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un autre, fussent-ils les plus opposés, avec une promptitude et une bonne grâce surprenantes. Cependant il admettait des exceptions à la réclusion qu'il s'imposait : loin de se montrer économe de ses heures, il les ofTiait sans les compter à ceux qui avaient besoin de lui. Les jeunes gens qui , essayant leur vocation , réclamaient ses conseils, trouvaient toujours sa porte ouverte. Il les accueillait avec empressement, il entrait dans leurs idées, discutait avec eux leurs plans , mettait même la main à leurs ouvrages, quelquefois les dissuadait d'une persévérance faussement dirigée , et si ses services étaient mal reconnus ou sa franchise punie par la rancune d'un amour-propre irrité, il s'en consolait en pensant qu'il avait fait son devoir, et ne se corrigeait ni de sa complaisance ni de sa sincérité»
Un monde brillant, épris des plaisirs de Tesprit, ouvrit ses rangs pour lui faire place , et ne l'attendait que pour se grouper autour de lui : il était de ceux qui partout, môme involontairement, dominent, etàqui revient, comme de droit, une suprématie unanimement consentie. Une fut môme pas tenté. Tout le loisir de ses soirées appartenait exclusivement au foyer domestique. Il ne croyait pas avoir trop de toute sa gaieté , de tout son esprit , de toute son éloquence pour charmer et intéresser sa famille, à laquelle venaient parfois se joindre quelques intimes. Aux éloges des indifférents, aux murmures flatteurs d'un salon amusé, il préférait le franc éclat de rire ou le regard ému de ses jeunes filles, la poignée de main d'un vieil ami. Si on lui objectait que, renfermé dans un cercle si limilé, il rétrécirait trop le champ de son observation > qu'il fau<drait à son imagination plus d'espace et de plus tiauis
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sommets , il répondait que partout où bat le cœur de IMiomme il y a des sources inépuisables de poésie, que les simples fleurs des champs, pour abonder à nos pieds, n'en ont pas moins leurs parfums et leurs beautés trop ignorées, que « le temple des muses n'est pas seulement sur une montagne, cumme l'avaient cru les anciens, mais qu'il est aussi bien sur la pierre de notre foyer, entre le grand fauteuil où est mort notre père et le berceau où dort notre enfant. »
On admirait autrefois chez les écrivains, chei les hommes dont la vie spirituelle était éclatante, la simpli* cité des habitudes, l'austérité de la vie matérielle. Cette qualité, rare de nos jours, M. Souvestre l'a possédée à un degré peu commun en tout temps. Il resta fidèle, par goût, à cette sage médiocrité que la pauvreté lui avait enseignée au début. Ce flot d'ambitieux désirs, de vaines recherches, de besoins insatiables qui dans nos mœurs va toujours montant, ne pénétra pas chez lui. C'était un sujet de surprise pour ceux qui venaient le visiter que de le trouver, au dernier étage de la maison où il demeurait, dans une mansarde, qui lui servait de cabinet de travail. Une petite table de sapin, un vieux fauteuil en faisaient tout l'ameublement; des livres tapissaient les murailles. Là il se trouvait bien ; quelque chose de sain, de ferme, de viril émanait pour lui de cette âpre nudité Et puis, il savait sans doute qu'il n'est pas bon pour la vie morale de s'entourer d'objets trop précieux, que râaie,'en s'y attachant, se divise, se disperse, tandis qu'elle doit, jalouse d'elle-même, se réserver tout entière pour la pensée et le sentiment, ses vrais trésors. Cependant ii y avait un luxe que M. Souvestre était incapable
