit un immense réseau tendu sur cette nappe de lumière pour la retenir captive. Entre chaque maille sautillaient les moineaux famiUers qui venaient presque à nos pieds, nous regardaient en penchant la tête d'un air de curiosité mutine, puis gazouillaient entra eux d'un accent moqueur, comme s'ils eussent compris que nous parlions de philosophie.

J'ai avoué à Roger que j'avais toujours eu un faible pour le moineau : c'est le seul oiseau qui vive dans nos villes en toutes saisons et nous y fasse entendre quelques notes des mélodies de la campagne. Nos tuyaux de cheminée sont ses forêts, nos ardoises ses pelauses. 11 réveille chaque matin la jeune servante en chantant dans la giroflée qui orne sa fenêtre ; il amuse de son caquet Ten^ faut du pauvre ouvrier confiné dans les combles : c'est le rossignol des toits.

« Dites plutôt le musicien des carrefours, a répondu Roger; car il ne vit, comme nos Orphées vagabonds, que 4'aumône ou de rapine. Â vous entendre, ce serait une -espèce de messager des champs, occupé d'entretenir chez nous la diligence et la bonne humeur; mais moi qui le connais, je vous déclare que c'est tout simplement un de ces drôles qui, à force d'effronterie, font rire de leurs vices. Paresseux, gourmand, voleur, le moineau est le ^rentable chevalier d'industrie des airs. Connaissez-

Là dernière étape. Ift»

vous, par exemple, ses procédés envers rhirondelle? »

J*avouai en souriant mon ignorance.

« £h bien, reprit Roger quis*animait comme s'il se fût agi de quelque procès scandaleux rapporté par la Gazette des TribunatbXf je vais vous le dire, moi I et je ne vous répéterai point ce qu'on m'a conté, mais ce que j'ai vu de mes yeux, ce qui s'appelle vu ! comme dirait Orgon. Vous savez qu'une des fenêtres de mon cabinet donne sur une grande basse-cour entourée de bâtiments de service. J'en ai fait mon observatoire. Â notre âge on a le temps de regarder; les préoccupations turbulentes sont suffisamment apaisées pour nous permettre de bien voir, et l'expérience nous a appris à ne rien dédaigner. Je passe donc presque tous les jours une heure à étudier mes voisins ailés, et je vous recommande cette distraction ; elle est paisible, instructive et sans danger» ce qu'on ne peut pas dire de beaucoup de distractions. »

J'ai fait un signe d'adhésion en promettant de profiter du conseil.

€ Or donc, a repris Roger» vous saurez que la bassecour que j'étudie attire une nuée de moineaux ; les parasites ne manquent jamais là où il y a table servie. — Je les vois chaque jour picorer jusque sous le bec des maîtres du logis et pépier avec rage quand ceux-ci se permettent de les déranger. Soit, je passe encore condamnation; Racine a dit aux oiseaux que Dieu était leur pourvoyeur :

Aux petits des oiseaux il donne la pâture.

Les moineaux ont pris le poëte au mot et se sont faits communistes; mais voici où commence l'indignité. A chaque printemps les hirondelles reparaissent autour des bâtiments de la basse-cour et s'y choisissent une place pour leurs nids. Vous savez avec quel soin ces vaillantes

«0 SOUVENIRS D'^tm YIEILLIRD.

ouvrières construisent Vàbri destiné à leur future familtet Mortier solide au ddioi^, lil) de duvet «i dedans ; le père et la mère travwllent à Fenfn «veo des cas d*^eneouragement |oyeux« Les moineaux, qui sont également eûXtto en m^age, devraîHit les iai^ ; ' mais non : ils lesregav* dent faire en îasaait; ils prolengent leurs fôtes:de noœs, ils se promènent, ite se qu^wllent, j!isqu% œ que < tout soit acberé chez tes voisines. AIofs ils profiteoat d^ne absence'des proprîétaifesy ils entrent dans le nouveau logis Ot l'examinooit; s'iis le ^trouventà leur gré ilsytrans* portent un* Mn 4e p^LlHeconmwe'Spilsdei^ 88ssiofi,'eii^s*écriantàlftinaiiièredeTaîtitfe: Inmaigûn 9êt à moi! Bt tera^e les hironddles se pfésenlent & la porte, eHeBSontPeçuasàooupsdebec. »

J'ai été 'forcé de blAiner éts moineaur qui j«stffiaie9it si Griminéileiii^ltIe>iieFs<dB' Virgile :

Ainsi, oiaeanx, ce n*est point pour yoos tpie yotu faites tos nids *.

J'ai seulement ajouté que le crime de ces vauriens ailés n'était pas sans exemple parmi les hommes.

« Et voilà ce qui me le rend plus exécrable I a répondu Roger avec une indignation plaisante ; ils donnent un enseignement pervers dont on s'autorise ; ils ont l'air de dire aux hommes : — La création est ainsi faite : aux uns le travail, aux autres le plaisir; laissez les hirondelles construire pour les moineaux! Que de nids usurpés de même dans ie^ttomie. Ckimbioxle^iis qui pour s'emparer de l'édifice élevé par d'autres n'ont qu'à y apporter

« Sic vos, non yobis, nidîficatis aves. »

I^ détails qui précèdent .sont de la plus rigoureuse exactitudOi et nous avons été plusieurs fois témoins de ces usurpations des nidi «onstraits'par les-fairoRdfilles.

LA DËRNIËRE £TAPE.

aussi un fétu! CeUii-ei,'c*est soûBOm, son crédit; cette autre, sa fortune ou sa beauté 1 Toujours des brins de paille qui ne leur onl rien oo^té 1

— A la bonne heure, ai^e repris en riant; mais qui nous oblige d*imiiter Fusurpateur ailé de nos toits? La le*çon que donne te nature n*a d'autre valeur que celle de récolier ; il peut toujours choisir oatPe les enemptes. ^Ia vue du malnecorronaptque celui qui l'aime; il repousse quiconque aime le. bien.. L'homme fait >sa^ destinée, et il dépend de «a volonlë d'être moineau ou hirondelle. »

•«b*«fe«MI.

fil. DUtlLLEtTL ET SA «ÉPINITION ÔE l'IDÉE. — LETTRE D*IMAANALI-TADE.-^AQUOI PEUT SERVIR l'iNACTIVITÉ DES VIEILLARDS.

Le petit commerce de Félicité prospère; die voudmit rétendre, mais le capital lui manque; elle est venue me visiter ce matin et m'a faitpart de son embarras. Elle ne voit qu'un seul moyen d'en sortir, o'est d'obtenir un cré* dit de quelques milliers de îmnes en marchandises chez monsieur Dutilleul, notrQ plusriohenégoeiafit. Mais comment oserait-elle seulement le demander, elte\pauvre fille qui ne peut. finir une phrase dè& qu'on la regarde? fiUe avait d'abor4 pensé à faire écrire une lettre par R^é; car René a le don de la rédaction, comme j'ai déjà pu m'en apercevoir pour sa demande en mariage; puis tous deux ont pensé qu'une demande de ma pavt aurait bien plus de chance de réussir. Je la ferai, bien que j'aie peu. d'espoir.

.... Monsieur Dutilleul est monntné deplusîeur&années^ et on le dit cinq h six fois millionnaire ; mais ni l'àgem la.

richesse n'ont pu lui faire prendre goût au repos. Il est levé avant le jour et veille, avec ses commis, très-avant dans la nuit. 11 conduit tout de Tintelligence, de la voix et de rœil, — de cet œil de maître qui, au dire du fabuliste, suffit pour engraisser le bétail. — Le bétail de monsieur Dutilleul, ce sont les écus, et Dieu sait s'il connaît Tari de les faire multiplier!

Il a fallu le poursuivre de magasin en magasin. Ilvenait toujours de quitter ceux où j'arrivais ; enfin je Tai trouvé surveillant un déchargement de marchandises co* loniales. Il vérifiait le compte des boucans, refusait ceux qui avaient souffert du voyage, et discutait Tapplicatioa des tarifs. Dix personnes étaient occupées à exécuter ses ordres, dix autres à recevoir ses réclamations. Il a fallu le laisser faire ; enfin, quand tout a été réglé, il a pris le chemin d'un autre quai où s'opérait un chargement; nous avons pu causer en faisant route ensemble.

Ma requête formulée, il en a pris note, a dit qu'il s'informerait, et m'a promis réponse après examen. Je me suis excusé de l'avoir interrompu dans ses occupations pour une demande de si faible importance.

