ADRESSÉS AU GOUVERNEMENT PONTIFICAL
Mais quel mal a-t-il fait? Math. XXVII. 23.
Je ne trouve rien de criminel en cet homme. Luc. XX 111. 4.
Ils répondirent tous : Qu'il soit crucifié. Màth. XXYIII. 23.
En 1856, le congrès de Paris, déclarant au profit du Sultan a qu'aucune puissance n'avait le droit de s'immiscer, ni collectivement, ni individuellement dans les rapports d'un souverain avec ses sujets, » jugeait à propos de ftiire une exception pour les Etats pontificaux dont il proclamait, en Tabsence de tout représentant du Pape, la situation anormale et irrégulière.
Qu'avait donc de si extraordinaire cette situation ainsi publiquement blâmée? Qu'avaient à reprocher au gouvernement du Saint-Siège les ministres de la France et de
r Angleterre ? la question ne saurait s'adresser à monsieur de Yillamarina et à monsieur de Cavour. (4 ] Il faut bien des motife, lorsqu'il s agit d excuser les plus coupables entreprises. Quant aux délégués des autres puissances, ils avaient refusé de prendre part à la discussion... Le protestant Gibbon ne pensait sans doute pas de même que son compatriote lord Clarendon, lorsqu'il disait : « Si on calcule de sang froid les avantages et les défauts du gouvernement ecclésiastique, on peut le louer dans son état actuel, comme une administration douce, décente et paisible, qui n'a pas à craindre les dangers d une minorité ou la fougue d'un jeune prince ; qui n'est point minée par le luxe et
(1) Les plf^nipotentiaires Sardes ne prenaient même pas la peine de dissimuler. Le programme quUls voulaient imposer au Saint-Père « arracherait évidemment, disaient-ils, la puissance temporelle dans ses racines et la ferait tomber, en lui enlevant f<es principaux soutiens, » et là dessus un journal de Gènes de s'écrier : « La note du 27 mars est la plus solennelle manifestation de défiance donnée par les plénipotentiaires Sardes au gouvernement papal... C'est un cri solennel de réprobation contre le Pape, un programme de guerre 5 la papauté temporelle etfpirUuelle, »
qui est affranchie des malheurs de la guerre . » Voltaire aussi avait bien été obligé de reconnaître que : a les Romains d'aujourd'hui ne sont pas conquérants, mais quils sont heureux ! » Important aveu dans la bouche du philosophe incrédule , à moins que lui aussi, on ne Taceuse de bigotisme. Oui, les Romains sont heureux, et cela ne sau-^ rait être autrement, parce que « toute la joie, toute la gloire d'un Pape, c'est de gou* verner avec tant de sagesse et si paternelle* ment son peuple , qu'il en fasse pour tout.
Tunivers un sujet d'envie. Tandis que les a^utres princes sont empêchés souvent par leurs plaisirs de faire le bien de leurs peu-^ pies, il ne peut aimer ni les guerres, ni les conquêtes, la chasse, les spectales, les grands repas, les fêtes profanes et une vie d'oisivite, ce n'est pas ce qui lui convient, [i ) » Les reproches qu'on a coutume d'adresser an gouvernement Romain peuvent se résumer à trois ou quatre principaux , dont la mesure nous est suffisamment donnée par
(I) GlORDÀIfl.
le trop célèbre inémoradum de 1 831 et la non moins célèbre lettre de Napoléon III, [i) qui n'en est guère que la répétition .
Ces deux actes à jamais mémorables par leur étrangeté demandaient au Saint-Siège les concessions suivantes :
Amnistie générale ; — Sécularisation de Tadministration ; — Code Napoléon; -^ — Garde nationale; — Gouvernement libéral.
Nous allons voir à quoi se réduisent ces exigences, quand on les soumet à un simple examen :
Au mois d'août 1849, on vient d'un air menaçant supplier Pie IX d'étendre lamr mistie à tous ses sujets et on oublie qu'il y a deux ans à peine il inaugurait son règne par un acte spontané de miséricorde, par un pardon généreux et paternel dont n'étaient
exclus que deux catégories de coupables :
les ecclésiastiques , les of&ciers, les militaires, les employés du gouvernement qui avaient conspiré contre lui, et les condam-
(1) Lettire du président de la république à M>. le licule naut-colonel Edgard Ney, son aide- de-camp.
nés, les prévenus, les exilés qui seraient coupables d'ailleurs de délits ordinaires.
Pour les premiers, le Saint-Père se réservait de statuer sur leur sort, après avoir pris connaissance des documents qui les concernaient ; pour les seconds, il entendait que les lois en vigueur eussent leur pleine exécution. C'est donc une seconde amnistie que vous demandiez ,mais , vous le saviez bien , le cœur du Saint-Père n'avait pas besoin de vos inspirations pour la désirer plus ardemment que vous peut-être. Malgré de cruelles déceptions, (1) bien faites pour Ten éloigner, il n'attend qu'un moment favorable-, et ce moment il ne le juge pas plus tôt venu , qu'il signe y le 18 septembre 4849, un nou-
(1) Un des hommes amni$l.iés par Pie IX, en venant inelîner sa reconnaissance devant son trône, lui disait: a Saint- Père, je vous apporte cette tête que vous avez sauvée, elle est à vous, à la vie, à la mort. » Depuis, le nom de cet homme a figuré le premier au bas de Tacte de rassemblée constituante qui prononçait la déchéance de son bienfaiteur, a Non, disait le Saint-Père à ceux qui le prévenaient, il est impossible qu^un homme qui, dans Feffusion de la reconnaissance, est venu me tenir un pareil langage, soit capable de me trahir. » (Th. di là Rosière.)