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de se refuser : c'était celui de la campagne. Aussitôt qu il voyait de sa fenêtre verdir les jardins d'alentour, il n'avait plus de repos; '.iOn imagination s'élançait toujours vers les champs- ^if n'y avait pas pour lui de lecture plus captivante que celle d'une affiche annonçant une maison de campagne à louer. Enfin il fallait partir. On s'installait aux environs de Paris, à Meudon, à Sceaux, à Montmorency; le plus modeste abri comblait tous les vœux de l'heureux campagnard ; pourvu qu'il eût devant les yeux un peu de feuillage et qu'il entendît les oiseaux chanter, il n'y pouvait trouver aucun défaut; tous les inconvénients dont un autre se fût plaint, vus à travers sa joie, devenaient d'inappréciables avantages ; si l'espace manquait, il déclarait que dans les vastes appartements il se «entait perdu, que ses idées s'y éparpillaient, tandis que ces petites pièces concentraient sa pensée et son bonheur. « Nous voici revenus au milieu des fauvettes et des rossignols, écrivait-il familièrement à un ami dans un de ses séjours champêtres. Pour meubler notre maisonnette, grande au plus comme celle de Socrate, nous y avons apporté tout ce que nous avions de chaises boiteuses, de tables écloppées, d'armoires penchantes, et le tout fait un hôpital de meubles assez plaisant. J'ai pour cabinet d'étude un perchoir auquel on arrive par un escalier branlant qui soupire chaque fois que je m'avise de le monter, mais de là je n'aperçois que des arbres et du ciel. Quanci \e lève les yeux, je vois les hirondelles qui décrivent leu n arabesques dans le bleu du firmament; un petit che* vreau bêle sous mes fenêtres; les abeilles bourdonnent dans le rayon de soleil sous lequel j'écris; c'est char- ' mant de calme champêtre ! » Écoutons-le encore une fois se réjouir de son bonheur : « Voici l'époque où la chaleur tombe et où je pourrai m'enfoncer dans les bois en
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famille, mes filles occupées à fouiller les buissons et leur mère sur une tranquille monture, échangeant de loin en loin avec moi une réflexion, un sentiment ou un sourire. Ce sont là les fastes de ma vie ; je les inscris dans mon livre d'or, comme Alexandre les noms de ses villes conquises. *
Dix années s'écoulèrent ainsi pour M. Souvestre dans un. calme laborieux qu'aucun événement ne vint inter^ rompre; mais cette paix apparente était au fond fréquemment troublée. S'il avait restreint ses goûts, assujetti ses habitudes, il n'avait pas assigné de limites à son âme ; il lui avait au contraire ouvert le monde entier. Nul n'avait reçu plus largement que lui ce noble don d'entrer en sympathie, en communion avec les hommes, de prendre part à leurs intérêts, à leurs impressions, surtout à leurs souffrances. Il aurait eu besoin , pour être heureux, du bonheur du genre humain. Non-seulement les malheurs de ses amis se communiquaient à lui et devenaient les siens, mais n'eût-il dans le cercle de ceux qu'il chérissait aucun sujet de chagrin, le repos de son cœur n'en trouvait pas moins h chaque pas des écueils. Le récit, entendu par hasard, d'une infortune dont la victime lui était inconnue, la vue d'une de ces misères qui frappent tous les jours nos yeux et par cela même passent inaperçues, l'atteignaient profondément. Avait-il rencontré dans la rue quelque vieille femme en haillons, courbée sous un fardeau trop lourd, quelque enfant demi-nu, mendiant son pain : il rentrait consterné, les traits altérés, renfermant son trouble dans un morne silence, au milieu de sa famille inquiète. C'est que sa pitié prenait l'intensité â'une afflictioji personnelle; par horreur de rindilîéroncei
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par un besoin insaliaMe et involonUiire do responsabililé, s'abandonnant ii son imagination il se précipitait luiliéme dans la détresse qu'il déplarait : aous l'accablant rai'deau de la pauvre femme il se représentait sa mère réduite au sort le plus misérable; dans la voix plaintive de i'enfant il reconnaissait l'accent de l'une de ses filles. Engagé sur celte pente sinistre, 11 ne pouvait s'arrêter, il descendait toujours plus profondément dans un abtiae d'angoisse où il devenait le jouet des plus terribles problèmes. Détournait-il les yeux des infortunés privées, c'était pour les fixer sur les calamités publiques. Les orages de la vie politique n'agitaient personne autant que lui. Aucune atteinte ne pouvait être perlée par les passions aveugles