‹ Souvenirs d'un vieux mélomaneChapitre 6 sur 29 · CHUTES.. TROIS CHUTE · texte numérisé non relu

CHUTES.. TROIS CHUTE

— Oui, cher et illustre maître, — et un succès qui va retentir dans le monde entier I

Meyerbeer se tourna vers moi :

— Et vous, ajouta-t-il, êtes-vous content de votre soirée ?

— Oh ! monsieur I...

— Vous m'avez porté bonheur, mon jeune ami... J'ai idée que nous nous reverrons.

Nous nous sommes revus, en effet ; de cette soirée moubliable data, entre nous, une liaison que le grand compositeur voulait bien appeler de l'amitié et qui, pendant trente-trois ans, nQ s'est pas un moment démentie. J'y cueille, en finissant, deux détails assez curieux. Pendant ces trente-trois ans,

Meyerbeer a toujours cru que j'étais excellent musicien ; — et pas une seule fois, il n'a eu l'air de s'apercevoir de son immense supériorité; pas une seule fois, il ne m'a fait sentir ou laissé deviner qu'il était Meyerbeer, et que je n'étais que môsieu ou motùssu

k. DE PONTMARTIN.

Lors des Trois chutes de Bobert-le- Diable^ j'ai parlé de Chrétien Urhan, ce singulier artiste, qui, occupant à TOpéra le pupitre de premier alto, tournait constamment le dos à la scène et faisait maigre toute Tannée. Vers cette époque, je passai cinq ou six ans sans aller h Paris. Je n*y retournai qu'en 1842. Le hasard m'y fit arriver au commencement de la semaine sainte.

Ce qu'il y a de plus suspect chez les restaurateurs parisiens, pour les personnes qui veulent observer les |M?éceptes de l'Église, c'est le po-

tage. Presque toujours on y découvre des yeux dont Torthodoxie semble fort louche. Mais jo me souvenais des délicieux potages au lait d'amandes du café Anglais, et, le mercredi saint, à six heures, Dominique, le maître d'hôtel, m'y installait à une petite table, voisine de celle que Ton réservait à Chrétien Urhan. Quelques minutes après, l'artiste entra. Il ne me parut pas changé. Son costume était le même; chapeau à larges bords, une redingote noire ou plutôt une lévite qui descendait jusqu'aux talons, une cravate blanche négligemment nouée autour du cou, des souliers lacés, de longs cheveux qui retombaient sur le collet de la redingote; une physionomie à la fois romantïqtie et ascétique, une vague ressemblîUQce avec Paganini, relevée par l'admirable expression de son regard oîi il était facile de lire une sorte de nostalgie céleste ; le type idéal d'un moine arraché à sa vocation et à sa cellule pour affronter les orages du monde et le sceptre d'Habeneck.

Nos deux tables se touchaient. Je mis une fort innocente affectation à demander le môme dîner que lui; potage au lait d'amandes, truite saumonée, salade russe et parfait au chocolat. Ce détail attira son attention. Deux ou trois fois, nos reg^ds

se croisèrent. A la fia, surmontant sa timidité :

— Il me semble, monsieur... munnura-t-il.

— Que j'ai eu l'honneur de vous rencontrer. •. Oui, monsieur, c'est pour moi un souvenir ineffaçable; la veille de la première représentation de Robert-le-Diable ; — je lui nommai le professeur Poncelet, et notre cher et illustre Meyerbeer.

La glace était rompue. A dater de ce moment, notre causerie devint intarissable ; Chrétien Urhan, qui vivait dans une solitude absolue, paraissait heureux d'avoir un interlocuteur q4ii ne se moquait pas de son mysticisme comme ses camarades de l'orchestre, et qui partageait son ardente passion pour la musique. Nous prîmes l'habitude de dîner ensemble tous les jours; nous dînions de bonne heure; puis, les soirs d'Opéra, nous nous promenions sur le boulevard ; les autres soirs, nous allions aux Champs-Elysées.

Hoffmann — mais un Hoffmann catholique — aurait pu seul décrire cet homme étrange, qui avait réussi à fondre dans un sentiment unique sa piété fervente et son amour pour son art.

Dans cette imagination et dans cette âme, pas un atome d'alliage terrestre. On eût dit qu'il vivait dans un .rêve constamment visité par son ange gardien. Quand il me parlait des vieux maîtres, do

Marcello, de Palestrina, de Pergolèse, son enthousiasme s'exaltait jusqu'au génie. Chaque jour, jo faisais un nouveau pas dans sa confiance; et pourtant, je devinais qu'il y avait dans sa vie un mystère, une énigme, que, suivant toute vraisemblance, je ne connaîtrais jamais I

A la fin d'avril, il se fit un changement notable dans les manières et l'attitude de Chrétien Urhan. Lui, si calme, si recueilli d'ordinaire, il ne parvenait pas h me cacher son agitation et son trouble Son humeur devint inégale ; ses distractions étaient Innombrables ; tantôt un sourire de béatitude errait sur ses lèvres ; tantôt il fronçait le sourcil et se détournait, comme pour chasser une idée importune. Dans nos promenades, il me serrait le bras avec une affectueuse violence ; puis, il me demandait de le laisser seul, et je le voyais marcher â pas lents, la tête inclinée sur sa poitrine. Quand il revenait à moi, ses yeux étaient pleins de larmes. Enfin, un soir qu'il n'y avait pas d'opéra, il me prit la main, et me dit en bredouillant:

— Êtes-vous digne d'ÇUe?