veau décret de pardon. Il n*y eut cette foîâ encore que de rares exceptions pour les membres do gouvernement provisoire, ceax du triumvirat^ ceux de rassemblée constituante et les chefs des bandes qui avaient pris les armes contre leur souverain. Les premiers, au nombre de 200, les seconds ^ au nombre deSS^et, quelquesanoéesplustard, 60 d'entre eux , ayant obtenu la permission de rentrer, le chiffre total des exclus, dont il faut retrancher S4 étrangers aux Etats Romains, se bornait à 202 dont la plupart refusaient de foire leur soumission au Saint-Siège et s'exilaient volontairement, soit que pour des faits en dehors de la politique ils eussent à craindre la justice de leur pays, soit qu en exploitant la compassion du public à l'étranger ils eussent trouvé dans^ Texil même un moyen d'existence.
L'empereur Napoléon III qui a attendu jusqu'à Tannée dernière pour laisser rentrer en France des exilés illustres dont le crime n'était pas toujours d'avoir conspiré contre Iç gouvernement établi, mais d'avoir dé^^
fendu l'état de choses auquel ils avaient prêté serment, doit bien savoir aujourd'hui que les amnisties ne peuvent souvent pas être complètes, et qu'il y aurait parfois danger à ne pas choisir un moment opportun pour les accorder. (1)
Quant à la sécularisation, question tant de fois agitée , tant de fois réduite à sa Juste valeur par les faits et continuellement re«> mise sur le tapis, on ne saurait mieux y répondre que par des chiffres, et le tableau suivant, tracé par monseigneur Gerbet, dans sa brochure intitulée la Question Uatienne, doit paraître suffisamment éloquent.
(1) Il ne saurait ignorer non plus qu*il existe en France une loi dite de sûreté publique, sous le coup de laquelle peuvent tomber des milliers de gens. « Certains délits de presse, le fait si fréquent d'une rébellion quelconque envers les agents les plus humbles de la force publique, entraînent cette terrible conséquence, et Tirrogne qui s*est battu avec un agent de ville, et qui a fait ses huit jours de prison, peut se voir à Texpiration de sa peine déporté, banni ou interné, sans avoir légalement le droit de se plaindre. Que Ton prodigue ou non ces terribles peines à la suite de condamnations légères, ce pouvoir immense n^en existe pas moins parmi nous. » (La lettre au sénat du comte D'Hàvssonville.)
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Parmi les S78 ecclésiastiques employés au ministère de Tintérieur sont compris 179 chapelains et aumôniers, que Ion peut retrancher du chiffre total, reste donc 124 ecclésiastiques contre 6,854 laïques. Que désire*t-on de plus, grand Dieu? la suppression du Pape et des cardinaux, cela ne fait aucun doute. Saurait-on empêcher que dans une monarchie militaire, comme la Russie par exemple, les plus hautes charges de l'Etat fussent occupées par des maréchaux, des généraux, des officiers supérieurs? Pourquoi prétendrait-on davantage exclure du gouvernement, tout F élément prêtre, dans une monarchie essentiellement cléricale?
Et, en somme, le ministre qui porte la croix sur la poitrine n'est-il pas fait pour inspirer tout autant de confiance et de sécurité que celui qui traîne un grand sabre pendu à sa ceinture?
Pourquoi, enfin, quand tout le monde aujourd'hui , à quelque classe qu'il appartienne, peut aspirer à prendre part au gouvernement de son pays, voudrait-on refuser ce
droit aux prêtres seuls, et par la seule raisou qu'ils sont prêtres ? On a cru naguère, avoir obtenu un grand résultat, en France, en sécularisant Finstruction, en confiant exclusivement les enfants à des mains laïques.
Qu en est-il résulté? le public a bientôt fait justice de cette mesure illibérale, et non sans de sérieuses raisons on lui voit préférer les maisons religieuses aux lycées, aux collèges et aux écoles primaires.
Parce que les Etats Romains ne jouissent pas des avantages du Cbde Napoléon, dont bien d'autres pays savent se passer, est-ce à dire pour cela qu'ils soient soumis à lin-^ certitude des lotSj à l'arbitraire et aux longueurs des jugements? Qui se chargera d'adresser ce reproche si peu fondé? Est-ce l'Angleterre? elle qui serait fort en peine, je pense, de montrer un recueil de lois, et où les procès sont tellement interminables qu'on hésite à recourir à la justice ?
Outre les règlements (4) qui constituent
(t) Ces règlements contiennent des dispositions que les jurisconsultes sont obligés de reconnaître mieux établies et
le Gode du commerce, le même à peu près que le nôtre, le Code pénal et le Code crimind, la l^islation dans les Etats du Saint- Siège repose toat entière sur le vieux droit Ronmin. Sauf ce qui touche exclusivement au divorce aboli chez nous et au mariage civil qu'on ne saurait obliger le chef de la religion à reconnaître seul valable au mépris du mariage religieux, en quoi le Code Napoléon diffi^re-t-il donc tant du droit civil que la Rome des Papes a emprunté à la Rome des empereurs? « Les plus savants, quand ils en parlent «semblent les confondre avec nos Codes de procédure civile et d'instruction criminelle. (1) »
plus claires que dans d'autres pays et même chez nous. (Voir r Annuaire deê Deux Mondes, t. V. iS54-i85S, page 2S3.)