« Tout est important en affaires, cher professeur, a-t-il répondu de sa forte voix qu'accompagne un gros rire ; nous autres commerçants, nous ne dédaignons rien. C'est avec les gros sous qu'on fait les écus ; — eh 1 eh I eh 1 — Je suis un vrai yankie : aussi, tout m'est bon de ce qui profite à l'actif. Je ne ressemble pas à vos damoiseaux de négociants qui, dès qu'ils ont quelques centaines de mille francs, laissent la place à d'autres et se retirent à la campagne pour lire et cultiver des œillets . -r- Eh ! eh l eh I ^ — A soixante et onze ans, je suis encore le plus actif d'eux tous, et la camarde me trouvera le nez sur mon grand livre ou la sonde à la main dans mes entrepôts.

— - De sorte que vous ne sentez pas le besoin de quelques heures de recueillement yers la fin de la vie?

— Moi I pourquoi faire !

— Mais pour se rappeler, pour regarder en avant! Lorsque les cochers arrivent à un passage inconnu et sombre, ils mettent leur attelage au pas.

— Temps perdu I temps perdu 1 L*homme est ici-bas pour faire son métier, pour gagner de Targent I J'ai la devise, moi, de ce gentleman anglais qui a été, à ce qu'on dit, un grand poète : En avant ! mais en avant dans un champ de blé. — Eh ! eh 1 eh ! — Tant qu'on est debout U faut moissonner.

— Oui, c'est ce que Carlyle appelle f Évangile des œuvres; pour lui, agir, c'est accomplir la loi de Dieu; mais un de ses compatriotes, monsieur Mill, vante de son côté t Évangile des loisirs.

— Quelque fainéant, sans doute?

— Non, un économiste philosophe.

— C'est la même chose.

— U donne pourtant des raisons qui ne m*ont point paru sans force. Selon lui, employer l'énergie humaine/ sans trêve, à lutter contre des concurrents pour acquérir des richesses, ressemble singulièrement à ce que faisaient nos pères lorsqu'ils dépensaient leur vie à conquérir des terres par Tépée ; c*est un déplacement de la volonté, un progrès sans doute, mais un emploi encore exagéré de nos facultés. Il ne peut croire que l'idéal de la société soit dans cette bataille toujours croissante de gens qui, pour se dépasser, se heurtent, se foulent, s'abattent, et arrivent ainsi à se procurer un superflu aont ils ne peuvent jouir et dont ils privent les autres. U est médiocrement épris de ce monde américain, où toute la vie dHin sexe est em* ployée à chasser des dollars, et toute la vte de l'autre à

fSa SOUVENIRS D"Tm YIBILLARD.

élever de petits éhasseurs de doUars. Il préfère sansdâute cette fièyre d'activité à Tapatiiie de «eitaiiies nations éA^ Glinantes ; il y voit une des phaass lindi^eaksables, mais ioulonreiKes, jdu progcësde riunBanité,iet il laapire au moBirat où chaque hooime, ai^ès a;roir donné à la seciété la fleur de son intèUiganee, dersesionse&'eldasavi^ rentneiradanfi unispos occupé pwrrlaifiser le fituttop libre à de {dus James tsaraBeuEs.

— Bien, l)ien, je oompi»iid6.;c*«6t uBe idée qu'a »!««• fieur Mill l ts?estdcEiéfflonj60iiipagnQnaiv«cson.gros rbne:; Biais mon cocher m'a appris Tastre jour œ q»e c'élail qu'une idée. Je voulais lui faire prendra une loute, il voulait enpcouiie uœ aaire^. el conmie jesautoDaist que la mienne était la pfais coiarte» il a haussé les -épaules en disant : — G*est lue idée deMoDsîuir... comme ilràl^: C'est une bêtise. — £h t eh t ^h'i »

Là-dessus monsieur IHttiUeid a pris t(mg& de moi ; nous étions arrivés au aanire dont il venait surveiller le chargement. Je l'ai vu se perdre au miiitti des caisses, des futailles, des: ballots, et je suis;revenu'à.petits!pâ&en râSédiissant.

JËl8t41 bien vrai que l'idée de l'éGcmanâste aBglais soit de ceUes dont parlait le cocher? Quoi 1 tant de dons a(h eordéspar Bien èu8a.créatiiie,.teit'd:dforls 4'inteliigenoe et de courage, tant de sang veraë^ tant de divouementa sublififtes, et tout cela seul^n^àt pour .augmenter Vesk^ eaisae du genre hrnnain ? Ne ^léans-noiK donc ioinbaa que pour acquérir une richesse dont «ms nedeivons pas jouir, etila tiansmettre à dâs descendants qui rattgineii<*ieront àleur tonr sans en jouir davantage? Tous ces penchants qm ne ^trouvent tsatt^SMiian queduis le /loisîi; Vart , la sd^ce , la oontempktioa de la natuse et de l'homme, l'élancement de l'âme versHieu, tout cela serait

autemt i*idée»y comme le dit monsieur Dotilleui par m^ {Aémisme. N'est«<;e pas lui plutôt qui ment & sa nsituve d'homme en mmMnt toiïtesles aspirations naturelles b un seulinstincft? Qu'«8t^il autiechose (ffi'^im^sRivage, €e ftirieuK tra^i^iâUéur qoi véAmt la vie à \n, ttansfoTmatiOA de la madâère oa à Véàkmgt, ^qui néglige les besoins les plus délicats de son âme? Ce que le peaurrouge» dépense d*aotivilé, de ^patMàeè, de coifrage à traïqier le castor et àscidper seeenneiitifi^ il remploie, lai, à âcalpA ses amcm^rents «et à trapper tes écos l C'éal; k' différenoe des'sociMfe, niaî&,.»ti foôid, remploi des méfôes inslsnct». ^e qu'il fait ri^stqa'mie gnerce déguisée, préférable à l'autre stms^dMie, mais qui ne peut étite le but déât^ de rhommejor là tftrfe.

C'est devant celte flèirre'safltoniie quelles nutnres padmvê& se sMitaDt qpdises d'^Ès phis yU anio«r pour Yém stationnaire ; en voyant tant de vains moiivanents, (fk ipetmld, i^ns qoè jaaiata, à rester assii».

Nous avcms^ouvé, 11^ a quelques. joors, dans Tappe»- •dicede la Nitn^e 'de Taii^inls «Layaird^, «m témoignage bloquent àeeet>elM;4e notm turindaile agitation. C'est la répmse d^itn C9M musulsiaii h la letl»e dans laquelle le voTagetirangllûs lui demandiât des détails sur la po* inilaiMto, teddOMmeree «t le passé de la ville^où il avaîc e!xeroë sa magistt^taBce. totoBdwioîi celle o^éiponde pow taon ppopoe iplaisir»

« Mon îHtrsrtre ami, Ô joie Ae& ^vaaite ï

> Ge^lQè tume danandeisestÀ tafokiimiitereC'niâsiMdî

» Bieii que tous mes jcfurs se sérient écemlfés dat» ee

fmys, je n'ai jamais songé à compter les maisons ni ^

m'infemier dudrdmtee >de tems habilanti; »ot quafil-à«ee

que celui-ci met de marchandises sur ses mulets, celui-l& au fond de sa barque, en vérité c'est une chose qui ne me regarde nullement. Pour Thistoire antérieure de cette cité, Dieu seul la sait, et seul il pourrait dire de combien d'erreurs ses habitants se sont abreuvés avant la conquête de Tislamisme; il serait dangereux à nous dé vouloir les connaître.

» 0 mon ami 1 6 ma brebis I ne cherche pas à apprendre ce qui ne te concerne pas. Tu es venu parmi nous et nous t'avons donné le salut de bienvenue ; va-t'en en paix I A la vérité, toutes les paroles que tu m'as dites n'ont fait aucun mal, car celui qui parle est un et celui qui écoute est un autre. Selon la coutume des hommes de ta nation, tu is parcouru beaucoup de contrées, jusqu'à ce que tu û'aies plus trouvé le bonheur nulle part ; nous (Dieu en soit béni !}, nous sommes nés ici et nous ne désirons point en partir.

» Écoute, 6 mon fils, il n'y a point de sagesse égale à celle de croire en Dieu ; il a créé le monde ; devons-nous tenter de l'égaler en cherchant à pénétrer les mystères de sa création ? devons-nous dire : — Vois cette étoile qui tourne autour de cette étoile ; regarde cette autre étoile qui traîne une queue, et qui met tant d'années à venir et tant d'années à s'éloigner I Laisse-la, mon fils ; celui dont les mains la formèrent saura bien la conduire et la diriger.

» Hais tu me diras peut-être : 0 homme 1 retire-toi, car je suis plus savant que toi et j'ai vu des choses que tu ignores. 7- Si tu penses que ces choses t'ont rendu meilleur que je ne le suis, sois doublement le bienvenu; mais moi je bénis Dieu de ne pas chercher ce dont je n'ai pas besoin. Tu es instruit dans des choses qui ne m'intéressent pas, et ce que tu as vu je le dédaigne. Beaucoup de science te créera-t-elle un second estomaCi et tes yeux

qui vont furetant partout te feroDt*iIs trourer un paradis? » 0 mon ami I si tu veux être heureux, écrie-toi : ^- Dieu seul est Dieu I — Ne fais point de mal, et alors tu ne craindras ni les hommes, ni la mort, car ton heure viendra.