— Qui, Elle?

— Vous le saurez plus tard... Venez!

H me fit traverser la sombre galerie qui conduisait du passage de l'Horloge à la rue Grange-Bate-

lièrc et où se trouvait la porte des artistes. Puis il me guida dans tout ce dédale de l'Opéra intérieur, où un profane a tant de peine h se reconnaître, et m'installa dans un fauteuil d'orchestre.

— C'est donc une répétition? lui dis-je h voix basse.

— Non, mais une audition, répondit-il, si bas, si bas, et avec une émotion telle, que je dus le deviner au lieu de l'entendre.

L'éclairage était réduit au strict nécessaire: la x^ampe, çà et là quelques becs de gaz, et rien de plus. Pour quiconque n'y est pas habitué, ces vastes salles, silencieuses et vides, avec de grands espaces plongés dans l'ombre, ont quelque chose de sinistre. Q'est un des traits caractéristiques des rendez-vous de plaisir, que, dès qu'ils chôment, se taisent ou s'éteignent, ils deviennent lugubres. Une église dont les portes viennent de se fermer et qui ne garde plus qu'une petite lampe veillant dans le sanctuaire, est encore la maison de Dieu. Sa solitude, son obscurité et son silence continuent, pour l'imagination et pour l'âme, tout ce que leur ont dit les paroles du prêtre, les cantiques des fidèles et nos saintes cérémonies. Un théâtre où on ne joue pas attriste tout le quartier et n'a plus d'autre sens que le néant. C'est que l'homme, en

dépit de tous ses efforts, ne peut effacer en luiTempreinte de son origine. Si on Tinterrompt dans ses joies, il retombe sur rétemel fond de tristesse et de vide. Si le plus léger fil le ramène à ses destinées immortelles, il n'a qu'à rentrer en soi pour prêter un langage à ces voûtes sacrées qui se taisent.

Un mois de causerie intime avec Chrétien Urhan m'avait disposé d'avance à toutes les hallucinations du monde fantastique. J'évoquais tour à tour les fantômes de CQrnélie Palcon, d'Henriette Sontag: et de madame Malibran. Je croyais entendre dans le lointain le cor de Preyschûtz ou d'Oberon, la plainte de donna Anna, le rouet de Marguerite, Ife chœur deFîdelw, l'air du ballet des nonnes, l'amoureuse chanson d'Agathe attendant son fiancé au milieu des paisibles harmonies d'une nuit d'été. Bientôt les musiciens de l'orchestre arrivèrent; ils étaient au complet. J'aperçus à son pupitre Chrétien Urhan, pâle comme un spectre.

Quelques abonnés dans les avant-scènes ; quatxis ou cinq membres influents du Jockey-Club. Dans la loge directoriale, M. Li. P..., directeur, quQ je neveux désigner que par ses initiales : Halévy^ Véron, Nestor Roqueplan, Duponchel; et, au fond^ à demi cachée derrière ces messieuï's, la plus ab-i

solue, hélas I la plus ombrageuse, la plus exclusive des souveraines — Rosine Stolz.

Un quart d'heure après, il y eut, dans l'orchestre et les avant-scènes, un léger murmure; puis un grand silence. Je vis paraître, conduite par Ferdinand Prévost, une jeune femme dont l'aspect, au premier abord, n'avait rien de bien éblouissant. D'une taille au-dessous de la moyenne, elle n'était ni jolie, ni belle, dans l'acception vulgaire de ces deux mots; mais, sur son front pur et dans son Hmpide regard, je retrouvais un reflet de»

clartés mystérieuses qui révèlent au monde extérieur le monde invisible. Elle me fit l'effet d'une exilée du pays de mes songes et je n'ai eu, plus tard, qu'à me souvenir de cette soirée sans lendemain, pour comprendre les paroles appliquées j>ar Meyerbeer à cette même femme : — « C'est l'expression la plus délicate de l'art le plus '^ginal. » *

Elle chanta l'air d'Alceste: « Divinités du St^xf»

— la romance d'Ahce: « Va, dit-dle.... » l'air d'Agathe, daBû Freyschûtz: « Le calme se répand,,, »

— Puis, avec Levasseur, un peu vieilli déjà, le duo des Huguenots : « Pour sauver une tête si chère f » et, avec Duprez, le duo de la Vestale.

