‹ Souvenirs d'un vieux mélomaneChapitre 11 sur 29 · LE RHONE ET LE RHIN · texte numérisé non relu

LE RHONE ET LE RHIN

Le 21 octobre 1872, rinondatioii du Rhtoe fui si menaçante, que plusieurs habitants de la banlieue d'Avignon se réfugièrent dans la ville, où le fléau est moins redoutable qu'en rase campagne. C'est ainsi que se trouvèrent réunies, vers sept heures du soir, à la table de Thôtel d'Europe^ cinq ou six personnes de physionomie et d'opinions fort différentes ; Tabbé Sorel, curé d'une paroisse du voisinage ; le commandant Berlier, chef d'escadron des

pontonniers; M. Méreuil, ingénieur; M. Guichard, un des chefs du parti républicain ; le marquis d'Heiv blay, riche propriétaire des environs, et son fils Paul, à peine majeur, décoré pour sa belle conduite dans Tannée de la Loire; — et enfin l'auteur de ce court récit.

Nous étions tristes, et les bruits qui nous arrivaient du dehors ajoutaient encore à notre tristesse. La pluie tombait h torrents et fouettait les vitres de la salle h manger. Les rafales du vent d'est ressemblaient à des gémissements de voyageurs en détresse ou à des cris d'oiseaux de nuit. On entendait, danslelointain,des coups de fusil tirés, pour appeler du secours, sur les toits des fermes éparses dans la plaine ; la voix des bateliers qui se portaient aux endroits les plus menacés; le grondement sinistre du fleuve, et, comme une basse continue, le murmure des wagons, s' engouffrant dans la gare.

Pour nous réchauffer ou nous égayer, mon ami le marquis d'Herblay,qui connaissait le commandant, l'ingénieur et le curé, fit venir quelques bouteilles d'excellent vin de Châteauneuf et en offrit poliment à tous les convives .'La conversation s'anima, et devint générale. On ne parla d'abord que de l'inondation; mais la pente est si glissante, dans

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