des partis & la justice, à la bonne volonté que les hommes se doivent entre eux, sans retomber sur sa conscience et la remplir de douleur ou d'indignation. La vue de l'indigence matérielle et morale du plus grand nombre, de la civilisation tournant, chez les classes supérieures, au raffinement des appétits plus qu'à la culture des facultés, à l'amour des jouissances et à l'oubli des principes, au triomphe de l'esprit plus estimé que le caractère, en un mot au dépérissement de l'&me, à la dissolution des mœurs, le jetait dans les prévisions les plus désolées, dans le plus sombre découragement, c Je suif pris de profonds désespoirs, dit-il dans une lettre, e| voyant ce qui se passe autour de mol. Je ne sais pourquoi la vanité des partis, l'égoïsme des individus et l'injustlcedes masses me frappent si vivement depuis quelque , Et ce n'est point chez moi une convulsion pasc'est la confiance au contraire qui est momentanée ve; le plus souvent je suis, comme Jésus, liiste, isqu'à la mort. > Mais il ajoute aussitôt : « Ne ! pourtant pas pour moi. Je suis de la race de ces
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Germains qui tombaient en cachant leurs blessures et comme s'ils se 'couchaient pour mourir. Je n'étalerai point le scandale de mes plaies, et je ferai mon devoir jusqu'au bout. » Une sensibilité toute féminine unie à une fermeté toute stoïcienne, une souffrance ne se séparant pas, dans son accès môme, de l'acceptation, une tristesse quelquefois désespérée et pourtant n'altérant jamais l'idée sereine ni l'exacte pratique du devoir : M. Souvestre est là tout entier.
La révolution de 4848 fut pourlui une violente secousse et le jeta dans une voie nouvelle. Elle excita ses sentiments de citoyen au point de les faire sortir de Tombre et se produire sur la scène publique. Sa position était difficile et douloureuse. Il ne regrettait pas le gouvernement tombé, dont il blâmait les tendances et dont il avait obstinément refusé les faveurs (une place de substitut au début de sa carrière et plus tard une chaire de littérature) ; mais d'un autre côté, la république qu'il eût souhaitée, il n'espérait pas la voir s'établir. La nation ne lui semblait pas prête ; il craignait qu'on ne l'eût appelée trop brusquement à une vie politique dont elle n'était pas encore capable. Plusieurs de ses amis, parvenus au pouvoir, le pressèrent de se porter caiididat à l'assemblée nationale, d'aller se présenter aux électeurs du Finistère. Devant cette idée , «on premier mouvement fut de l'effroi. Il faudrait renoncer à son indépendance, à son obscurité, qui étaient d'un 8i grand prix pour lui. En outre, sa confiance allait toujours diminuant. Il ne voyait chez les uns qu'incrédulité et malveillance, chez les autres que turbulence incorrigible et mécontentement normal : entre cette résistance et cet emportement outrés, il ne pressentait que malaise
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et douleur pour les hommes de bonne volonté. Néanmoins, comme il s'agissait de se sacrifier, il ne recula pas. « Mes amis m'en ont fait un devoir, écrivait-il. J'accepte cette violence faite à tous mes goûts , parce que je crois le pays dans une de ces crises suprêmes où tout le monde doit faire l'abandon de soi-même. » Il s'arracha à ses travaux commencés, à sa famille, dont il ne se séparait jamais sans déchirement, et il partit pour la Bretagne. En traversant ces tranquilles villages, tout pleins de ses souvenirs de jeunesse, il lui arrivait d'oublier sa grave mission ; il ne pouvait s'empêcher « de recommencer cette chimère d'une vie en sabots, disait-il , dans un de ces bourgs gardés par des aubépines et éclairés par des vers luisants ; » il était pris d'une invincible envie « de se réfugier là avec quelque saint amour et d'y vivre sous le ciel de Dieu sans autre souci que celui des siens et de soimême. » Mais il secoua ces rêves d'un bonheur personnel que sa conscience réprouvait, et il ne sentit plus battre on lui que le cœur d'un patriote, quand il aborda les