A mesure qu'elle chantait, j'éprouvais une sen-

sation singuUère. C'était comme une caressp angéli-' que, étrangère h tputes les voluptés de la terre et même au plaisir de Toreille, qui pénétrait peu à peu dans tout mon être et donnait pour moi une signification toute nouvelle à cette phrase si banale : « C'est ainsi qu'on doit chanter en paradis I » A la voix de cette cantatrice inconnue, la musique devenait immatérielle comme la prière, et il me semblait qu'un irrésistible magnétisme m'attirait en plein idéal pour me rapprocher d'elle. Je regardai Chrétien Urhan, dont le maigre visage était éclairé par la bougie de son pupitre. Un peintre espagnol n'aurait pas choisi d'autre modèle pour exprimer l'extase d'un saint.

Par malheur, je ne tardai pas à m'apercevoir que son impression et la mienne n'étaient partagées par personne. Les rares auditeurs, disséminés dans la salle, opposaient, au contraire, à la jeune artiste une froideur glaciale. Évidemment, ou ils obéissaient à un mot d'ordre, ou leurs habitudes sensuelles et mondaines — on ne disait pas encore boulevardières — les rendaient inaccessibles à cette émotion si pure. Bientôt ce contraste me devint si pénible que je m'esquivai sans attendre la fin de l'épreuve.

Le lendemain, vers huit heures du matin, Chré-

tien Urhan entra dans ma chambre. Cette nuit l'avait vieilli de dix ans.

— « Ah ! les malheureux I les misérables ! ils n'en veulent pa&l ils ne la méritaient pas I » disait-il d'une voix comparable à un sanglot. Cette première audition sera aussi la dernière... Moi, j'ai donné ma démission. Je ne puis plus, je ne dois plus appartenir qu'au bon Dieu. Paris et l'Opéra me font horreur... Mais je n'ai pas voulu m' enfuir sans vous serrer la main I

J'étais presque aussi ému que lui.

— Vous avez donc un peu d'amitié pour moi?

lui dis-je.

— Beaucoup... Vous étiez digne d'Ellle... Vous •seule l'avez comprise...

— Mais alors, avant de me quitter, ne me direzvous pas le mot de cette énigme?

— Oh! très-volontiers... Je suis le fils d'un pauvre pâtre des environs d'Ensiedeln. Je portais au couvent le lait de nos vaches et de nos chèvres. J'avais atteint ma douzième année sans connaître d'autre musique que les chansons de nos montagnes. Depuis quelques jours, je remarquais qu'un des religieux, le PèreAnthelme, me regardait avec une attention bienveillante. Un matin, il m'arrêta

au passage, m'interrogea avec bonté, me fit chanter

60 SOUVENIRS D*CN VIEUX MÉLOMÂlfE

un de mes airs rustiques, et, apprenant que j'étais le sixième enfant d'une nombreuse famille:

— Veux-tu être un de nos enfants de chœur? me dit-il; je t'enseignerai le catéchisme et la musique.

C'était combler tous mes vœux. J'acceptai avec enthousiasme. Ce fut pour moi une vie nouvelle. Je servais la messe du Père An thelme. Je chantais, les jours de grande fôte. Je lisais de bons livres. Lareligion et la musique s'emparèrent , au même instant, de mon âme, et je ne les ai jamais séparées. J'étais heureux, bien heureux ! Mon cher et saint protecteur, s' exagérant peut-être mes dispositions musicales, voulut m' initier à tous les secrets de l'harmonie et du contrepoint. Avant d'entrer au couvent, il avait été le meilleur élève du célèbre abbé Georges- Joseph Vogler, et jouait à merveille de presque tous les instruments. D'après ses conseils, je choisis Valto, et mes progrès furent rapides.

Une nuit — j'avais dix-huit ans alors et c'était la nuit de Noël — j'étais agenouillé devan l'autel; tous les religieux dans leurs stalles. Le Père Anthelme chantait la messe. Je devais chanter, moi aussi, un Agnus Dei de Palestrina. Mon idée fixe, depuis quelques jours, était d'annoncer à mon bienfaiteur, avant la on de cette sainte journée, que je ne formais plus qu'un souhait en ce monde :

entrer dans les ordres, revêtir larobe de religieux, et borner là tout mon horizon, toute ma vie...

Je priais avec ferveur en invoquant mon ange gardien. Je pus croire qu'il me répondait; car, au même moment, notre orgue préluda avec un magnifique ruissellement d'harmonie, et une voix... oh! mon ami, je ne vous en dirai rien qui puisse vous faire comprendre ce coup de foudre... C'était le ciel, c'était une messagère divine, réalisant d'emblée tous mes rêves d'adolescent où la Religion et la Musique m'étaient tant de fois apparues comme deux sœurs... Comment vous raconter les extases de cette heure inouïe? je craignais de devenir fou, et, s'il y a dans ma physionomie ou mes allures quelques bizarreries, elles datent de cette nuit.