» Imaam Ali-Tade. »

Voilà l'autre sauvage, celui qui attend sur sa colonne que les corbeaux du ciel viennent lui fournir la nourriture. Le devoir et la vérité sont entre le Turc et monsieur Dutilleul, entre Timmobilité du fataliste et Vactivité sans repos de l'utilitaire. Salomon l'a dit: «Il y a un temps d'être debout et un temps d'être assis. » L'homme n'est ni une plante qui doit végéter attachée à une racine sans mouvement, ni un cheval aveugle attelé jusqu'à la mort à la meule qui broie le blé destiné au pain du corps. Il faut aussi qu'il songe au pain de l'ftme; qu'il prenne le temps de féconder son cœur, d'ouvrir les yeux de son esprit.

C'est à cela surtout que doit servir la vieillesse. Après avoir fait sa journée de labeur, il faut employer le soir aux récréationsspirituelles,auxloisirsafrectueux, àcetteétude de l'impalpable et de l'invisible qui est aussi certainement que la terre et l'océan une partie de l'héritage d'Adam.

xxvm

LE VIEUX DUELUSTS.

le printemps continue à être pluvieux ; les longues promenades nous sont interdites, et Roger et moi devons nous contenter de la place plantée où <pous nous donnons rendez-vous.

Cette après-midi, des vieillards, nos contemporsans, y

fit SOUTIEN NfS D'^ON VIEILLARD.

étaient dispessés, commed-b^dbitude.C-étaientdes «ouples

amis me3iifSinld'iiiii|MiS'PéguHerte6€ilié8a sablées, ou des groupes eaueeurs 'oœttfMint tes^baocs 'à claire Ycm.Bûgat m'a fait regarder toutes œs ^lore» où le: temps a narqué si diversement son passage.

« Neus resBemblaos loue, m'a-t-il dit en riant, à ces vieux monuments égyptiens qui portent au front Thistoire dr*ttBe dynastie ; le tout est àe savoir déchiffrer rinscmplion. Les plis qui sillonnent nos traits, nos yeux éteints, nos cous branlants, nos tètes chenues, sont autant d'iûé^ roglyphes qmracoDilBBtrhistoire de' notre vie. On a beaur €0U|) parlé de «la tranquillité de oertaîAS cou|WLbles et de la pr^spénté de oertaiB& méciiaats<; mais regardez-leseu face, 4{uaBd la vieillesse aura gravé sur leur front les secrets de leur âme: vous aurez le nuuBquede Louis XI, de de Fhijiip^ II, de Gathenne de ^Ssè^ei& ou de Tibère. Après tout, nulle maison ne xonservie soixante ans un mauvais locataire sans 'en garder les marques; le fitont •cpii a longtemps i^nf^mè d*odieuses pensées est comme le cachot loA sont restés longtemps «enchaînés de giaads coupables : en cherchant.bien,.voustroavezlemurâouiHé ^ar quelqtie ifascription infâme^

-^ Pent-^tre, ai<ie.PépoAdu ; mais combien d'hommes n'ont rien à écrire I Les grands coupables sont, comme les grands saints, des exceptions ; Timmense majorité flotte entre le bien et le mal, prasQve sans préférence ; enlevée plus haut ou précipitée plus bas, selon la raffale qui passe, et, comme -le eerf-volaiit que femce l'écolier, toujours entM le puissaauu^.lanuéë. Que vous lisiez sur le masque de Tibère, je* le coropiiends ; mais, que pourxe^ vous découvrir sur oelui de Pohchinelie?

— Ses vices, a repris Roger. Pensez-vous donc que les inscriptions doivent avoir la gravité épique pour 6lffedé-

LA BBR^rËBfE ËTi^EMB. M

éblÈtéd^TOnhlim^em qô^ona U^nifésariSB'pyrBiiMittM je ne sais quel cosiple de emaine^ OPoUehiaeHie, dite»* ToasVmais n'a-44I pas n^Hrailé safemme, battu lecommissaîre, pfcmxpié le diable^ c'est^^re 'manqué k^m èevmrs envers sa. famille, envers la BociéCèy'envers^Bieut Et qui peiit se im, à oeC égafd,. pop de4euspoiiils:?IPMi« dhinelle, cher ami, c*est moi, cf^it ^ous, cfest tMt le monde ; et pcrar être Yii^gaire rkiâtone n'an'estpas^moin» fMler ni moins -yisibte. Étudiez bien ces ptrysiMemiee , qui nous entourent : il n*y a là, je 'suppose, ni fàineiKic: criminels, ni vertus admiraMes, ni g^âieB merve^eax. Ce que vons Toyez n*est que de la monnaie homaiBe; nais, comme les pièces d'âirgent ou Cor, elle «son. empreinte; le coin du temps Ta frappée et en creuse obaqfw jourdestraits. >

Alors, pour me^^rofEver son dive, Jloger s'est mis à:iM^ oentmenter chacun Abb >rieux Tisagesr qui passaient sous nos yeux, et à me faire rhistoiFe'deoéïm qui le portait; on eAt dit une série AHllustrations vivante» et sans^tttres dontil devek inwnterrexpUcation.

J*ai prie plarâir qocskpoe temps à os jeu, dans tofiidl mon compagnon de promenade mettait sa gaieté aoooii** tumée et son inépuisable tniaginative ; nradis mon reg^d a fini par s'arrêter sur un promeneur solitaire qui avatt jusçu-ators échappé aux remarques de Roger.

Son aeped annonçait une de ees décrépitudes hftllf et qui accusant mekis le nemlir&que remplm des atmiésa. Couii9é sarnue béquiOe, fl iratnmt lentement ses pieds enâolORs^en agitait «a iMe, qni sembIaditvaeilIer>sinr«B cou terAn ; lorsqullla relevait par un eflbrt, il prooMBail autour de lui un œM'hagarddont Taudaee somteiB sen** Mait dëfier. Nid compagnon n'égayait sa pronMnade;* a^cun salut ne raccueillaiiau pœsage ; il était swlnitw.

100 SOUVENIRS D'UN TIEILLARD.

la double rangée d'arbres qu'il avait choisie, comme si on eût voulu lui laisser sa place et son air.

Je n'avais fait toutes ces remarques que successive* ment, et je ne savais encore si je ne donnais pas une intention au hasard, lorsque je vis le promeneur isolé s'avancer vers un banc pour s'asseoir. A sa vue, deux vieillards qui s'y trouvaient se levèrent brusquement et s'éloignèrent en silence. L'inQrme les suivit d'un regard courroucé, en murmurant quelques mots qui se perdirent dans un sourire fauve.

Étonné, je le montrai à Roger.

€ Savez-vous quel est cet homme ? > demandsd-je.

n se tourna vers le banc qu'indiquait mon regard, et tressaillit.

« Cet homme î répéta-t-il en faisant un mouvement qui nous éloignait de lui; ne le connaissez-vous point?

— Jecrois l'avoir déjà aperçu, mais sans savoirson nom.

— C'est Simon Chamard.

— Le duelliste?

— Oui ; il habitait depuis bngtemps un village des environs ; la nécessité de se faire soigner l'aura sans doute ramené à la ville. >

Je fis observer que le malheureux pouvait à peine se soutenir.

« Plût à Dieu qu'il en eût été toujours ainsi I répliqua Roger; ou plutdt, qui pourrait dire pourquoi un pareil homme est né?... à moins que ce ne soit comme châti«ment de nos folies... Oui, je veux croire que même ces misérables qui ont le privilège d'assassiner devant témoins ne sont point complètement inutiles; qu'il font comprendre à la société la barbarie de ses préjugés, et qu'en lui montrant leurs excès dans toute leur horreur ils préparent les réformes de l'avenir.

LA D.ERNIERE ËTAPS. lOi

— Ah I qu'elles se hâtent donc I me suis7ie écrié, et qu'on cesse enfin de justifier une insulte en frappant celui qui Ta reçue. Pourquoi avoir supprimé des codes le jwgement de Dieu du moyen &ge, quand on Fa conservé dans les mœurs? Sont-ce bien des nations civilisées par le christianisme que celles où l'adresse et l'audace peuvent prescrire la moralité et la raison? où, pour être respecté, il sufiit, non d'être respectable, mais de faire peur? où l'honneur consiste, dans un ^ébat, non à avoir de son côté le bon droit, mais à tuer ou à être tué ?

— Patience, a dit Roger ; la lumière se fera dans les consciences 1 Elle commence déjà; cet homme en est la preuve : il expie aujourd'hui le meurtre du capitaine Ribert. >

J'ai regardé Roger d'un air interrogateur.

