‹ Souvenirs d'un vieux libraireChapitre 8 sur 39 · UN CHIEN LETTRÉ · texte numérisé non relu

UN CHIEN LETTRÉ

inexplicable si je ne l'avais pas partagé jusqu'cà ce jour. Mais je vous pardonne, à condition de vous ranger â l'évidence et d'exalter, urhi et orhi, lorsque vous en serez convaincu, les vertus divinatoires de mon cher, de mon impayable Tabou ! Ah ! Buffon ! combien tu dis vrai, en appelant le chien « l'ami de l'homme ».. .

— Voyons, mon cher, trêve de lyrisme; puisque je suis obtus au-delà de toute mesure, de grâce, expliquez-vous.

— Soit. Apprenez donc que ce chien étonnant, surpr...

— Au fait, mon ami, passez les adjectifs.

— Que ce chien possède, à n'en pas douter, l'intuition littéraire...

— Oui, littéraire. Suivez bien mon raisonnement. Lorsque A. D... me fait

l'honneur de venir ici, que fait le chien ?

— Il se met à sauter et à gambader.

— Bien. Lorsque je suis obsédé par X..., parT... ou quelque autre célébrité négative, que fait Tabou ?

— Je dois à la vérité d'avouer qu'il se borne à grogner; parfois même il montre des velléités de mordre.

— Parfait ! Ceci posé, mes déductions vous paraîtront claires et logiques :

A. D... est un auteur célèbre; Tabou lui fait bonne mine . X . . . est un bohème, un médiocre paperassier; Tabou grogne. 11 montre les dents à M..., il aboie contre T... ; vous venez d'assister à la destruction du manuscrit de ce pauvre père Ambert !

Conclusion: mon chien a l'instinct littéraire ! 11 devine, il flaire, pour mieux

Page 1