‹ Souvenirs d'un vieillardChapitre 20 sur 30 · RENÉ FAIT DE LA PHILOSOPHIE HISTORIQUE SANS LE SAVOIR · texte numérisé non relu

RENÉ FAIT DE LA PHILOSOPHIE HISTORIQUE SANS LE SAVOIR

Nous sommes au plus fort de notre débat sur ce point lorsf^e René arrive tout troublé. Il est quelque temps avant de pouvoir se faire comprendre ; il se dandine d'une jambe sur Vautre. Roger s'impatiente, et le pauvre garçon s'embrouille de plus en plus. Je me décide alors à m'entremettre au premier mot. René se tourne vers moi comme vers un protecteur.

€ Oui, monsieur, balbutie-t-il d'un air effaré, c'est ça, c'est juste ça. »

Je comprends qu'il doit avoir donné une explication , et je tâche de ressaisir quelque fil dans cet écbéveau de paroles sans commencement ni fin.

« Parfaitement, René, lui dis-je; ainsi vous veniez annoncer à votre mattre...

— Comme vous dites , monsieur , interrompt-il précipitamment.

— Et vous paraissez troublé de ce que...

— Certainement, monsieur, mais ce n'est point de ma faute.

— Alors, c'est celle...

— De personne, monsieur.

— De sorte que vous veniez...

— Pour rien, monsieur. »

Roger lève les deux bras au ciel.

€ Et le malheureux a été baptisé comme un être doué de raison 1 s'écrie-t-il.

— Baptisé, répète René offensé et surpris ; certainement que je l'ai été ! — Si monsieur en doute, je puis faire venir mes papiers du pays..* Baptisé à la paroisse ; — et vacciné aussi. — Ah I faut pas croire qu'il me manque quelque chose, non ; on n'esPpas un païen parce qu'il est arrivé malheur aux poteries de monsieur.

— Mes poteries ! répéta Roger; quelles poteries ? Que veux-tu dire ? Parleras-tu enfin ? »

René recule, les yeux plus ronds et la bouche pH; ouverte que jamais. J'arrête son maître d'un geste. En réunissant tous les mots incohérents prononcés par notre effaré, je commence à entrevoir de quoi il peut être question. Je me décide, comme Vertot, à faire mon siège en attendant les documents, et je m'écrie :

« J'y suis ; n'êtes-vous pas en correspondance avec un collecteur allemand qui s'occupe de la céramique des différents peuples ?

— Le docteur Luttroff, sans doute.

— Et n'attendiez-vous rien de lui ?

— Rien... Ah ! c'est-à-dire que je lui avais témoigné le désir de connaître quelques vases guanches.

— Eh bien l voilà, cher ami : il vous les aura expédiés par le bateau ; n'est-il pas vrai, René î

— Monsieur, par la diligence.

— Et peut-être la caisse a-t-elle été égarée.

— Ça se peut bien, monsieur, mais elle est arrivée ce malin ; à preuve qu'on est venu m'avertir.

— Alors, René, va la chercher.

— Certainement, si monsieur me le commande ; mais fy suis déjà allé.

— Et on a refusé de la livrer f

— Juste, monsieur... rapport qu'on l'a envoyée par le facteur.

186 SOUVENIRS D'UN VIEILLAEB.

— De sorte qu'elle est à la maison ?

— Il n'y a pas de doute, monsieur ; j'ai mis de côt& tous les moreeaux.

— Comment, les morceaux ! s'écrie Roger ; la caisse est dono brisée 7 Mais diâ*le alors, malheureux. 1

— Eh ! seigneur, esH^ que je fais autre chose ? s'écria René enfin impatienté qu'oa ne mette pas plus d'intelligence k le comprendre. C'est le premier mot que j'ai dit à monsieur; monsieur doit se rappeler que je me. suis exclamé en arrivant : — Ah I monsieur^ c'est pas ma foute ; c'est rapport que le roulageiira trouvé un pays»qui l'a fait entrer à l'Épéed^or^ et quia tout bu que le roulagaur n'y voyait plus ; d'où vient que la caisse a roulé dans l'esca-p lier, et parce que les clous^étaieiitinal solides.», monsieiur. sera pas content ; mats j'y pouvais rien; ça devait arriver. — Voilà ce que j'aLdilA monsieur ;.il me paratiqu^ c'est clair pourtant. »

Et le brave garçon, vistUemeat satisfait, me. jetteiua regard qui signifie. —J'en appelle & voire équité.; vous devez me soutenir ï

Je souris et j'arrête Roger qui se préparée luliprou^ ver qu'il est un imbédle.

« Voilà qui est clair cette tloîs, lui idis«je; vos polenes' guanches sont en poussière ; il faut ren praidre son parti.

— Parbleu I cela vous est facile, à vous, a r^ris mon antiquaire exaspéré; mais moi, j'y tenais^ j'en:avais.va^ nement cherché jusqu'ici ! c'est um perte irréparable l Et penser que la faute en est à cet ivrogoe da facteur «l

— Croyez •vous? ai-je interrompu*

— Eh ! n'avez-vous pas entendu que la caisse était ov^ rivée intacte ?

-^ Sans doute.