(i) Le Comte de Moktalkmbkrt. « Le Code Napoléon à Rome! est un mot a effet, que Ton exploite suivant la théorie de Mazxini qui écriTait à un de ses amis : « Il «st des mots qu'il faut souvent répéter au puplic : liberté, droits de Thomme, progrès, égalité, fraternité, voilà ce que le peuple comprendra, surtout quand on lui opposera les mots de despolisme. privilèges, tyrannie, esclavage, etc.. » Mazzini achevait sa lettre en disant à propos
Restent deux autres vœux, l'un qu'il serait difficile de prendre au sérieux, exprimé dans le mémorandum de 1 831 et demandant au Souverain Pontife rétablissement chez lui d'une garde nationale ; Tautre, renouvelé dans la lettre du président, demandant un
gouvernement libéral.
Au premier de ces vœux, présenté par l'intermédiaire de sir Hamilton Seymour, le cardinal Bernetti répondit : t< Sa Sainteté n'est pas encore complètement édifiée sur les avantages ou les inconvénients qu'offre cette institution civico-militaire. Le bien et le mal se balancent, et lorsque le gouvernement anglais en aura fait lui-même l'expérience à Londres, pendant 15 ou 20 années, le Saint-Père alors pourra adopter cette mesure que la Grande-Bretagne propose toujours aux autres et ne semble jamais vouloir accepter pour elle. »
Quant au second, on a tout lieu dé croire que, si le président de la république fraudes jésuites : « L'çdieux de ce nom est déjà une puissance pour les sociaUstes, servez -vous en. »
çâise a jugé devoir sen faire Torgane, l'empereur Napoléon IH n'eût pas insisté.
A quelques années d'intervalle, la fameuse brochure, le Pape et le Congrès^ renchérissant sur les deux actes diplomatiques dont nous venons de parler, signalait bien d'autres vicçs à faire disparaître dans le gouvernement des Etats pontificaux.
L'auteur anonyme reprochait surtout à ce gouvernement de ne maintenir Tordre qu'à laide de bayonnettes — et .de bayonnettes ^étrangères.
Il terminait en demandant :
1 ° La représentation de tous les intérêts du pays, dans une consulte d'Etat, appelée à délibérer sur toutes les lois, et à voter le budget ;
ST* Un contrôle efficace des dépenses locales, par des conseils provinciaux recevant leur délégation des conseils municipaux;
3° La perception régulière des revenus publics par l'organisation du recouvrement de rimpôt, telle qu'elle existe en France;
4° Enfin pour mettre le comble à l'im-
— lOi —
pertinence, il osait conseiller au Satni- Père, à Pie IX, (emploi éclair i et paternel de la clémence pour réconcilier toutes les classes, toutes les opinions.
Estril possible, dans le siècle oh nous vivons, de reprocher à un gouvernement le besoin d'une armée pour maintenir Tordre chez lui? Quel est le pays dans lequel Tordre ne sera pas troublé, le jour où il congédiera ses soldats ? Quel est le souverain qui oserait se vanter de pouvoir conserver sa couronne une heure sans les bayonnettes dont il s entoure ?
Il n'en existe malheureusement pas un seul ; la condition du Saint-Père n est donc en rien plus anormale que celles des autres monarques.
Mais il est obligé d'avoir recours à une force étrangère : — C'est vrai, et c'est là une des conséquences de cet ancien et scru* puleux respect des Souverains Pontifes pour la liberté de leurs sujets, respect tel qu'ils n'ont jamais voulu faire peser sur eux l'impôt du sang. Quand presque partout ou a re-
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cours au système de la conscription ou du service forcé, ils n'ont, eux, que \e& engagements volontaires, triste moven de recrute* ment dans un pays dltaliens.
On se récrie coirfre roccupation étrangère. Mais cette occupation n'est nécessaire que parce que Rotne est en butte aux menées de tous les révolutionnaires de TËurope, auxquels elle a toujours servi de point de mire, soit qu'ils se sentent attirés par sa faiblesse, soit qu'ils comprennent bien que la papauté est la clef de voûte de la société qu'ils voudraient détruire. En protégeant Rome, c'est la société entière que défendent les troupes de la France.
Aujourd'hui que les rangs des. ^anemiâ de Rome se sont grossis de puissantes r^ crues, aujourd'hui que des princes alliés aux révolutionnaires confirent contre elle avec toutes les forces dont ils disposent, comment pourrait-elle soutenir la lutte?
Mais que Ton cesse de déchaîner contre elle toutes sortes de fureurs ; que l'on cesse d'envoyer des incendiaires mettre le feu
dans ses provinces, que les princes, revenus au respect quiis lui doivent, renoncent à leurs attaques lâches et parricides, et bientôt assurément elle arrivera à sut&re ellemême à sa propre défense.