Le lendemain, j'allai trouver le Père Anthelme. Je lui fis ma confession tout entière ; je lui avouai que je mourrais de chagrin, si j'étais condamné h ne plus entendre la voix de cette femme... Il m'apprit que c'était une jeune fille de seize ans à peine, originaire d'un pays lointain. La veille au soir, un homme âgé, d'une figure vénérable, était venu sonner à la porte du couvent, avait parlé au supérieur et lui avait demandé avec instance la permission de faire chanter sa fille à la messe de minuit.

— Voyons, mon enfant, ajouta le bon Père; ce que vous me dites, est-ce sérieux?

. — Ohl très-sérieux... Si je ne Fentends plus, j'en mourrai.

— Eh bien l' prenez quinze jours de réflexion; après quoi, nous aviserons.

Quinze jours après, voyant que je dépérissais, il me dit avec un redoublement de bonté :

— Cher enfant, vous traversez une crise qui vous rendrait incapable de servir le bon Dieu, ou même de vivre en homme raisonnable et en honnête homme... Si pure que soit une passion, elle peut faire de notre tranquille couvent une cage, de notre robe la tunique de Nessus... Vous avez assez de talent pour vous tirer d'affaire; cependant, voici cinquante louis qui vous aideront à attendre. J'aile droit de vous les donner; ils sont bien àmoi... Je ne vous ai pas tout dit; avant d'être moine, j'ai été homme du monde et tout à fait artiste. J'ai connu, chez mon maître, l'abbé Vogler, la plupart des musiciens qui font parler d'eux en Europe. Voici des lettres; elles ne vous seront pas inutiles... En retour, je ne vous demande qu'une promesse. Restez toujours ce que vous êtes, en attendant mieux. La musique peut être ou une vierge céleste ou une dangereuse sirène. Si votre art vous met

en contact avecle théâtre, méflez-vous de la sirène,et soyez fidèle à la vierge. Songez quelquefois au couvent* d'Ensiedeln qui abrita vos jeunes années, et au Père Anthelme, qui vous aime...

Dans un élan de pieuse reconnaissance, je saisis ses mains, et je lui dis en pleurant: « Non-seulement je serai fidèle, mais j'observerai de loin la règle du couvent. Pour avoir sans cesse présentes h Tesprit ma résolution et ma promesse, je renoncerai à mon nom de Guillaume, et je m'appellerai Chrétien. »

J'ai tenu ma parole,

— A propos, reprit le Père Anthelme, comment voulez-vous retrouver votre idéale cantatrice, si vous ne savez pas son nom?...

Je fus atterré; je n'y avais pas songé.

— Je le sais, moi, poursuivit-il en souriant. Son père l'a dit à notre supérieur... tenez, le voici 1 — Et il me remit une carte.

Deux jours après, j'étais parti. Un des musiciens auxquels le Père Anthelme m'avait adressé, — il était chef d'orchestre au théâtre de Carlsrhue, — m'accueillit d'une façon si cordiale, que je lui confiai mes perplexités, mon rêve, ma folie...

— A votre place, me dit-il, je sais bien ce que je ferais... Au lieu de courir de ville en ville, j'irais

70 SOUVENIRS D^UN YIÊUX MfiLOMANB

à Paris tout droit, et je tâcherais d'entrer h l'orchestre de rOpéra. Tôt ou tard, cette jeune cantatrice ira s'y faire entendre. C'est un aimant irrésistible, et nos artistes ne se croient sûrs de leur talent et de leur succès, que lorsque le public parisien a ratiflé les suffrages de l'Europe.

Je suivis ce conseil. Accueilli par Habeneck, je n'attendis pas plus de six mois la place de premier alto... Hélas I j'ai attendu huit ans la voix ineffable qui s'était emparée de mon âme et avait bouleversé ma destinée. Et avyourd'hui, je suis plus malheure.ux que si je l'avais perdue à tout jamais I...

— Pourquoi?

— Ne l'avez-vous pas deviné? Parce qpie c'est Elle qui a chanté hier soir, et que, justement froissée de cet accueil incroyable, eUe repart ce matin en déclarant que, lui offrirait-on des millions, efle ne reviendra jamais à Paris...

— Et vous?

— Moi, je retourne à mon couvent, que je n'aurais pas dû quitter... Ce monde est trop méchant I... Ces prétendus connaisseurs sont trop dominés par des intérêts vulgaires, par de mauvaises passions! Ces reines de théâtre sont trop jalouses I... Rien n'existe plus pour moi ailleurs que dans le sanctuaire... Avant un an, Chrétien

Urhan, — l'alto du bon dieu, comme m'appelaieni CCS mécréants, — ne sera plus que le Frère Guillaume. Encore une poignée de mains, et adieu I

Il sortait; je le retins. — Et le nom de votre cantatrice? lui dis-je.

— Le voici; ne l'oubliez pas; il sera biontôt, pour les dilettantes parisiens, synonyme de r^fr:^ot, de honte et de remords... Elle seooaimoJ^A-.wLrND.