— Qu'elle a échappé à cet homme dans l'escaliert *

LA DERNIÈrxE ÉTAPE. 187

— H est vrai.

— Et que tout vient de sa maladresse?

— Voilà où je vous arrête, cher ami. S'il est certainque tout ce qui arrive est raccomplissement d'ua arrôtprovidentiel, pourquoi vous en prendre aux hommes de . ce qu'ils ne peuvent empêcher.

— Pardon, mais je prendrai la liberté...

-* Elle est prise, mon vieil ami ; grâce à votre doctrine, il ne nous en reste plus la moindre parcelle ; nous ne sommes que des outils entre des mains invisiUes et toutes-puissantes.

— Permettez;..

— Rien, rien, je ne puis rien permet tife^ vu que je nr suis maître de rien. Vos potaries guanohes ont disparu comme la race qui les avait fabriquées, parce que cela.' était dans rordre établi. Vous ne voulez point que celle-ci ait péri par les fautes et par les crimes -des navigateurs^ qui découvrirent les Canaries; pourquoi vaulez-rvous qua^ ce qui restait d'elle ait disparu par la^ mauvaise construction de la caisse ou Tivrognerie d'un facteur? Lespots cas^s ont tort, absolument comme les nationsex* terminées l René, vous a donné le dernier mot de votrephilosophie de l'histoire en vous disant tout à l'heure : — Ça devait arriver I »

Et comme Roger, un peu déconcerté, grommelait lefameux: « C'est autre chose I » de- 1* École des Vieit^ lards, étemelle réponse de- ceux qui n'en ont pas, je l'ai pris sous le bras et j'ai ajouté à demi*voix :

« Allons, cher ami, les antiquités sont en verve aujour*^ d'hui. Une vieille porte a parlé pour vous cematiia ; cesoir les vieilles poteries parlent pour moi ; mais soumet* tez-youssans humeur, et ditesi comme le musulman qu'oi» empale : — C'était écrit ! »

iti SOUVENIRS D*UN VIEILLARi>.

M. BÈGHEREL LE RECEVEUR.— GOMMENT LES OISEAUX E?^ CAGE PEUVENT SERVIR D'INTRODUCTEURS CHEZ LES VOI- SINS — UN NOUVEA.U MÉNAGE. — MES SUPPOSITIONS.

J'ai depuis quinze jours de nouveaux voisins. Je n'ai jamais pu comprendre les habitudes des grandes villes, où chacun demeure indifférent à Fétre qui vit près de lui sous le même toit. Quelques briques revêtues de plâtre suffisent pour que Thomme qui respire là, à six pouces de nous , soit à nos yeux comme s'il n'existait pas. Les cloisons séparent les cœurs et les appartements. Que nous entendions à travers des pleurs ou des rires , des chants ou des menaces, ce n'est pour nous que du bruit. Le bon voisin est celui dont on ne soupçonne point la présence, qui vit chez lui comme dans un sépulcre. Le voisin parfait serait un mort s'il n'effrayait pas 1

Je n'ai pu arriver à me ramasser ainsi entre les quatre murs de mon étage ; malgré moi, je m'associe en idée à ces existences qui bruissent autour de moi ; il me semble qu'il y a entre nous le lien d'une commune hospitalité. Nous voici arrêtés pour quelques heures au même caravansérail ; nous partageons l'ombre du même toit et le même rayon de soleil ; les fumées de nos foyers se mêlent, nos voix se confondent. Passerons-nous l'un près de l'autre sans nous souhaiter au moins, comme les Peaux-Rouges qui se rencontrent dans les solitudes, « un ciel bleu et des peaux de castor ? »

L'embarras est de traduire le vœu sauvage en langue civilisée ; de savoir la couleur que le voisin désire au ciel, et quelle est la peau du castor qu'il chasse.

J*ai interrogé ce matin monsieur Baptiste pour m*en instruire.

Le nouveau locataire s'appelle monsieur Bécherel ; il occupe un petit emploi à la mairie, et il a travaillé au dernier recensement du quartier. Maintenant , en effet, je crois le reconnais. J'ai reçu autrefois de lui une visita dont j'ai consigné le souvenir dans mon journal.

Monsieur Baptiste me dit qu'il s'est récemment marié dans son pays ; sa femme vit avec lui , mais ne sort jamais et ne parle à personne. — Elle rêve sans doute à la douce lueur de ce premier quartier de la lune de miel qui ne brille de tout son éclat que dans le silence et la solitude. Je bénis dans mon cœur les deux jeunes époux.

Mais en revoyant le mari hier , je m'aperçois qu'il est déjà vieux ; son visage a une expression rechignée ; il a quelque chose de chétif et de malheureux dans toute sa personne ; on lui sent deux côtés gauches ; rien n'est fait comme il faut, ni à sa place. Quand je le rencontre , il hésite toujours à me saluer, et quand je l'ai prévenu il me salue trop peu ou trop bas. Monsieur Baptiste, qui a des principes sur tout, prétend que cela vient de ce qu'il est grêlé et fonctionnaire public. La petite vérole l'a rendu timide, et ses fonctions l'ont rendu important. De là, selon mon philosophe , son mélange de gaucherie et de fierté. Quoi qu'il en soit, je suis devenu plus curieux de connaître madame Bécherel.

