POUVOIR TEMPOREL DES PAPES
Dans les jours de ces royaumes, le Dieu des eieux fondera un . royaume qui ne sera jamais détruit et son royaume ne passera jamais aux mains d'un autre peuple.
(Daniel, ch. IL U, et eh. VII. 17. 18.)
« Il n'y a pas de souveraineté plus justifiable, dit Joseph de Maistre, que celle des papes. Elle est comme la loi divine (justificata in semet ipsà) . Mais ce qu'il y a de vraiment étonnant, c'est devoir les papes devenir souverains sans s en apercevoir , et même , à parler exactement, malgré eux. Une loi in visible élevait le siège de Rome ,et l'on peut dire que le chef de l'Eglise universelle naquit souverain.
De tous temps et chez tous les peuples, la religion considérée comme base de la morale, des lois, des institutions, avait joui de nom* breuses prérogatives, de faveurs immenses, et possédédegrandsbiens. Personne n'ignore quelles étaient les richesses des temples de
la Grèce (1) et de l'Asie, et Févaluatiou des trésors du temple de Jupiter-Capitolin à Rome (2), de Bélus à Babylone (3), d'après les témoignages de Plutarque, d'Hérodote, de Diodorede Sicile, etc. , nous paraît aujourd'hui hors de toute vraisemblance ; pourtant ces trésors étaient encore de beaucoup dépassés par ceux du temple de Jérusalem ; et un ancien auteur juif, Philo, parlant de revenus assignés aux prêtres par la loi de Moïse, ne craint pas d'égaler la gloire et la majesté des pontifes à celle des rois (4).
La religion chrétienne, apportée à l'Occident, lorsque le paganisme était devenu par ses impuretés une honte pour ceux qui le
(1) Voir le mémoire de M. de Valois sur les richesses du temple de Delphes, qui renfermait, selon certains auteurs, plus d'or et d'argent qu'il n'y en avait dans toute la Grèee.
(2) Ils s'élevaient, selon Plutarque,^ 12,000.de talcnts,plus de 60 millions.
(3) Roi lin porte ces richesses au chiffre fabuleux de 225,500.000 livres tournois. D^autres (Raoul Rochette^ Cours d'arch.), les portent à Ki.OOO^OOQ et Letronne (Anno^ tatiom de Rollin), va jusqu'à 662,000,000. — Voir les notea sur Tacite, du P. Brotier.
(4) Philo, de prœmiis et honoribus saecrdotum.
pratiquaient, trouva Vempire chancelant, la décadence et la corruption partout, et ses belles maximes rendues nécessaires, furient accueillies avec empressement par les peuples qui placèrent en elle leur espoir de régénération. Quoi d'étonnant que dans de semblables conditions, elle ait recueilli, après les premiers temps de persécution , une faible partie derhéritagebrillant du polythéisme mourant, qu'elle venait si glorieusement remplacer. La joie, la reconnaissance, Fenthousiasme étaient si grands, que ceux qui possédaietit des fonds de terre au des maisons, les vendaient et en apportaient le prix qu'ils mettaient aux pieds des apôtres. Rien ne pouvait arrêter cet élan des âmes qui se précipitaient vers les sources de la vie avec tant de confiance et d'ardeur. La voix des empereurs n'était plus écdutée.
«Notre fidélité vous est assurée, leur répondait-on, vous pouvez disposer de notre vie, mais laissez-nous notre foi. »
Pendant trois siècles, cette foi eut à lutter contre le martyre ; et la haine opiniâtre des grands, loin de l'ébranler, n'aboutit qu'à
l'enraciner plus solidement et d une manière plus miraculeuse. «Du sang des martyrs, étaient nés des saints, » et le nombre des fidèles allait toujours croissant. Enfin , lorsque Dieu eut fait voir, par une si longtteépreuve de souffrances, quil n avait pas besoin du secours humain, ni des puissances de la terre pour établir son Eglise^ il y appela les empereurs et fit du grand Constantin un protecteur déclaré du christianisme. Et nunc Reges ! Venez, rois maintenant (1). Dès lors, une ère nouvelle s'ouvre pour la religion du Christ. Les églises, celles de Rome entre autres, qui possédaient déjà de grands biens, voient chaque jour leurs richesses saccroître sous Tinfluence du nouveau César auquel Dieu a daigné révéler la vérité, en plaçant devant ses yeux éblouis le symbole de la rédemption .
Il fait restituer au clergé les maisons, les possessions, les terres, les jardins et toutes les autres propriétés dont il avait été injus-