En 184..., je passai l'hiver à Paris, après une assez longue absence. J'y retrouvai bon nombre de mes camarades de collège avec un plaisir qui devait bientôt se changer en tristesse à mesure que la fuite des années ou les hasards de la vie créaient dans nos rangs un vide ou m'apprenaient un naufrage. Quel feu croisé de questions et de réponses, quand nous nous rencontrions sur lé boulevard ou lorsque nous nous donnions rendez-vous chez Véfour pour aller, de là, applaudir mademoiselle

Rachel dans Andromaque ou mademoiselle Plessy

dans Une Chaîne!.:, — « Moi, disait Paul, je suis auditeur au conseil d'État, » — et il ajoutait, dans ce latin que nous n'avions pas encore perdu: « Semper ego audttor tantum ?... » — « Moi, disait Maurice, je suis avocat, et je n'attends que des causes pour produire beaucoup d'effet. » — « Moi, répliquait Antonin, je suis lieutenant aux chasseurs d'Afrique, » — et il entr' ouvrait négligemment son paletot pour laisser voir le petit bout de ruban rouge. — « Moi, disait, George, j'cd eu deux tableaux reçus à la dernière exposition. » — « Moi, répondait Théophile, je suis attaché au ministère des affaires étrangères, en attendant une ambassade. » — « Moi, criait Jacques, je suis souspréfet dans le département de la Haute-Sarthe. » — « Et moi, disais-je, je ne suis rien. » — Et j'aurais pu ajouter trente ans plus tard : « Pas même académicien I »

Un soir, entre chien et loup, je me croisai, place du Carrousel, avec un passant à peu près de mon âge, en qui je crus reconnaître Marcel, mon copm du collège Saint-Louis, mon inséparable dans la grande allée du Luxembourg, celui de tous mes camarades qui m'avait inspiré la plus sérieuse synipathie. H marchait fort vite, le visage à demi caché dans un vaste foulard, en homme qui ne désire

LA BONNE FËE 75

ni s'arrêter, ni être reconnu. Pourtant, je voulus en avoir le cœur net, et je murmurai : « Marcel I Marcell » au moment où mon pardessus frôla le sien. Je ne m'étais pas trompé. En entendant son nom, Marcel se retourna, et j'eus peine à retenir un cri de douloureuse surprise. A la pâle "clarté d'un réverbère, je pus constater le ravage qui menaçait de faire de ce jeune homme un vieillard. Son visage avait une incroyable expression de détresse et d'angoisse. Ses yeux cernés, rougis, fatigués, semblaient gonflés de larmes? Sa taille élégante s'était courbée, comme sous un poids invisible. Sa [mise délabrée accusait ou des habitudes de désordre ou une crise de dénûment. Je surprenais dans ses regards, à mesure qu'il rassemblait ses souvenirs, un poignant mélange d'affection, de désespoir et de mauvaise honte. Il fallait brusquer la situation.

— « Marcel, mon bon Marcel l lui dis-je en pressant ses mains dans les miennes, sois sincère avec ton vieux camarade... tu as un grand chagrin?... »

Il hésita un moment ; puis, se jetant dans mes bras : — « Oh I mon ami, me dit-il d'une voix tremblante ! je suis bien malheureux l »

Les sanglots le suffoquaient. Quand je le vis un peu plus calme, j'obtins de son amitié qu'il me raconterait son histoire ; elle n'avait rien de bien

extraordinaire. Paris consomme tous les jours des centaines de ces feuilletons inconnus qui commencent dans un palais enchanté et finissent dans une mansarde. Marcel était orphelin, et n'avait jamais été riche ; après ses premières études de droit, une vocation invincible l'avait poussé vers la littérature. On sait, hélas I ce que le noviciat littéraire est pour les débutants sans argent et sans appui. — « Surnuméraires, c'est-à-dire sans numéraire 1 » — Pour comble d'infortune, Marcel s'était marié ; il avait épousé la fille d'un artiste encore plus pauvre que lui. Se croyant sûr de réussir au théâtre, il avait écrit une comédie en cinq actes pour payer le repas de noces et, une année après, les dragées de baptême. Le repas mangé, l'enfant baptisé, la comédie s'était changée pour lui en , drame sans dénouement. Dès lors, Marcel n'avait cessé de se débattre contre des mécomptes de toutes sortes et une misère toujours croissante, donnant par-ci par-là quelques leçons médiocrement payées, portant aux journaux des articles froidement reçus, condamné à toutes les tortures de la salle d'attente. Une seconde pièce, conçue et écrite dans l'angoisse et dans la fièvre, pouvait le sauver si elle était jouée. Mais, même en admettant la chance la plus favorable, comment vivre jusqu'à

la première représentation? Pour le moment, Marcel devait trois termes ; son propriétaire menaçait de faire saisir son modeste mobilier. La plupart de ses nippes étaient au Mont-de-Piété. Sa femme, brave et vaillante créature, vaincue par les privations et le chagrin, avait fini par tomber malade...