Ce problème du resie, quhier encore vous jugiez peut-être insoluble, vient déjà de recevoir une éclatante solution : Grâce à rintelligente activité d'une des gloires de nos champs de bataille, cette armée, que vous demandiez, s'était formée malgré les entraves de toute nature opposées à son chef, malgré les injures et les railleries dont son nom n'avait pas suffi pour le garantir, et loin d'applaudir à ce merveilleux résultat qui semblait devoir combler tous vos souhaits, à peine cette petite troupe de braves était-elle organisée que vous la laissez lâchement écraser dans le plus abominable de tous les guet-apens !
Quant à la consulte d'Etat et au contrôle des dépenses locales par des conseils provinciaux, Pie IX n'avait pas attendu vos avis ; ces institutions datent du lendemain
de son avènement, et la loi du 24 octobre 4850, en augmentant les attributions de la consulted'Etat , lui avait donné quelque analogie avec le corps législatif sous le régime impérial; celle du 24 novembre 1850 accorde aux institutions municipales une extension qu'elles n'ont guère dans aucun pays.
Vous demandez la perception régulière des revenus publics, telle qu'elle existe en France, et à cela on vous répond que le mode de recouvrement des impôts dans les Etats Romains est tout au moins aussi économique qu'en France, et qu'il n'y a par conséquent pas nécessité à le modifier. Là encore ce sont des chiffres qui parlent : Les frais de perception dans les Etats du Saint- Siège sont évalués à :
20 pour cent, pour l'administration des postes, y compris les dépenses extraordinaires ;
19 pour cent, pour l'administration des douanes ;
4 pour cent, pour la direction des propriétés camérales ;
9 pour cent, pour lelimbfe et Fenre^L^
I rement ;
12 pour cent, pour les loteries: ce qui
i'Âfîiduii à une moyenne de 4 4 pour cent.
(Hi donc est Tabus ?
D(; ces plaintes, dont la France s*esl tit^ nialheureusement £adte loi^ane, il serait curieiix de rapprocher le rapport, adressé le 4 4 mai 1 856, au cabinet des Tuileries, par M. le œmte de Rayneval, notre ambassadeur à Rome. (1)
Va*, document officiel (2) qui n a reçu aucune publicité repousse énergiquement tou- U^ les accusations, toutes les attaques dirig<V»s contre le Saint-Siège, et en démcmire la fausseté avec une saisissante surabondance de preuves; il compare la diflFérenoe du
(i) H. le comte de Rayneval aTaitdéjà été à Rome comme Mcrétaire d'ambassade sous Louis-Philippe, et comme ministre plénipotentiaire sous la république.
(2) Dans cette pièce, M. de Rayneval fait justice des prétentions du Piémont: « Le démembrement proposé par M. de Cavour, am^nerait, dit-ii, la ruine de la papauté, la snliftlartion de ses ennemis, et jetterait TEiirOpe en proie Rux plus redoutables agitations, u
chiffre d'nnpôts payés annuellemeot par un Komain et par un Français. Cette différence est de 2S à '45. (1) 11 dit oommeiit, sans laide d aucune surtaxe, Pie IX a réussi en quelques années à combla TénorBie déficit i«^^ par la révolution (â) et à rembourser 7,^0,000 de scudi d'assignats émis par ello. Si le gouvernement français refusait de i'en rapporter à son ambassadeur, oii df.^hc allait-il puiser ses renseignements?
KtJii^ce au cabinet de Londres ou à la l^a* i i^jn du Piémont ?
(i) La dépense de U maison du Saint -Père ne s^ëlëve pas à 100,000 fr., et sa dépense personnelle n'absorbe pas le quart de cette somme.
LMmpôt personnel, Timpôt mobilier, Timpôt des portes et fenêtres n'existent pas; celui des patentes est d'un quart moins élevé qu'en France.
Les droits de mutations ne sont que de 2 pour cent pour les ventes, et de 1 pour cent pour les échanges.
Les successions de frères et de sœurs ne sont taxées qu'à 2 pour cent, au lieu de 7 chez nous.
Les successions directes sont exemples de tout droit ; le fils ne paie pas pour hériter de son père. * (2) Jamais les Etats pontificaux n'ont joui de que Iques années consécutives de tranquillité, sans qu'il y ait eu excédant dans le budget Les révolutions seules ont pu y causer des déficits.
Par nature, sécrie-l-on à tout propos, sans prendre aucun souci de rechercher la vérité, le gouvernement ecclésiastique est opposé au progrès. . . Et c'est ce gouvernement tant et si injustement attaqué qui, depuis des siècles , a protégé , encouragé Tétude de l'antiquité païenne , dont les chefs-d'œuvre ont été réunis par les Souverains Pontifes dans d'incomparables monuments. (1) C'est lui qui a fondé des universités célèbres, ne le cédant en rien à celles des pays voisins, et a cherché à populariser l'instruction en même temps qu'il s'efforçait d'en élever le niveau. Pour une population de 3 millions d'âmes, les Etats pontificaux renferment sept universités pourvues de toutes les facultés. « Celle de Rome possède 50 chaires, celle de Bologne 40.
Elles sont fréquentées par 1 ,700 élèves ; le
(1) Il n'est pas jusqu'à cette gloire dont on n'ait essayé de faire un crime au pontificat. J'ai entendu à Rome un Anglais se révolter à l'idée que l'on trouvait près des palais des Papes les nudités de la statuaire antique et de la peinture moderne.
droit et la médecine en comptent chacun environ 700. C'est, relativement aux populations, deux fois plus quen France. (1) »
Plus de 1 ,000 élèves reçoivent gratuitement l'instruction classique au collège Romain, et dans la campagne des communautés savantes mettent ces études à la portée de tout le monde.
