BOSSUET
tement dépouillé (i). De nombreuses églises s'élèvent, dotées par lui; il leur assigne des biens-fonds considérables, situés soità Rome, soit en Italie, soit dans les provinces les plus éloignées, en Afrique, en Asie et jusque sur les rives de TEuphrate. Eusèbe, Théodore et Anastàse, sont pleins du récit de ses largesses. Il fait plus, il ne se borne pas à accorder au clergé de nombreuses immunités ; il comprend que « la même enceinte ne peut renfermer l'empereur et le pontife. » — « Une main cachée, dit Bossuet, le chassait de la ville éternelle pour la donner au chef de l'Eglise. » Il cède à cette force invisible et puissante, va porter à Byzanceavec son nom le titre pompeux de capitale de Tempire romain, et « laisse Févêque de Rome seul, debout sur le Vatican , en présence du Capi-
(i) .... Sivedoinus ac posscssio sit, sive agri, sive horti, seu quaecumque alia, nuUo jure quod ad dominium pertiuct immunito, scd salvis omnibus atque intcgris manentibus rcslilui jubemus. Eusèbe vita Cùnsl, Ce qui prouve bien que déjà avant Constantin, TEglise avait des possessions d'une certaine importance.
iole vide, à côté du sénat qui n'était plus qu'une ombre (i). »
Délaissés de leurs empereurs, les Romains tournent toutes leurs espérances du côté des papes dont la puissance s'en va dès lors, croissant avec une rapidité telle qu'au temps de saint Célestin (2), l'historien Socrate peut dire que Tévêque de Rome joignait depuis longtemps à l'autorité spirituelle, la domination temporelle (3), et qu'au siècle suivant, Cassiodore, s'adressantà Jules II (4) , ne craint pas de s'écrier : « Gardien du peuple romain, votre qualité n'exclut pas le soin des choses temporelles ; tous les intérêts des peuples sont entre vos mains, vous devez les défendre avec le zèle et l'affection d'un père. » . En refusant môme d'admettre toute espèce d'intervention divine, l'autorité ne revenaitelle pas naturellement aux papes; et, comme le fait remarquer M. Daunou, qu'on
(1) Louis Veuillot. De quelques erreurs sur la Papauté,
(2) Célestin l", pape de 43â k ^2.
(5) HisL eccl. d'Eusèbe continuée de 506 à iSO, par Socrate et traduite parle prés. Cousin (Paris, 1544). (4) Jules II, pape de 535 ù 535.
— sine saurait accuser de partialité en leur faveur, ils étaient alors presque tous Romains, presque (1) tous aussi recommandables. Pères et défenseurs du peuple, médiateurs entre les grands, chefs de la religion et de TEmpire, ils réunissaient les divers moyens de crédit et d'influence que donnent les bienfaits, les richesses et le sacerdoce. Aussi est-ce encore à eux que Rome vint demander aide et protection contre les barbares, après avoir imploré en vain le secours de ses anciens maîtres trop occupés à défendre leurs Etats du côté de FOrient, pour pouvoir entendre ses prières ; et plus d'une fois l'Italie dut à leur prudence, à leur générosité, au prestige qui entourait leur personne sacrée, la ces-^ sation ou le soulagement des fléaux que lui attiraient sans cesse le voisinage des barbares. « De là l'attachement et la reconnaissance du peuple, dans lesquels ils trouvèrent, dit Gibbon, l'historien anglican, la plus
(1) Ctp^'eaque est sans doute une sorte de concession que M. Daunou, forcé de reconnaître les bienfaits des papes, se sera cru obligé de faire à ses opinions.
pure récompense d'un citoyen et le meilleur droit à la souveraineté. » Sans les pontifes chrétiens, c'en était fait de la reine du monde, et les Césars eux-mêmes le comprirent si bien, que malgré les inquiétudes que pouvait inspirer à la cour de Constantinople la toute-puissance des évéques, ils n'hésitèrent pas, en présence de leur zèle et de leur fidélité, en présence de la faiblesse effrayante de lempire, à leur fournir tous les moyens d'augmenter leur force et leur influence.
Ils leur accordèrent d'abord un grand pouvoir judiciaire (1 } et une grande prépondérance dans l'administration civile, «au point que sans avoir aucun titre politique, sans appartenir proprement à la constitu-
(i) Code Just. 1. 1, lit. IV. I>c episcopali {tudienliû, l 26. Quant aux affaires annuelles des cités, etc... le très-pieux évêque et trois hommes d'entre les premiers de la cité se réuniront et examineront, etc... De Terapire romain il ne restait que le régime municipal, et les évéques en avaient la direction. Ibid. { 50. La nomination des curateurs ou tuteurs devra se faire |iar le magistrat de la cité... de concert avec le trfcs-pieux évêque, elf...
tionde TËtat, ils en étaient en quelque sorte le premier corps. (1 ) » /
Ils leur confièrent la défense des villes (2) qu'ils ne pouvaient plus conserver sanseux^ €t ils s'en servirent en maintes occasions comme d'ambassadeurs auprès des barbares.