Ici la voix lui manqua ; je m'emparai de nouveau de ses mains, et je lui dis avec une émotion qui excluait tout idée d'offense : -

— « Voyons, mon ami I pour aller au plus pressé et te tirer provisoirement d'embarras, combien te faudrait-il ?

— Oh I une somme énorme, me répondit Marcel après deux minutes de réflexion ; trois mille francs I »

Je souris tristement ; la veille, j'avais rencontré Lionel de R..., le plus élégant de nos anciens camarades ; il m'avait dit en confidence qu'il venait de donner à Adèle B..., célèbre demi-mondaine de ce temps-là, un coupé de Clochez, avec un attelage de cinq cents louis.

— Trois mille francs ! dis-je ; certainement, c'est une somme... Néanmoins, il ne serait peut-être pas impossible... Marcel, as-tu confiance en moi?

— Oui I pourvu que tu ne m'offres pas de me prô-

ter un argent que je ne pourrais, très-probablement, jamais te rendre.

— Ceci est mon afifaire... combien as-tu encore de jours devant toi avant de tomber sous la grifTe de ton terrible Vautour?

— Trois jours.

— Eh bien, après-demain vendredi, veux-tu te trouver au Luxembourg, dans l'allée où nous avons lu ensemble, pour la première fois, les Feuilles d'automne ?

— J'y serai.

J'avais mon idée ; on va voir qu'elle n'était pas bonne.

Je rentrai chez moi, et je comptai mes fonds. Je possédais, en tout, 1, 466 francs 75 centimes ; pas un sou de plus ; — et mon tailleur n'était pas payé. A cette époque, il n'y avait encore ni chemin de fer, ni télégraphie privée; il fallait sept ou huit jours pour la correspondance — aller et retour — de Paris à Avignon. D'ailleurs, mes parents croiraient-ils à la légende de l'ami de collège ayant tout à coup besoin de mille écus? Cet accès de camaraderie ne leur semblerait-il pas appartenir au genre légumineux et représenter une des nombreuses variantes de la carotte parisienne I Rien de possible de ce côté-là. Heureusement, j'avais sous les yeux un

aimable petit billet qui devait m'aidera combler le déficit.

« Nous t'attendons ce soir, me disait mon excellent cousin, le marquis de B..., je te promets une tasse de thé et une bouillotte... »

Une bouillotte I c'était le jeu à la mode sous le règne de Louis-Philippe, et je profite de l'occasion pour avouer une de mes faiblesses. J'avais la prétention de jouer admirablement ce jeu qui exige un sang-froid inaltérable, un masque impénétrable, une hardiesse imperturbable, une finesse indécRffirable ; en un mot, toutes les qualités qui me manquent. Dix ans de pénible expérience et d^ décavage périodique n'avaient pas réussi à me détromper. Quand j'avais un brelan, je tapotais sur le rebord de la table, en guise de piano, l'ouverture de Sémiramide. Naturellement, mes adversaires se tenaient pour avertis, et passaient avec trente-un et as. N'importe, mes illusions persistaient, et je me disais, ce jour-là, avec un aplomb digne d'un meilleur sort : « Mon talent et une bonne œuvre I Je vais faire des prodiges. Je me caverai de cinq cents francs ; j'en gagnerai quatre mille, et je sauverai Marcel I »

La première partie de la soirée parut justifier mes présomptueuses espérances. Au bout d'un£

heure, j'avais devant moi, en billets ou en or, les trois quarts de la somme que je m'étais fixée. Oa allait servir le thé ; nous avions adopté Tusage de jouer à la demi-heure. D ne nous restait plus que cinq minutes ; encore un coup heureux, et je pouvais faire ckarlemagne, sans que les perdants eussent le droit de se plaindre I A ce moment, je relevai mes cartes; j'avais un brelan de rois. Le coup fut trèsbien engagé. Seulement, j'aurais dû remarquer que, en dépit de l'ouverture de Sémiramïde, Prosper G..., un des joueurs, ne semblait pas disposé h passer; au contraire I D me relança de son tout; nous abattîmes. D avait un brelan d'as ! j'étais décavé I

Je pâlis, et ma figure exprima mon désappointement et mon chagrin avec une vivacité qui ne m'était pas habituelle. En me servant une tasse de thé, le bon marquis remarqua que ma main tremblait. D me prit à part, et me dit : « Je te croyais plus beau joueur... en définitive, tu ne perds que les vingt-cinq louis de ta première mise. Je t'ai vu perdre le double et le triple sans sourciller... Avais-tu, ce soir, quelque raisoû particulière pour désirer gagner ?... »

Entraîné par ma surexcitation nerveuse, je lui racontai tout. Il y eut, dans mon récit, l'accent d'une

