PORTRAITS LITTÉRAIRES
Le livre excellent d'Edmond Biré m'a réjoui, avant même que j'eusse ouvert le volume. Jai voulu, préalablement, relire l'article publié par Gustave Planche dans la. Revue des Deux-Mondes du 1*"^ septembre 1836, et intitulé les Amitiés littéraires, et je me suis convaincu, une fois de plus, qu'il est impossible d'être plus lourd, "plus pédant, plus vide, plus comparable à une outre gonflée de vent que le cidevant oracle de la Revue.
Le véritable sujet de cet article, monté sur des échàsses, n'était un secret pour personne, parmi les contemporains. Après avoir été le thuriféraire de Victor Hugo, après s'être donné le plaisir puéril de l'appeler Victor tout court, comme il appelait Prosper M. Mérimée, Eugène M. Delacroix et Alfred M. de Vigny, Gustave Planche avait tout à coup changé de ton et passé d'un extrême à Pautre. De 1832 à 1836, sa férule s'était tour à tourexercée sur Lucrèce Borgia,
sur Notre-Dame de Paris, ^\jlt AngelOy sur Littérature et Philosophie mêlées, sur les Voix intérieures, et, dans un article antérieur, les Royautés littéraires, il n'avait pas craint de mettre sur la même ligne le poète des Feuilles d'automne et l'auteur des ïambes, afin d'être plus sûr de détrôner son ancienne idole. Il est vrai que, dans le même article, monument d'oùtrecuidancç, d'emphase et de boursouflure, il refusait de reconnaître une différence entre René et la Chronique du règne de Charles IX.
La rupture fut immédiate et radicale. Je crois même que, cinquante ans après, le plus vindicatif des grands hommes (?) a fait figurer le malheureux Planche, avec Nisard, Mérimée, Trognon, Cuvillier-Fleury et Louis Veuillot, dans un de ces alexandrins vengeurs qui hérissent ses Quatre vents de V esprit, et qui font songer aux têtes de janissaires rebelles que le pacha des Orientales fait clouer sur les murs de la ville prise d'assaut. Sérieusement, même avant la brouille, Victor Hugo, qui ne péchait pas par excès de modestie, devait penser qu'il n'y avait pas proportion, et que, s'il était infiniment sujpérieur à Racine, Gustave Planche était un peu inférieur à Boileau.
Réduit à sa plus simple expression, l'article sur les Amitiés littéraires exprimait une idée juste, mais réclamée d'avance par M. de La Palisse. Tant que le poète n'est sûr ni de son génie, ni de son public, ni de son succès, ni de sa gloire, il a besoin de s'appuyer sur deg ôWJg dont 1^ guffr^gç le fortifie dans ses premières épreuves et lui dongg ci^0ance en lui-m^éme.
C'est la lune de miel entre le poète et le critique, la phase heureuse où se nouent les amitiés que Ton peut croire éternelles. Mais, dès qu'il se voit applaudi et se croit populaire, si le critique, continuant sa tâche, essaye de mêler quelques vérités aux acclamations de la foule, il se heurte à des susceptibilités imprévues; il devient importun, puis suspect, puis odieux, et un congé en bonne forme lui fait comprendre que, du moment qu'il ne flatte pas, son rôle est fini.
Cest bien simple; mais Gustave Planche avait à placer dix-huit pages de cette phraséologie solennelle et particulière, dont il possédait seul la recette, qui rencontrait alors quelques admirateurs bénévoles, et qui, aujourd'hui, serait sifflée à Gastelnaudary et huée à Carpentras. En voici deux ou trois échantillons : « Le poète se promène autour des traditions consacrées, comme un soldat autour des murailles d'une place ennemie^ pour surprendre une pierre ébranlée, un pan de rempart chancelant et arrêter dans sa pensée par où il fera brèche et pénétrera dans la place... En surveillant avec une attention assidue V épanouissement et la floraison du germe déposé dans le sol fécond de la réflexion (!), il acquiert fatalement une subtilité d'interrogation, une précision de curiosité qu'il n'aurait jamais pu atteindre, s'il n'avait pas eu devant lui le spectacle intérieur d'une intelligence aux prises avec l'inspiration. Privé du secours de cette leçon vivante, le critique pourrait poser des prémisses très vraies, et déduire de ces prémisses des conclusions irrécusables ; mais il ne porterait pas la
lumière de la dialectique dans la discussion, ou plutôt iJ ne poserait pas tous les problèmes particuliers, compris dans un problème général, parce qu'il ne lui serait pas donné de voir tous les problèmes par la seule force de Vinduction, Il ne sépare pas la théorie de Tapplication, et, sans abdiquer son individualité, sans renoncer à son libre arbitre, il côtoie cependant le navire qu'il a vu sur le chantier et dont il épie le sillage... Dans celui qui le soutenait, il ne veut plus voir qu'une plante parasite, incapable de pousser par elle-même des branches vigoureuses et feuillues... Tant que le poète a vécu dans Tobscurité, bien que toutes ses veilles fussent dévouées à l'avenir, bien que chacune des ciselures de sa pensée fût destinée à diviser la lumière en rayons glorieux, cependant la nuit indulgente où ses travaux s^ enfouissaient lui laissait la faculté de revenir sur sa première volonté. » Tout l'article est écrit dans ce charabia, le pire de tous, le charabia dogmatique, prétentieux, emphatique et amphigourique. Dans cette espèce de manifeste, Gustave Planche dénonçait Victor Hugo et se désignait lui-même aussi clairement que s'il avait écrit les noms en toutes lettres. Doit-on s'étonner que le poète, assommé par la personne du critique encore plus que par ses chicanes, ait saisi la première occasion de se débarrasser de ce magister, dont l'amitié était aussi redoutable que la haine; car, pendant la période amicale, il s'attachait comme un crampon à sa victime et ne lâchait prise ni jour ni nuit? Après la rupture, son ressentiment dépassa toutes les bornes, et,
àc
en 1838, il envoyait aux Petites-Maisons l'auteur de Ruy Blas, qui n'eut droit à ce domicile que trentecinq ans plus tard, lorsqu'il s'appela l'auteur de FAne, du Pape, de Religion et religions et des Quatre vents de l'esprit.