44... J'ai beau regarder par la fenêtre de mon cabinet vers celles du voisin , tout reste clos et muet. Les petits rideaux sont collés aux vitres ; jamais un éclat de rire ni un chant. J'en fais la remarque à monsieur Baptiste, qui en conclut simplement que les deux époux sont sérieux et n'ont pas de voix ; mais je commence à croire que leur lune de miel pourrait bien être une lune rousse.

S5... y^rici' enfin un chaogeoiaDtxhez dos vonhu^ depuis deux jours une cage est suspendue à la fenétawrda leur cbaHibrev et un* petit boiin«mi y chante 9aAi Dft temps en temps la fenêtre s'entrteiprref sans briâl ; une main s'avance pour garnir la cage de qnelqnBirîmdiie^ puis tout se referme sons qn'on ait paapeicewncieTîsage . de la pourvoyeuse^

J'apporte me» ustiùs & mes* fenêtre»^ afio-qu^Blix du moin» puissent Totsimr avec le. bouvreuil ; voici qa-ilsse; sont «entendus réciproquement; ils se rapprochent. des* barreaux; ils se regardeot en peocbaat la tâte*; ils g^^ zottill^t, ils s'agitent. La glaoe est rompue-; ils lontévi-r demment connaissuafie; biestûlils vont^s6(raeonteclettt»'*. afhirea de ménage;

' Le bouvreuil , en sa qualité dn eélttiataîrBv es^ le pins : i empressé^; il voudrait&inxvinleÀ seevoisin»; ilcherabo;^ une issue '^ voletant ide tODSiofttés; il seibeuarteneonlfie^f^ lesbarveaugD'€l;retenito4nrecd0tpetttecmpl8itttils6 .

Le rideMf se soulève ^ivrnnents: et j'apencaisià timiMie.r. la^re uu'visageiqui aesie semble pointrinoomiurei^tal;. la>fenétre s'ouvre ; cette fois, je neme trompe» peioAç: j'aii^i délia* VU: ces traits. «..oukj.. cfesiiainiëcedaiyieiis prepi^^ taiie que Roger et moiiavotnsxvisitéril y b. quelques mrâr^ . r avare forcé de pa^ernii pcurt de lettiei'

Elle fliereeonatt aossi^sans dente/ cas etteiijw.€atae.i: avec une politesse respectueuse; je luHaia dette ^mamvuft signe amical, et jel hliidemunie des .noujrdles ide Mi*"^/ Mais, en remaiiqpMUUt. ses habite noirs^: je.'Hi^irer*^** prends aussitôt.. EUese biftte de répondce. ^uerson seaplet*: se porte bien.

« Pardon; lui dis^je^fVotieic^ilumem'awfeeifiijK^n»^ EQo! change de coutaur^.

. € Je porteieidfloil de>oie}niAiie»rjnestteiiK^,4i*feUft(>

LA. DERNIÈRE ÉTAPE. JOf .

d'une voix dans laquelle je sens trembler des larmes* r>

Et, comme si elle craignait de me laisser voir son émotion , elle se penche vers la cage et s'efforce d'apaiser la bouvreuil, par de doux appels.

Je fais observer en souriant qu'il est triste de sa solitude. Je propose de rapprocher nos pxisonnieis, et, sur un demi-consentement de la jeune femme, j'appelle monsieui: Baptiste qui lui porte mes serins.

Les deux cages sont sugpenduesi à la même fenêtre, et les oiseaux expriment leur joie par.un redoublement de chansonset de battements d'ailes.Ma voisine me remercie». Je salue.et je referme ma fenêtre.

J'avaia oublié cette nièce de M."^**^. en la retrouvant, je reprends l'intérêt qu'elle m'avait inspiré, au premier coup d'œil. Bien que je l'aie seulement entrevue, et de loin, il m!a semblé qu'elle était triste et toute pâle. Alaintenant cette immobilité et ce silenceque je regardais comme le recueillement du bonheur me semblent avoif une autre signification. Je veux m'en assurer.

3û»...X'ai.faitvisite,à ma^ voisine. Il a fallu pour celac attendre le dimanche, $eul jour.oii le mari soit au logis»..

Monsieur Bécherel , i qui la. jeune Jemme avait expliqué notre connaissance antérieure, a paru tout à lar loisKembarrassé et satisfait. C'est un. homme timide», non par défaut d'énergie, mais par sentiment de sa disgrâce. Quelques gestes plus vifs qu'il n'a pu réprimer^ les subits changements de son regaxd, et surtout lacon^ traction habituellede ses traits, m'ont faiLsoupgonner chez lui une grande violence de caractère. Tout son être est dans une tension indiquant la contrainte d'ua homme qui se craint lui-même. — ^Je me suis toujours défié deces chartreux de la vie qui marchent les yeux baissés,. les mains en croix sur la poitrine et les levre3 silencieuses;

un calme si travaillé m'effraye sur ce qu'il cache. — ' Sa voix, lorsqu'il s'adresse à la jeune femme, est pourtant douce, mais mesurée; il ne la regarde point en parlant, et deux ou trois fois, à son accent plus vif, je l'ai vue tressaillir : aussi les ai-je quittés avec un sentiment d'oppression. Il règne dans cet intérieur je ne sais quelle atmosphère glacée sous laquelle on sent la tempête.

