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Mensonges, par M. Paul Bourget

i98 SOUVENIRS d'un vieux CRinOTTE

doacear céleste. H y a des ailes dans leur démarche et du parfum dans leur charme. Promptes à aimer, faciles à mourir, si tendres, qu'elles se brisent au moindre froissement. Les noms éoliens que le poète leur donne» expriment leur nature tout éthérée et tout idéale : Desdemona, Ophelia, Juliette, Gordelia, Perdita, Miranda, Jessica, Cœlia, Rosalinde. Noms lumineux et limpides qui mettent à leur front un cercle d'étoiles... »

Cette prose enchanteresse, dite par une voix au timbre d'or, me faisait l'effet des mélodies les plus exquises de Lalla-Rookh ou de Gounod. La musique aérienne dont parle Paul de Saint- Victor, je croyais l'entendre. Ces noms éthérés murmuraient à mon oreille un écho de régions inconnues, supérieures à notre planète. Il me semblait que les fenêtres allaient s'ouvrir pour livrer passage à ces êtres immatériels, moitié femmes, moitié anges. Je les comparais à des esprits invisibles et charmants, qui s'apprêtaient à gazouiller avec les oiseaux du jardin, à traverser l'espace sur le char de la reine Mab, à se cacher dans la blanche coupe des magnolias, à se fondre avec l'azur du ciel et la transparence des nuages. L'illusion était délicieuse, et je me disais que l'écrivain qui la faisait naître méritait défigurer au premier rang des prosateurs de son temps. Je me disais que le sceptre du feuilleton était devenu, entre ses mains, la baguette magique de Prospero ou d'Oberon.

Or, voici comment Paul de Saint- Victor était traité

LE ROMAN CONTEMPOBAÏÎT 199

récemment dans un article & sensation, publié par le plus lu des journaux :

« Quant à Paul de Saint-Victor, ce n*a été qu'un bruit, un bruit cacophonique et discordant de mots, dans une mascarade de phrases. Quelqu'un (?) a dit de lui : « C'est un clairon dont la sottise déchire le cuivre. » (?) — S'il avait pu n'être qu'un clairon I Mais c'était tout un orchestre! Et quel orchestre ! Un orchestre enragé et hurlant, comme on en entend dans rinde du Sud, au seuil des temples bouddhiques. Et, BOUS les retentissements des gongs, sous les miaulements des rebecs, sous les éternuements de cymbales fêlées de ses phrases, l'esprit le plus timoré, le plus étriqué qui fût, une vision bornée de professeur, une esthétique de prix de Rome^ un asservissement d^es" clave h tous les préjugés, à toutes les routines, aux pires conventions, au rabâchage exaspérant de tous les clichés bourgeois. Durant le temps qu'il rêvait à l'art, sa seule doctrine a été de détruire l'originalité chez l'artiste, et de le ramener à la plate copie de ce qu'il appelait l'idéal grec, etc.. »

Assez ! assez I n'est-ce pas? Restons sérieux comme doivent l'être les disgraciés de la littérature. Résistons à l'envie de rire de ces insanités.

•Les jeunes écrivains qui veulent entrer de force dans la célébrité comme dans une place prise d'assaut, et qui, pour y faire acte de présence, brisent toutes les vitres, méritent qu'on leur adresse le mot

de Tabbé Maury à ceux qui le menaçaient de la lanterne : « Y verrez-vous plus clair? » — Ils nous accusent de ne pas encourager les talents naissants. Et que font-ils, eux, les membres de la Société d'admiration mutuelle ? Ils choisissent dans le passé trois nofns^ Balzac, Stendhal, Flaubert, et ils enveloppent tout le reste dans les linceuls de Toubli. Dès lors, les jeunes aspirants à la gloire littéraire ont le droit de se dire : « Si je dois, après avoir été populaire de mon vivant, être oublié ou honni après ma mort, — ou bien si, après avoir lutté toute ma vie contre l'obscurité et la misère, je ne dois être célèbre que quand je ne pourrai plus jouir de ma célébrité, mieux vaut me faire huissier, notaire, avocat, pharmacien, vétérinaire, député, sous-préfet, politicien, ministre ou président de la République. »