Est-il donc impossible de rêver une amitié qui ne soit pas uniquement littéraire, c'est-à-dire qui, tout en s'expliquant d'abord par un goût commun pour la littérature, reste indépendante des jouissances et des blessures d'amour-propre? Une sympathie profonde, une estime sincère, l'insigne honneur de défendre sous le même drapeau la même cause, — surtout si cette cause est provisoirement vaincue, — voilà de quoi suffire à Tintime accord de deux cœurs, de deux intelligences, ou, mieux encore, de deux âmes; car, partout où l'âme domine, elle communique aux sentiments quelque chose de sa grandeur, de son élévation et de sa durée. Je vais peut-être commettre une lourde maladresse en avouant que c'est cette amitié qui me lie depuis longues années à Edmond Biré, et que j'en suis fier. Pourquoi pas? Pourquoi tenterais-je de dissimuler ce qui, j'ose l'espérer, ne peut pas discréditer mes éloges? Pourquoi le bien n'aurait-il pas sa franc-maçonnerie, comme le mal? Lorsque le clan des corrupteurs a formé une société compacte — garantie par le gouvernement, — d'assurance contre la conscience publique et d'admiration mutuelle, lorsque ceux-là mêmes qui, travaillant à une réaction monarchique, auraient le plus d'intérêt à repousser ces complices des démolitions républicaine?, nous affligent
du spectacle de leurs capitulations et mettent au service de cette œuvre dissolvante leurs courriéristes, leurs reporters, leurs interviewers, leurs dilettantes, et jusqu'à Tescadron féminin des Veloutines, des Violettes, des Anges Bénignes et des Étincelles, n'estil pas permis à deux de leurs trop rares adversaires de se déclarer aussi unis que s*il s'agissait de glorifier M. Renan, d'encenser r Immortel, d'applaudir à la décoration de M. Emile Zola et d'appuyer sa candidature académique?
Je n'ai jamais oublié, je n'oublierai jamais ma première rencontre . avec Edmond Biré, dans les bureaux de l'Assemblée nationale, où il venait présenter un article sur mon premier volume, qui devait être, hélas! suivi de tant d'autres. Biré n'avait pas vingt-cinq ans, et je n'étais déjà plus jeune ; car une des singularités de ma vie littéraire aura été de débuter (à Paris, s'entend!) à un âge oij la plupart de mes contemporains, de mes camarades de collège et de concours, Montalembert, Falloux, Nisard, Champagny, Nettement, Henri Blaze, Alphonse Karr, Paul et Jules Lacroix, Louis Veuillot, Théophile Gautier, Jules Sandeau, Victor de Laprade, avaient déjà marqué leur place, où Alfred de Musset tombait en ruine, et de n'être pas tout à fait mort, quand tous ou presque tous ont disparu. Certes, pour un débutant,, presque un surnuméraire, il y avait, dans ce témoignage spontané d'un jeune homme inconnu, arrivant de l'autre extrémité de la France, beaucoup plus Breton que je ne suis Provençal, tout ce qu'il
fallait pour m'inspirer sympathie et gratitude. Cependant, un secret pressentiment m'avertit que nous n'en resterions pas là, que, malgré la différence de nos âges, ce serait la première étape d'une longue campagne où nous servirions, avec la même cocarde, dans le même régiment. Je ne me doutais pas que ce jeune homme, à qui je savais déjà tant de gré de s'être occupé de mon livre, avait lu tous les articles que, depuis 1845, j'avais publiés dans la Mode, la Revue des DeuX'Mondes et V Opinion publique, et qu'il s'en souvenait mieux que moi. Cette facilité d'assimilation, qui n'ôtait rien à l'originalité de cet esprit ouvert à toutes les idées généreuses, fidèle à toutes les adversités, rebelle à toutes les injustices de la fortune, digne de vivre dans l'intimité de l'hermine bretonne, est demeurée un des traits caractéristiques