J'ai interrogé de nouveau monsieur Baptiste avec précaution sur la manière dont vivaient nos voisins ; mais il n'a pu rien me dire. Le mari est laborieux et rangé, sa femme sédentaire ; on ne les entend jamais élever la voix ; les fournisseurs sont payés régulièrement; ce sont, en un mot , des gens tranquilles ! — mot banal qui peut comprendre toutes les tortures et toutes les discordes, pourvu qu'elles n'aient rien de bruyant. Combien de ces gens 'tranquilles, après avoir longtemps passé près de vous sans rien dire et en saluant, cessent un jour de reparaître, et leur porte forcée laisse voir un cadavre endormi près d'un réchaud éteint I

' Mais peut-être ai-je donné trop de valeur à des observations frivoles ! L'habitude de l'analyse est comme un verre grossissant devant l'esprit ; elle exagère les détails ; nous apercevons la trompe du ciron et nous le prenons pour un éléphant ! Ne nous hâtons point de juger ; ^— • nos voisins m'ont permis de retourner les voir; attendons à les mieux connaître.

kjuin,.. Monsieur Baptiste m'a dit ce matin avec un «ourire, en voyant que je me préparais à visiter les époux Bécherel :

« Il est bien heureux que monsieur ait, comme on 4it, l'âge canonique.

-- Pourquoi cela? ai-je demandé.

«— Parce que si monsieur était plus jeune, il M serait

Là dehniere étape: los

point reçu, a-t-il repris; monsieur Bécherel est jaloux comme un tigre !»

J'ai été sur le point de lui demander d*où il le savait; mais j'ai réfléchi que mes questions précédentes l'avaient ié'jh trop occupé de nos voisins, et que ma curiosité de^ venait un encouragement à une sorte d'espionnage : aussi me suis-je hâté de détourner l'entretien.

II a fait un mouvement de surprise, puis a paru réfléchir.

« Au fait, l'expression est probablement impropre, ar-t41 dit gravement ; n'ayant aucune connaissance en histoire naturelle, je ne pourrais la justifier ; j'ai seulement voulu dire à Monsieur...

— Que mon âge me donnait des privilèges? me suis-je empressé de dire, afin de prévenir toute nouvelle explication ; je le sais, monsieur Baptiste, je le sais, et mon principal soin, depuis longtemps, est de les passer en revue. Les cheveux blancs sont une couronne qui donne droit & la confiance, au respect, et celle-là ne craint rien des révolutions ; aussi croyez bien que j'apprécie les douceurs de ma royauté. »

J'ai pris mon chapeau et je suis monté voir le nouveau ménage.

Tout y était dans le même ordre qu'à l'ordinaire ; mais je suis toujours plus frappé de ce qu'il y a de morne dans ce calme. Monsieur Béchçrel n'est occupé que de gon travail d'administration : il le reprend le matin chez lui avaut de se rendre à son bureau ; il le continue \p soip après en être revenu ; il s*y acharne le dimanche san» in^ terruptiou. On entend sans cesse le bruit de sa plume, do sa règle ou de son grattoir , tandis que la jeune femme coud silencieusement près de la fenêtre. Pour tous deux, le travail ne semble ni un devoir ni un plaisir, mais un «efuge.

IH SOUVENIQS D'UN ViËlLLARO.

J*ai demandé s*il» ne pramenaienl point? --^ Jamais I S'ils ne lisaient pas? — Jamais I— S'ils ne Yoyaient point quelques parents ou quelques amis ? —Jamais 1 jamais I Je sena que si J'avais pu leur deaiauder s'ils avaient au moias pour déd(NB«iagemenC tes expansions et les «oib-^ munes espéranoest tous deux m'auraient fait la même réponse. Qu'est-ce donc que oes deux existences pétrifiées Tune près de Fautre V et au fond desquelles pouctant il semble que quelque chose remue?

Quand je regarde cette jeune femme penchée sur sou.' aiguille^ la<tôte languissante,, les ?main« 16016», la taille affaissée, je voudrais lui crier de se redresser et de vivre.

Vingtiois J'ai élé^surle.poiatdd/rinterrogers mais si^lle relève akH% le front, je-mianréte^evasifc^ces yeiix de statua sana.regard.. A voir leupidatiimmobHe» on^ disait ces miroirs sombresr des eaux, sovlerrainea que ne^ride au^un souffle, et dans lesqueUes &eise'refl6te.ni ua nuage ni ua rayon de fioleM.

Monsieur Bécherel n'est pas moins impénétrable,, bien que d'apparence moins calme: les deux âmes sont également fermées, l'une par ua (glacier tmou^ile. et biûlLanl;, l'autre par de triples verrous qui grincent dans leuiîs anneaux.