émotion sincère. Bientôt le marquis fut aussi ému que moi : — « Console-toi I me dit-il; ton ami sera sauvé, et par des moyens plus doux qu'un brelan de rois... Ne sais-tu pas que îes rois s'en vont? M. Laine Ta dit à la tribune, et, dans trente ans, on le dira bien davantage... Reviens demain soir... habit noir, souliers vernis et cravate de satin. H n'y aura pas de table de bouillotte... Il y aura... autre chose... »

Je fus exact, le lendemain, à ce rendez-vous mystérieux. Je trouvai réunie dans le salon du marquis de B... la meilleure compagnie de Paris. Les femmes étaient en majorité, et rien de plus charmant que ces groupes en robe blanche ou rose, ces petits pieds battant sur le tapis la mesure d'une valse idéale, ces harmonies de corsage et de toilette, ces fronts inclinés sur des bouquets de madame Prévost, ces beaux yeux où brillait l'attente d'un innocent plaisir, ces épaules voilées ou trahies par des indiscrétions savantes. Je me demandais si ce serait un bal ou un concert, quand je vis entrer une femme très-simplement mise, autour de laquelle s'empressèrent les maîtres delà maison et les plus considérables de leurs invités. Elle n'était plus de la première jeunesse; mais elle possédait cette

jeunesse immortelle qui réside dans le suprême

82 SOUVENIRS D'UN VIEUX HfiLOMANB

accord des plus exquises facultés de Tâme avec les lignes du visage et Texpression de la physionomie. Intérieurement, je la comparai à une blanche fleur de nymphœa, douée du privilège de conserver sa fraîcheur en trempant ses racines dans une source invisible. J'ai su plus tard de quel nom s'appelait cette source.

Le marquis de B... lui dit 'quelques mots ; elle abaissa sur moi son doux regard, et je me sentis pénétré jusqu'au fond du cœur, comme si l'ange gardien de Marcel avait pris tout à coup une forme humaine, comme si un baume délicieux s'était subitement appliqué sur ma secrète blessure. Il se fit un grand silence; elle s'assit au piano, et elle chanta.

J'avais entendu, depuis Judith Pasta, toutes les plus illustres cantatrices d'une époque qui fut, quoi qu'on en dise, l'âge héroïque de la musique. Henriette Sontag m'avait livré dona Anna complète, telle que Mozart l'a rêvée. Madame Schrœder-Devrient m'avait promené avec elle dans la forêt romantique de Weber. Madame Malibran m'était apparue, au troisième acte d'OtellOj comme un merveilleux trait d'union entre le génie de Shakspeare et le génie de Rossini. La pauvre Comélie Falcon avait passé sur le théâtre

et venait de s'évanouir dans Tombre, emportanl les plus pathétiques secrets de la pieuse mission d'Alice, de l'amour coupable de Rachel, de l'ardente passion de Valentine. Julia Grisi m'avait ébloui des splendeurs de sa beauté sculpturale, relevées par les magnificences de sa voix au timbro d'or. Assurément, la femme assise au piano du marquis de B... et religieusement écoutée par ce brillant auditoire, ne me rendait pas ingrat envers ces incomparables artistes. Pourtant, elle me donnait une sensation nouvelle, plus suave peut-être et plus pure. C'était une âme qui chantait, et il me semblait que cette âme s'infiltrait peu à peu dans la mienne pour m'initier aux plus délicates nuances des mélodies qui s'exhalaient de ses lèvres. Schubert, aujourd'hui un peu démodé, était alors dans toute sa vogue. J'avais entendu, dans différents concerts, la Sérénade^ Y Ave Maria^ V Adieu, le Bot des Aulnes, ou plutôt je croyais les avoir entendus. Je ne les compris bien que ce soir-là. La noble cantatrice s'était si parfaitement approprié le mélancolique génie du maître, qu'on eût dit Schubert lui-mémô se révélant pour la première fois à un public parisien. Pour moi, j'avais si complètement perdu le sentiment de la réalité, que j'oubliai toutes ces élégances, ce salon ruisselant de lumière et

embaumé de fleurs, cette société d'élite, ces gracieux visages tour à tour charmés et attendris. Pendant deux heures, je vécus dans un monde idéal, entre Schubert et sa merveilleuse interprète. Je me séparais en pleurant d'une fiancée imaginaire. \J Adieu me coûtait de vraies larmes. La Serénade montait comme un feston de clématites jusqu'à la petite fenêtre de Gretchen. J'avais devant moi une belle copie de la Vierge de FoUgno^ de Raphaël. Je voyais cette figure céleste s'animer, rayonner, sourire au souffle de Y Ave Maria, Et le Roi des Aulnes I Je le regardais passant sous la feuillée; j'entendais le galop fantastique de son cheval, la plainte lugubre de son fils, le bruit sinistre du vent à travers les aulnes et les trembles. L'enchanteresse n'était pas au bout de ses miracles. Sollicitée, pressée de toutes parts, elle nous dit quelques-unes de ces romances que l'on traite à présent de niaiseries ou de platitudes, ce qui prouve que nous étions des imbéciles (je m'en suis toujours un peu douté) ; car elles nous ont fait pleurer. La Folle surtout, la Folle d'Albert Grisar...