d'Edmond Biré, à mesure que son talent s'est développé, affirmé et agrandi. Sur tous les points de notre histoire littéraire, sur tous les personnages qui, la plume à la main, se sont disputé l'attention et la curiosité publiques, il a refusé de se contenter d'informations vagues, contradictoires, complaisantes et légendaires ; il ne s'en est rapporté qu'à lui-même, et il s'est si admirablement renseigné que souvent les écrivains, objets de ses recherches et de ses trouvailles, ont été tout surpris de découvrir qu'il se souvenait de ce qu'ils avaient oublié. Je n'en citerai qu'un exemple. Lors de la réception de Monseigneur le duc d'Aumale à l'Académie française, oti il succédait à M. de Montalembert, je rendis compte dans la Gazette de France
de son panégyrique de l'illustre défunt. Edmond Biré me donna la réplique en deux ou trois pages sur le même sujet; et, quand je lui demandai, de fort bonne foi, qui en était l'auteur, il me répondit : « C'est vous! » — Un soir que M. de Jouy dînait chez mademoiselle Contât, l'aimable comédienne lui chanta au dessert une jolie chanson. — « De qui est-elle? dit le futur librettiste de Guillaume Tell. — Mais, grosse bête, elle est de vous! » Grosse bête serait peut-être un peu fort.
Doué d'une mémoire extraordinaire que stimulait sa passion pour la vérité, Edmond Biré, avant d'essayer ses forces, publia^ de concert avec notre cher poète vendéen Emile Grimaud, les Poètes lauréats de rAcadémie française; quelque chose, en très grand, comme les palmarès de nos concours universitaires, avec ce point de ressemblance, que, là comme ici, on pouvait prendre un plaisir philosophique à chercher quels étaient, parmi ces lauréats, ceux qui avaient tenu leurs promesses, ceux qui s'étaient dérobés à la moitié du chemin, et ceux qui avaient disparu. Qui sait? Ce furent peut-être les plus heureux. Sous la Restauration, ces concours poétiques eurent plus d'imporlance qu'aujourd'hui. Si on m'accorde que la Restauration fut une aurore, — et qui osei^ait me le contester? — il est facile d'établir une harmonie entre cette aurore politique, si vite trotublée par les orages de la journée, et l'aurore de ces poètes, dont deux ou trois eurent leur jour, dont cinq ou six eurent leur moment. Ajoutons que ce palmarès aca-
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démique était relevé par des notices qui le rendaient plus instructif, plus curieux et plus piquant. La plupart de ces notices avaient la valeur de véritables études littéraires, et nous en disaient plus que bien des gros livres. Quelle leçon de littérature — et de modestie — pour les poètes actuels, et même pour les critiques, cette liste quasi funéraire, où Ton peut suivre la décroissance des renommées, depuis le rayonnement jusqu'à Féclipse, depuis l'éclipsé jusqu'aux ténèbres, depuis Yictor Hugo jusqu'à Dumolard, en passant par Casimir Delavigne^ Soumet, Pierre Lebrun, Millevoye, Saintine, Victorin Fabre, Charles Loyson, Delatouche, Bignan, Mollevaut et Mennechet! Comment ne pas dire^ en parcourant cette galerie, cette nécropole : « Voilà pourtant comme je serai dimanche! » — Au risque d'être accusé de paradoxe, ne vous semble-t-il pas que ces poètes oubliés ou manques redeviennent, dans ces notices, sinon poètes, au riîoins poétiques? La poésie et la mélancolie sont sœurs, et quoi de plus mélancolique que de voir se glisser, dans des limbes intermédiaires entre la nuit et le jour, ces ombres crépusculaires et fugitives, laissant tomber leurs poèmes dans le sentier désert, comme les feuilles mortes dont la Chute a suffi pour assurer à un de ces oubliés une toute petite place dans notre mémoire?