Un autre inconvénient de cet exclusivisme au picrate est de nous indisposer, nous, les vieux, les invalides, les ganaches, contre les productions de Técole nouvelle. Voici, par exemple, M. Paul Bourget, Fauteur de Mensonges. Son très remarquable talent m'avait inspiré la plus vive sympathie. Lorsqu'il publia son premier roman, Cruelle énigme! je m'étais bercé d'une illusion qui prouve qu'on peut être naïf à tout âge. Je le voyais développer avec succès toutes les délicatesses, toutes les subtilités de l'analyse psychologique. Je savais encore assez de grec pour établir un rapport intime entre psychologie et étude de l'âme. De l'autre côté, me disais-je, du côté de la matière, — même de la matière fécale.

— toutes les places sont prises. L'auteur de Cruelle énigme ! va se placer à Textrémité contraire, et, dussé-je lui nuire par mes éloges, je l'applaudirai de toutes mes mains.

Malheureusement, la société actuelle — celle du moins qui se livre aux regards de Tobservateur, — est tombée si bas, que la matière, les sens, la chair, y ont peu à peu ejitamé, aminci, racorni la part de Tàme, ou plutôt, que l'immortelle captive, de plus en plus resserrée, reléguée et délaissée dans sa cage, s'est abandonnée à des capitulations déplorables. Un moraliste ingénieux a dit : « L'âme et le corps sont deux amis qui ne peuvent se souffrir et deux ennemis qui ne peuvent se quitter. » — Eh bien, pour en finir avec cette inimitié séculaire^ l'âme s'est résignée à subir un traité de paix, tel que les vainqueurs l'imposent aux vaincus, tel que les conquérants l'infligent aux pays conquis. L'histoire de nos mœurs publiques et privées, depuis l'avènement de la démocratie jacobine, est l'histoire de ces transactions au profit de l'argent, du plaisir, des jouissances sensuelles, aux dépens de la conscience et de l'honneur. Voyez maintenant le romancier à la mode, reçu dans certains salons, recherché dans d'autres, lu dans presque tous, initié aux coulisses du monde et au monde des coulisses, doué d'une oreille assez fine pour entendre, même sans y assister, ce qui se dit au five o'clock de la marquise, sachant avec quel entrain les Parisiens et les Parisiennes traduisent les commérages en scandales, persuadé qu'il existe un groupe

de grandes daines qui, sans renouveler tout à fait les équipées de Marguerite de Bourgogne, fréquentent pourtant des diminutifs de la Tour de Aes/^, convaincu enfin qu'il ne serait pas dans le vrai s'il abusait des feuilles de vigne et ne profitait pas (nous sommes en novembre) de la chute des feuilles. Ses lecteurs et ses lectrices, au lieu de lui jeter la pierre, ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Une société et une littérature sont bien malades, lorsque l'émulation, qui s'établit entre les écrivains de talent, consiste, non pas à intéresser honnêtement les honnêtes gens, à sauvegarder, sans être ennuyeux, les droits de la décence et de la morale, à essayer de se surpasser les uns les autres par le charme du style, l'esprit du dialogue, le relief des caractères, l'originalité du sujet, l'efifet pathétique des principales scènes, mais à placer à propos l'image lascive, le détail croustillant, la page erotique, le clou auquel l'adultère accroche ses nippes, pour en faire, par antiphrase, son vestiaire.

L'abbé de Féletz^ lorsqu'il rendait compte d'un roman de madame de Genlis, avait l'habitude d'abréger l'analyse des derniers chapitres en ajoutant pour son excuse : « Au surplus, qui n'a pas lu le Siège de la Rochelle, — ou Mademoiselle de Clermont? » Là-dessus, l'irascible dame, prompte à la réplique, calculait le nombre de jours écoulés depuis la mise en vente, le nombre des exemplaires vendus, le chiffre approximatif des lecteurs de romans, et elle prouvait au spirituel abbé, par une règle d'arithmétique, que son

excuse était une gasconnade. Je n'ai pas le môme souci avec M. Paul Bourget et son livre. Je songe sans trop de déplaisir que mon article ne paraîtra que dans deux mois, et que, d^ici-là, tout le monde aura lu Mensonges^ excepté ceux et celles qui ne le liront jamais. Je puis donc le discuter au lieu de r^nalyser. Cette idée me tranquillise d'autant plus que, si j'arrivais en temps utile, et si je disais à ma vertueuse clientèle, comme les mamans à leurs filles : « Je vous conseille de passer de la page A à la page D, sans vous arrêter aux pages B et C », il y a dix à parier contre un que je donnerais aux pages B et G quelques lecteurs de plus.