Il y a à Rome seulement plus de 600 écoles primaires, fréquentées par 23,000 enfants des deux sexes. (2)
L'agriculture, objet de la constante préoccupation des Papes, a toujours reçu d'eux de puissants encouragements, et Pie IX n*a pas moins fait pour elle que ses prédécesseurs. L'affranchissement des pâturages et les travaux de dessèchement des marais d'Asti et des vallées du Ferrarais peuvent être rangés parmi les gloires de son règne.
Pie IX a fait autant pour l'industrie et
(I) M. Sauzbt, diaprés la statisliquc publiée en 1853. (â) C'est à Rome que revient Tiniliativc des écoles du soir.
pour le commerce que pour l'agriculture ; il a institué des primes, des récompenses, organisé des expositions qu'il visitait luimOme. « De grands ateliers se sont élevés dans Rome , et la production de la soie comme le nombre et la renommée des filatures se sont rapidement accrus dans les Marches et dans les Légations. La marine marchande a reçu aussi une vigoureuse impulsion et en quo^iues années son importance a doublé ; enfin un réseau de chemins de fer en exploitation ou en voie d'exécution s'étend déjà sur les Etats Romains. (1) »
(1) M. Sauibt. {Borne devant l'Europe,)
Nulle part il n'a été plus fait pour soulager la misère que dans les Etats pontificaux.
Rome possède plus de 20 hôpitaux et 60 institutions de bienfaisance, pour une population de 180,000 âmes, elle a 4, ({00 lits affectés aux malades. Pour une population de 2 millions, Paris n*cn a que 8,000 et Londres, avec ses 3 mi'lions d'habitants en a & peine 6.000.
Chaque commune possède un instituteur, un médecin et un chirurgien gratuits. Pour donner une idée de la sollicitude du Saint-Siège envers ses sujets, faut-il dire que pendant l'hiver de 18S>3-i85i le ministère des travaux publics u dépensé la somme de i33,.988 scydi dans la seule pi-ovrace
Quand donc a-t-on vu lo dogme enchaîner la loi ?
Quand a-t-on vu la tradition étouffer le patriotisme, et la foi, arrêtant l'élan des peuples, les condamner à l'immobilité? Le dogme, la foi, la tradition n'enchaînent que les consciences, mais en ce sens qu'ils entretiennent chez elles l'amour de la justice , de la morale, de l'humanité, et les éloignent sans cesse du mensonge et de la spoliation qui jouent malheureusement un grand rôle de nos jours dans les gouvernements sécu^ liers.
Si on appelle rester en arrière, ne pas participer à la dissolution morale de son époque, ne pas s'abaisser à son niveau,
de Ferrare pour procurer aux malheureux un travail qui les mit â Tabri de la disette ; et encore aujourd'hui plus de 6,000 ouvriers sont employés à déblayer les thermes de Caracalla et la voie Latine déjà plusieurs fois fouillés. Ils reçoivent 2 ou 3 panls par jour dans ces sortes d'ateliers nationaux qui présentent le plus triste et le plus dégoûtant de tous les spectacles. Drapés dans leur manteau en guenille, les uns sont étendus au soleil, les autres jouent au loto';en somme j^ai acquis la conviction qu'en moyenne ils né remuaient pas chacun 0,S0 cubes de terre dans leur journée.
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heureux les peuples qui seraient les derniers dans cette voie fatale.
Les Papes seraient-ils trop vertueux pour réussir comme souverains, les cardinaux trop honnôtes pour être bons ministres?
Remontez, en partant de nos jours, la liste des Souverains Pontifes, et comparez-la à celle des souverains de tous les pays. De quel côté rencontrez-vous plus de garanties ? de quel côté Thistoire est-elle obligée de reconnaître plus d'intelligence, plus de science et de talents, joints à plus de vertus?
Tandis que les rois trouvent une couronne en naissant , les Papes n'arrivent à la souveraine puissance que par leur mérite, et c'est là une des plus pures gloires de la papauté, institution essentiellement démocratique et qui, en allant puiser sa force dans le principe de Tégalité la plus absolue, décèle bien sa provenance toute divine. (1)
(1) Admirable institution qui va à tous moments puiser dans la foule Thomme le plus obscur pour Télever au faite de la puissance, par une combinaison unique dans sa personne du double principe de Tautorité et de Félection...
(M. Thi'riot de la Rosiàas. Discours à rassemblée.)
« Cette théocratie véritablement égalilaire, n'admet pas de distinction autre que le talent ; passant à pieds joints sur la noblesse d'origine ou sur les privilèges de naissance, elle ne reconnaît pas de plus incontestable supériorité que celle de la vertu, L'Eglise lient ses portes ouvertes à deux battants devant le génie ou la science. Et qui peut savoir dans quel coin de Tltalie erre l'enfant ou le jeune homme qui sera le Pontife futur? Comme Grégoire VII, vit-il dans le modeste atelier de son père ? Comme Pie V, vague-t-il sur une route avant d'être receuilli par la charité de quelques moines?
Comme Sixte-Quint, garde-t-il les troupeaux?