populations du Finistère. Il leur parla en homme qui , détaché de tout intérêt propre, n'a en vue que le triomphe de la justice et de la vérité. On l'entendit déplorer la misère de l'âme bien plus que celle du corps, et proclamer» non pas le droit au bien-être, mais le devoir de l'éducatioa morale. L'élévation , l'austérité même de son langage excita un enthousiasme extraordinaire et lui conquit un grand nombre de sympathies ; quelques voix seulement, détournées par des calomnies dont ses doctrines furent l'objet, manquèrent à son élection. L'appui de quarantesix mille suffrages se trouva insuffisant. Mais cet échec ne le découragea nullement du désir d'être utile. Il était de ces soldats dévoués qui n'ont pas besoin d'être généraux pour aimer leur patrie et qui se trouvent bi^a
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à tous les rangs , môme aux derniers , pour la servir. ^^\ € Mon inutilité, disait-il, me pèse et me déshonore à mes propres yeux. » Inquiet de sa situation personnelle, découragé par fa marche des événements politiques, par Tavortement de ses espérances , par le scandale d*un désordre toujours croissant, en proie tour à tour à la tristesse et à rindignation, il domina ces sentiments et n*y voulut pas voir un motif d*égoisme ou d*abstention. Comme rignorance lui paraissait le plus grand mal, la source des autres, il dirigea contre elle tous ses efforts. On fonda une école d'administration, destinée à préparer la jeunesse aux emplois publics et h substituer Vinstruction et Vaptitude au hasard ou à la protection : il en fut un des plus zélés professeurs. On institua dans plusieurs quar* tiers de Paris des lectures du soir pour les ouvriers : il se fit lecteur du peuple et voulut joindre encore à cet enseignement non rétribué un cours populaire et gratuit d'histoire générale. Quelques sacrifices qu'il dût s'imposer pour remplir ces diverses fonctions qui avaient interrompu tous ses travaux personnels, M. Souvestre ne se fût jamais cru quitte de ses obligations de citoyen , si les circx)nstances ne l'en eussent elles-mêmes délié. L'école d'administration fut fermée , les lectures du soir interdites, la république échoua : il dut revenir à son rôle privé et restituer son dévouement à sa famille. En voyant se dissoudre la forme de gouvernement dont il eût aimé le succès, nul ne pourrait peindre ce qu'il souffrit, mais il n'abjura pas pour cela ses croyances ; il en remit le triomphe à un avenir plus heureux, que, dans la mesure de ses forces , il résolut de préparer. Il ehi toujours opportun d'entendre les sages et nobles conseils qu'il r^épandit autour de lui à cette époque : « Point de violence, poifU de ru.'^e, écrivait-il en 1852. Laissons Vexpérienco
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à moi dans tout le luxe et tout le bruit de votre joi». » Et par-dessus tout il se réjouissait de pouvoir vivre plus intimement encore avec celle qui avait partagé toutes les luttes de sa carrière et dont Tâme , après une union si longue, si étroite, s'était confondue avec la sienne. Il se disait que , bientôt affranchie de ses obligations de mère, elle pourrait reprendre avec lui « les longues causeries des premières années, les promenades à pas lents faites pour eux seuls , les lectures à deux , toutes ces douces habitudes de l'entrée en ménage, bientôt interrompues par les devoirs de la famille et qu'ils allaient retrouver dans un printemps de l'arrière-saison... » Il ne lui fut pas donné de voir se réaliser ces pures espérances. Il mourut subitement au mois de juillet de l'année 4 854^ à l'âge de quarante-huit ans. Son cœur avait donné toutes ses forces au devoir et n'en avait pas gardé pour le bonheur. Peut-être aussi la mort, en le frappant, savaitelle que pour lui tout le bonheur était contenu dans l'espoir, qu'avec une âme telle que la sienne, il ne se fût.jamais guéri de cette soif insatiable de sacrifice qui faisait sa noblesse, que l'histoire de sa vie était achevée, puisque sa conscience lui rendait un bon témoignage.