Était-il donc impossible d'écrire un roman complètement chaste avec le sujet choisi par M. Paul Bourget? Essayons.

Les premiers chapitres sont exquis. L'auteur nous introduit dans un coin de province à Paris. Il n'y a. là que d'honnêtes figures, le bon Fresneau et sa femme Emilie, un type de dévouement qu'aurait envié Balzac, le Balzac des Illusions perdues ; puis madame OfTarpl et ses deux filles, Angélique et Rosalie, une perle ï Tout ce petit monde gravite autour du charmant poète René Yincy, frère d'Emilie, idole de sa sœur, qui prodigue soins et sacrifices pour rendre à René la vie douce et facile. Il en est à cette aurore du succès dont rien ne remplace les enchantements, et que Yauvenargues a caractérisée en quelques lignes immortelles. Sa pièce de début, le Sigisbéy àpplsnidie avec enthousiasme au Théàtre-FrançaiS) l'a fait

passer, en une soirée, de robscurité au grand jour, et attire sur lui le regard de ces dangereures mondaines qui se plaisent à grignoter, de temps en temps, un cœur de poète entre un granit de Tortoni et un sac de bonbons de Boissier. René a vingt-cinq ans; il est beau, svelte, élégant. Emilie Tadore, et vivrait volontiers dans le crin pour qu^il vécût dans la ouate. Rosalie Taime, de cet amour pur et virginal, qui, dans les âmes d'élite, décide de toute une destinée. Ils ont même échangé quelques paroles et peut-être quelques baisers, qui, pour ce cœur loyal, signifient fiançailles.

Mais voici le loup dans la bergerie ; non pas que Claude Larcher soit un traître de mélodrame ; loin de làl seulement, Claude a dix ans de plus que René; il personnifie le désabusement, comme René Tillusion. Romancier, auteur dramatique, chroniqueur à la mode, quoiqu'au second plan, il n'a plus rien à apprendre en fait de ficelles théâtrales, d'intrigues parisiennes, de roueries féminines. Il connaît le dessous de toutes les cartes, l'aile de tous les moulins par-dessus lesquels patriciennes et actrices ont jeté leur bonnet. On ne le trompera que s'il lui plaît d'être trompé, ou plutôt, si, furieux d'être trompé, la bête domine chez lui l'homme d'esprit, et lui crée ce que d'autres romanciers, avant M. Paul Bourget, ont appelé un collage. Ici, un trait d'observation triste, juste et vrai. La sagacité et l'expérience de Claude changent pour lui en torture ce que des âmes plus naïves ou plus neuves accepteraient les yeux fermés. Il est le suppli-

cié volontaire de sa clairvoyance. Épris d'une comédienne du Théâtre-Français, la jolie et diabolique Colette, il ne peut pas dire, comme dans le Devin du village : Nouj non, ma Colette nest pas trompeuse! — car elle ne se donne pas même la peine de mentir. Il n'a pas à arracher son masque. Ce masque est tout le visage, et, si elle rougit, ce n'est pas de la rougeur, c'est du rouge.

Claude sera-t-il le mauvais génie de René ? Non ! pourtant, lorsqu'il entre, un soir, dans la paisible maison de la rue Coëtlogon, lorsqu'il vient chercher René pour le conduire chez une princesse russe qui fait état de patronage poétique et littéraire, Emilie et Rosalie éprouvent un sentiment instinctif d'appréhension. C'est chez cette princesse que lejeune et brillant poète rencontre madame Suzanne Moraines.

