LES ATTAQUES
CONTRE LE POUVOIR PONTIFICAL ONT TOUJOURS ÉTÉ FUNESTES A LEURS AUTEURS.
Ils périront, mais vous, vous demeurerez. Tous, ils vieilliront comme un vêtement. Vous les changerez comme on change un habit usé, et ils feront place à d'autres ; mais vous, vous êtes toujours le même, et vos années ne passeront point. Les fils de vos serviteurs leur succéderont sur cette terre, et la postérité la plus reculée y sera régie par votre sceptre divin. (Ps. CI. v. 27. 29.)
« Sire , écrivait en 1 8 1 le comte de Maistre àTaïeul de Victor-Emmanuel, nous recevons en ce moment la nouvelle de la convocation du concile de Paris, avec la lettre menaçante de Napoléon qui a cassé la glace et menace ouvertement de déposer le Pape...
Il me paraît impossible que, d*un côté ou d'un autre, il ne s'élève pas quelque protestation sublime; quoiqu'il en soit, Votre
Majesté assiste avec nous à Tune des plus grandes expériences qui puissent avoir lieu sur ce sujet.
« Jamais aucun souverain n'a mis la main sur un Pape quelconque, et n*a pu se vanter ensuite d'un règne long et heureux. Henri IV a souffert tout ce que peut souffrir un homme et un prince. Son fils dénaturé mourut de la peste (1 ) à 40 ans , après un règne fort agité. Frédéric P' mourut à 38 ans dans le Cydnus. Frédéric II fut empoisonné par son fils, (2) après s'être vu déposé. Philippe-le-Bel mourut d'une chute de cheval à 47 ans (3) . Ma plume se refuse aux exemples moins anciens. Cela ne prouve rien, me dira-t-on. A la bonne heure : tout ce que je demande, c'est qu'il en arrive autant à un autre, quand même cela ne prou-
(1) Sans postérité.
(2) Manfred qui fut lui-même obligé de se précipiter au devant de la mort sur un champ de bataille.
(5) Louis de Bavière meurt tristement après de longues infortunes. Le roi Ladislas meurt d'une horrible maladie et abandonné de ses amis. Une balle inconnue fait tomber le connétable de Bourbon sous les murs de Rome.
verait rien, et c'est ce que nous verrons.
En attendant, Votre Majesté voit combien nous sommes malades, tous les principes sont attaqués à la fois; et qu'elle daigne m'en croire, les bons sont bons, mais personne n'est converti. »
Le grand persécuteur auquel J. de Maistre fait allusion, mourut loin de la France sur un rocher aride, prisonnier d'un peuple qui n'avait pas ajouté foi à ses protestations d'amitié. Son vaste empire s'écroulait derrière lui, laissant partout de sanglants souvenirs, et le titre pompeux de roi de Rome, dont il avait paré son unique rejeton, allait s'éteindre avec une existence débile, dans une sorte de captivité princiére.
« Les hommes peuvent bien charger le Pape d'injures, de même qu'ils ont craché au visage de son Maître ; ils peuvent l'humilier et l'outrager avec leurs soldats comme Hérode le fit à l'égard du Sauveur. Ils peuvent sacrifier ses droits aux exigences momentanées de leur propre lâcheté, de même quePilate sacrifia autrefois Notre-Seigneur . »
Mais Dieu réserve le triomphe de son Yi* caire. S'il lui laisse prendre le chemin de r^l, il lui indiquera celui du retour, et « s'il subit de nouvelles épreuves, c'est que Dieu lui prépare de nouvelles victoires. (1 )» La papauté ne meurt pas comme une dynastie peut mourir. De Victor-Emmanuel et de M. de Gavour, il ne restera plus que le souvenir d'un ambitieux prince sans intelligence, poussé par un sceptique audacieux et habile ; Napoléon III sera depuis longtemps oublié, ses initiales auront disparu du faite des monuments dont il a fortifié Paris; lÂngleterre aura vu sa marine dépassée, ses colonies révoltées et perdues, son influence diminuer avec sa puissance, qu'au haut du Quirinal et du Vatican , comme au sommet du fort Saint-Ange, flotteront encore les couleurs pontificales, brodées aux clefs de saint Pierre, et que le sceptre des successeurs de l'apôtre continuerad'étendresapuissancesur un nombre sans cesse croissant de sujets.
(1) Chantabl.
a Le ciel et la terre passeront, mais les paroles de Dieu ne passeront point, (1 ) et les portes de Tenfer ne prévaudront pas contre sonEglise.» Malheur donc à ceux qui s*attaquent à ce pouvoir. Malheur à eux, car ils s'attaquent à Dieu lui-même : qui vos contenmit me contemnit, qui vous méprise me méprise.
Lorsque Garibaldi, Tennemi juré de la royauté, las de servir un roi, jetteiia le masque qui lui pèse, et tendra la main à son ancien collègue et ami, Mazzini, le drapeau tricolore fera bientôt place au drapeau rouge qui non-seulement des rives du Tes- 8in,mais dupied des Âlpes,flottera jusqu'aux bords de l'Adriatique.
Victor-Emmanuel et ses complices, forcés de fuir devant le terrible fléau qu'ils n'ont pas craint de déchaîner, iront peut-être alors demander asile à Thospitalière Angleterre, et y prendre la place de ceux qui les auront chassés de leur propre pays ; puis,
{l)Ev. sel. S. Math., ch. XXIV. v. 55.
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lorsque les esprits se seront calmés, lorsque l'Italie en proie au feu révolutionnaire, se sera consumée d'elle-même; lorsque ses peuples auront compris enfin, après tant de sang versé, qu'une confédération, recevant du haut du Quirinal la bénédiction de son Chef naturel, le Souverain de Rome, est la seule réalisation possible de leur vieux rêve d'unité. . . le monde entier verra sans intérêt comme sans pitié le roi zouave allant reprendre sa couronne, franchir les provincesqu'il a abandonnées à tout jamais entre nos mains ; il verra ce prince de Savoie, ayant aliéné jusqu'à son nom, passer auprès du tombeau de ses ancêtres qu'il a expatriés, et rentrer dans ses Etats amoindris beaucoup plus petit monarque qu'auparavant, beaucoup moins fort, puisqu'il aura perdu la pépinière d'où il tirait ses meilleurs soldats ; et par suite, ce qui sera un gage de tranquillité pour l'Europe, beaucoup moins arrogant et moins dangereux pour ses voisins.