‹ Souvenirs d'un voyage dans le Thibet en 1844, 1845 et 1846Chapitre 13 sur 23 · II · texte numérisé non relu

II

du soleil. Nous longeâmes pendnnl quelques insfanis les bords glacés d*une petite rivière, et nous arrivâmes enfin au poste de Lha-Ri. Il y eul à la porte de la ville, comme à Ghiamda, une réception militaire. Le dhéba du lieu vint nous offrir ses services, et nous allâmes occuper le logement qui nous avait été préparé dans une pagode chinoise, nommée Kouang-Ti- M'iao \ c'est-à-dire temple du dieu de la guerre. De Lha-Ssa à Lha-Ri , on compte mille dix lis (cent et une lieues); il y avait quinze jours que nous étions en route.

Aussitôt que nous fumes installés dans notre habitation, il fut convenu à Tunanimité entre LvKouo- Ngan, le lama Dsiamdchang et nous, qu*on s'arréterail un jour à Lha-Ri. Quoique les oulah fussent déjà préparés, nous jugeâmes prudent de faire une courte halle, et de puiser, dans une journée de repos, les forces qui nous étaient nécessaires pour franchir encore une formidable montagne que nous devions rencontrer sur notre route.

Le gros village de Lha-Ri est bâti dans une gorge entourée de montagnes stériles et désolées; ce dis-

» Kouang-Ti, célèbre général qui vivait au troisième siècle; après de nombreuses et fameuses victoires, il fut mis à mort avec son fils. Les Chinois disent qu^il n'est pas mort réellement, mais quMI monta au ciel où il prit place parmi les dieux. Les Mantchous qui régnent actuellement en Chine, Font nommé kouang-ti, esprit tutélaire de leur dynastie, et lui ont élevé un grand nombre de temples. On le représente ordinairement assis, ayant à sa gauche son fils Rouang-Ping qui se lient debout, et à sa droite son écuyer d*une figure brune et presque noire.

trict ne présente pas les moindres vesliges de (Hilluro, el i'on est obligé d'aller chercher ailleurs la farine de Ising-kou. Les habitants sont presque tous bergers; ils nourrissent des troupeaux de moutons, de bœul's grognants et surtout de chèvres, dont le poil tin et moelleux sert à fabriquer les pou-lou de première qualité, et ces belles éloiies si connues sous le nom de châles de Kachemir. Les Thibétains de Lha-Ri sont beaucoup moins civilisés que ceux de Lha-Ssa : leur physionomie a quelque chose de dure et de sauvage; ils sont habillés salement; leurs maisons ne sont que de grandes masures informes, construites avec de la pierre brute et grossièrement enduites de limon. On remarque pourtant, sur les flancs de la montagne, un peu au-dessus du village, un vaste couvent bouddhique dont le temple est assez beau : un kampo est supérieur de cette lamaserie, et en même temps administrateur temporel du canton. Les nombreux lamas de Lha-Ri mènent une vie paresseuse et abjecte; nous les avons vus, à toute heure du jour, couchés ou accroupis en grand nombre dans les quartiers de la ville, essayant de réchaufl'er, aux rayons du soleil, leurs membres à moitié couverts de quelques haillons rouges et jaunes ; c'était un spectacle dégoûtant.

A Lha-Ri, le gouvernement chinois entretient un magasin de vivres, confié à l'administration d'un mandarin lettré portant le titre de leang-taï (fournisseur], et décoré du globule de cristal blanc. Le leang-taï est chargé de distribuer la solde aux divers corps de garde échelonnés sur la roule; on compte de Lha-Ssa aux frontières de la Chine six magasins de vivres. Le premier et le plus important est a Lha-Ssa ; le leang-

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laï de celte ville a inspection sur les cinq aulres, et reçoit un traitement annuel de soixante et dix onces d'argent , tandis que ses collègues n'en ont que soixante. L'entretien du magasin de vivres de Lha-Ssa coûte tous les ans au gouvernement chinois la somme de quarante mille onces d'argent; l'entretien de celui de Lha-Ri ne va qu'à huit mille onces. La garnison de cette dernière ville se compose de cent trente soldats, ayant à leur tête un tsien-isoung, un pa-isoung et un wei'Wei,