3 juilleL... D*oà vient que la difficulté et le mystëve sont pour nous des aiguillons? Supposez nos voisins gais et ouverts, semblables k tout lermonde ; j'aurais ps^islble? ment joui de leur société sansrm'arréter outi^Oi nwsure à leur souvenir. Je les trouve bizarres, fermés, et voilÙM qu'ils me préoccupent sans tréva.vRoBMM)esque)Curiosité' do»t l'âge ne peut'guérir J:Eftfants ou vieillards, n'aucon^ nous jamais d'appétit que pour les platscouverts? '

Apfès tout , je crois êlre suc la voie d'une déoeuverte.' Monsieur Bécherel a eu à me consulter à propos d'un pc^fe.

LA J)J&RNIÈRE £TAI>E. ^ 195 .

de droit*qui.rintéresse. Il s'agit d'un détail relatif à la mère de sa femme,' morte insolvable, si j'ai bien compris, et. dont on, a achevé de payer le& dettes. Il y a quelques mesures à prendre pour s'assurer de.la réalité, des créances. Je les ai indiquées au voisin. Comme je demandais* qui.aYait.pri&.à sOiCba^ge. les obligations de la morte, il m*a .répondu,, avec, un, peu. d'embarras^ que c'était l'oncle de sa femme, ce même avare dontiloger et moi avons fait connaissianjce il y a. quelques mnis. Harpagon serait-il donc sensible à l'honneui: de famille? Qui sait? Il n'y a . de logiqueicbez le&iiomme&.queda^contradLctian.

Lûcsque.j'ai tparl&.der oeoî à Ja. jeune. femme, elle a., changé de visage; mais eUeaxoiiâjxné le dire de son* mari.. Il jn'disemJblÂâeulamentq Welle parlait trop froidemant de Ja«g^émsitétde €ûa oncle.. Pas una expression ' de reconnaissanite ni.d'attendimement.. C'est que. le ser-^ vice rendu a bien moins de. prix, par luirméme que par la façon de le rendre^ Le verre d'eau. offert avec une douce p^r&le laisse plus desoujifenirs.queJôsang versé pourvous de mauvaise, gr&oe. Ce. qui «attache, dans le don, c'estsa> . spontanéité. Le bienfait marchaad&ne laisse, le plus^âou^ • vent .que. la. douleur d'avx)ir. dû « lacûeptec^

XXXHl

ARVÂNIKyÉimtlE JiB^PROVfianilr QUE UESjftBfiEMm ONT TOftT.

Le père Bouvier est venu me voir; il m'apportait. des j> Qeurs ettm rayon de miel de ses ruches; mais.le braive homme m'a paru triste, contre son habitude. J'ai. voulu savoir. s'iLlui était, arrivé quelqjuje dunse de fàcbeuau

€ Eh, seigneur 1 que peut-il m'arriver, à moi f a-4-il soupiré ; mon temps est fini, monsieur Raymond ; ma vie est comme ces vins arrivés à la lie : on peut la laisser couler maintenant sans prendre garde à ce qu'elle de* lient. Hais je pense à Armand.

— Votre neveu 1 ai-je repris; n'est-il donc plus satisfait ie sa condition? aurait-il à se plaindre de son élève? »

Le père Bouvier a secoué la tête.

€ C'est pas ça, monsieur ; tout ça ne serait rien : une place déplatt, on en cherche une antre ; tant que l'oisean a ses ailes, il trouve où voler; mais si l'on y met le ciseau, adieu, va I tout est dit; et celles d'Armand sont à cette heure coupées jusqu'à la racine.

— Que voulez-vous dire? votre neveu n'a-t-il plus l'honnête ambition qui l'a fait consentir à s'éloigner? N'est-il plus soutenu par cet attachement?

— Plus rien, plus rien, monsieur Raymond! s'est écrié le vieillard, dont les yeux se sont remplis de larmes.

— Vous savez que les parents de la jeune fille refusaient de consentir au mariage tant qu'Armand n'aurait point épargné une somme... Pour lors donc il est parti afin de la gagner. Il devait écrire et recevoir une lettre chaque semaine ; sa première est partie, puis une autre, puis une autre encore ; mais pas de réponse. Alors il s'est épouvanté ; il a écrit aux parents. Toujours le même silence, monsieur. Ça a bien continué ainsi trois mois. Armand se disait : « Les adresses auront été mal mises... Le service est mal fait à l'étranger... Nous allons de ville en ville, et les lettres courent peut-être après moi ;» enfin tout ce qu'on se dit quand on ne veut pas désespérer; mais à la fin il a épuisé toutes les raisctos, alors il m'a écrit.

— Eh bien ?

— Eh bien, je suis allé pour savoir ce qui se passait..|

Vous ne me croiriez pas, mpssieur Raymond, mais, eh approchant de la maison, mes jambes tremblaient; je mc' disais : « Tu vas trouver la porte tendue de noir, on bien on te dira que la jeune fille est depuis longtemps au cimetière. > Des sottises, monsieur; elle n*avait pas môme été malade.

— Alors vous l'avez vue?