«Peut-être ignorez-vous cette triste histoire, a-t-il continué ; vous étiez alors parti pour votre voyage d'Allemagne. Mais tous nos contemporains pourront vous la raconter ; car qui n'a connu le capitaine Ribert? On Taimait pour la grâce qu'il savait mettre dans sa bonté, et aussi pour sa bonne humeur ; où il se montrait, c'était toujours fête. Quand il se promenait au Mail, tenant le bras de sa jeune femme et la main de son enfant, tout la monde se retournait et bénissait l'heureux ménage, tant il semblait mériter son bonheur. Un seul homme en pa* raissait blessé ; c'était Simon Chamard. Il haïssait le capitaine; pourquoi? nul n'aurait pu le dire. Jamais une parole ne s'était échangée entre eux ; Ribert savait & peine que Simon existât. Mais cette ignorance même était une insulte pour le duelliste ; il s'étonnait, sans doute, qu'un homme eût la prétention de vivre sans qu'il le lui eût permis. Ce bonheur qu'il n'épouvantait point lui parat une insulte ; l'attention générale qui se tournait vers le

oapiteôAt irritait d'ailleurs sa moite : lotfê tes tem^^s d'Ëphèse font naître leuvs Éroîstrates. i Jl se décida :£^ étôindre na concert de louanges qui ie^iatigittit; maisiil fallait uu prétesUe. Le eapitaiiiersevisitaitaiiftuii' des lieux fréquentés par Sûbmi âiaittard; Foocaesien d/uie {encontre pouvait ne sapréeenter de longtemps ; Simon n'eut point la patienœde rattenitare. Un jour que le capitaine traversait cette promenade, ilaMadroit à lui, le chapeau sur la tâte,.le ei^reàlstbouebe^ et Itû demanda. brusquement pourquoi il le regarde^. Lecapiteine surptte voulut protester ; <«mis cîétait la scène du laup^et de Vagaeau . Chamard. prétendit que «on adversaire avait aussi médit de lui Pmi passé et devait bù rendre misen. Le reste est facile à deviner : Tuniforme du capitaine le'fai*sait esclave de l'Usage {éfloeequimetlavie^de rhonnfite homme à la meroidu piemier bandit qui passe; le duel eut lieu et lui fut jEalal. On le mpporla^niouTaat à s» fanme, qui ne voulait point croire àuA «tel malheur. Q eut encore la^fercedela nommor^ d'embraseer son en^ faut; puis il empira.

-*- Et son mmiPtrier resta impuni I me suis^'eécrié^ — Non, a rq)ris Bx^gisr ; cette fois l'opinion se souleva; k force d'indignation on cessa d'avoir penr, te mépris se faussa voir librement, et les . p&ovoeatioosde. Simon Cha^ mard ne furent plus «relevées. Après avofar lutté quelque temps contre >l^nimadversion publiée, il dut abandonner la vîUe, et di^uis il n'-avait point quitté sa soUtode. Mais vous.voyez que sonaiMseDoe.n'a pu &iite oubliier le passé ; une popularilédlnfaimeresteatlasliéeàr son <nom; tout te monde ici letconmdt; on te fint,onile montifeaB doigt, on l'insulte, sans qu'il poisse s'en défendre ni se venger... Et tenez, n^est«oe|^oint tau querpoursuivant^-ièh kas, ces huées? »

Lamain 4e Roger m'inâiqiiait la porte d&f la prom^ nade, où j'iaf^r^s, en effst, Je vieux duelli&te surrôté. Il s'efforçaitde descendre les rioATcbes du perron d*entrâe en s'apiNnyant, avec un geste daulaureux, à la balustrade de pierre, tandis qu^one troiipe d'écoliers araeulée dans le carrefour raillait ses '6ff<»ts et lui jelait les rires tt linsulte.

^ C'est Simon le Tueur I eciaîent les voîi««..Ahl àh\ regarde comme: il se tralAe 1

— yeux4u te battre maintenant avec nouSt Simoa?

— Nous le défions Ions 1

— Ehl le Ucbe> qui refuse!

— Voyez, voyez, il a penr!'»

Et les huées reprenaient plus bruyantes.

Celui auquel elles s'adressaient avait d'abord essayé de descendre, en menaçant la troupe injurieuse du bâton qui le soutenait; mais, vainou p«r la douleur, il avait dû s'arrêter. Appuyé au mur, les lèvres frémissantes et les mains crispées, il exprimât si complètement la ragé impuissante, que je me sentis saisi à la fois d'horreur et de pitié.

« Quelle punition 1 m'écriai-je très-èmu.

— QueUe, mais juste 1 répliqua Roger sévèrameBt. n n'a point recaniui le droit, le droit ne le résonnait plus ; ils'est montré sans pîlié, on>est pour hii sans merci; ila abusé de raudaiMi, de la forée, de l-adtesie, et.les rnSh qui se retournent maintenant oonlre loi. Ah t je ^Toudraîa que tous ceux qui se ptoîaent aux . émotiens dfu duel comme à une chasse perfectionEîée, que tons cas dégus^ tateuxs de sang huoiftin qui disposent de la vie d'un homme eotre leurs repas» piiss8nt>vgiruii;pa]Sil exempleJ Dans ces flétrissantes clameurs d'enfants, je crois entendre la voix de tous les orphelins qu'ar^rits-^cellrsiMn^ :

S6ft SOUVENIRS D'UN VIEILLARD.

leur chœur de malédictions s'élève maintenant qu'il ne peut y échapper ; la suprême faiblesse venge les faibles, et rhomme implacable est puni par Timplacabilité des enfants I Ici, comme toujours, la jeunesse et l'âge mûr ont préparé la vieillesse ; car cette dernière n'est qu'une conséquence, nous la faisons nous-mêmes. Un grand orateur* Ta dit, l'âme humaine subit sur la terre une série de métempsycoses qui ressortent l'une de l'autre : portée, à travers les ignorances du premier âge, jusqu'aux flammes de la jeunesse, elle s'y envenime ou s'y purifie, puis accomplit les graves devoirs de la maturité, dont elle sort allourdie d'expérience pour entrer dans la vieillesse; et Ut enfin est le port ou le naufrage. »

CE QUE ROGER PENSE DE LA TACHE DES VIEILLARDS. — LE PÈRE BÉNÉDICTION ; SON HISTOIRE. — LE GRAND JACQUES. — LE BATON DU BERGER. — ESPÉRANCES DU P&RE BÉNÉDICTION.

Ce matin j'ai trouvé Roger occupé à faire exécuter quelques améliorations dans ses ménageries. H s'applique à la domestication de plusieurs nouvelles espèces d'animaux qui doivent ajouter aux aisances ou aux res« sources de nos descendants.

« Jusqu'ici, me disait-il, tout en s'assurant que rien ne manquait au couple de lamas dont il espère acclimater la race dans le pays, jusqu'ici les sociétés trop jeunes ne se sont point mquiétées de mettre de l'ordre dans leurs

* La P. LacordaiMi

LA DERNIERE ÉTAPE. > i6S'

ménages; elles ont été toujours en mouvement, allant pour aller, achetant ou vendant à ce misérable marché qu'on appelle la guerre, et bien plus soucieuses d'acquérir que d'exploiter. Mais Fâge mûr est venu pour elles ; il est temps que chacun songe à ranger son intérieur, à mieux cultiver ses champs et à soigner ses troupeaux. Voilà les peuples passés de l'adolescence, où l'on chasse, où l'on joue et où l'on s(^ querelle, à Tâge mûr, où l'on £onge à tirer parti de soi et de ses voisins. Il faut que l'équilibre des richesses s'établisse partout par l'échange; que chaque terre donne ce qu'elle a et reçoive ce qui lui manque. Dans chaque contrée, le banquet du genre humain est incomplètement servi ; il faut y ajouter tout ce qui peut y tenir. Chaque plante nouvelle conquise, chaque animal devenu Tauxiliaire de l'homme, est un accomplissement de la loi qui lui a donné la terre en fermage. A nous, qui avons les loisirs de la vieillesse, appartient surtout cette tâche ; notre sang refroidi nous a rendus patients; les heures qui nous restent sont comme un appoint <le la Providence dont nous pouvons faire largesse au genre humain : aussi désormais ma seule ambition serait de laisser au pays où je suis né quelqu'une de ces pacifiques conquêtes, et de pouvoir me réveiller dans la vallée de Josaphat, comme Parmentier, en tenant h la main iine petite fleur qui aurait annoncé naguère à mes frères les hommes que je venais de fermer une des portes de la faim. Toutes les nuits, j'y rêve, je crois l'avoir trouvée...

— Et c'est la récompense de vos bons désirs? ai-je in* terrompu ; les pensées de la veille deviennent les fant^ mes du sommeil ; amis ou bourreaux, selon que nous l'avons mérité.