J'admets parfaitement que M. Paul Bourget, sûr de son talent, se soit proposé de peindre, sous les traits de cette peu chaste Suzanne, un des vices parisiens les plus authentiques, qu'Emile Augier avait déjà flagellé dans les Lionnes pauvres : une Parisienne élégante, vaniteuse et madrée, ayant trente mille livres de rentes, voulant en dépenser quatre-vingts, et réussissant à résoudre le problème, sans que son mari, qui n'est pourtant ni un gredin, ni un imbécile, s'inquiète de ce phénomène, et sans que cette multiplication amène entre eux la division. Madame Moraines aura donc choisi un ami fait exprès pour ce rôle de conciliateur entre l'utile et l'agréable, célibataire deux ou trois fois millionnaire/ de cinquante à

soixante ans, habile à mettre d'accord les recettes et les dépenses, discret dans ses dons, discret dans ses exigences, sauvant si bien les apparences, qu'il peut offrir un bijou comme un autre offrirait une fleur ; espaçant, d après une sage hygiène, les heures de rendez-vous comme celles du cercle, du whist, du cigare et de l'absinthe ; trop spirituel^ trop égoïste, trop raisonnable, trop épris de ses aises pour demander plus qu'il ne peut obtenir, et même pour se fâcher outre mesure, si Horace obtient ce qu'Arnolphe ne peut plus demander... Il est parfait, ce baron Des*roches ! S'il n'existait pas, il ne faudrait pas l'inventer ; mais, puisqu'il existe, on ne saurait l'inventer autrement. Il est parfait, sauf qu'il laisse inoccupés le cœur, l'imagination et les sens de Suzanne Moraines : René Vincy va s'en emparer, et il pourra dire : Venif vidif vincil

Maintenant, étant donnés ces personnages dont il est difficile de nier la ressemblance, n'y avait-il pas moyen d'éliminer certains détails de lingerie adultérine, qu'il faudrait renvoyer à M. Blancpartout, le héros du Brésilien ? La psychologie ne déroge-t-elle pas, lorsqu'elle se fait plastique ? Madame Sand n'a jamais passé pour rigoriste; lors de ses éclatants débuts, on la déclara réfrac taire à toutes les lois de la morale bourgeoise. Cependant, si elle avait traité ce sujet, je suis sûr que vous n'y auriez vu que du feu. René est poète jusqu'aux moelles, petit cousin de Lucien de Rubempré; poète avec toutes les faiblesses que comporte ce titre inquiétant. Pour le

détourner de la pauvre Rosalie Offarel, ne suffit-il pas du mystérieux attrait de Yau^deià, de Yinconnu, qu'un contemporain a décrit dans les vers suivants (je pourrais vous dire qu'ils sont d'Alfred de Musset ; mais vous refuseriez de me croire) :

... « C'était là le bonheur ; Herman n'en voulut pas...

Non, non I il lui fallait le combat, la tempête ;

Une main à serrer dans l'éclat d'une fôte,

Un cœur déjà yieilli dans les choses d'amour,

Qui pût à son cœur jeune ouvrir un nouveau jouri

L'enfant aventureux, qui quitte sa famille,

Va-t-U chercher au loin, sous un ciel toujours pur,

Des lacs toujours sereins, des champs où la faucille

Reluit joyeusement sur l'épi jaune et mûr ?...

Non 1 il veut que l'autan l'emporte sur ses ailes ;

Il veut interroger les vastes horizons,

Gravir la région des neiges éternelles,

Et côtoyer le bord des abîmes sans fonds... »

Encore une fois, ne suffirait-il pas de ce magnétisme, en y ajoutant, bien entendu, les séductions de la vanité, la griserie des succès de salon, la capiteuse atmosphère de la richesse et du luxe, le contraste de toutes les élégances, de tous les raffinements de toilette de Suzanne Moraines avec la simplicité presque indigente de Rosalie Offarel ?

Je ne me serais jamais douté qu'un saint prêtre, un prêtre éloquent, me ferait songer aux légendaires carabiniers d'Offenbach. Quand tout le mal est fait, quand René Vincy, poussé au paroxysme du désespoir, après avoir découvert le mensonge bicéphale