« Comme Paul V, se forme-t-il à ïa grandeur dans une famille de bourgeois ? Comme Clément XIV ou Grégoire XVI, est-il enseveli dans l'ombre d'un cloître ? Comme Léon X, attend-il sous le dais princier des Médicis que l'esprit de Dieu vienne le désigner aux suffrages de ses égaux du Sacré- CoUége? »
« Parcourez le davier de toutes les condi-
lions humaines, toutes peuvent offrir un Pontife. (1) »
Un tel gouvernement ne saurait être incompatible avec le bonheur des peuples, lui qui réunissant tous les avantages d une monarchie élective, sans en avoir aucun des inconvénients, se trouve naturellement à l'abri des funestes conséquences qui peuvent résulter quelquefois du système héréditaire, et n*a pas à redouter, comme tous les autres, le poignard des assassins ! Qu* un Pape vienne à succomber, et aussitôt le cri de : Vive le Pape ! poussé par deux cents millions de catholiques, retentira dans tous les coins de Tunivers.
Le plus grand crime du pouvoir pontifical, c*est sa faiblesse matérielle. Chacun tient à lui lancer son coup de pied, sûr qu'il est de l'impunité, et c'est à des hérétiques qu'on est obligé quelquefois d'aller demander d'impartiales appréciations :
« Ce que nous voyons dansées Etats pon-
(i) M. Ghétinneau-Jolt. L'EgU R.,en face de la Rév.
tifîcaux, dit Mac-Farlane, nous prouve bien que les Papes prédécesseurs de Pie IX n'étaient ni encroûtés ni idiots, tels qu'on voudrait les peindre, et que son prédécesseur Grégoire XVI, qui laissa le pays dans une condition de prospérité (1 ) sans exemple , n était pas un tyran destructeur. » Quoi de plus concluant que ce loyal et franc témoignage delà part d'un Anglais, d'un Anglais protestant, d'un protestant appartenant à l'Eglise d'Ecosse !
Je ne veux pas terminer ce chapitre sans dire un. mot d'une affaire dont se sont emparés les ennemis du Saint-Siège, dont on a fait grand bruit partout, dans les journaux,
(1) Si r accroissement de la population dans un pays peut être considéré comme une preuve de sa prospérité, nous di* rons que de 1833 à 1853 la population des Etats Romains s'est augmentée de li pour cent, et celle de la France seulement de 7 pour cent.
Enfin la statistique de 1853 n'aUribue aux Etats de TEglise que 37,000 pauvres, dont 2,000 à la ville de Rome, ce qui fait à peine 1 sur 80. Paris en compte 1 sur 15, et la ville de Londres, huit fois plus à elle seule que tous les Etats de rEglise. '
dans les brochures et jusque sur la scène d'un de nos théâtres : L'histoire du jeune Mortara.
Si quelqu'un ignorait encore aujouitl'bui la tolérance dont les Souverains-Pontifes firent preuve en faveur des Juifs, il lui suffirait de lire le discours que M. Isaac-Samuel Avigdor, député des Alpes-Maritimes, prononça dans le grand sanhédrin des loifs, assemblé à Paris le 3Û octobre 1806, et dont voici quelques fragm^its :
« Les plus célèbres moralistes chrétiens ont défeodu les persécutions, professé la tolérance et prêché la charité fraternelle...
« C'est par suite de ces principes sacrés de morale que, dans différents temps, les Pontifes Romains cmt protégé et accueilli dans leurs Etats les Juifs persécutés et expulsés de diverses parties de TEurope. . .
« Vers le milieu du VIP siècle, saint Grégoire défendit les Juifs, et les protégea dans tout le monde chrétien .
« Au X^ siècle, les évoques d'Espagne opposèrent la plus grande énergie au jyeupte
qui voulait les massacrer. Le Pontife Alexandre II écrivit à ces évoques une lettre pleine de félicitations, pour la conduite sage qu'ils avaient tenue à ce sujet.
a Dans le X* siècle, les Juifs, en trèsgrand nombre dans les diocèses d'Uzès et deClermont, furent puissamment protégés par les évoques.
c< Saint Bernard les défendit, dans le XII* siècle, de la fureur des Croisés.
<K Innocent II et Alexandre III les protêt gèrent également.
a Dans le XIIP siècle, Grégoire IX les préserva, tant en Angleterre qu'en France et en Espagne, des grands malheurs dont on les menaçait ; il défendit, sous peine d'excommunication , de contraindre leur conscience et de troubler leur fêtes.
« Clément V fit plus que de les protéger : il leur facilita encore les moyens d'instruction.
« Clément VI leur accorda un asile à Avignon, alors qu'on les persécutait dans tout le reste de l'Europe.
« Vers le milieu du même siècle, Tévêque de Spire empêcha la libération que les débiteurs des Juifs réclamaient de force, sous le prétexte d usure si souvent renouvelé.
« Dans les siècles suivants, Nicolas II écrivit à rinquisition pour Tempécher de contraindre les Juifs à embrasser le chrisrtianisme.
« Clément XII calma l'inquiétude des pères de famille alarmés sur le sort de leurs enfants, qu'on arrachait souvent du sein de leurs propres mères.
«... Depuis dix-huit siècles, la circonstance où nous nous trouvons est la seule qui se soit présentée pour faire connaître les sentiments dont nos cœurs sont pénétrés . . .