Le lendemain de notre arrivée à Lha-Ri, le leangtaï ou fournisseur, au lieu de venir saluer officiellement l'état-major de la caravane, se contenta de nous envoyer, en guise de carte de visite, une feuille de papier rouge où étaient inscrits les caractères de son nom; il fil ajouter, par son commissionnaire, qu'une grave maladie le retenait dans sa chambre. Ly-Kouo- Ngan nous dit à voix basse et avec un sourire plein de de malice: c Le leang-taïsera guéri quand nous serons partis. > Aussitôt que nous fûmes seuls, il s'écria : « Ah! je m'en doutais bien;... toutes les fois qu'une caravane passe, le leang-tai Sué (nom du mandarin) est ù l'agonie; c'est un fait connu de tout le monde. D'après les rites, il aurait dû nous préparer aujourd'hui un festin de première classe, et c'est pour s'en dispenser qu'il fait le malade. Le leang-tai Sué est l'homme le plus avare qu'on puisse imaginer; il est toujours vêtu comme un porteur de palanquin, il mange du tsamba comme un barbare du Thibet; jamais il ne fume, jamais il ne joue, jamais il ne boit de vin; le soir sa maison n'est pas éclairée; il se met au lit à tâtons, et se lève toujours très-tard, de peur d'avoir

faim de trop bonne heure. Oh! un être comme cela n'est pas un homme, c*est un œuf de tortue. L'ambassadeur Ki-Chan veut le casser, et il fera bien ; est-ce que dans votre pays vous avez des leang-taï de ce genre? — Quelle question! les leang-taï du royaume de France ne se couchent jamais sans chandelle, et quand les oulah passent chez eux, ils ne manquent jamais de préparer un bon dîner. — Ah! c'est cela;... voilà les rites! mais ce Sué^Mou-Tchou,.. » A ces mots, nous ne pûmes nous empêcher de partir d'un grand éclat de rire. « A propos, savez-vous pourquoi le leang-laï est appelé Sué'MoU'Tchou ? — Ce nom nous paraît bien ignoble. — Ignoble, c'est vrai; mais il fait allusion à une anecdote bien singulière. Le leang-taï Sué, avant d'élre envoyé à Lha-Ri, exerçait le mandarinat dans un petit district de la province du Kiang-Si, Un jour, deux hommes du peuple se présentèrent à son tribunal, et le prièrent de prononcer son jugement au sujet d'une truie dont ils se contestaient mutuellement la propriété. Le juge Sué prononça ainsi son arrêt : Ayant séparé la vérité du mensonge, je vois clairement que cette truie n'est ni à toi, ni à toi... Je déclare donc qu'elle m'appartient : qu'on respecte ce jugement! Les satellites du tribunal allèrent s'emparer de la truie, et le juge la fit vendre au marché voisin. Depuis cet événement, le mandarin Sué est appelé partout SuC'Mou'Thou (c'est-à-dire Sué la Truie). » Le récit de cette aventure nous fit vivement regretter d'être obligés de nous mettre en route sans voir la physionomie de cet intéressant personnage.

Nous quittâmes la ville de Lha-Ri avec un temps varial)le ; notre première journée de marche ne fut

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que de soixante lis, et n'offrit de remarquable qu'un grand laoauquel on donne huil lis de largeur et dix de longueur : il était glacé, e( nous pûmes le traverser avec beaucoup de facilité, grâce à une légère couche de neige dont il était recouvert. Nous logeâmes dans uu pauvre hameau nommé Tsa-Tchou-Kay non loin duquel on trouve des eaux thermales; les Thibétains vont s'y baigner, et ne manquent pas de leur attribuer des propriétés merveilleuses.