Quoi qu'il en soit, ce travail préliminaire fut pour Edmond Biré une excellente préparation à des œuvres plus personnelles où allaient se révéler, avec sa consciencieuse exactitude, devenue proverbiale parmi
ses nombreux lecteurs, ses qualités de critique, la finesse de ses aperçus, la sûreté de son goût et son énergique résistance aux mensonges de Tesprit de parti, aux fictions révolutionnaires. Quand parurent les Misérables (1862), ce livre démesuré où quelques merveilleuses beautés sont noyées dans un flot d'extravagances, de digressions insensées et d'imaginations saugrenues, Biré s'attacha surtout à ce qui, dans ce gros roman, trahissait les palinodies d'un poète déplus en plus décidé à brûler ce qu'il avait adoré et à traduire le Vœ victisi en langue romantique. Un seul chapitre suffit à sa démonstration sans réplique, celui où M. Hugo nous racontait, à sa manière, ce qui se passait en l'année 1817; année significative pour la France, pour le royauté et pour M. Hugo lui-même, puisque, dans le concours académique sur le bonheur que procure V étude dans toutes les situations de la vie, ses trois lustres ou ses quinze ans ne rencontrèrent que des incrédules ; incident qui contribua peut-être à le brouiller avec la vérité. Dès l'instant qu'on refusait de le croire quand il disait vrai, il se figura sans doute qu'on le croirait lorsqu'il mentirait.
A dater des Misérables, Victor Hugo appartient à Edmond Biré, par droit de recherches, dlnformations et de preuves. Le premier, hélas I presque le seul, il a eu l'honneur d'attacher le grelot à cette popularité qui nous force désormais de fouiller au-dessous d'un énorme tas de gros sous pour retrouver les lingots d'or pur et les louis, voire les napoléons. Victor Hugo
et la Restauration) — Victor Hugo avant 1830; on lira et relira ces deux livres, longtemps, bien longtemps après qu'un inexorable triage aura fait justice des venimeuses folies qui rappellent le incauda venenum, et qui encadrent cette longue carrière poétique entre deux dates; Tune où le génie d*un enfant déconcerta les vieillards du palais Mazarin ; Tautre où nous avons tristement subi les radotages agressifs d'un vieillard tombé en enfance. Pour le moment, il n'y a rien à faire, Dupuytren, qui n'était pas tendre, vit un jour entrer dans son cabinet de consultations un jeune homme dont le nez était fort endommagé. « Croyezvous, dit le client au docteur, qu'il faudra me le couper? — Non, mon ami, rassurez-vous; il tombera bien tout seul. » La réaction s'opérera et s'opère toute seule. Nous avons, d'ailleurs, un bon moyen d'y aider sans nous mettre en frais de raisonnements. Etant donnés l'orgueil du maître et l'infatuation des disciples, il nous suffît de dire et d'écrire, chaque fois que l'occasion s'en présente : « Lamartine, le plus grand poète du siècle. » Biré n'y a pas manqué, ainsi que nous le verrons tout à l'heure.
Au moment où j'écris cette page (9 août 1888) les obsèques triomphales d'Eudes, le massacreur et l'incendiaire, mettent Paris en émoi, la garnison sur pied, les sergents de vill^ et les gendarmes en péril, la bourgeoisie en détresse, les magasins et les cafés au pillage, et jettent de sanglantes éclaboussures sur les murs sinistres de la Roquette, où il n'est plus question de pleurer les otages, les martyrs, les Deguerry,
les Olivaint, les Darboy et les Caplier, mais de gloriQer et d'imiter les assassins. Qu'est-ce que ce tragique épisode, qui n'est peut-être qu'un prélude? Une centième preuve de la fatalité révolutionnaire, de la loi de progression vengeresse, qui condamnait, en 4793, la Gironde à subir sur Téchafaud J'implacable logique des jacobins et de la Montagne, Vergniaud à périr sous l'étreinte de Robespierre et de Marat, la Convention à s'absorber dans le Comité de salut public, et qui condamne aujourd'hui les survivants, parmi les parleurs de la République athénienne, spirituelle et modérée, à rentrer dans leur néant en comptant les anneaux de cette chaîne qui commence à Jules Simon et finit à Félix Pyat. Les spectacles hideux auxquels nous assistons redoublent l'intérêt d'à-propos des deux livres d'Edmond Biré la Légende des Girondins et Paris en 1793. Dans ces deux ouvrages qui n'en font qu'un, on ne sait ce qu'on doit admirer le plus, de la vie extraordinaire qui anime ces scènes du passé, ou de la surabondance des sources auxquelles l'infatigable chercheur a puisé, du nombre et de l'éloquence des textes qui parlent pour lui et avec lui. En présence de ces trésors, il me semble que j'entends d'ici ceux de mes lecteurs qui ne connaissent pas Edmond Bi-ré se récrier et dire : « A la bonne heure ! voilà un oisif qui s'est créé une vie de travail au service de son pays et de la vérité ! Il aurait pu se croiser les bras comme tant d'autres; l'incalculable chiffre- de ces documents authentiques prouve qu'il lit du matin au soir et qu'il écrit du soir au matin. » Un oisif, Edmond Biré I Mais,
en dehors de ses travaux historiques et littéraires, on ne saurait imaginer d'existence plus laborieuse et mieux remplie : la direction d'une grande affaire industrielle qui donne du pain à des centaines d'ouvriers, une correspondance active, des articles dans les journaux, l'éducation de ses fils, les devoirs de la vie de famille acceptés et pratiqués avec amour dans toute leur plénitude chrétienne, il y a là de quoi rassurer la plus scrupuleuse conscience d'un ennemi du désoeuvrement. Remarquez que, en vous parlant de ses ouvrages, je n'ai rien dit des Dialogues des vivants et des mortSj ni de la belle biographie de Victor de Laprade, première inauguration delà statue du poète !