« Empressons-nous donc, messieurs, de profiter de cette époque mémorable, et payons aux bienfaiteurs dlsraël le juste tribut de notre reconnaissance. »
Ces justes et touchants éloges peuvent s'adresser également à Pie IX ; on en trouve la preuve dans l'hymne de reconnaissance chanté en son honneur
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par le Grand-Rabbin des Juife, Moïse Israël Kassan, dans la synagogue du Ghetto, à Rome :
«... Nations, s'écrie le prêtre Israélite, bénissez le Seigneur ; que ses louanges remplissent le monde !
« Il règne un prince qui est le père le plus amoureux de ses peuples. Dieu qui a vu comment il répondait à ses admirables desseins, me Ta donné.
« Qu'on dise aux îles lointaines avec quelle gloire Pie IX gouverne, avec quelle justice il administre, de quelle nouvelle splendeur le monde brille par lui. Toi, ô Eternel, en formant un tel homme, tu as montré ce que tu peux.
« Il a ouvert les portes des prisons, et a rendu à la lumière ceux qui gémissaient dans les cachots !
« Les saints, ô mon Dieu, en ont été édifiés !
« Lorsque mon souverain parle, la bouchedes réprouvés se remplit de malédictions, parce que ses paroles proclament la justice divine.
(( II a montré sa pitié sublime pour un peuple abject et avili ; un peuple exilé, dispersé, persécuté; un peuple battu par Touragan , balotté par les flots furieux,
« A la face du monde, il l'a pris sou3 son aîle, il l'a arraché au mépris des nations ; mais que ce peuple apprenne aussi par ce qui lui arriva, quel ardent amour il doit nourir dans son cœur.
« Qu'il remplisse fidèlement ses devoirs de sujet, puisque Pie IX recueille indistinctement dans la même barque tous les enfants que Dieu lui a confiés. . . »
Par toute l'Italie, la reconnaissance des Juifs pour leur bienfaiteur ét^it telle, que vers la môme époque, l'un d'eux, négociant à Livourne, laissa par testament 30,000 écus romains au Saint-Père ; et, sur le refus de la famille de ce Juif d'accepter la renonciation faite en sa faveur par Pie IX, les 30,000 écus furent partagés entre les pauvres Israélites de Livourne et ceux du Ghetto. (1 )
(1) Les Juifs ont à Rome une synagogue et tout un quar-
Les Papes, non contents àe protéger la personne des Juife, avaient voulu proléger aussi leur liberté de conscience : dans le but de défendre les droits de la famiille contre le zèle des chrétiens, ils décidèrent qu'aucun enfant Juif ne pourrait être baptisé sans la volonté de ses parents ; et, pour rendre cette mesure plus efficace, ils défendirent entre les chrétiens et les Juife les rapports de maître à serviteur.
Malgré toutes ces précautions prises par le Saint-Siège, il pouvait arriver qu'un enfant Juif fût baptisé saas le consentement de son père et de sa mère. Quelles devaient être alors les conséquences forcées
lier duquel il ne leur est pourtant pas défendu de sortir pour habiter le reste de la ville, et il n'y a guère plus d'une douzaine d'années, lorsque le Saint-Père youlot arracher la V ^alheurewae popidation juive à rétat d'abjection et d» misère auquel elle se trouvait réduite, les Transteverins se soulevèrent pour attaquer le Ghetto les armes à la main. « Le Pape s'égare, s'éeriait-on, son eœur l'entraHie trop loin. Des Juife maudits ne sauraient devenir nos égaux! nous ne pouvons supporter qu'ils se mêlent à nous ! il faut les refouler dans leur quartier, les y poursuivre, etc., etc. Aux armes!...' »
de cette infraction à la loi. Une fois baptisé, l'enfant était chrétien, et, à moins qu'il n'abjurât de lui-même, ce qu'en tout cas il ne pouvait faire qu'à sa majorité, les traces du baptême étaient ineffaçables ; l'enfant devait naturellement être instruit dans sa religion. On ne pouvait exiger du Chef suprême du catholicisme qu'il laissât élever dans la religion juive un enfant catholique.
Voici précisément ce qui se présenta pour le jeune Mortara, et tel est le fond de cette terrible histoire. ^
U faut joindre à cela que celui qui en est le héros recevra par cela même une éducation à laquelle il ne lui eût guère été possible de prétendre, et enfin que si cet événement isolé et de la nature de ceux que les Papes se sont toujours efforcés de prévenir, n'eût été saisi avec un empressement avide par les ennemis du Saint-Siège, ravis de trouver une occasion de scandale, il n'aurait jamais eu tant d'éclat et de retentissement.
Ajoutons encore qu'il a soulevé bien plus de
fureurs parmi les prétendus catholiques que parmi les Juifs eux-mêmes.
N'est-il pas vraiment étrange de voir aujourd'hui le reproche d'intolérance (1) adressé aux Papes par les sectaires de Luther, de Calvin et de Henri VIII ?
« L'Evangile veut du sang ! » disait l'un des plus ardents d'entreux (2), et fidèle à cet atroce blasphème, Luther s'en allait prêchant partout le massacre des ecclésiastiques, excitant les princes allemands à exterminer les rebelles qui refusaient d'entendre sa voix, ordonnant qu'on tuât le Pape comme une bête féroce ainsi que les rois et les empereurs qui le défendraient. (3)
« Calvin renversait tout ce qu'il y avait de bon et d'honorable pour l'humanité, et
(1) La tolérance a été poussée à Rome jusqu'à permettre aux Anglais d^ élever un temple protestant ; et chaque ambassade a sa chapelle consacrée à la religion du pays qu'elle
représente.