«— Elle, non pas ; elle a eu honte... mais on m'a dit de sa part comment elle avait réfléchi qu'Armand aurait trop de peine à gagner l'argent nécessaire... qu'elle ne voulait pas nuire à son avenir... qu'il pourrait faire à rétrangcr un riche mariage... Vous savez, monsieur... les phrases ordinaires de celles qui veulent manquer de parole. Moi, je suis revenu le cœur outré; j'ai écrit à Armand ; et, voyez la chance I ma lettre s'est égarée ; il ne Ta reçue qu'à Venise. Aussitôt il a cru répondre, en m'envoyant un billet que je devais remettre à la jeune fille elle-même... Il n'y avait que quelques lignes, monsieur, mais capables défaire pleurer le bourreau... Je me suis mis en route tout de suite, je suis arrivé ; mais... » • Le père Bouvier s'est arrêté ; l'émotion l'étouffait. Je l'ai regardé d'un air interrogateur :

« Mais je n'ai trouvé personne ! a-t-il ajouté précipitamment.

— Quoi I me suis-je écrié, la jeune fille était partie?

— Non, a-t-il balbutié, non, monsieur... elle était... înariée! »

Je n'ai pu retenir une exclamation de surprise douîoureuse. L'oncle d'Armand a levé les mains, puis les a jointes sur ses genoux d'un air accablé.

« Mariée I a-t-il repris en regardant fixement devant îui... depuis déjà huit jours! si bien qu'à ma première visite la chose était convenue, préparée I

I9S ^ SOUVENIRS D'UN VIEILLARI>.

-«'Et Armand a-t-il été instruit?.,.

— Sur46K5hamp je lui ai écrit... je ne sais plus ito^ upi... tout ce qui m!est alors passé dans Tesprit — Il voMft a répondu?

— Poste pour poste... Rien que ces roots : « Vous me » restez^ mon oncle, j'aurai encore du bonheur à vivre » pour vous. »

Ici le vieillard s'est arrêté, les pleurs le suffoquaient Moi-même j'étais ému ; je lui ai pris la main :

« Allons, père Bouvier, ai-je dit, du courage; vous voyez que votre neveu vous donne l'exemple. J'espère qu'il a persévéré dans sa résolution ?

— Oui, oui, monsieur, a-Wl repris en essuyant ses yeux avec ses mains ridées et calleuses, sur lesquelles on voyait rouler des traînées de larmes ; il continue à m'écrire... même plus sewivcnt qu'autrefois... et ces letlres sont pleines de bonnes paroles. J'ai pensé que monsieur aurait du plaisir à les voir, et je les ai apportées. »

Il tire alors de sa poche un vieux portefeuille fermé d'ua lacet de cuit qui en fait plusieurs fois le tour; il déroute oeluirci lentement, prend dans la poche de cuir un petit paquet enveloppé d'un fragment de journal et enconi> serré, d'un ruban : ce sont les lettres de son neveu^ qu'il «me remet avec une sorte de respect attendri..

Je les ouvre l'une après l'autre, et comme je vois que le bonhomme a envie de les entendre, joies lis à demi* voix. Il écoute, ravi, interrompant, de minute en minute par une exclamation admirative ou. par une admiration attendrie.

A vrai dire, les lettres méritent. d'être lues. A travers leur douleur, on trou;^a la fermeté d'une âme vaillante. Le jeûna homme ne donne à son cbagrin que la plaça qu'il lui doit; il le traverse rapidement. comme le ferait

LA. DEENIÈRE ÉTAPE. m

le. soMat d'un point balayé parla mitraille, puis reprend 81 marche régulière et habituelle.

Cependant cette domination sur lui-même ne peut tromper; on sent au fond de sa courageuse acceptation un endolorissement qui le tient tout entier ; chacune de ses paroles semble un effort; son calme lui-môme inquiète; on ditait le socatire d'un maiaâe qui veattléguiser ses^wffinmoes, mads^ne peut cacb^ sa pâleur. Il parle au <pèr6 BouTifer deson^ prodtain retour avee le pettl^-fils de monsieur : de RovèEe, mais pour repartir bientôt. A Yen ctcmTf il a cm goût aux voyages^ il jouit de^ces as*-pects toujours nouveaux, de ce mouvement, de ces chanigemeatord^habitudes^ J'ai' compris qu*il cfaerebait Tagi^ tatiâB.poHCiS^han^fàltuirmiéffla.: lerbonheur/aiflie à deoœurer tnmquilte et craint te ènnt

Le pire Bouvier m'a prié de luL écrire ; il prétend que mes encottragemeots^yaideroAt à guiérir. J'ai promis d'esr sayer : mon âge metfaelUtoiune parettlo tâohe«; il me per^ met de parler debout > avee FautofitéMle Texpërience et * Faoce&t paisible da âouv^ir. Sorti de la grande batailla des paseions, je n'en.ai'plttsi que le» tioatriees. On* peut se confier à nous aubces vieiUârâft>saas rougir, parce que noua avons tout épsouvé; ayeo sé€itrUé$. parce que noua sosuziaa'^nl^és dans^le calme.du soir. Le temps a lait en notre fayeur ce qu'un effort suffhuflKfcin peut seul faire pour, le prêtre quiicoaifesse. Nous n'avons» plu3 oi sexe, ni intérêts mondains, ni flammes cachées; to»t notre être est feutré dana.rapaisement, et nous n^usitroiuvons désormais. 4ans une neutralité coBaeie&te aa n^iieu do tous.les débats de. la terre*

C'est h noua de conserver intact ce privilégef d'enifairo profitfir.les autte&.et nousisoémea^

300 80UTE1IIRS D'UN TIEILLAIID.

xxxni

UNI PLUIE d'orage.— AVENTURE DE VIEILLARD.— CE QU*OII PEUT FAIRE DANS UNE FENIÈRE EN TEMPS DE PLU».