J'arrive aux Portraits littéraires^ et, si vous croyez que je vais, en style de réclame, me ranger, sur tous lés points, à Topinion de l'ami Biré, je déclare que vous vous trompez. La discussion est le sel de l'éloge; l'objection est souvent un hommage de plus. Je commence par Prosper Mérimée.
Jamais l'auteur de Colombaj si soigneusement boutonné qu'on ne savait pas si un cœur battait sous son habit coupé par l'illustre Poole {London, English spoken)y n'avait été serré de plus près; jamais cette physionomie complexe de gentleman quasi britannique, de courtisan par hasard, de sénateur taciturne, de causeur ordur'fer, d'athée endurci, n'avait été étudiée avec plus de finesse et rendue avec plus de relief. Pourtant Edmond Biré me semble un peu sévère, non pas pour la personne de Mérimée, qui me fut toujours
antipathique, mais pour sa littérature, ou du moins pour ses romans et ses nouvelles. Je fais bon marché du Théâtre de Clara Gazuly de la Guzla, de la Jacquerie, des œuvres d archéologie et d'histoire. On le voit, je ne lésine pas sur les frais de déblayage. Mais les romans et surtout les contes, depuis VEnlèvement de la Redoute et Matteo falconey jusqn a A^'sène Guillot et Carmen ? Biré parle de sécheresse ; je dirai plutôt sobriété. — « Sobriété, signe d'un mauvais estomac », — a dit Victor Hugo, qui aurait bien dû ne pas abuser de la vigueur et de la voracité du sien, pour nous faire avaler, pendant ses vingt dernières années, des ragoûts aussi indigestes. D'autre part, je lis, à la page 34 des Portraits littéraires : « Faut-il rappeler, qu'ici encore la plume de Prosper Mérimée n'a pas reculé devant les tableaux les plus licencieux, et qu'il est allé volontairement et misérablement échouer sur l'écueil du libertinage ? » Il s'agit de deux ou trois scènes un peu trop vives, un peu risquées, de la Chronique du règne de Charles IX.
Voyons! n'exagérons rien, et n'ayons pas deux mesures. Une fois pour toutes, s'il est bien convenu, entre braves gens, qu'un roman, même bon, ne doit être mis, de confiance, entre les mains ni des jeunes filles, ni des jeunes femmes, ni des adolescents, je demanderai à Biré, qui paraît avoir un faible pour Èalzac, si les licences les plus hardies de Mérimée ne sont pas lecture édifiante, comparées à la Physiologie du mariage, aux Contes drolatiques, à la Fille aux yeux d'or, à la Vieille fille, à la Fleur des pois^
à Splendeurs et Misères des courtisanes, à tous les romans où reparaît Tignoble figure de Vautrin, escorté de l'inévitable Lucien de Rubempré. Nous savons bien que, lorsque Diane de Turgis donne un rendez-vous à Bernard de Mergy, ce n'est pas pour réciter ensemble des prières catholiques ou des versets de la Bible. Mais ce que nous ne savons pas, ce que nous ne devrions pas savoir, c'est tout ce qu'une plume profondément corruptrice et sciemment dissolvante peut cacher ou trahir de luxure clandestine, de sous-entendus immondes, de vices inavouables, en des fictions insensées. Ce que nous voudrions ne pas savoir, c'est le renouvellement de Rabelais dans un siècle où Rabelais n'aurait plus d'excuse; c'est la profanation sacrilège du mariage, réduit à la possession légalisée d'une femme traitée comme la plus lascive des maîtresses, condamnée à mort, du moment que la satiété décourage l'amour sensuel, du moment que l'épouse — conjux meretrix — perd quelque chose de sa jeunesse et de sa beauté. A d'autres points de vue, Balzac fut un grand coupable. Mérimée, malgré son immoralité personnelle et son athéisme, n'a perverti personne. Je n'ai jamais entendu dire que le Vase étrusque et la Partie de trictrac aient donné aux jeunes stagiaires de 1830 l'envie de gouverner la France, d'émarger au budget, d'occuper de vive force les ministères et les préfectures. Balzac, sous une monarchie dont les ministres et les serviteurs immédiats s'appelaient Casimir- Perier, Guizot, de Broglie, Mole, Thiers, Duchâtel,
352 SOUVENIRS l/UN VIErX CRITIQUE