Enfin il paraît hors de doute que dès le V** siècle, les pontifes de Rome coinmencè^ rent à avoir sous leurs ordres, comme les patriarches d'Alexaîidrie, des corps d'oflSciers^, des troupes destinées à faire respecter leur autorité, ou qu'au moins ils purent disposer des forces de l'empire. On voit en effet à cette époque saint Augustin conjurer le pape Célestin de ne pas employer la force armée pour rétablir un évêque du nom d'Antoine, déposé par un coutcile provincial, et qui avait appelé au St-Siége de la sentence prononcée contre lui ; au même siècle les papes Gelase et Syixmiaque sont assez forts
(\) M. GuizoT.
(2) Code just. t. I, Ut. LV. De dcfeiisoribus, J 80. Nous voulons que les défenseurs des cites... soient choisis et institués par les vénérables évoques, etc.
pour chasser les Manichéens de Fltalie.
D'un autre côté, comme les richesses du clergé étaient toutes employées au service de la chrétienté et de l'Italie, les empereurs depuis Constantin s'étaient eflforcés d'en faciliter Taccroissement ; c'est dans ce but que Justinien avait autorisé tous les legs en faveur de l'Eglise. Beaucoup de gens se dépouillaient de leurs biens lors de leur entrée dans les ordres, d autres n'en abandonnaient qu'une partie et laissaient le reste par testament. Les évoques, les prêtres lui léguaient génépalement tout leur avoir. L'impératrice Pulchérie, épouse de Marcien, après avoir bâti et doté plusieurs cathédrales, lai^a en mourant tous ses biens à l'Église.
Saint Amlioise, saint Grégoire de Naziance, saint Cyrille firent à peu près de même.
L'Église avait en outre recueilli les revenus des temples païens dont plusieurs avaient de grandes richesses, et les sommes énormes destinées aux sacrifices, aux jeux et aux diflFérentes cérémonies du culte des faux Dieux . Enfin du temps de Grégoire-le-Grand ,
et de son aveu, l'Eglise Romaine avait des patrimoines considérables comprenant même des villes et des provinces. Elle percevait le revenu des uns et gouvernait les autres par l'intermédiaire de ses officiers.
Au Vil" siècle, elle possédait le pays des Alpes Cottiennes, y compris Gênes, jusqu'aux Gaules. De nombreux patrimoines en Italie lui avaient été donnés par les empereurs en échange de ceux qu'elle possédait en Orient, et ses revenus en Sicile et en Calabre ne s'élevaient pas à moins de 400,000 francs.
Bien avant Pépin et Charlemagne, les papes, sans avoir ni le titre ni les insignes de la papauté, étaient à vrai dire les maîtres de Rome et des provinces environnantes qui Jeur avaient confié leurs intérêts temporels et « on aurait tort pour cela de les taxer d'usurpation , ainsi le voulait le cours naturel des choses, le clergé seul était partout moralement fort et aimé, il devint partout puissant. C'est la loi do l'univers (1). »
(i) GmzoT.
<( Tandis que le patriarche de Constantinople jouait le rôle d'un esclave sous les yeux de son maître, le génie et Tindépen-rdancedes papes s'éveillaient à cause de leur position. Leur élection populaire les rendait chers aux Romains ; la misère publique ou privée, trouvait un allégement dans leurs amples revenus. Tous les papes, qu'ils fussent Italiens, Grecs ou Syriens, prenaient la mémB politique, dès qulls montaient sur la chaire de Saint-Pierre, et Rome, après la perte de ses légions et de ses provinces retrouvait sa suprématie dans le génie et la fortune de ses pontifes. {1 ) »
Le pouvoir du Saint-Siège augmenta sur- .tout sous le pontificat de Grégoire II (716). Léon risaurien, protecteur de l'hérésie des Iconoclastes, après avoir détruit à Constantinople, les images de Jésus-Christ, de la Vierge et des saints , voulut forcer le pape à en faire autant, et, sur son refu$, envoya deux exarques avec mission de le tuer. Dès que
(1) GiDDON, V historien Anglican.
ce monstrueux attentat fut découvert, le peuple romain se souleva tout entier, ritalie résolut de se choisir un nouvel empereur et de le conduire à Constantinople ; il ne fallut rien moins que la voix vénérée du pape pour rappeler le peuple au respect et à la fidélité qu'il devait à son empereur.
