‹ Souvenirs d'un vieillardChapitre 3 sur 30 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

plus pour lui, comme aux: jours de sa première jeunesse, une source de bonheur ^et de gloire personnelle; il y voyait surtout l'instrument le plus efficace du progrès, un moyen d'instruire l'ignorance, de combattre les erreurs et les vices," d'avertir la force qui s'égare, de consoler la faiblesse qui souffre, 'enfin d'avancer parmi les hommes le règne de la justice et de la vérité; et, au fond d'une province, il craignait que sa voix sans écho ne se perdît dans le vide. « C'est à Paris, écrivait-il à un ami quelques jours avant de partir de Mulhouse, c'est à Paris qu'est ma place. Si mon espérance est trompée et que je doive m'y engloutir, eh bien I que ^1* volonté de Dieu s'aceomplisse ; je ne me serai perdu que parce que je ne méritais pas d'être sauvé. Il ne faut pas s'exempter de combattre au plus fort de la mêlée, parce que le danger y est plus grand. Je puis être tué là, mais j'y puis aussi vivre, et aider à la victoire de la bonne cause. Voilà ce à quoi il faut seulement songer. »

Cette généreuse hardiesse n'eut pas tort; M. Souvestre ne se perdit pas à Paris. Riche et Pauvre et bientôt après VHomme et V Argent^ le Mât de Cocagne, en lui attirant les critiques des uns, qui, sans nier un incontestable talent, voyaientavec effroi ce réquisitoire ému, lancé coniro les vices sociaux, et les vives Sympathies des autres, qui applaudissaient non-seulement à l'œuvre littéraire, mais encore à l'œuvre morale et politique, fixèrent sur lui l'al^ tention. Les lecteurs de la Revue des Deux-Mondes^ déjà charmés par les Derniers Bretons ^ aimèrent encore ces peintures des mœurs rustiques, ces scènes de la vie champêtre ou maritime, qui, réunies depuis en volumes, ont formé les Pcrniers Paysans^ En Quarantaine^ Sous les

Sun LA VIE D'EMILE SOUVESTRE. mi

Filels. En même temps, tous ceux qui ne veulent pas se, parer la littérature de la morale et demandent que la fiction enseigne, corrige en intéressant, accueillirent avec reconnaissance cette longue série de nouvelles ingénieuses, df récits contenant toujours une leçon, publiés dans le Magasin Pittoresque et destinés h, être lus le soir au coin du feu ou sous la tonnelle , douces et intimes prédications d'un Philosophe sous les toits, touchantes Confessions d'un Oi^i?ner, livres modestes et excellents, qui sont restés le modèle ainsi que le fondement d'une bibliothèque de famille.

Le bon accueil que reçut M. Souvestre à Paris l'encouragea, mais ne Tenivra pas. Il resta inaccessible aux séductions de la vie littéraire. Au risque d'encourir rhostilité ou du moins Toubli, il fuit les dangers d'une camaraderie dont il dédaignait les avantages, et s'enferma dans la solitude. Il souhaitait le succès, mais il ne voulait le devoir qu'à lui-même. Aussi se dévoua-t-il sans réserve au travail ; tout dans sa vie y fut subordonné. Aucune journée n'était exemptée d'une lâche rigoureusement prescrite, et il D^ demeurait pas moins de huit ou neuf heures de suite la plume à la main. Sans doute les fruits de son assiduité n'étaient pas tous les jours aussi abondants ni aussi heureux, mais il recommençait le lendemain ce qu'il n'avait pas réussi la veille. Ce qu'il s'interdisait absolument, c'était de s'arrêter, c'était de lâcher les rênea à son esprit, de lui permettre les répugnances, les écarts, les fantaisies. Il voulait le maîtriserez d'un tyran capricieux en faire un serviteur docile. Sous celte discipline, en effet, son intelligence acquit une souplesse remarquable ; elle se pliait à tout, passait d'un ordre d'idées à

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