Trala, la, lai... Quel est donc cet air?... \

Ah I oui^ je m*en souviens, Torchestre harmonieux. . ..

Au surplus, de ces pauvretés poétiques et musi-

LA BONNE FÊE 85

cales la cantatrice sut faire des chefs-d'œuvre de sensibilité, de tendresse et de grâce. — « Ah ! oui, la bonne fée I la bonne fée I Elle change les nèfles en diamants 1 » répétait un de mes voisins avec enthousiasme. C'était Halévy, l'auteur, jeune encore, de la Reine de Chypre et de la Juive,

Les forces de notre adorable charmeuse s'épuisèrent avant sa complaisance. Â la fin, quand elle se leva, brisée, mais toujours souriante, il y eut une explosion de bravos assez foudroyante pour prouver que les mains fines et gantées savent au besoin applaudir comme les battoirs démocratiques. Bientôt les applaudissements ne suffirent plus. L'ovation prit un caractère plus affectueux et plus intime ; les femmes les plus élégantes entouraient la cantatrice en la remerciant, les larmes aux yeux, du bonheur qu'elle venait de leur donner. Elles détachaient de leur bouquet une fleur et la priaient dé la garder en souvenir de cette soirée inoubliable. Les hommes s'inclinaient devant elle, et, par un mélange d'admiration passionnée et de respect, prouvaient qu'elle représentait à leurs yeux, nonseulement une 6u*tîste ravissante, mais une patricienne à la hauteur des plus grandes dames, une pieuse et infatigable bienfaitrice. Quand l'émotion fut un peu calmée, le marquis de B... demanda la

parole, et son speecA eut presque autant de succès que les mélodies de Schubert.

— « Mesdames et messieurs, dit-il, vous venez d'applaudir; maintenant, vous avez à pardonner; ce que je vous ai annoncé comme un concert était un piège. Chacune de ces romances si délicieusement chantées est une lettre de change tirée sur votre charité (vif mouvement d'approbation). » Il reprit :

— « Le hasard m'avait fait découvrir une de ces infortunes d'autant plus intéressantes qu'elles se cachent au lieu de tendre la main, et que l'on craint de les offenser en les secourant. Un homme de talent et de cœur, lauréat de l'Université, prédestiné peut-être à la célébrité, allait, faute de quelques milliers de francs, grossir le nombre des naufragés de Paris ; il allait sombrer dans ce gouffre immense dont le bord appartient à la misère et le fond* à la honte. Il aurait refusé une aumône. J'ai cru pouvoir concilier sa fierté et sa détresse en appelant à mon aide ^ Celle que l'on trouve toujours prête... (tonnerre d'applaudissements). Celle dont la voix a soulagé plus de souffrances, séché plus de larmes que l'or de dix millionnaires. On lui dira qu'un Ange a chanté à son bénéfice, et il ne refusera plus. A présent, c'est elle»

c'est la BONNE FÉE (nouvelle explosion de bravos), qui va se faire quêteuse ; son meilleur succès, sa meilleure récompense, sa meilleure joie dépendent de vous; je suis bien tranquille; vous compléterez son ouvrage... »

On ne le laissa pas achever; la charité eut son heure d'exaltation et d'enthousiasme comme le dilettantisme. Ce fut une traînée de poudre d'or. La quêteuse n'eut pas même à promener sa bourse de velours. Les louis et même les billets de banque afjDLu aient en foule, comme attirés par un mystérieux aimant. Il fallut empêcher deux ou trois de ces belles mélomanes de détacher les perles de leur collier ou de leur coiffure, pour les jeter aux

pieds de l'enchanteresse. Quand elle eut terminé sa récolte, elle me fit signe; je la suivis dans un petit boudoir attenant au salon. — « Tenez, me dit-elle en me présentant la bourse avec un angélique sourire, sauvez votre ami; ne comptez pas, et ne jouez plus I... »

Je comptai pourtant; il y avait le double de la somme nécessaire à mon pauvre Marcel pour sortir d'embarras et attendre des temps meilleurs...

Six mois après, revenu àl^ campagne, je reçus la lettre suivante :

« mon ami I non-seulement Elle m'a sauvé,

mais Elle m'a porté bonheur. Ma pièce, reçue à l'unanimité, est entrée en répétitions. Dujarrier m'a demandé un roman pour le feuilleton de la Presse ; j'ai un compte ouvert chez madame Porcher. Mes dettes sont payées ; mon Vautour n'a plus de griffes, ma femme est guérie, et mon petit Gaston vient à merveille. Maintenant, je t'en conjure, dis-moi le nom de la bonne fée I Dis-le moi, pour que ce nom soit sans cesse dans nos cœurs et sur nos lèvres, accompagné des vœux les plus sincères, des bénédictions les plus ardentes. Dis-le moi, afin que, chaque matin et chaque soir, nous puissions prier pour EUe!...

Page 1