Grégoire H, poussé à bout, dut enfin pro-^ aoncer rexQommunication,etson successeur Grégoire III tenta, sans plus de succès que lui, des remontrances à Léon qui, loin de récouter, se porta à de nouveaux excès, confisquales biens du Saint-Siège en Sicile et en Galabre, et acheva ainsi de perdre le peu de pouvoir qui lui restait en Occident. En quittant Rome, les empereurs l'avaient habituée à se passer d'eux et à vivre sous un autre joug ; en voulant tyranniser la papauté, ils se rendaient odieux et attiraient sur leur tête toute la haine du peuple. Les Romains comprenaient qulls n'avaient plus rien à espérer de l'empereur devenu pour eux un ennemi, et voyant leur ville pressée par les Lombards, ils implorèrent le secours de
Charles Martel auquel ils offrirent la dignité de consul. C'est en leur nom, en conséquence d'un décret adopté par le® seigneurs, que Grégoire III écrivit au roi de France (1), suppliant sa majesté de prendre la défense du peuple romain qui renonçait à la domination de ses anciens maîtres, et venait humblement recourir à sa protection invincible.
Lorsque, dit Bossuet, les Césars suffisaient à peine pour défendre l'Orient où ils s'étaient renfermés, Rome, abandonnée près de deux cents ans à la fureur des Lombards et contrainte d'implorer la protection desFrançais, fut obligée de s'éloigner des empereurs....
On n'en vint à cette extrémité que quand la capitale de Tempire fut regardée par ses empereurs comme un pays exposé en proie et laissé à l'abandon .
Charles Martel mourut au moment dé passer en Italie (741). Grégoire III et Léon moururent la même année, et le successeur de Grégoire III, Zacharie, négocia avec le roi
(1) Cliarlcs Martel ne prit jamais le titre de roi de France, mais il en exerça toute Tautorité.
des Lombards, mais dès lors comme chef de la république romaine.
La trêve ne devait durer que peu de temps sous Etienne II, successeur de Zacharie.
Astolphe, roi des Lombards, s'empara de plusieurs provinces dltalie, et vint menacer Rome. Etienne II s'adressa encore une fois à l'empereur, et ce ne fut qu'après avoir sollicité en vain son secours, qu'il écrivit, en 733, à Pépin, pour lui demander asile en France, et protection en Italie.
Pépin reçut pompeusement le souverain pontife; et dans une assemblée des seigneurs du royaume, il s'engagea à faire rendre au Saint-Siège l'exarchat de Ravenne et les autres territoires usurpés par les Lombards.
II signa ainsi que ses fils l'acte de restitution, entra en Italie en 734, battit les Lombards et accomplit ainsi l'œuvre de la souveraineté temporelle du Saint-Siège.
Un an plus tard, Astolphe étant venu de nouveau attaquer Rome, Pépin rentra en Italie, lui fit lever le siège qui durait depuis trois mois, le réduisit dans Pavie, et le força
cette fois à faire en faveur du Saint-Siège un acte de donation par lequel il cédait en outre la ville et le territoire de Comacchio!
Cette donation que Pépin i^egardait comme une restitution (1) comprenait : l'exarchat de Ravenne, une partie de la Pentapole ou de l'ancien Picenum, en un mot tout le pays borné au ndrd et au couchant par le Pô et le Tanaro, au midi par les Appennins et à l'orient par la mer Adriatique ; il faut y ajouter encore la ville de Nami, dans TOmbrie, qui dépendait du duché de Rome.
(1) (Zachariœ) piis eloquiis flexus(Longobarclorum rex).... praedictas quatuor civitates eidem sancto viro redonavil;,... (quas) per donationis titulum, ipsi beato Petro apostolorum
prineipi reconcesêU. (Anastase) Ut abkuat Ravennatom
urbesn^t redonareU (ibid) Et duas partes tcrritorii Ce-
senae castri ad partem reipubUcœ restUuit, etc.. etc.... (Ibid. LabbeConcii.)
EgiDJiard aussi dit que Pépin alla en Italie propter erepta romanae cccicsiseper regem Longobardorumdominia,et plus loin on trouve:... ad reeliiencfum ea quœ Romanae Eeclesiœ abetulerai, . .et enfin cetU; pbrase : reddiiamque sibi Ravennain etPcntapoIiin, et omncm exarcbatum ad Ravennam pertinentciD, ad sanctum Petruip tradidit. (Recueil de Ducbcsnc,
Souvet*aineté temp, du Pape, par M. M....