Le lendemain, nous eûmes une grande journée de fatigues et de tribulations : nous traversâmes la montagne de Chor-Kou-La, qui, par sa hauteur et ses escarpements, peut avantageusement rivaliser avec celle de Lha-Ki. Nous en commençâmes l'ascension le cœur plein d'anxiété; car le ciel gris et lourd qui pesait sur nous semblait nous présager du vent ou de la neige; la miséricorde de Dieu nous préserva de l'un et de l'autre. Vers le milieu du jour, il s'éleva un petit vent du nord dont la piquante froidure nous eut bientôt fendillé la peau du visage; mais il ne fut pas assez fort pour soulever les épaisses couches de neige qui enveloppaient la montagne. Quand nous fûmes parvenus au sommet, nous nous reposâmes un instant à l'abri d'un grand obo en pierres, et nous déjeunâmes en fumant une pipe de tabac; pendant ce frugal repas, le mandarin Ly-Kouo-Ngan nous dit que du temps des guerres de Kien-l.ong contre le Thibet, les troupes chinoises, aigries par les fatigues et les privations d'un long voyage, s'étaient mutinées en franchissant le Chor-Kou-La. « C'est sur ce plateau, nous dit-il, que les soldats s'emparèrent de leurs chefs , et après les avoir garottés, les menacèrent de les précipiter

dans ce gouffre, si on ne leur promeltait pas une augmentalion de solde. Les généraux ayant pris rengagement de faire droit aux réclamations de Tarmée, la sédition s*apaisa, les mandarins furent mis en liberté, et on continua tranquillement la route jusqu*à Lha- Ri. Aussitôt qu'on fut arrivé dans cette ville, les généraux tinrent leur promesse, on augmenta la solde; mais en même temps ces troupes insubordonnées furent impitoyablement décimées. — Et que dirent les soldats? demandâmes-nous à Ly-Kouo-Ngan. — Ceux sur qui le sort ne tomba pas rirent beaucoup, et trouvèrent que les chefs avaient eu une grande habileté. »

En quittant le sommet de Chor-Kou-La, on suit une route peu inclinée et on continue à voyager pendant plusieurs jours sur les hauteurs d'un immense massif dont les nombreux rameaux étalent au loin leurs cimes aiguës et les faces escarpées de leurs pics. Depuis Lha-Ssa jusqu'à la province du Sse-Tchouen, dans toute l'étendue de cette longue route, on ne voit jamais que de vastes chaînes de montagnes, entrecoupées de cataractes, de gouffres profonds et d'étroits défilés. Ces montagnes sont tantôt entassées pêle-mêle, et présentent à la vue les formes les plus bizarres et les plus monstrueuses : tantôt elles sont rangées et pressées symétriquement les unes contre les autres, comme les dents d'une immense scie; ces contrées changent d'aspect à chaque instant, et présentent aux yeux des voyageurs des tableaux d'une variété infinie. Cependant, au milieu de cette inépuisable diversité, la vue continuelle des montagnes répand sur la route une certaine uniformité qui finit par

deveair fatigante. Une relation détaillée d*un voyage dans le Tbibel pouvant par contre-coup se ressentir de cette monotonie, nous nous abstiendrons, de peur de tomber dans de trop fastidieuses répétitions, de parler des montagnes ordinaires; nous nous contenterons de mentionner les plus fameuses, celles qui» selon l'expression des Chinois, rédament la vie des voyageurs. Cette manière, d'ailleurs, sera assez conforme au style des habitants de ces contrées montagneuses, qui nomment plaine tout ce qui ne va pas se perdre dans les nuages, et chemin uni tout ce qui n'est pas précipice ou labyrinthe.

Les hautes régions que nous suivîmes, après avoir franchi le Chor-Kou-La, sont considérées dans le pays comme une route plane. « D'ici à Alan-To, nous dirent les gens de l'escorte thibétaine, il n*y a pas de montagne; le chemin est partout comme cela...;» et ils nous montraient la paume de leur main..\ c Cependant, ajoutaient-ils, il est nécessaire d'user de beaucoup de précautions; car les sentiers sont quelquefois étroits et glissants. » Or, voici ce qu'était cette route plane el unie comme la paume de la main. Aussitôt que l'on a quitté les sommités du Chor-Kou-La, on rencontre une longue série de gouffres épouvantables, bordés des deux côtés par des montagnes taillées perpendiculairement, et s'élevanl comme deux grandes murailles de roche vive. Les voyageurs sont obligés de longer ces profonds abîmes, en suivant à une grande hauteur un rebord si étroit, que souvent les chevaux trouvent tout juste la place nécessaire pour poser leurs pieds. Dès que nous vîmes les bœufs de la caravane s'acheminer sur cet horrible passage, et que