^ Eh bien, vous répétez là, cher ami, ce que je me

ttmatiD^ a.repris Roger; et voici préoisénieBt' celai (jui me jfaisait faire celte réflexion. »

II. me inentrait unihomme moâtstMiait yèm qui 4:&wh dnisait use lirouette attelée d'tii cbien, alors arrêtée dans la premiôre œiir. J!ai orn recoanettre un vieil Anglais qui loccourtiiofr rue», reeueilhait sw cha(|ae ^seuil les^ébris devMvs inutiles, verres brfeés^ osseœeBfts on cl»lfoiis«

« N'*est^<se pa» le HugveBot? ai^je demamâé.

— ffestainsi qiie beamoiiprappelIeBt; a répewdu R©gfar; mais ici, une de see ^haMtodes de langage 1% fait nommer le pèreBénéàietiim, Ge^ nmtin le bvoit de soa ebariot et < son on d'appât! m'ont réretUéen sursMt^ au milieu d'un de mes- rêves favoris, et j'^ peesè àleiFs i tMs ceirx ({u'il der?aitireDAre ainûibnisquemeiit^ ehaqoe'jMr, à saréalÂtél Que de rois déirtaés par catpassanti! qoe d^amaBlssôparésl qiiedegrandsipoëteafedeveniiiS)etoeore, dlllufllves oraittarsTameiiésr^wisileiiee^ di» victorieuxdee^ «endiis de le«irix*arde'tiiom|ilïe! Jtfa» aiBsi>coinbieii4e vâctimes e» pàrii>liMEt au oefup ^rasaurôcs,. de crimes^ supposés oude daoihinsginaves'IimreueeiBeiitcdéiiwnti^^ (te vieillard, qui ivterrenqpt :te«&4e9 joors tttt tfiUusioaa, qu'eat-iltaateechoseque letsymtotede cel autre^march^ir matinal qoi passe, à chaque «aufose» sous^qielque feiiê^treoù son cri interronipttbniBqueifleirt le rêvedela vie, révâlle le dormeurçet itof rend à rétCTueûe réalité ?

~^A la boBne heur©,, at-je? r&pm en souriant; mail voilà un rôle poétique et grandiose dont vraisembkWement le bonhomme ne se doute guère?

—Je n'«n sais rien. Je rfeo sais rien I a répHqui Roger; comiaissez-vous le père B^édietioaf

— De vue seuteoient

v^J^^^^ ^^^^"^ ^"^ j® ^^"s 1® présente; ce tfest point iûomnie que saprolessionct son costume sembieuk an-

i; ▼eBes^jervmix qu&voo&Teote&dlêZ'eaineriil qu'il wi^ racoiitôisoB hiiéoire. >

Nou$< avons /rcfdint l^ i/ieux bnguenotiqm jeifavais jamais VQ de "près. C'estciBeâgirresocFSlifae, qni déplaît au premier aspeol; mais, quand ok^sC a^verti, on remarque le âévdo^p^flfeeat'exïtmoTdmaére du fro^» qui doime à son expremoa uiie sorte d'idéalité cbiméftque. J^asil est fia 6t la boudée sifigulièromeat 'benne.

En nous voyant venir, il- a* fait quelque pas à notre seocoRtf&et aisahté'Ro^ qui ^m'iài nommé. Le père Bé^ BéâietîaQ ms coiinalt plus que* je*nfe l^avais- srupposé. Il est depruiS' loapiCB aimées^ lerdlieiit * de mtm bumble ménage. Mttilétuiflréfterioit^antrefD^^ pouvait enricbir

BxmiOommsreej et^siaiiiteBftnttDMiisieur Baptiste oanti^ mm. Aussi Itentrette» s'esl^ll efiga^^ans^^efforts.

J'ai été âiupiriS' du langage du cMfffi&nfuer bug;aenfOt. IMgfé quetfttesfiaaftes'd'aoe^ytiiatiènet dégenre qui révèlent l'étranger, il est facile dèTeeouBfaîfreeBlui une •eidlare littéraire qui n^ même pas sans prétention. U .estidair que lefièfre Bénédl^i<maime à veirrétoofuement de oeiix quinécoostent. Il aime à oiter, et il parle lentem&ity wiBùm»iéij^spe leîste^ d^^ômpirase, mais non sans ^arqieu • .

' . il ya danstrtMt ce qu'il dit jéne sais qu^^stoïcisme adouci. Son histoire» que> Roger lui a fait conter par frac^eiits, m'^a tout^xpHqué;

IleatifilSid'QnipaffivrepasIear'du pays de Galles qui l'avait élevé potir lui suoeéder. La position (Hffitile de la famille, elattsâ^axtonttque'j^i pu compreodre, une indinatioftOMïlranée, T^gagèr^t à s'embarquer. Fait prisonnier, il amva niotirant en Prauee, où il eût suocomfaé alla maladie^ ii la mis^e sans le secours compatissant d'une femme quesonabaiidoA iatéresea : c'était

une petite march^de, veuve depuis plusieurs annéesi^ qui, après Favoir soigné comme une sœur, accepta ses^ services. Lorsque Theure de la délivrance arriva, le prisonnier était devenu nécessaire à sa bienfaitrice, dont il tenait seul les comptes et surveillait les affaires. Elle s'était d'ailleurs insensiblement accoutumée à sa présence; la pitié avait été remplacée par un sentiment plus tendre; elle le laissa voir, et celui dont elle avait sauvé la vie n'hésita point à la lui consacrer.

Leur union fut longue et heureuse. En mourant, la femme de l'ancien prisonnier lui avait laissé tout ce qu'elle possédait; il ne songea plus qu'à vendre son fonds de commerce et à retourner vers sa famille pour apporter quelque soulagement à sa pauvreté. L'héritage était réalisé et le jour du départ convenu ; il sortit pour prendre congé du frère de sa femme avec qui il avait toujours vécu brouillé, mais qu'il ne voulait point quitter sans avoir tenté une réconciliation.

Ce frère était un homme habile et ambitieux. D'heu-* reuses spéculations l'avaient enrichi ; il voulut l'opulence, risqua davantage, et la chance lui tourna. Depuis la veille sa ruine était consommée! quand notre héritier, qui ignorait tout, se présenta, il trouva la maison envahie par les gens de justice et le maître en fuite. On parlait de banqueroute et de poursuite criminelle f . ..

Ici le vieillard s'est arrêté comme si ce souvenir réveillait ses émotions du moment. Roger lui a mis une main sur l'épaule en me regardant, et s'est écrié :

« Achevez, bon père, achevez I dites que pour épargner au frère de votre femme une pareille honte vous avez sacrifié librement tout ce qui vous appartenait. »

Le vieux huguenot a poussé l'exclamation favorite à laquelle il 4oit son surnom.

« Bénédiction I ne croyez pas que je l'ai fait tout de suite et sans peine, a-t-il répliqué ; non, non, Thomme de la chair s'est d'abord révolté en moi. Je m'étais dit, comme les juifs exilés, que j'allais enfin revoir le Jourdain.— Nous autres Gallois, voyez-vous, nous aimons nos pauvres bruyères. — Croiriez-vous, monsieur, qu'aujourd'hui encore une seule bouffée de l'acre fumée de tourbe remue mon vieux cœur comme un souvenir d'enfance! — Non, non, je n'ai pas donné ainsi du premier mouvement ce qui pouvait me reconduire près de mes buissons de houx. »

— Et cependant vous vous y êtes décidé, ai-je fait observer.

II a levé la main avec une sorte de solennité.

« Quand le démon a tout dit, Dieu prend aussi la parole, a-t-il répondu gravement. Le premier me parlait de ceux qui étaient là-bas vers le canal de Bristol; il me montrait le jardin du presbytère et la porte rouge où j'avais embrassé pour la dernière fois mes petites sœurs. Mais Dieu me rappela à son tour la morte, qui m'avait donné tout ce que je possédais, et me demanda ce qu'elle eût fait s'il avait fallu sauver Thonneur et la vie de son frère! — Je suis resté plusieurs heures sans répondre, messieurs ; mais la voix a répondu pour moi. Elle a dit qu'elle -eût tout donné à celui qui en avait le plus besoin ; et ma conscience a dit : Amen.

— De sorte que vous avez pu payer les créanciers?

— En partie seulement, mais les écus d'argent ont été comptés pour des écus d'or ; quand tout a été donné, ils ont fait grâce du reste.

— Et vous avez ainsi sauvé le failli?

Il a secoué la tête.

€ Il n*y a que Dieu qui sauve, monsieur ; celui que jô

iO

no SOUVENIRS D*UN VIEILLARD.

voulais servir Favasit oublié ; et n'espérant phis rien delà vie, il avait; comme dit l*Écritur&, épousé le sépideve.