Dupin, Salvandy, Gouf^in, Sauzet, Montalivet, Villemain, accrédita cette absurde légende, d'après laquelle les mansardes et les brasseries du pays latin étaient peuplées de grands hommes incompris, d'hommes d'État en expectative, dont le gouvernement refusait d'utiliser les forces, et dont les forces utilisées nous donnèrent en 1848, en attendant pire, Gaussidière, Flocon, Sobrier, Bastide, Garnier-Pagès, Trélat, et autres culotteurs de pipes, tribuns d'estaminet, destinés à noyer leur incapacité populacière dans le sang des journées de Juin, et à nous offrir plus tard le spécimen des vieilles barbes de la République de février. Personne, que je sache, n'a été tenté de copier Matteo Falcone, le Saint-Clair du Vase étrusque^ Ghaverny et Châteaufort, de la Double Méprise^ le lieutenant Roger, de la Partie de trictrac^ don José, de Carmen^ le lieutenant Orso, de Colomba, Balzac, prophète à son insu, au milieu des visions de son cerveau halluciné, a proposé comme modèle à l'émulation de la génération suivante^ le type du jeune ambitieux sans argent et sans scrupules, décidé à ne respecter rien pour parvenir à tout,, mi-parti d'aventurier et d'escroc, arrivant à la richesse et au pouvoir per nefas^ par les femmes, par le jeu, par le chantage, par la police, par tous les moyens, excepté les bons ; roué, vicieux, impitoyable pour quiconque se trouve sur son chemin, et se plaçant, un beau jour, dans l'alternative d'être premier ministre ou gibier de cour d'assises. Ici, l'histoire contemporaine nous dispense de tout commentaire. Enfin, Mérimée n'a
pas eu à subir Tinjure d'être salué, comme ancêtre, par Fécole naturaliste et pornographique qui salit notre littérature. Cette détestable école se déclare issue de Balzac, et, si vraiment c*est lui qui Ta enfantée, ce dernier ouvrage suffirait à déshonorer tous les autres.
Le chapitre sur Edmond About est d'une justesse exquise. Impossible de mieux caractériser ce personnage équivoque, « qui avait de l'esprit à en revendre » (en effet, il en a vendu), et dont il ne reste déjà que le souvenir d'un esprit mai employé. Edmond About, à ses débuts, en 1855, profita d'une des nombreuses réactions qui expliquent et abrègent tant de succès parisiens : Ponsard contre Victor Hugo, Ristori contre Rachel, About contre les gigantesques feuilletons-romans, qui, pendant plus de six mois, tenaient en haleine la curiosité publique, suspendue aux pro- .digieuses aventures de d'Artagnan, de Monte-Cristo, de Rodolphe, grand-duc de Gérolstein. Le nouveau venu conteur favori du Moniteur officiel, de l'impeccable maison Hachette et de la Bibliothèque des chemins de fer, fît les délices d'un public spécial. Des intendants militaires, des généraux en retraite, des receveurs particuliers, des conseillers de préfecture, qui haussaient dédaigneusement les épaules quand on leur parlait d'Eugène Sue, d'Alexandre Dumas, de Balzac, de Frédéric Soulié, se passionnèrent pour ces courtes histoires lestement enlevées, que l'on pouvait commencer et fînir d'une gare à l'autre et qui amusaient le voyage sans troubler la digestion. Quelques-
uns en oublièrent leur traduction d'Horace. Le style en était vif, simple, naturel, assaisonné çà et là de quelques traits spirituels; seulement, l'imagination brillait par son absence et l'invention était absolument nulle.
Biré nous fait apprécier le fort et le faible de ce talent normalien, nourri des classiques grecs et vilipendant la Grèce, possédé de l'envie de s'enrichir, pratiquant volontiers l'indépendance du cœur, c'està-dire l'ingratitude, Tindépendance de l'âme, c'est-àdire le scepticisme, et prompt à verser dans la littérature utilitaire, lucrative, mais peu romanesque, peu littéraire et encore moins poétique. On comprend que l'homme qui passait si aisément de l'Acropole et du Parthénon aux Éckasses de maître Pierre, aux découvertes économiques, aux moyens de dessécher les marécages, d'exploiter l'Egypte et de fertiliser les Landes, eût, pour ses débuts, manqué de respect aux Muses de THélicon et du Pinde, aux gloires de Marathon et de Salamine, au génie d'Homère et de Sophocle. Virrespectl si le mot était dans le dictionnaire de l'Académie, on pourrait dire que ce fut un des traits distinctifs de M. Edmond About. Il éleva à la hauteur d'une science politique et d'un chapitre de son budget la familiarité obséquieuse, la souplesse narquoise qu'il recueillait dans l'héritage de Voltaire, son patron, son modèle et son maître, malheureusement plus facile à copier qu'à continuer. Cet art, mêlé de gaminerie, de railler tout bas ce qu'on salue encore plus bas, de faire niche à ce qu'on encense,