nous eiUendîmes le sourd mugissement des eaux s'élever des profondeurs de ces gouffres, nous fumes saisis d'épouvante et nous descendîmes de cheval. Mais tout le monde nous cria aussitôt de remonter. Ou nous dit que les chevaux, accoutumés à un semblable voyage, auraient le pied plus sûr que nous; qu*il fallait les laisser aller à volonté, nous contenant de nous tenir solidement sur les étriers, el d'éviler de regarder à côté de nous. Nous recommandâmes notre âme à Dieu, et nous nous mimes à la suite de la colonne. Nous ne lardâmes pas à nous convaincre qu'il nous eût été en effet impossible de garder longtemps l'équilibre sur ce terrain glissant et scabreux. Il nous semblait toujours qu'une force invincible nous attirait vers ces abîmes insondables. De peur d'être saisis par le vertige, nous tenions la tête tournée conire la montagne, dont la coupure était quelquefois tellement droite et unie, qu'elle n'offrait pas même un étroit rebord où les chevaux pussent placer leur pied. On passait alors sur de gros troncs d'arbres couchés sur des pieux enfoncés horizontalement dans la montagne. A la seule vue de ces ponls affreux, nous sentions une sueur glacée ruisseler de tous nos membres. Cependant il fallait toujours avancer, car reculer ou descendre de cheval étaient deux choses absolument impossibles.

Après être restés pendant deux jours entiers perpétuellement suspendus entre la vie et la mort, nous quittâmes en6n celte route, la plus horrible et la plus dangereuse qu'on puisse imaginer, et nous arrivâmes à Alan-To. Tout le monde était transporté de joie, el on se félicitait mutuellement de n'avoir pas roulé dans

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Tabîme. Chacun raconlait, avec unesorfed*exaUa(ion fébrile, Tes terreurs qu'il avait éprouvées dans les passages les plus difficiles. Le dhéba de Alan-To, en apprenant qu'aucun homme n'avait péri, trouva que la caravane avait eu un bonheur inouï. Trois bœufs chargés de bagages avaient bien été engloutis; mais ces accidents ne comptaient pas, ils ne valaient pas la peine qu'on s'en occupât. Ly-Kouo-Ngan nous dit qu'il n'avait jamais traversé le défilé de Alan-To, sans être témoin d'affreux malheurs. Dans son voyage précédent, quatre soldats avaient été précipités du haut de la montagne avec les chevaux qu'ils montaient. Tout le monde avait à raconter des catastrophes, dont le simple récit faisait dresser les cheveux sur la tête. On s'était abstenu de nous parler à l'avance de tout cela, de peur que nous ne voulussions pas continuer la route. Au fait, s'il nous eût été donné d'entrevoir, depuis Lha-Ssa, les abîmes épouvantables de Alan- To, il est probable que l'ambassadeur Ki-Chan eût difficilement réussi à nous faire entreprendre ce voyage.

De Alan-To, où l'on changea les oulah, nous descendîmes, à travers une épaisse forêt de sapins, dans une vallée, où nous nous arrêtâmes, après quatrevingt-dix lis de marche, dans un village nommé Lang- Ki'Tsoung. Ce poste est un des plus pittoresques et des plus agréables que nous ayons rencontré sur toute notre roule. Il est situé au milieu d'une plaine, bornée de tous côtés par des montagnes peu élevées, et dont les flancs sont couverts d'arbres de haute futaie. La (campagne est assez fertile, et les Thibétains de cette contrée paraissent la cultiver avec beaucoup de soin.

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Les champs sont arrosés par un ruisseau abondant, dont les eaux charrient une grande quantité de paillettes d*or. C'est pour cette raison que les Chinois donnent a cette vallée le nom de Kin-Keou, c'est-àdire Gorge-d'Or,