— Et vous, alors, qu'avez-vous faitf

-— H^, j'ai imité lemercenaire de rÉvaagile, f ai olfen mes bras à la dixième heure ; par maibeur les pieuses étaieml prises. Pour m'occoper, il fallait renvoyer un plus ancien serviteur ou me prendre par diAritè; beaucoup df gens proposaient de le Mre, j*ai refusé et je me sais dit*. — Cherche auniessous de tous les aaMs, tu 'trouveras des places vides. Cest de cette mamôreqm je sris de« venu ce que vous me voyez.

— Ainsi, me suis-je écrié avec un peu d'amertume, voilà où conduit ici-bas le sacrifice : à la misère et à l'a-^ bandon I

— Bénédiction I qui dit cda^ à repris vivonent le vieillard ; ne croyez pas ^ue ri^ me' manque, monsieur; je suis plus riche que vous ne pensez. Il ne faut pas juger xl'arbre à Técorce. Je pourrais, si (fêtait ma fantaisie, m'accorder davantage; mais le livrera iMl que la vie était un campement ; pourquoi Toraer de rideaux de soioijuand la voyageuse à la grande faux doit passer d\in insiant à l'autre, couper les cordes, prendre la tente et nous en faire un drap mortuaire?

— A la bonne heure, ai^je répondu, mais tant qu'il reste ici-bas, chacun doit à la société tout ce qu'il a de force et d'intelligence; pourquoi se faire plus petit que sa taille. Tel que Dieu vous a fait, bon père, ne pouviez- TOUS entreprendre une tâche plus haute et étire plus utile à la société?

— Je n'en sais rien, monsieur, a-t41 dit en souriant; peut-être est-il bon d'apprendre aux autres que roni)eut se baisser sans tomber. Il n'y aurait point de mal, sdon mon opinion^ à voir descendre aux derniers rangs quel-

q^esHuas (te ceux qui peuvent se; teair au oïUiea; ils ti« reraieot à eux les deroieFs, yu que les épaules qui se touchent ctiercbeuttaujours & ee uiettre de. «iveau : c^ nue loi de la uatare humaine. Mais» à vrai dire, je n'en, ai ]^int peuâé si long en lae faisant ce^ que je suis ; te qui m'a décidé, ^c'est la facililé delat&che, et aussi s(uibiimi<fité. Il y a une: gcande dauoeur à se mettre ainsi plus lias i|tte toutes lespoutces ojl va se heurler le froat de notie orgueil, àaiarchi^ UbreaMut sans, plier la. tête, comiDa les petits en&mts. iL'hamilité est la B^ettleuie sauvegarde des humiliations, outre que c'est véritabtoaiant le senti**laent qui convient & Tliomme et surleiit k un vieillard, Que sont les plus forts daas lamain de:»Dieu? et nous autres, ique sommes-nous sous le poids des SAnéesT Les générations entières ne ressemblent^lles .pas à cas grai» de poussière que le Y«iit.£ût.tourbUlûnner là, aujoaiade votre cour?

— Ainsi voua ne vous plaignez ni M soct, m des hommes, père Bénédiction? a lait obsener Roger doiieemant

— len'm ai fsixd le droit, monsieur, a^t^l répliqué; depuis qxsB j'eûste j^'ai touiaurstreuvé sur nton ciMosin consolation et secours. On n'estméeeiiitentidjes aaiitDes^que parce qa'on s'estime trop haut; nous voudnonsqae le genre hum^n fût umquement' occupé 4e notro eoBs^rrja* tion «omme de celle d'un trésor saos prix. La piemiàre condition pour ne se plaindre de personne, G'est doiae point se surfaire et de penser qfie.]k on Ton cberohe la matière d'un administrateur, d'un magistrat, d'un giù6^ ial> iLn'y a bien souvent qœ l'étoffe d'un chiffanaier. »

En prononçant ces dernières paaoles, le vieux bugim-* BOt a souri, etse tournant vers:&enévqulliii apportaitun panier plein de vi^ux débris, il les a distribués dans lea divers compartiments de sa. brouette enadressant qiMi<*

ques mots d*encouragement au gros chien qui la traînait.

Celui-ci s'était couché nonchalamment, ses deux fortes pattes en avant, comme un lion, et les yeux à demi fermés ; il semblait s'endormir dans le rayon de soleil qui l'enveloppait. A la voix du père Bénédiction, il a levé la tête, et une véritable conversation s'est établie entre le vieillard et lui. A chaque parole caressante ou à chaque question, le chien répondait par un grognement particulier, un /^Duvement des oreilles et de la queue interprété par son maître, qui reprenait aussitôt comme s'il avait saisi le sens de la réplique.

J'ai fait remarquer à Roger cette entente singulière ; le vieux huguenot a secoué la tête.

« Oui, oui, a-t-il dit, les animaux comprennent la voix humaine comme nous comprenons la musique. Elle ne leur traduit pas des idées, mais des expressions de sentiment qui les réjouissent ou les attristent, les irritent on les apaisent, les rassurent ou les épouvantent. Il faut avoir notre âge pour remarquer cela, messieurs. Tant qu'on est jeune, à défaut d'amis on a du moins des compagnons; mais plus tard, les rangs s'éclaircissent, on reste seul, et alors nos yeux s'arrêtent sur ces pauvres êtres muets qui vivent à nos pieds, et on tâche de les comprendre. A vingt ans, un chien n'est qu'un serviteur ou un amusement; à soixante, c'est un secours contre la solitude. »

Tout en parlant ainsi, le père Bénédiction avait achevô de vider un des paniers apportés par René et allait prendre le second, quand un cri de colère suivi de malédic-* tiens nous a fait retourner.

Près de la grille de la porte d'entrée se tenait un homme en haillons, les épaules chargées d'une hotte. Sa barbe grisonnante tachetait un visage cicatrisé par la petite vé-

rôle et alors allumé par une demi-ivresse ; il tourmentait d'un de ses poings sa casquette en lambeaux qui laissaifr passer des touffes de cheveux hérissés en brosse, tandis^ que son autre main agitait, avec menace, le crochet de chiffonnier.

« Le voilà encore, ce voleur du pain des pauvres gens^ s'écriait-il ; ce gueux qui s'engraisse de notre substance, cet ennemi du bon Dieu. A bas l'Anglais 1 à bas le hugue-not, à bas ceux qui lui donnent plutôt qu'à des chrétien»^ qui meurent de faim l

—Au moins ne meurent-ils pas de soif, ai-je ajouté en regardant Roger; qu'est-ce donc que ce malheureux?

— Qui je suis? s'est-il écrié sans laisser à notre hôte le temps de répondre ; les voilà bien ces richards, mépriseurs du pauvre monde ! Qui je suis? demandez-le à votre brigand d'accapareur qui remplit là sa charrette à nos dépens ; il me connaît bien, lui !

— Bénédiction ! c'est la vérité, a repris doucement le vieillard, il se nomme le grand Jacques.

— Surnommé la Pinte, a ajouté Roger.

— C'est çal a continué l'ivrogne; et surnommé Prison, surnommé Hôpital, surnommé Famine l autant de noms qu'il doit à sa mère, dame Pauvreté 1 ah l ah 1 ah I Nous savons bien comment on nous appelle, nous autres qui n'avons pas été baptisés rentiers en venant au monde I Nous sommes des ennemis, des chiens enragés qu'on voudrait voir crever au coin de la borne 1 pas vrai, les bourgeois? Et c'est à cette lin qu'on garde tous les bonis pour un scélérat de goddam, tandis que les chiffonniers patriotes grattent le ruisseau. Et c'est là ce que vous appelez de l'égalité, vous autres 1

— C'est là ce qu'on appelle de la justice, a repris Roger d*un ton sévère. Qu'as-tu fait pour mériter l'intérêt

174 SOUVENIRS D'UN VIEILLAPiD.

des honnêtes gens? Es-tu autrement connu que par ton ivrognerie et ton insolence? As-tu dans ta vie, comme cet homme que tu insultes, de quoi servir d'exemple aux meilleurs? Qu*as-tu fait pour qu'on s'occupe de toi? Voyons, cite un acte louable, seulement une bonne intention. Allons, parle, je t'écoute. »

Roger avait dit ces mots avec une sévérité véhémente en s'avançant jusqu'à la porte, vis-rà-vis du chiffonnier dont il n'était séparé que par la gciile. Maître la Pinte, un peu déconcerté, a balbutié quelques mots ; toute sa faconde avait disparu, et quand notre ami a ouvert la porte, il a reculé en murmurant qu'il n'avait point voulu lui faire affront.

Mais le père. Bénédiction s-est avancé sans rien dire, et a déchargé dans sa hotte tout le contenu du second panier : rivrogne Fa regardé d*un air hébété; il a paru hésiter un instant sur ce qu'il devait faire, puis il nous a biusquement tourné le (tos et s'est éloigné en chantant.

Roger a haussé les épaules.