L'empereur s'empressa de réclamer, iï dépêcha des ambassadeurs à Pépin qui fut inébranlable, et répondit n'avoir entrepris son expédition dltalie que pour l*amour de Pierre, et être décidé à en maintenir les résultats.
La donation de Pépin fut confirmée par Charlemagne et encore étendue par lui, qprès qu'il eut détruit la monarchie Lombarde. Il la signa, praprid manu, et la déposa sur l'autel de saint Pierre en jurant, ainsi que les seigneurs, de veiller à ta défense des Etats du Saint-Siège.
Il fut fidèle à ce serment jusqu'à sa mort, et s' ad ressaut à ses fils dans son testament :
« Nous vous ordonnons par dessus toutes choses, leur dit-il, de prendre la proteclion et la défense de l'Ëglise romaine, comme l'ont fait Charles Martel, notre aïeul, le roi Pépin, notre père d'heureuse mémoire, et comme nous l'avons fait nous-même ; nous vous ordonnons aussi de vous efforcer avec l'aide de Dieu de la défendre contre ses
ennemis et de maintenir ses droits, selon votre pouvoir et autant que la raison le demandera. »
Les successeurs de Charlemagne confirmèrent tous l'acte qui consacrait la souveraineté temporelle des Papes, et pendant plus de deux siècles les empereurs renouvelèrent solennellement cet engagement le jour de leur couronnement.
C'était maintenant à une femme qu'il allait être donné de compléter l'œuvre de Pépin et de ses successeurs, femme illustre entre toutes par son courage, son patriotisme, sa pureté, sa foi et dont le nom comme celui de Charlemagne témoigne de sa grandeur. Nous empruntons à la charmante et érudite histoire delà Grande Ilalienne, par M. Renée, quelques-uns des principaux traits de cette belle figure qui apparaît et reste en quelque sorte comme la Jeanne d'Arc couronnée de l'Italie :
« L'âme de Malhilde s'éprit pour l'Eglise d'une dévotion héroïque, cette âme d'élite semblait faite pour les attachements les plus
saints. De bonne heure elle s'était ouverte à des sentiments d'un patriotisme à peu près inconnu; elle ne cessa de confondre dans un même amour l'Eglise et Tltalie. C'est ce double dévouement qui la caractérise. On dirait qu'elle même dicta à son naïf historien ces vers qui méritaient de n'être pas oubliés :
« Ecclesiae unus amor iiiea corda refovit u Italiaequc mese. »
Mon cœur brûle d'un même amour pour TÉgliso et pour mon Italie.
«Son cœur, continuelevieuxchroniqueur, n'aimait que la vraie foi si féconde en grâces. Trois mois durant, elle posséda à Canosse le Pape Grégoire VII , dont cette atitre Marthe fut la servante. Son oreille attentive écoutait ses paroles comme celles du Christ lui-même.
Elle donna tout ce qu'elle possédait à Pierre-
le-Porte-Clef Le bon Pape accepta par
écrit l'acte de cette donation ; puis il sanctifia l'Eglise de Canosse, en lui accordant, à la prière de la grande comtesse, une charte complète de liberté et de franchise. . . . Nous
étions alors en Tannée mil soixante-dix-sept du Seigneur. »
Le legs qui faisait de l'Eglise Théritière des margraves Toscans s'explique par l'isolement de famille oîi se trouvait Mathllde, comme par son ardente piété. Elle mênae aimait à s'appeler « la fille de saint Pierre. » Elle était veuve et sans enfants ; elle n'avait d'autre proche parent que l'empereur, et elle était trop fervente Italienne, trop zélée chrétienne, pour faire volontiers son héritier d'un Allemand et d'un ennemi de la papauté.