Les maisons de Lang-Ki'Tsoung sont d'une construction extrêmement remarquable; il n'y entre absolument que des troncs d'arbre dépouillés de leur écorce, et dont on a retranché les deux extrémités, aGn qu'ils aient à peu près la même dimension dans toute leur longueur. D'énormes pieux sont d'abord plantés en terre, à une grande profondeur; la partie qui s'élève au-dessus du sol a tout au plus deux pieds de hauteur. Sur ces pieux, on arrange ensuite horizontalement, et les uns à côté des autres, les troncs de sapin qu'on a déjà préparés; cela forme comme la base et le plancher de la maison. Des troncs semblables aux premiers, et placés les uns audessus des autres, servent à construire des murs remarquables par leur épaisseur et leur solidité. Le toit est encore fait avec des troncs recouverts de larges écorces d'arbre, qu'on dispose comme des ardoises. Ces maisons ressemblent entièrement à d'énormes cages dont tous les barreaux seraient étroitement serrés les uns contre les autres. Si entre les jointures il se trouve quelques légers interstices, on les bouche avec de la fiente de bœuf. On fait quelquefois, d'après cette méthode, des habitations trèsgrandes et à plusieurs étages; elles sont très-chaudes, et toujours à l'abri de l'humidité. Elles ont seulement l'inconvénient d'avoir un plancher très-inégal et extrêmement désagréable. Si jamais il prend fantaisie

aux habilanls de Lancj'Kï-Tsouncj d'atlopler l'usage de donner des bais à domicile, ils seront penl-étre obligés de modifier un peu leur système de construciion. Pendant que nous al tendions avec patience et en silence, au milieu de noire grande cage, qu'on voulût bien nous servir à souper, le dhéba de Lang-Kï- Tnoumj et le caporal du corps de garde chinois vinrent nous annoncer qu'ils avaient une petite affaire à régler. « Quelle affaire? s'écria Ly-Kouo-Ngan d'un ton plein d'emportement; quelle affaire?... Je comprends, vos oulali ne sont pas prêts. — Ce n'est pas cela, répondit le dhéba; jamais, à Lang-Ki-Tsoung, les oulah n'ont fait attendre personne. Vous les aurez ce soir, si vous voulez; mais je dois vous avertir que la montagne de Tanda est infranchissable; pendant huit jours consécutifs, il est tombé une si grande abondance de neige, que les chemins ne sont pas encore ouverts, f Nous avons bien passé le Chor-Kou- La, pourquoi ne franchirions-nous pas également le Tanda? — Qu'est-ce que le Chor-Rou-La auprès du Tanda? Ces montagnes ne peuvent pas se comparer entre elles. Hier, trois hommes du district de Tanda ont voulu s'aventurer sur la montagne, et deux ont disparu dans lÔs neiges; le troisième est arrivé ici ce matin, seul et à pied, car son cheval a été aussi englouti... Au reste, ajouta le dhéba avec une gravité un peu sauvage, vous pouvez partir quand vous voudrez; les oulah sont à vos ordres; mais vous serez obligés de payer les bœufs et les chevaux qui mourront en route. » Après avoir formulé ainsi son uUimu' tnm, le diplomate thibétain nous tira la langue, se grala l'oreille et sortit.

Pendant que le pacificateur des royaumes, le lama Dsiamdcliang et quelques autres personnages expérimentés de la caravane discutaient avec emportement la question du départ, nous primes Tltinéraire chinois et nous y lûmes le passage suivant : t La « montagne de Tanda est extrêmement escarpée et

< difficile à gravir; un ruisseau y découle en serpenc tant par un étroit ravin; pendant Télé son lit est

< fangeux et glissant, et pendant Tbiver il est cou- € vert de glace et de neige. Les voyageurs, armés de c bâtons, les traversent les uns après les autres « comme une file de poissons... C'est le passage le c plus diOicile sur tout le chemin qui conduit à Lliae Ssa. » A la lecture de celte dernière phrase, le livre nous tomba des mains... Après un moment de stupeur, nous reprimes le livre pour bien nous assurer si nous avions lu exactement; nous ne nous étions pas trompés, il y avait en toutes lettres : « C'est le passage « le plus difficile sur tout le chemin qui conduit à € Lha-Ssa. » La perspective d'avoir à suivre une route encore plus difficile que celle de Alan-To avait de quoi nous figer le sang dans les veines. L'ambassadeur Ki-Chan, nous disions-nous, est évidemment un lâche assassin. P^'ayant pas osé nous tuer à Lha-Ssa, il nous a envoyés mourir au milieu des neiges... Cet accès de découragement ne dura qu'un instant; Dieu, dans sa bonté, nous rendit peu à peu toute notre énergie, e( nous nous levâmes pour prendre part à la discussion qui s'était engagée autour de nous; il fut résolu que, le lendemain, quelques hommes de la caravane partiraient avant le jour pour aller sonder la profondeur de la neige, et s'assurer par

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