(2) ZwiRGLB. (Ap', Eratme adfratres inier Oerm. t. IX.)
(3) Sleidan. L. V*. — ibid. 77. — Thèses publiées en i^4/0 et 15^5, qui se trouvent dans le 1*' toU des œuvres de Luther et dont parle Sleidan, livre XVI.
établissait le règne de l'intolérance la plus féroce, des superstitions les plus grossières et des dogmes les plus impies. (1)»
Henri VIII inaugurait en Angleterre la religion dont il se créait le chef, par des potences et des échafauds où coulait le sang des plus innocentes victimes.
Avaient-ils oublié, les journaux anglais, quand ils lançaient feu et flammes à propos du jeune Mortara, avaient-il oublié les lois pénales qui pesèrent sur l'Irlande jusque dans notre siècle? Ignoraient-ils FinÉerdiction dans ce malheureux pays^ des écoles catholiques, ce qui mettait le père de famille dans la nécessité de choisir « entre la désertion de son culte et l'ignorance de ses enfants? »
Ignoraient-ils aussi que, pour a^river plus sûrement au but^ la loi bannissait tous les catholiques faisant métier d'instituteurs, portait la peine de mort contre ceux qui
(i) Notices généalogiques de M. Galifpe. Historien prolestant de Genève. (Voir rAppendiee.)
tenteraient de rentrer dans leur patrie , et que cette même loi défendait, sous les peines les pi us sévères, aux riches catholiques d'envoyer leurs enfants chercher à l'étranger l'instruction qui leur était refusée chez eux?(1)
L'histoire navrante de toutes ces monstrueuses persécutions à froid, serait trop longue ; nous nous bornerons à renvoyer à l'intéressant ouvrage de M. Gustave de Beaumont qui a puisé ses renseignements dans le pays et aux sources mêmes. (2)
(1) On ne pouvait sans une permission spéciale embarquer SCS enfants, et les magistrats avaient le droit, chaque fois qu'ils soupçonnaient un catholique de s'être mis en contravention, d'exiger de lui qu'il leur représentât ses enfants.
(2) L'Irlande sociale, politique et religieuse» — (Voir l'Appendice.)
Au moment où nous mettons sous presse, les journaux anglais nous apportent les lamentables détails des scènes de désolation et de violence qui viennent de se passer dans les montagnes du Donégal,
Il y a quelques mois, le cadavre d'un M. Murray, agent de M. John Adair, riche propriétaire de Derryoeagh, fut trouvé au fond d'un précipice. Quels étaient les meurtriers? Y avait-il eu meurtre ou seulement accident? Voilà ce que la justice ne put parvenir à découvrir. Mais comme M. John Adair se sentait coupable de nombreuses exactions envers
ses tenanciers, et que dernièrement encore, il leur avait signifié (l'avoir à évacuer ses fermes qu'il voulait consolider^ suivant Teipression consacrée, il fit retomber sur eux toute la peine du crime.
Autorisé d'une sentence de la cour des PUnds-commura, il chargea deux cents hommes du corps des comptables de procéder aux évictions et aux démolitions qui durèrent trois jours : 8, 9 et iO avril. 36 pauvres cabanes furent démolies et leurs habitants, au nombre de plus de 200, dont 37 femmes et i21 enfants, furent jetés sur les chemins et dans les montagnes, — sans abri, — sans nourriture, — presque sans vêtements. La pluie tombait froide et serrée ; le Workhaute de Leherkenny était à 16 milles, et les habitants du voisinage avaient reçu ordre de ne pas donner asile aux malheureux expulsés: a The householders were warned not to harbour ihem.yt(Exirait du I/mdtmdetTy Standard journalproteslant.)
La polémique à laquelle l'éloquent discours de Mgr Dupanloup a donné lieu dans la presse anglaise et la presse française, vient de dévoiler un fait non moins triste, le procès de révêque de Tuam, Mgr Plunkett, appelé à répondre, devant la cour d'assises de Galway, de nombreuses persécutions contre ses tenanciers. Ceux-ci, au nombre de 18, viennent déposer qu'ils ont reçu leur congé pour avoir refusé d'envoyer leurs enfants aux écoles protestantes.
Pendant le cours des débats, l'évêque, sommé de se justifier, persiste dans un silence accablant ; enfin cédant de> vaut l'indignation des magistrats et les dispositions menaçantes du public, il promet « de ne plus s'immiscer dans la foi de ses tenanciers. » Mais à peine les plaignants ont-ils, sur la garantie de la promesse épiscopale, renoncé à leurs poursuites, à peine les assises sont-elles fermées, qu'il se livre tout entier à sa vengeance.
78 malheureux paysans sont jetés hors de leurs cabanes ; tantôt sur des fumiers, tantôt au milieu de la route. Femmes, enfants, vieillards, infirmes, malades, rien n'est épargné. lies soldats et la police se sentirent seuls émus de ce spectacle de dévastation sauvage ordonnée par un mmisire du taint
Il y a quelques jours, le premier ministre de la libérale Angleterre déclarait publiquement qu^un catholique sincère est incapable de remplir les fonctions d'archiviste. (Rép. de lord Palmcrston à lord Normanby. — Affaire TurnbuU.)