...7 juillet ^ Je suis allé porter au père Bouvier la lettre toite pour son neveu. Monsieur Baptiste m'a accompagné. Depuis quelque temps, la marche me fatigue davantage; Thaleine me manque, mes jambes fléchissent ; pour gravir les collines, j'ai besoin d'un bras, quoique soutenu.

Le ciel était voilé; d'immenses nuées d'un blanc de neige se tenaient immobiles à l'horizon; l'atmosphère était lourde, de chaudes bouffées passaient par rafales sur les blés, dont les épis ondoyaient comme les eaux d'un lac, mais sans agiter les arbres, qui découpaient leurs silhouettes immobiles aussi nettement que s'ils eussent été gravés en vert sombre sur l'azur du ciel.

Nous avons gagné lentement la maisonnette du père Bouvier, à qui j'ai remis la lettre ; puis la crainte de l'orage nous a fait redescendre sans retard.

Les nuées blanches étaient toujours sans mouvement; mais à droite d'autres nuées couleur de plomb s'étaient mises en marche derrière elles; le tonnerre commençai! à retentir. Je me suis arrêté involontairement pour ad-^ n^irer le spectacle grandiose que j'avais sous les yeux. Du haut de ces collines, la plaine entière apparaissaif comme un immense champ de bataille ouvert aux forces de la nature. Les nuages sombres s'avançaient toujours, semblables à une armée d'attaque. Sur le {k;ûc de ces masses redoutables le vent, qui commençait à s'élever, faisait courir des nuées plus pâles qu'on eût prises pour

de rapides escadrons ; derrière grondait déjà Tarlillerie céleste, dont le retentissement se prolongeait de colline en colline. Pendant que je contemplais ces préparatifs de lutte, monsieur Baptiste, qui regardait prudemment à ses pieds, me montra que les oiseaux s'enfuyaient à tired'aile, que les troupeaux se rassemblaieiît et que les paysans se hâtaient de réunir leurs instruments de labour pour regagner leurs demeures. Il me fit observer qu'il n'y avait autour de nous aucun abri, et que nous ris-* quions d'être surpris en pleine campagne par l'orage. L'avertissement était sage; je pris son bras, et je me décidai à presser le pas, non sans lever souvent les yeux pour suivre les mouvements stratégiques de mes deux armées aériennes.

Les nuages blancs commençaient lentement leur retraite ; mais Tavant-garde, qui courait à leur rencontre, ne tarda pas à les atteindre; le reste suivit, et alors une lutte acharnée s'engagea. Les deux masses se heurtèrent et se confondirent. On voyait des traînées du nuage noirâtre pénétrer le nuage blanc et l'entr'ouvrir, comme des bataillons lancés dans la mêlée qui percent un passage à travers l'ennemi. Le tonnerre, qui avait grandi, retentissait en éclats furieux à des intervalles toujours plus rapprochés. Des lueurs inondaient l'horizon de clartés fulgurantes ; enfin, une crépitation que l'on eût prise pour l'écho d'une mousqueterie éloignée, traversa l'at^ mosphëre, et de gros gréions commencèrent à pétiller autour de nous sur le feuillage.

Monsieur Baptiste chercha des yeux un abri, mais il n'apercevait que des bouquets d'arbres parsemés çà et là dans les cultures ; les faubourgs étaient encore loin ; la grêle ne tarda pas à fondre et à se transformer en une ondée d'orage dont les larges gouttes, à chaque instant

plus pressées, se plaquaient avec fracas 6ur l'unique parapluie que nous eussions apporté. Mon scrupuleux compagnon fut pris d'une véritable inquiétude.

€ Monsieur va se mouiller, dit-il en regardant qaeU f ues éel^boussures qui marbraient déjà mon habit d*été ; la route"^ sera tout à rbeure* détrempée, et monsieur glissera dans sa descente; j'«Brais dû prendregaapdttau temps, et prévenir monsieur de nepoint^ortir.

— C'était à moi d'y songer, monsieur Baptiste, ai-je répondu gaiemrat, et il est trop juste que je suj^orteles conséquences de mon étourderie ; je a'ai qu'un seuUregret, c'est de vous y avoir associé. Un courtisan, surpris par une ondée en promenapQt «avec Louis XlVt affîraiait que «c la pluie de Versailles ne mouillait pas; aimais il n'en est pas de même de celle-ci, et vous voilà déjà ruisselant. Ne me couvrez pas seul, je vœis prie,.et marchons plus vite. »

Je fis un effort pour allonger le pas ; mais Toiage, conmie s'il nous eût personnellement poursuivis, reâou* bla aussitôt de violence. Un voile d'eau obscurcit brus^ quement le jour, et s'abattit sur nous. On ne pouvait plus distinguer les gouttes de cette pluie pressée qui formait une sorte de cascade; de longs. ruisaeaux spontanément créés commencèrent à sillonner les cheiaiBs et à bondir le long des pentes ; la marche devenait de plus en plus pénible; je sentais Thaleine me manquer, lorsque des cris jetés avec mon nom nousifirent^déloaraer lo tête, et nous aperçûmes à notre droite, à demi cachée gardes buissons de sureau, une grange trè&ièasse d'où Ton nous appelait.

