‹ Souvenirs d'un voyage à Rome: quelques mots sur la papautéChapitre 9 sur 13 · PRÉTENDUE INCOMPATIBILITÉ · texte numérisé non relu

PRÉTENDUE INCOMPATIBILITÉ

£NT&£ LE POUVOIR TEMPOREL DES PAPES ET LES PRÉCEPTES DE l'ÉVANGILB.

Et quiconque aura vaincu et persévéré... je lui donnerai puissance sur les nations,

Il les gouvernera avec un sceptre de' fer, et elles seront brisées comme un vase d^argile,

Selon que j*ai reçu moi-même ce pouvoir de mon père ; et je lui donnerai Tétoile du matin.

(Apocalypse de S. Jean, 26. 27. 28.)

Une des grandes objections opposées à la souveraineté temporelle des Papes, par ses adversaires aussi bien que par les ennemis du catholicisme lui-même, c'est la prétendue incompatibilité qui existerait entre cette puissance et l'esprit de l'Evangile.

Le Pape, père commun de tous les chrétiens, doit être; ne cesse-t-on de nous ré-

péter , l'arbitre de la paix et non de la guerre ; il ne peut et ne saurait sévir, il ne doit en aucun cas se trouver dans la nécessité d'appliquer la justice, même contre des voleurs et des assassins ; son rôle est de pardonner; il ne peut même pas se défendre, quand il est attaqué, mais tendre .la joue gauche, quand on lui a frappé la droite. . . et se borner peut-être à bénir les canons pointés <50ntre lui I

Lorsque le Christ, armé de cordes, chassait les vendeurs hors du temple, a hors de sa maison dont ils avaient fait une caverne de voleurs, » était-il lui aussi en désaccord avec lesprit évangélique ? Et s'est-on jamais avisé d'accuser «c un père qui châtie son enfattt, lonsquH a employé tous les moyens dedottcettr pour le réduire à robéissance ?(4 )>»

Pourquoi donc le Pape ne pourrait-il se servir du glaive pour une guerre juste ou pour sa propre défense? {2) Jésus-Christ n'a-

(1) M. DE SicuR.

(2) Vous accusez le Pape de sortir de son rôle pacifique, et c'est vous qui lui en faites une néce^ilé en lui opposant des

l-il pas dit à ses apôtres : « Ne pensez pas queje sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais Fépée. (1) » Pourquoi ne pourrait-il même, comme Moïse, punir les coupables de mort ?

La justice n'exclut pas la miséricorde :

Moïses erat vir mittsstmus super omnes ho-mines.

II faut en convenir, rien n'est plus vide que cette objection tirée de la prétendue incompatibilité des deux pouvoirs . Comment , en effet, celui qui règne sur la pensée, la volonté intérieure, la conscience des hommes, serait-il incapable de diriger leurs intérêts extérieurs, matériels, passagers? |]lomment celui qui est llnterprête de la justice, de la vérité, ne pourrait-il régler les rapports mondains suivant la justice et la vérité? (2) Par nature, par essence, la sou-

armées. Avant de vous arroger ce droit de critique, traitezle donc comme s^il avait deux cent mille hommes, suivant le mot de Bonaparte.

(1) Ev. sel. s. Mathieu, ch. X. v. 5i.

(2) Voir M. GuiiOT, Histoire de la Cimlisatioti»

— 8i — veraineté pontificale n'esl-elle pas au contraire celle qui ofifre le plus de garanties, la moins sujette aux caprices de la politique, et celui qui lexerce étant toujours vieux, célibataire et prêtre, cela n'exclut-il pas les 99 centièmes des erreurs et des passions qui troublent les Etats? (1)

La meilleure réfutation serait la longue nomenclature des Papes, souverains illustres dans l'ordre temporel, des prêtres grands ministres, tels que Léon-le-Grand, Gré-goire P% Grégoire VII, Jules II, Léon X, Sixte-Quint, Suger, d'Amboise, d'Ossat, Ximenés, Richelieu, Mazarin, Consalvi, etc.

Noé, Melchisédec, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, David, Judas Machabée, Jonathas, Simon, Elie, etc., etc., ne réunissaient-ils pas les deux pouvoirs ? Comme chefs de natiojïs, ils jugeaient et condamnaient leurs sujets; comme prêtres, ils oflfraient à Dieu des prières et des holocaustes; et, sans remonter si haut, les deux grands peuple^ schismatiques de l'Europe , les Russes et les

(1) J. DE. MaiSTIC.

Anglais, ne reconnaissent-ils pas lun et l'autre, dans leurs souverains, Tunion des deux pouvoirs?

Ceux qui se sont arrogé le droit d'expli-»

quer TEvangile suivant leurs besoins, et qui noni même pas hésité à en falsifier le texte, chaque fois que cela leur a paru nécessaire, ont prétendu aussi que le pouvoir temporel des Papes était incompatible, nonseulement avec Tesprit de l'Evangile, mais encore avec la lettre du livre-saint.

Jésus-Christ, s'écrient-ils, a dit lui-même que son royaume n'est pas de ce mondé :

Megnum meum non est de hoc mundo. Sans citer les nombreuses paroles divines qui prouvent bien que le sens de ces mois n'est en aucune fagon celui qu'on voudrait y attacher, voyons un peu ce qu'a de sérieux une semblable interprétation. Comment s'exprimait le Sauveur en présence de Pilate? Regnum meum non est de hoc mundo : « Mon royaume, ma royauté n'est pas de ce monde. » (Monde, dans le sens de société humaine, de siècle, sens dans lequel

il esl soaveni employé dans TEvangtle) (1 ).

Mon royaume je ne le liens pas de ce monde, des hcMnmes ; il ne m'est pas donné par ce monde, par les hommes. Cela ne saurait signifier que le royaume du Fils de Dieu n'est pas, ne doit pas être dans ce monde , pas plus que : Quia non 9uni de mundo^ sicut ei ego noti swn de mundo^ ne veut dire :

Parce que mes discifdes et moi nous ne sommes pas de ce monde, nous n'existons pas dans ce monde. Et du reste, devant le magistrat Romain, Jésus-Christ ajoute ceci :

Nunc autem regnum mmm non e&t AtVic.

« Mais maintenant mon royaume n'est pas d'ici, le moment de mon royaume n'est pas encore venu maintenant. »

Le Seigneur pouvait tout aussi bien dire :

Regnum meum non est hujus mundi, ses paroles eussent été à l'abri de toute ambiguité.

Pourquoi ne l'a-t-il pas fait? C'est que de hoc mundo ne devait signifier qu'une idée de provenance. « Mon royaume je ne le

(I) Mundtis eot «éio f»abui(, quia non svmi de mundo

tiens pas des hommes, mais je le tiens de Dieu ; » et s'il en eût été autrement , Jésus, s^approchant pour la dernière fois de ses^ apôtres, leur eût-il parlé ainsi : « Toute puis^ sance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez... et assurez -vous que je serai toujours avec vous jusqu'à la cx>nsommation des siècles. (1 ) »

Reste à voir maintenant quelles sont politiquement les objections que l'on cherche à faire valoir contre le pouvoir temporel du Saint-Siège.

(I) S.Math.XXVH. 18.20.

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