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de Suzanne Moraines, a essayé du suicide, lorsque Rosalie la délaissée, toute à sa douleur, n'a plus le courage de se demander si René, dans le cas oCi il ne mourrait pas de sa blessure, ne la ferait pas profiter d'une double guérison ; quand la foudre est tombée Eurce calme et honnête intérieurqui méritait mieux; lorsqn'Émilie se désole ; quand Claude Larcher, usé, fourbu, galvaudé, avili à ses propres yeux, retourne une vingtième fois à cette indigne Colette, qui ressemble bien peu à mesdames Barretta, Bartet,Samary, Broizat et Reicbenberg, & cette Colette qu'il a tour à tour quittée, reprise, cbassée, battue, maudite, et qu'il ne peut désormais embrasser qu'entre deux nausées, nous assistons à un très beau dialogue entre Claude et l'abbé Taconnet, oncle d'Emilie et de René. C'est la revanche du spiritualisme chrétien, de la doctrine catholique. 11 n'est jamais trop tard pour le repentir, pour la réconciliation avec Dieu et avec le bien, pour l'infini du pardon céleste, et même pour le pardon des douces et pieuses créatures, telles que Rosalie Offarel. Mais, pour le lecteur, pour la moralité du livre, il est trop tard. L'eau pure des lacs évangéliques a été d'avance troublée "par les alcools de la passion sensuelle.. Derrière l'abbé Taconnel, qui résume dans un admirable langage l'épilogue de ces douloureuses aventures, je crois voir Baron et ses carabiniers.

Nos ronmiiuiers en vogue sont coupables. Mais quelle honte pour la société, plus coupable qu'eux,

puisque, non contente de se faire leur complice par ses curiosités et ses complaisances, elle met, pour ainsi dire, aux enchères chaque concession à des turpitudes,, à des ordures, dont ils s'abstiendraient si elle ne les pensionnait pasi Quelle ignominie, quand on songe que leur libertinage se fait avec sa luxure, leur matérialisme avec sa corruption, leur cuisine avec ses appétits, leur liste civile avec ses vices I Quelle humiliation, ce parallélisme entre Tinfection littéraire et la pourriture politique, entre la 'triomphale mise en vente d'une œuvre immonde que je me garderai bien de nommer de peur que son titre seul ne suffise à salir cette page, et la mise à l'encan des consciences, de la justice, de l'honneur, sur les ruines de la France exploitée par des hommes de proie ! Certes, M, Paul Bourget n'en est pas là; mais son talent si fin s'accorderait si bien avec une idéale chasteté d'exécution qui, sans pruderie, sans exagération de vertu et d'innocence, s'appliquerait tout entière à l'étude délicate, féconde, inépuisable, des facultés de l'âme! Je ^l'avais rêvé réactionnaire; je le vois concessionnaire. Pour d'autres, qui font du réalisme et du naturalisme à outrance, on doit se résigner et attendre le coup de balai. Ils suivent leur vocation, ils obéissent à leurs instincts : ils vont où les attire l'espoir de réaliser ce centième mille, opprobre du public. Tout ce qu'on peut leur reprocher, c'est de différer de leurs congénères, en ce sens que le butin qu'ils nous apportent fleure moins bon que les truffes. Mais, pour l'auteur de Mensonges, de Cruelle

énigme! HAndré Comélis, de Crime d'amour, je répète ce que j'écrivais tout récemment au sujet de Louis XV à Fontenoy, de Louis XV, encore moins vertueux que les romans de M. Paul Bourget : « C'est dommage I* »

1. Depuis la publication de Mensonges, M. Paul Bourget s*est encore plus endommagé.

Il y a trente-deux ans, lorsque j'eus l'honneur de faire connaissance avec M. Maxime Du Camp, on m'aurait bien étonné si Ton m'avait dit qu'il serait un jour académicien modèle, prompt à s'attendrir en souvenir du vénérable Montyon, tellement identifié avec les prix de vertu, qu'il mériterait d'en obtenir un |)our lui-même, et si odieux au parti républicain, que, pour ne pas être hué, sifflé et lapidé par les frères et amis y il serait forcé de céder la parole à un collègue sur la tombe de Victor Hugo. M. Maxime Du Camp était alors un jeune homme d'environ trente ans, svelte, élégant, d'une élégance plus militaire que littéraire. Volontiers on l'aurait pris pour un capitaine de cavalerie en bourgeois, et l'illusion était complétée par la rosette d'officier de la Légion d'honneur, qui semblait, à cette date, hors de toute proportion avec sa littérature. De concert avec MM. Laurent Pichat et Louis Ulbach, il venait de

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