La mort de M. Souvestre produisit une vive impression dans le monde littéraire. Une telle vie ne peul disparaître sans laisser un vide profond. Elle a beau vouloir res^ter obscure et ne pas faire de bruit, elle n'en est pas m«ins. en dépit et à l'insu d'elle-même, placée au premier rang, où elle se montre comme un exemple et commande à tous la considération et le respect. Ceux même des confrères de M. Souvestre qui, de son vivant, avaient semblé ne pas se souvenir de lui, sea-
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tireot tout à coup à sa mort qu'ils venaient de faire une grande perte et trouvèrent, pour la déplorer, des paroles émues que le regret d'un talent disparu n'eût pas sufH à leur inspirer. La littérature contemporaine s'aperçut qu'avec lui, une vertu était sortie de son sein. L'Académie française, qui avait déjà couronné son Philosophe sous les toits, à titre d'ouvrage utile aux mœurs, voulut honorer sa mémoire en décernant à madame Souvestre le prix Lambert, destiné aux familles des écrivains qui, par la probité de leurs efforts, ont bien mérité de la république des lettres.
Ne pas mourir tout entiers , laisser dans le monde une trace brillante de leur passage, projeter non-seulement dans le présent, mais encore dans l'avenir un sillon lumineux où leur nom s'éclaire et devienne visible aux yeux des hommes, s'illustrer en un mot, tel est l'espoir qui soutient les artistes dans leur pénible carrière. Légitime confiance chez les uns, illusion chez les autres, c'est chez tous le secret mobile qui les pousse à surmonter les difficultés du travail , à résister aux tentations du dehors, à se dévouer à leur œuvre. M. Souvestre, dans sa vie 8i laborieuse, n'avait pas ce stimulant. U n'espérait pas la célébrité. La louange était souvent venue au-devant de lui: elle n'avait pii l'engager à sortir de sa réserve. Voici, à ce sujet, le jugement qu'il a porté sur lui-même ; « Je sais mieux que personne ce qui manque à ce que i*écris. La persistance des idées et la droiture des sentiments ne suffit point dans l'art ; il faut quelque chose d'ondoyant ei divers que j'ai toujours vainement cherché. J'appartiens, malgré moi, quoi que je fasse, k cette len'e celtique où les monuments sont des pierres non
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taillées... Il ne suffit pas d'un style de bonne volonlô pour timbrer un livre à ce cachet qui fait vivre. Au reste, mes anibitions à cet égard sont depuis longtemps évaporées; j'ai la conviction que dans l'ordre intellectuel et moral, il faut aussi des crieurs d'eau qui fournissent aux besoins du jour, sans prétention devoir leur marchandise mise en bouteille et cachetée pour les lointains consulats. » Ainsi son unique ambition était de se sentir utile. Il se trouvait récompensé de tous ses efforts, rafraîchi de toutes ses fotigues, s'il obtenait, avec l'approbation de sa propre conscience, celle des gens de bien, s'il rencontrait, dans le sentier solitaire qu'il suivait, de loin en loin des voix bienveillantes pour l'encourager. Il n'avait plus rien k souhaiter, son cœur était rempli de l'ivresse du triomphe, s'il s*était concilié de sincères affections, s'il recevait le témoignage de quelque précieuse sympathie, 8*il s'était fait aimer, t Je ne saurais vous dire, écrivait-il h M. Vinet, combien votre approbation m'a fait de bien. Je ne parle pas de l'approbation littéraire, je yeux dire Tapprobation donnée à la tendance, l'encouragement moral... La main sur le cœur, pas un éloge né m'a donné le quart du bonheur que m'a procuré votre lettre. C'est qu'il y a quelque chose de bien supérieur à la louange : la conscience que l'on a été compris et que l'on est aimé pour son œuvre. Aimé pour son osuvre ! VoiUi la gloire qui fait pleurer doucement, qui oppresse délicieusement le cœur. »
Tel fut M. Souvestre, telle fut sa vie, hctive sans égarements, animée sans les excitants de l'orgueil ou de la vanité et par les plus pures affections, dévouée sans réserve au bien. Nous aurons atteint notre but, s'il est
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lîiainlcnant prouvé pour le lecteur qu'Emile Souvestre avait le droit de tenir d'une main ferme Fétendard du devoir, que le mot de vertu, montant de son cœur, se trouvait légitimement sur ses lèvres, et que cet Aristide de la littérature, ainsi qu'un spirituel critique Ta nommé, mais en souriant, pouvait porter, sans fléchir et sans éveiller l'ironie de personne, le glorieux fardeau d'un tel surnom.
Eugène Lesdazpilles.
SOUVENIRS DTN VIEILLARD