de jongler avec toutes les opinions faute d'une seule croyance, en faut-il davantage pour expliquer ces perpétuelles volte-face, ces variations infinies, cette constance à suivre la roue de la Fortune, à courtise ceux qu'elle élève, à bafouer ceux qu'elle abaisse, insulter ceux qu'elle écrase? Cette complicité avec le succès, cette promptitude à se détacher de l'adversité, ne portèrent pas bonheur, en définitive, à M. About. Biré nous rappelle, de la façon la plus piquante, le guignon qui, à la fin de sa carrière, neutralisa ses efforts pour être toujours de l'avis des vainqueurs. Il nous conte les mésaventures théâtrales de l'auteur de Guillery et de Gaëtana, Guilleryl Biré est d'habitude si admirablement informé, que je n'ose avouer que le prince Napoléon, d'après les nouvellistes du lendemain, ne fut pour rien dans l'affaire. Voici, m'a-t-on dit, ce qui se passa : — M. Fould était alors ministre de Napoléon ni. M. Fould avait un fils qui s'appelait Gustave. M. Gustave Fould protégeait une actrice du Théâtre-Français qui se nommait Valérie. Edmond About mit cette actrice dans ses intérêts. Elle l'accrédita auprès de son protecteur, qui le recommanda à son père, qui en parla à l'empereur, lequel consentit à assister à la première représentation. Guillery fut outrageusement sifflé. L'empereur, de fort mauvaise humeur, tança son ministre, qui lava la tête à son fils, qui fit une scène à l'actrice, laquelle traita le pauvre auteur comme les comédiens de Gil'Blas traitaient leurs malheureux*poètes. Le dos-
sier du prince Napoléon est assez chargé sans qu'il suit besoin de Talourdir.
Je sais gré à Biré d'avoir, au milieu de ses critiques si fines et si vraies, donné un bon point à Edmond A bout, pour ses vertus de famille. About fut un excellent mari; j'ajouterais un excellent père, s'il était permis d'accorder ce titre à quiconque refuse de mêler une idée religieuse à l'éducation de ses enfants. Il avait eu soin de ne pas faire baptiser ses deux pre* miers fils. Sa femme profita d'une absence pour réparer cette omission, chère à la morale indépendante. About, à sou retour, se résigna d'assez bonne grâce. Depuis lors, Alexandre Dumas, à chacune de leurs rencontres, ne manquait pas de lui dire : « Gomment se portent les petits Mortara? »
Excellent mari ! oui. C'est lui qui, s'adressant à sa digne compagne, a écrit cette phrase pour laquelle je donnerais tout son répertoire, et que tous les maris plus ou moins catholiques devraient écrire sur leur livre d'or : « Je t'aime plus qu'hier, moins que demain. » N'est-ce pas charmant? Ah! comme ce serait plus persuasif et plus touchant encore, si About avait songé qu'un jour viendrait où il n'y aurait plus de demain, à moins que ce demain changeant de place, montant de la terre au ciel, n'inaugurât un demain céleste qui s'appelle l'éternité !
Parlerai-je de Lamartine? Gomment ne partagerais-je pas l'opinion d'Edmond Biré sur notre cher et malheureux grand poète, sur le contraste des funérailles de Lamartine, si modestes, si chrétiennes,
si sincèrement populaires, avec les fastueuses obsèques de Victor Hugo, si tapageuses, si théâtrales, si décoratives, gonflées de tels amalgames que l'on ne savait plus si Ton assistait à un deuil public, à une cérémonie officielle, à une fête nationale, à une parodie macabre, à une profanation de la mort ou à une manifestation révolutionnaire? — « Derrière les innombrables étendards de la franc-maçonnerie et de la libre pensée, les députations de la province et de l'étranger, de la ville et de la banlieue, les ministres coudoyant les Rigolos de Montmartre, les sénateurs précédant les Beni-Bouffe-Toujours; partout, sur les trottoirs, aux fenêtres, aux balcons, sur les toits, une mer moutonnante de curieux et de spectateurs; lorsqu'on arriva au Panthéon, d'où, la veille, un décret de la République avait chassé sainte Geneviève, vingt et un orateurs, vingt et un discours grotesques, emphatiques et creux, sans souffle, sans émotion, sans style, d'une platitude inouïe, d^un ridicule monumental; et, au-dessus de ces vaines rumeurs, par une ironie sublime, dominant cette pompe païenne, cette foule afî*olée, ce cercueil sans prières, debout^ baignée d'air et de soleil, rayonnante, victorieuse, cette croix de pierre que la République n'avait pu abattre, la croix de Jésus-Christ! »
Que pourrais-je ajoutera ces lignes éloquentes? Les admirateurs fanatiques d'un homme célèbre font fausse route, quand ils croient sa mémoire honorée par les magnificences que la foule prodigue à ses idoles, n'ayant pas autre chose à leur donner. Pans
ces conditions, renterrement à sensation n'est plus qu'une scène de la comédie humaine, avec tout ce que la comédie cache d'ironies, de conventions et de mensonges. Même au point de vue mondain, le spectacle, la curiosité, la pompe extérieure, ôtent à ce cercueil, couvert de fleurs sans racines, ce qu'il a de sacré, pour en faire Tobjet de l'exploitation vaniteuse du mort par les vivants, de la gloire pour la gloriole. Chacun tirahl à soi un lambeau du drap funéraire, dernier vêtement du défunt, il n'y reste plus de place pour les larmes de ceux qui l'ont aimé, pour les prières de ceux à qui l'apothéose du génie ne fait pas oublier son âme.