Monsieur Baptiste et moi nom tournâmes rapidement vers l'asile qui nous était offert, et nous y arrivâmes baletanls.

Vingt jetines voix naus accueillirent avec des exclamations sympathiques et souriantes ; je reconnus la pension des demoiselles Normand. Surprise comme nous par Torage, elle avait trouvé un refuge dans cette fenière abandonnée.

Les deux màtiresses s^empressent de me faire faire Hace au coin le plus abrité. Les jeunes filles vont me chercher un siège rustique; on tend des parapluies derrière moi pour empêcher ks rafales pluvieuses de m'atteindre. Je comprends que ce sont mes cheveux blancs qui me donnent droit à tous ces égards : on eût laissé le jeune homme passer sous Forage, on a appelé et abrité le vieillard.

Je veux payer au motns'-ma bienvenue 'en bonne humeur. Je demande aux' demoiselles Normand les noms de leurs élèves; j'en Teconnais plusieurs. Je m'informe •des grands parents atec lesquels j'ai- vécu autrefois. Ceci me ramène aux souvenirs de* ma jeunesse, que je ra- (;onte. On sourit, on fait connaissance ; les plus hardies me réponétnt d'abord, puis* m'interrogent. Au silence qui s'était fait à mon arrivée" sticcèdent peu à peu les tourbillons de paroles, les éclatâtie' rire, les cris de joie. La vie déborde dans cette enfance fleurie; -elle 8*agite enfermée sous ce réseau de* pluie qui nous enveloppe, car Forage continue : bien que le tonnerre se soit éloigné, tes cataractes du ciel restent ouvertes. La captivité me-> naçe de se prolonger. Bt que faire dans Fétroit espace do cette lenîèreî J^i pitié de tant tfaclivilé inoccupée et de joie sans issue ; j'impose silence de la main, et je fais ligne d'approcher. Tous «ceourent. Me voilà entouré d'une guirlande de visages roses, comme oes vieux pins alpestres qu'enveloppe ^eme ceinture de rhododendrons fleuris*. Je leur annonce un jeu de mon enfonce/ mainte*

20i SOUVENIRS D*UN VIEILLARD. ^

nant oublié, perdu ; — car les jeux ont aussi leurs révolutions ; ce ne sont que des modes de Tactivité du temps et de ses préoccupations! — celui-ci est un souvenir du règne de Louis XVI ; on rappelait le /eu des insurgents. Celui qui le mène prononce une certaine phrase avec une grimace de défi à TÂngleterre; chaque membre du jarcle redit la formule, refait la grimace; puis le chef du ^u ajoute un nouveau mot et une nargue nouvelle également imitée. Le plaisant naît de la confusion qui s'établit, h la longue, entre ces paroles et ces signes diversement reproduits; le fou rire ne manque jamais de prendre au milieu de toutes ces voix hésitantes et de tous ces visages en mouvement.

Ce fut ce qui arriva. La gaieté des élèves des demoiselles Normand devint un vrai transport. Elles trépignaient de cette fièvre joyeuse connue seulement de leur âge. Tous les yeux nageaient dans des larmes de rire. Je me sentais rajeunir à leur gaieté.

Le jeu achevé, les plus audacieuses vinrent me remercier ; les autres me regardaient d'un air qui en disait plus que les paroles. Pendant ce temps, le tonnerre s'était éloigné, les nuées avaient disparu, un arc-en-ciel s'était dressé à Thorizon, comme un portique, pour célébrer la victoire du soleil. Celui-ci venait d'apparaître glorieux et poursuivant de ses flèches d'or les dernières traînées de brouillard qui s'enfuyaient à l'occident. Les routes montraient leurs pentes lavées par l'eau des ravines, et les oiseaux recommençaient à chanter sur les buissons, en secouant leurs ailes mouillées.

Nous sortîmes tous ensemble, et nous reprîmes le chemin de la ville. Les plus petites écolières couraient en avant, avertissant des mauvais pas et montrant les pierres qui formaient des arches de pont sur les petits ruisseaux;

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les demoiselles Normand m'entouraient avec les plus grandes, et Tarriëre-garde, composée des plus joyeuses» nous accompagnait d'une symphonie de cris, d'éclats de tire, de chants et d'appels.

J'arrivai ainsi chez moi, emporté, pour ainsi dire, dans cette marche triomphale. Je semblais rentrer & la ville avec le printemps et la jeunesse. Les élèves des demoiselles Normand voulurent me reconduire jusqu'à ma porte, et ne se séparèrent qu'après de longs remercîments. Plusieurs me forcèrent à accepter leurs bouquets, et je rentrai les deux mains fleuries et le cœur rafraîchi de leur innocente joie.

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