« Mauvaise aumône 1 a-t-il murmuré sourdement. Cet hoflime m'est odieux; il déshonore la vieillesse i Luimême le cocnprend. Avez-vous vu., lorsque je lui ai demandé quels étaient ses droits à notre intérêt? il n'a pu rien répondre.

— Parce qu'il l'avait dit précédemment, a répondu Je pire Bénédiction.

— Quand donc cela?

— Lorsqu'il vous a dit le nom de sa mère. Pauvreté ! Ah t monsieur, on ne sait pas assez ce que ce mot ren* ferme. C'est la botte àPandorel tous les maux s'en écbap peut, et la seule espérance qui reste au fond, c'est Jf^ mort 1 Je ne vois jamais le grand Jacques sans que mon «Qsur se serre. Pauvre homme, qui ne connaît rien au

delà dds jouissances de la terre, et à qui elles SMt tonles refusées ! Et peiner que c'est le sort de tant de miUiersde môsérables I De toutes les joies du monde il ne leur est resté que Teau-de-vie.

•"- Mais vous pourtant, pore Bénédî0ti(Hi, Taus aussi vous êtes pattvi*e. »

Il a rediesfléjBon Itont tuttuli et chauve.

« Ne cio]^2 pas cela, ar*t-iliépondu vivement; Jacques disait vrai ttout k Theure : je suis ricbe,.messiôurs ; f ai de quoi aohât«»r un domaine plus beau q«be tous ceux qui

VOUS^ntOOIIBMS. :»

Nous nous sommes Regardés avec snFpriaè, ^ je me suisraitpelê iaviolDntaiiement ee Kpi'«n m'avait dit de la raison un peu âéraAgéedu vieuaLibugnenot. Il a deiwé sans doute mcm soupçon, car il a saari, et, posant une main swr leibrasde Roger, une autre sur lemiea, il'a eontinué. avec la lenteiur sdeufielle qu'il ASecle par m^ tants :

€ Ceci vous éteoue, u'est-'il pas vsai? Ma» éooulez luae parabole que mon içis». m'ia soiuveut vacoriotée datas mon enfanee :

« Au dire des aueifiDs bistoniffii&de la Perse, ily aiiait autrefois d£ms cette ceutrée im fleuve qui répandait partout Tabondance ; où il passait, Fberbe avait la taiUe du blé, et le blé celle des btûasens : aussi le peuple avait-il pour lui la reconnaissanee que Ton a pour unJbieiafaitBur et le respect que Ton a p€Hir un dieu.

» Or il arriva que tout à coup le fleuve baissa eÉ larit, de sorte queles campagnds.devmrent arides et qU'il y eut une grande famine dans le pays. Le roideiPerse ne savait comment découvrir ce qui avait aoiené ce subit cbangomenî, et il promit à celui qui le lui apprendrait la plus belle province de son empire.

» Cependant on lui avait remis un bâton de berger ap« poilé par les dernières eaux, et sur lequel était gravé le nom de son mattre. Un de ses courtisans le lui demanda en disant qu'il espérait arriver par son moyen à la décou verte souhaitée, et il partit en remontant le lit desséché du fleuve. Partout il présentait le bâton en annonçant une forte récompense à qui lui ferait retrouver le berger auquel il avait appartenu. 11 parvint ainsi jusqu'à Damas, et il y montrait encore le bâton et demandait si personne ne connaissait son mattre; un pâtre de la montagne s'approcha en criant qu'il lui appartenait, et indiqua tous les signes que lui-môme y avait gravés.

» Alors le courtisan te prit à part et lui demanda comment il avait perdu son bâton dans les eaux.

» — Je gardais des troupeaux sur une haute montagne, répondit le berger, tout près d'un grand lac où je les abreuvais soir et matin. Mais l'eau du lac était plus basse que la rive, ce qui gênait beaucoup le troupeau. Je m'aperçus enfin que cette eau s'enfuyait par un canal souterrain ; et pour qu'elle pût s'élever davantage, j'entassai des pierres à l'ouverture du canal qui fut ainsi bouché ; de sorte que le lac se remplit jusqu'au niveau de ses bords ; mais dans cette opération j'avais perdu mon bâton de pâtre, emporté dans ce canal souterrain, et c'est pour moi merveille que vous l'ayez trouvé.

» — Réjouis-toi, reprit le courtisan, car nous devrons tous deux notre fortune à ce hasard.

» Et s'étant rendu avec lui au lac de la montagne, il écarta les pierres qui bouchaient l'issue souterraine, de sorte, que le fleuve reparut en Perse et y répandit de nouveau la fertilité, au grand contentement du roi, qui accorda au courtisan une récompense double de celle qu'il avait promise. »

Ici le vieux Huguenot s'arrêta un instant ; puis, nous regardant d'un air grave :

« Sachez que je suis ce courtisan, ajouta-t-il ; j'ai là le bâton de berger avec lequel on trouve la source du fleuve messager d'abondance, et qui doit me faire obtenir un domaine à perpétuité dans le royaume de mon maître. »

n avait tiré de son sein une petite Bible qu'il baisa.

« Voilà ce qui me fait riche et ce qui fait que le grand Jacques est pauvre, ajouta-t-il doucement; le fleuve coule pour moi, tandis que pour lui il a tari ou plutôt n'a jamais coulé. Vieillir quand on ne voit rien au delà de la terre, c'est assister, heure par heure, à sa rume ; mais pour celui qui a plapé ses richesses ailleurs, vieillir c'est approcher du jour où tout l'arriéré qu'on nous doit sera payé au centuple.

Cela dit, il nous a salués avec une gravité douce; il a fait entendre un petit cri d'encouragement. Le gros chien s'est levé, et le père Bénédiction nous a quittés avec sa brouette dont nous avons entendu le tintement s'éteindre au loin dans les carrefours.

LEÇON d'histoire DONNEE PAR UNE VIEILLE PORTE DE VILLE. -^ PART DE LA PROVIDENCE ET PART DE LA VOLONTÉ HUMAINE.

En revenant hier de chez sa vieille cousine, Roger a trouvé dans la petite diligence qui fait le service de la banlieue nos anciens condisciples, le conseiller, Hériot el Lefort, qu'il n'avait point revus depuis le banquet de la Saint-Nicolas. Beaulieu a interrompu une romance de

Î7i SOUVENIRS D*UN VlËlLlkRD.

Oarat qu*{l diantonnait. Lefbrt Fa salué par un wen d*Horace, et Hériot a pris troié prises de tabac coup sur coup, ce qbi équivaut pour lui à une réflexion, n y aeu des poignées de main échangées et des questions sur la santé, sur les occupations, sur les plaisirs... puis on est trenn apparier politique, -- banalité inévitable' entre gens <iui n'ont rien à se dire ; —c'est la pluie et le beau temps de la société. On se demande ce qu'on pense des affidres, c<»sime on se demanderait si Ton a trop thaud ou trop froid. — Quand on n'a rien à se dire de particulier, il hxxt bien parler du genre humain.

Bériota toussé exclamativement et d'un sdr profond jiur une douzaine de questions actuelles, manière habituelle dont il exprime son opinion ; Lefort a prouvé par plusieurs passages de Cicéron et par une maxime d'Hésiode que le dernier projet de loi serait désastreux pour la jiafcion, et lé eoQiBeÛter a regretté les parlements.

Roger, Qui prenait de Fhumeur, a dû dianger d'entretien. H ^'est'mis à regarder par la portière et à s'extasier sur ksiaméliorations apportées & tout ce qu*il aper- <;evait. II a fait remarquer les diamps mieux cultivés, les montées adoucies, les maisons plus nombreuses. Mais Beaulieu Ta interrompu en s'écriant « qu'on lui avait gâté sa banlieue. » H a parlé d'une mare qui barrait autrefois la route et qui, dans les promenades champêtres, obligeait les dames à se laisser porter; des croix de meurtre parsemées sur les fossés, et dont chacune devenait Toccasion d'une terrible histoire ; de la roideur de raneieane c6te qu'il fallait montera pied, et au sommet de laquelle était une guii^uette o ù l!Qo^nraifcaux vojar geurs de la bière et des éebaMdés.