Dans ces belles pages sur Lamartine, je ne rencontre que le prétexte d'une objection de détail; et encore! N'est-ce pas une dangereuse hardiesse de rectifier un fait, une date et un nom, affirmés par un homme tel qu'Edmond Biré? Je lis à la page 166 : « Lamartine s'était déjà présenté (à l'Académie), en 1824, au lendemain des Nouvelles Méditations, pour remplacer Lacretelle l'aîné. L'élection avait eu lieu dans la séance du 2 décembre 1824, et M. Droz, auteur d'un Essai sur Vart d'être heureux^ l'avait emporté sur le premier poète du siècle, au quatrième tour de scrutin. »
Rien de plus exact, sauf que, ce jour-là, Lamartine s'appelait Casimir Delavigne. Je me crois sûr que mes souvenirs ne m'abusent pas, et j'ai pour moi la vraisemblance. En 1824, Lamartine, trop royaliste pour être populaire, n'avait à son actif que les premières Méditations. C'est en 1825 que parurent les Nouvelles
Méditations f le Chant du Sacre et le Dernier chant de Child'Hai'old. Casimir Delavigne, idole du libéralisme qui ne songeait pas encore à proclamer Béranger grand poète lyrique et national, battait son plein. Le Tkéâtre-Français venait de jouer avec un immense succès V Ecole des vieillards, où Talma donnait la réplique à mademoiselle Mars. Les Vêpres siciliennes, le Paria, les Comédiens, avaient été chaleureusement applaudis. Les Messéniennes, où vibrait la corde patriotique et guerrière, amenaient au Palais-Royal, galerie de bois devant Tétalage du libraire Ladvocat, de véritables rassemblements. D*ailleurs, si Lamartine, en décembre 1824, avait eu, à TAcadémie française, une candidature disputée et malheureuse, n'en trouverait-on pas la trace dans sa correspondance, dans ses lettres à son ami, M. de Virieu? Et si c'était lui, le candidat vaincu par M. Joseph Droz, lui, le poète religieux, l'hôte et l'ami de M. de Genoude, de l'abbé duc de Rohan, y auraitil eu, hélas ! parmi les jeunes gens d'alors, sur les bancs de la Sorbonne, du Collège de France, de l'Ecole de droit, et généralement, dans toute la république des lettres, l'explosion de colère dont je fus témoin, la bordée d'épigrammes et de sarcasmes qui cribla l'illustre compagnie? On publia une satire dont l'épigraphe:» Les sots depuis Adam sontenmajorité», était empruntée à Casimir Delavigne. On parla même d*aller à la séance de réception pour siffler M. Droz* Ses cheveux blancs et sa figure vénérable désarmèrent les tapageurs. Le complot n^eut pas de suite.
Voilà ma variante. Si j'avais affaire à tout autre que Edmond Biré, je dirais que j'en suis sûr. Avec ce diable d'homme, je dis, comme Marfurius du Mariage forcé : « Il me semble qn'il n'esjL pas impossible que j'en sois sûr*. »
Si j'avais à choisir parmi les Portraits littéraireSy je me déciderais pour le médaillon de M. Ernest Legouvé. Oui, c'est bien cela, le bourgeois de Paris à une époque où cette bourgeoisie disparaît comme la noblesse I N'avait-il pas, lui aussi, ses privilèges? Il lui suffisait de se laisser faire, de se promener sur le boulevard, de flâner devant les magasins, de regarder les affiches, de choisir son spectacle pour le plaisir de sa soirée, de consulter son journal pour savoir quelle était, depuis la veille, la curiosité la plus digne de le distraire, de l'amuser ou de l'émouvoir. C'est pour lui que Paris se mettait chaque matin en frais de coquetteries, d'élégances, et de sourires, pour lui que l'Océan expédiait sa marée et le jardinage ses primeurs, pour lui que les charmants environs de la grande ville se hâtaient, au printemps, de renouveler leur parure de villas, de verdure, de bosquets et de fleurs, pour le dispenser d'aller chercher bien loin, dans une chambre d'auberge, sur une plage ou à des eaux plus ou moins médicales, rendezvous de malades ou de désœuvrés, le repos, la fraîcheur, l'air pur et la santé. Edmond Biré a raison : les chemins de fer ont tué le bourgeois de Paris,