L'héritier selon son cœur, c'était le Saint- Siège lui-même, qui, à ses yeux, représentait la foi et l'Italie et «c résumait, suivant l'heureuse expression du poëte, son unique amour. »
L'acte de la première donation n'existe plus. Un des successeurs de Grégoire, Urbain II, affirmant que l'écrit avait été perdu dans le désordre et la confusion du temps, obtint, vingt-cinq ans plus tard, de la constante Mathilde, une nouvelle donation qui rappela dans les termes suivants tout ce qui
s était passé entre Grégoire et la comtesse r «Au nom de la sainte et indivisible Trinité, l*an de Tlncarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le onze cent deuxième, du vivant du seigneur Pape Grégoire, septième du nom , dans le palais de Latran , chapelle de la Sainte-Croix, en présence de Cencius Franzipanus, de Gratien,de Cencius Franculius, d'Albert, de Pierre-Léon et de plusieurs autres, moi, Mathilde, parla grâce de Dieu, comtesse, pour le salut de mon âme et de celles de mes ancêtres, j'ai donné et offert à l'Eglise de saint Pierre, par l'entremise dudit seigneur Pape Grégoire, l'universalité de mes biens en toute propriété, les biens que je possédais alors et que je pourrais acquérir par droit de succession ou tout autre titre, les biens que je possédais en deçà des monts , et ceux qui , au delà , paraissent m'appartenir , donation universelle faite et délivrée, comme il a été dit, aux mains du seigneur Grégoire IV, Pape de l'Eglise romaine , et en foi de laquelle je fis dresser un acte. Mais comme cet acte ne
— lèse retrouva plus, dans la crainte que ma donation, maIibreoffrande,ne8oit révoquée en doute, moi, comtesse Mathilde, je la renouvelle en ce jour, aux mains du cardinal Bernard, légat de la dite Eglise romaine.»
c< Je me mets donc dèsaujoui^d'hui, comme hors de mes possessions; je m'en déclare comme absente. La Sainte-Eglise est libre d'en disposer à son gré, sans que je puisse désormais m'y opposer, non plus que mes héritiers ou mes arrière héritiers. Que si cette opposition venait à se produire, il y aurait lieu à des dommages et intérêts, que je fixe à mille livres d'or fin et quatre mille livres d'argent. . . . Fait àCanosse, etc. , etc. »
« En léguant ses peuples à l'Eglise, Mathilde voulut les donnera une mère. L'Eglise c'était pour elle l'éternelle justice, l'humanité, l'amour, la maternité immense et tendre. Entre la théocratie chrétienne, l'empire barbare, l'anarchie féodale, sa raison se met du côté de sa foi. La force jouait partout un si grand rôle, elle avait vu tant de fois l'Eglise en péril, qu'elle crut sage de
lui laisser des armées pour la défendre, des citadelles pour l'abriter. »
a Ses ancêtres avaient été les hommes de r Allemagne, avaient ouvert l'Italie à des maîtres étrangers. Mathilde devait des réparations à sa patrie, elle, la dernière de sa race, mit toute sa vie à ce rachat. Ses ancêtres avaient spolié l'Eglise, elle devait à l'Eglise des restitutions ; une pensée d'expiation se mêlait dans sa conscience aux inspirations du patriotisme et de la foi. Elle agrandit donc de ses Etats le patrimoine de saint Pierre. »
Dieu, qui avait voulu assurer l'indépendance de la papauté par la souveraineté, ne voulait sans doute pas que cette souveraineté atteignît les proportions d'un aussi vaste empire, et il ne permit pas au Saint- Siège d'en recueillir l'héritage tout entier. Parme et Plaisance se soumirent aux Papes en 1513, mais Paul III les donna à Pierre Farnèse en échange des seigneuries de Nepi et de Frascati.
Successivement de 1 51 3 à1 598, Bologne,
Ancône,Ravenne et le Ferrarais revinrent à leur légitime héritière, et enfin le dernier duc dUrbin, mourant, renouvela pour son duché le legs de la grande comtesse en le léguant à lEglise.
Chose vraiment prodigieuse dans cette succession de faits, qui assurèrent aux Souverains Pontifes la triple couronne, « on ne trouve ni traités, ni combats, ni intrigues ni usurpations ; en remontant on arrive toujours à une donation. Pépin, Charlemagne, Louis, Lothaire, Henri, Othon, la comtesse Mathilde formèrent cet Etat temporel {i ) si
(1) J. DE Maistre. (( Dieu qui voulaitque son Eglise, la mère commune de tous les royaumes, dans la suite ne fût dépcudanle d'aucun royaume dans le temporel et que le siège où tous les fidèles devaient garder Tunité, à la fin fût mis au-dessus des partialités que les divers intérêts et les jalousies d'Ëtat pourraient faire naître, jeta les fondements dt*. ce grand dessein par Pépin et Charlemagne. C'est par une lieureuse suite de leur libéralité que TEglise, indépendante dans son chef de toutes les puissances temporelles, se voit en état d'exercer plus librement pour le bien commun, et sous la commune protection des rois chrétiens, cette puissance céleste de régir les ûmes, et que tenant en main la balance droite au milieu de tant d'empires souvent
précieux pour le christianisme, mais la force des choses l'avait commencé, et cette opération cachée est un des spectacles les plus curieux de l'histoire. »
ennemis, elle entretient l'unitë dans tous le corps, tantôt par d'inflexibles décrets, tiintûtpai'dc sages tempéraments. (Bossi'ET. Dise, sur l'unilé.)