partie, non sans maugréer; comme eux
12 SOUVENIRS D UN VIEUX LIBKaIRE
je cherchais, et parfois je trouvais le moyen d'éluder le billet de garde.
Pourtant, j'avais encouru plusieurs fois vingt-quatre heures de haricots, si bien qu'un jour je me voyais bel et bien « sur la paille humide d'un cachot. »
La cellule à laquelle il fut réservé d'écouter mes premières doléances portait le numéro 15, et j'eus la consolation d'apprendre, par l'inspection de ma prison, que d'illustres prédécesseurs avaient été ses hôtes involontaires.
En effet, je constatai sur ses murs des traces de plusieurs célébrités : Peintres, graveurs, hommes de lettres même quelques profonds politiques, chacun avait cru devoir marquer à sa
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manière son passage éphémère en ce lieu.
Méry, alors fort en vogue, bon poète mais médiocre défenseur de l'ordre, y avait couché le 13 novembre 1848.
Grassot, le célèbre comique du Palais- Royal, y avait laissé, tracé de sa main, Y Hymne à la Garde Nationale, qui se chantait alors sur l'air de la Parisienne, et dont voici, si je me souviens bien, le premier couplet :
Vive à jamais le garde nationale
Arc-en-ciel de nos libertés !
Si n'faitpas de bien, y n'fait pas de maie :
Voilà pourquoi qu'il a mon amitié.
S'il faut qu'y s'présente une émeute.
Bien loin que son grand cœur s'émeuve,
Prend son fourniment,
Son fusil r'iuisant
Quitte sa iemme, son comptoir et même ses
[enfants.
S'il pleut, hé ben y s'mouille, .
Faisant sa patrouille !
Bertron, l'inofFcnsif et sempiternel ce candidat de l'iiumanité », avait également encouru les rigueurs disciplinaires de l'impitoyable État-Major; sa vaste tête y avait reposé la veille même de mon entrée. C'est à lui que l'on doit attribuer le quatrain suivant dont la profondeur n'échappera à personne :