UN CHIEN LETTRÉ
dire, la valeur des auteurs qui viennent ici ! C'est clair, c'est flagrant, c'est d'une évidence incontestable ! Et, tenez, voici un argument indéniable : vous savez comme moi que F. C..., le dramaturge, n'est en vogue que depuis peu. Or, l'an dernier, habillé h. la façon des bohèmes de lettres, d'une mise soigneusement négligée, les cheveux en désordre, saupoudrés de poussière, le reste h l'avenant, il vint me proposer un roman tiré d'une pièce tombée à plat. Tabou faillit le dévorer ! Malheureusement, je n'y pris pas garde ; le roman fut publié — et ne se vendit point.
Mais depuis lors, F. C... a trouvé sa vocation; il a rompu avec la bohème, il est habillé comme vous et moi, et enfin, à force de volonté et de travail, il a trouvé le succès; hier même, j'ai traité avec lui, je serai son éditeur et les de-
mandes viennent avant même que le nouveau volume ait paru ! Eh bien, Tabou lui a fait le plus chaleureux, le plus gracieux accueil ! Est-ce limpide ?
— Ma foi, j'avoue que vous paraissez avoir raison !
— J'en suis sûr ! Dés maintenant, Tabou, mon cher, passera à l'état de critique littéraire. Je mettrai son flair à profit. Quelque chose me dit que cela me portera bonheur.
Messieurs, dit M. L... en terminant, mon ami D... fit comme il avait dit; vous connaissez tous son catalogue, qui renferme les noms les plus connus des écrivains contemporains. Tabou, comme on voit, fit honneur à ses fonctions et son maître lui doit sa fortune .