« Heureuse route I beurew temps I a dit Hérîot en scandant chacune de s^s interjectioa^.pac uahocbameat

detéte cpit iMir^Jâtoftiialt la pîafoÀdeur d*aiie penaée de

— Et forsan olim memiwhêejiwabit! a ajdfutëXiBfoFt. «^ A U i)6n]le' heiarel là'est écrié notre aûii; mads vos

échandés et vcttre bîére, messieurs, faisaient perdre une beure; voi^ histoires dédommageaient inédfedCreiâieM^les iéfunté du désagrémeïift d^avoir été asssÀsiôé^i'et^làf paysannes, qui n'avaient pas de galants^atvalierspairrles aider à passer la fondrière, y entraiètti iuscpi-att g^du; -« Taisez-vous^ calomniateur de «passé, a intetrompd le conseiller en riant; ingrat qui reniez vos sotrveâjfrs et trahissets votire'jeuneècie. M^^ J6 ^'â*ilie^ mon ci^r^ comme la romance :

Ma Fanebette est charmante Dans aa simplicitéi

Je m mef catMto timB pMtendws améltoraiiMs qifeBh regaféant ce^i nM^ itsie eoiopte d'autrefois, par eatemple cette lieHe^pMe^^ ikmi|34» été seule conservée des ancienMs;f(»tifieatti^nftî

-^ IBH so«is4àiiiieQ0 tttiJTOâliarK ne peuvent ^ser sans décharger leurs chariots, fit observer Roger en forme de fnientbësei

*-^uel aspect de t^ficet et^que yennemidevait rester pe^ m&d devantcene veAte basset étroite, r^it Beauiieu.

— Voici notre codHer pvéciséiffeni dàâs la fMitioii de rennemi, ajouta mofi vieil* aÉâ^en montimt ratfeiagearrêté devant le pttaagQ>eâcombré.

— Aussi Charles le Téméraire a-t-il vainement ^essa^^^ de le forcer, coitthÉuawle<kxMeiBer:sa&s éeoater ; cai* k tEorible duc a campé Ibv m^ssieuis, aiieo ses compagnies 4e gens d'armes, et la vaillante portera refaséde's'oavrtr poarMr

— Dieu soit loué 1 interrompit Roger en sentant ht diligence entrer sous la voûte ; elle s*est apercée que nous n'étions pas des Bourguignons.

— Chaque fois que je passe sous ce porche obscur, 'éprit son interlocuteur avec complaisance, il me semble

i voir un symbole des fortes institutions de ce temps où tout était solidement assis sur une base immuable.

— Y compris les voitures, j'espère, interrompit Roger qui sentit tout à coup la diligence pencher... Dieu me pardonne, messieurs, notre roue est sur la borne... Nous versons. »

Un cri général répondit; l'annonce venait de se réaliser.

Il y eut un moment de confusion et d'effroi. Poussés les uns sur les autres, étourdis du choc, les voyageurs eurent d'abord quelque peine à se reconnattre^Le charà-bancs dont la pi^sence sous l'étroite porte avait occasionné l'accident ne pouvait reculer ni passer outre ; les cochers, au lieu de se prêter secours, s'injuriaient en se menaçant. Pourtant la portière fut ouverte ; chacun sortit avec un peu d'aide, et il se trouva que tout se bornait à quelques meurtrissures.

Le conseilla* seul, dont la perruque avait disparu dans le bouleversement, était furieux et menaçait les conducteurs de la justice. Mais tous deux criaient en jurant que c'était la faute du passage trop étroit.

« Qu'est-ce qu'ils disent là? s'écria gaiement Roger; oser se plaindre d'une porte qu'a assiégée Charles le Téméraire 1 »

£t s'adressant au postillon, il ajouta :

« Sais-tu bien, malheureux, que c'est gr&ce à elle que notre bourgeoisie a pu autrefois repousser ses ennemis.

*-. Tonnerre 1 c'cst-il une raison pour qu'à cette heure

elle empêche d'entrer les amis? demanda le cocher qui s'efforçait de dégager la roue arrêtée par la borne. »

Roger se retourna vers ses compagnons :

« Eh mais ! il y a du vrai, savez-vous, dans ce que dit ce garçon, reprit-il ; peut-êlre que ce qui convenait à une époque où Ton avait intérêt à laisser les gens dehors ne convient plus aussi bien lorsqu'on a intérêt à les voir dedans. Ce qui était excellent pour vos heureux siècles de défiance et de guerre pourrait bien ne pas convenir autant h notre siècle de commerce et de paix. »

Et comme le conseiller faisait un geste d'impatience :

« Je m'en tiens à votre idée, a-t-il ajouté en lui pressant amicalement le bras ; cette porte est le symbole des institutions de son temps : excellentes pour nos pères, impossibles pour nous. Ce qu'il en reste dans nos habitudes et dans nos lois ressemble à ce vieux débris d'une organisation détruite, et ne sert qu'à entraver l'action du présent. Croyez-moi, chers amis, les règles établies par les hommes leur ressemblent. Il arrive un jour où, comme *eux, elles ont besoin de faire place à de plus jeunes. Laissez donc abattre les portes devenues trop étroites, de peur de verser, et ne faites pas de procès à notre cocher; le voici qui rapporte votre perruque.

Sur quoi Roger a serré la main à ses trois compagnons et est parti.

Tout à l'heure il me racontait en riant cette aventure, et, à ce propos, nous avons parlé du bonheur qu'éprouvait le vieillard qui avait su conserver l'indépendance do son esprit, à suivre la marche du genre humain au milieu des Ages.

L'histoire est notre véritable étude à nous qui n'appai^ tenons plus au passé, qui sommes à peine du présent, et qui ne verrons point l'avenir. Placés, pour ainsi dire^

^89 80 0VENIRS D'DN VIEILLARD.

bors du temps, pous sommes en position de mieux regarder; TacUoia ne nous emporte pas dans ses tourbillons- Descendus aux stalles des spectateurs, nous pouvons suivre le drame du monde avec le calme qui permet •de comprendre et d*appr^cier : aussi est-ce notre continuel sujet d'entretien. Aujourd'hui nous y sommes longuement revenus.

Roger ne pouvait se lasser de railler nos vieux camai^es arrêtés dans Fornière de leurs souvenirs et croyant 'que la route ne va point au delà. Il s'exaltait à me raconter ce roman du genre humain qui est rastrologie 4es philosophes ; il m'expliquait comment les grandes -évolutions des peuples sont soumises à des lois providentielles, et je le crois comme lui ; il me montrait la société comme un cliamp p^pétuellement labouré, dont les moissons s'améliorent à proportion du travail, et je le crois encore ; il me disait que les génies sont des courosiers attendus qui s'attellent instinctivement dans le sens -où ils doivent entraîner le monde, et je veux bien ne pas dire le contraire. Mais il me montrait les guerres comme l'agent le plus puissant de la civilisation ; il dédarait que les affaires humaines marchaient indépendamment des ciïorts individuels, des révoltes de la conscience, et que les victorieux étaient dans la voie de Dieu, puisqu'ils réussissaient, et je n'ai pu me taire davantage : jame suis tévoUé contre cette action providentielle qui, comme la fatalité des anciens, enlève à l'homme sa liberté et fait ^toujours'dela victime un ennemi des dieux.

Quoi! le succès déciderait seul de la justice des eauses! '<3uoiI le genre humain n'aurait jamais dévié! Quoi! il n'y aurait qu'à se laisser aller à la pente des événements, sûr qu'ils nous emportent où nous devons aUerl Vous regardez d'où le vent souffle et vous orientez vos voiles^

Peine inutile 1 le vaisseau a en lui la loi qui le conduira avec ou malgré votre aide I — Ainsi, plu* d'admiration pour les dévouementa infructueux ; plus de pitié pour les

vaincus I Tœuvre providentielle n'a que faire de nous

Quelle valeur ont alors nos actions, si faire le bien ott le mal ne peut influencer les destinées humaines? Pourquoi cette haine de l'un, cette admiration de l'autre? •^ Non, non, rhoiamen'^t point une feuille roulée sous le souffle de Dieu! la. main qu'il met dans l'^suvre Buit 4>\i profite selon les lamines et selon l'intention. Réussir .neju&liQe pas plus iun acte qu'échouer ne 4e condamne. . Qui ss^it d'ailleurs .combien il faut de ^défaites, pour 420Bduire k la victoire applaudie, xt combien d'hoaunes obscurs travaillent sans résultat visible au. triompha do celu^ qui paraît .acQompUr^tea voloatés du cielt Quand vous criez : — Gloire à Alexandre, vainqueur des Pênes 1 ne. Gftez^vou^ paa em même temps : — »61oira à. tous les Grecs iocounus qui, depuis Tc§iQ jusqu'à Platée, «^nt montré à rEuropefiOBunant^Q pouvait vaincre l'Asie. Quand vous. répétez! — Vive àriamais^la méfiioire de Descartes qui a affranchi l'esprit iiuiXMttnl .ne dites^sous pas implicitement H-^HouneuiLau souvenir 4espenseurA obscurs qui pendant tant de siècles ont bu la ciguë ott sont montés eur les Mehers pour xetaffranchtftsement^i — «^MaistRoger résiste ; l'étude des Allemands l'a conduit, à une sorte de fatalisme providentiel qui lui fait regardée l'histoire comme un grand poëmedont les. scènes sont écrites d^avance sans que nous puissions faire. autre chose que récitgr le râle qui nous a été distribué. .

XÎX (suite.)

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