‹ Souvenirs d'un voyage en Terre-Sainte [microforme]Chapitre 19 sur 89 · NS 4 # À · texte numérisé non relu

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s’imaginent que, si un jour les chrétiens assiégent Jérusalem, ils entreront dans la ville par cette porte, et, dans cette crainte, ils ont soin

de la tenir toujours fermée.

Par leur superstition, les musulmans accomplissent une prophétie d'Ezéchiel, prime ainsi, en parlant de cette regarde l'Orient :

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passera, parce que le Seigneur, le Dieu d’Is- ‘‘ raël est entré par cette porte, et elle demeu. “ rera fermée, ”

Même à l'époque des croisades, la ports Dorée ne s’ouvrait que deux fois l'an: au jour des Rameaux, et à la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix. |

Tous les soirs au coucher du soleil, les portes de la ville se- ferment et il faut ensuite subir des formalités si l’on veut pénétrer dans la ville, Ce vestige des usages antiques à donné lieu à l'explication suivante de ce passage de l'Evangile,

où Notre Seigneur, parlant du danger des richesses, dit qu'il est aussi difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux, qu'à un

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chameau de passer par le chat d'une aiguille : on a cherché bien des interprétations À cette parole du Sauveur ; celle qui suit n’est peutêtre pas la moins vraisemblable : au coucher du soleil toutes les portes de la ville se fermaient, et les voyageurs attardés devaient passer la nuit hors des murs : toutefois, à l’une des portes était pratiquée une ouverture beaucoup plus petite, par laquelle on laissait entrer les piétons, qui, dans ce cas, devaient laisser hors de la ville leur bagage et leurs animaux ; si

quelqu'un d’entre eux tenait absolument à ne

pas se séparer, par exemple, d’un chameau, après l'avoir complètement déchargé de tout fardeau, il parvenait quelquefois, avec bien des

efforts, et non sans quelque écorchure, à traîner :

le pauvre animal à travers cette petite porte, que l’on appelait pour cette raison la porte de l'aiguille, ou le chat de l'aiguille,

L'apparence générale de la ville est triste et sombre. Des rues tortueuses, en pente, très étroites, malpropres, voûtées, pavées grossièrement, et bordées de bazars insignifiants ; absence de vie active et intelligente, spectacle

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Souvent offert de la misère la plus dégradante, et de l'abrutissement le plus complet : maisons basses, aux fenêtres sévèrement grillées, l’ensemble que présente l'intériesr de Jérusalem, aujourd'hui, si l’on ExCepte la partie neuve du quartier chrétien.

voilà

Mais entrons dans Jérusalem, et faisons

d’abord Connaissance avec ses habitants, aux

origines, aux mœurs, aux Costumes et aux

allures si variés.

Plus de vingt peuples se Partagent la ville |

On y voit représentés, non seule

turc et la descendance d'Israë!,

Russie, l'Allemagne,

l'Espagne, la Grèce et pays.

Les musulmans Comptent pour plus du quart de la population totale ; on les reconnait facilement à leur démarche lente, hautaine, nonchalante ; quelques-uns Portent un turban vert, Pour indiquer qu'ils ont, une fois au moins, accompli le pèlerinage de la Mecque ; réunis

Par groupes, on les voit assis, fumant, Causant à voix basse, ou égrenant une sorte de chapelet

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composé de perles, occupation uniforme et peu intelligente qui leur sert à tuer le temps.

Les hommes ne font presque rien ; les femmes au Couraire travaillent beaucoup ; outre qu'elles ont le soin et l'entretien de la maison, on les rencontre souvent chargées d'eau, de bois, de fardeaux de toutes sortes : une fois j'ai remarqué l’une de ces malheureuses créatures, portant sur sa tête trois paniers superposés, remplis de fruits, et devant elle allait son époux, libre de tout fardeau, et assis sur son Âne.

On nous assura même, que, lorsqu'il laboure son champ, le musulman ne craint pas d’obliger sa femme aussi bien que son âne à tirer la charrue, dont lui-même tient les manchons.

Cent dire que, grâce à l’état de barbatie dans lequel le Coran a rejeté cette malheureuse na: tion, les fernmes y sont traitées avec une dureté qui rappelle les souffrances des esclaves de l’antiquité païenne,

Les femmes mahométanes ont toujours le visage couvert d'un voile qu'elles s’attachent au-dessus du nez au moyen d'une broche ; quelques-unes ont en outre un collier composé

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de perles, ou même des pièces d’or qui constituent leur dot,

L'intérieur de la maison du musulman pauvre fait pitié à voir : un seul étage, une seule pièce, une seule porte, point de fenêtre ni de cheminée ; point de meubles ; l'appartement unique dont se compose l'habitation sert souvent à abriter non seulement la famille qui l'occupe, mais encore le bœuf ou l'âne, les animaux domestiques et les oiseaux de basse-cour ; et dans ce cas la partie réservée aux êtres raisonnables est plus élevée de deux pieds ; cette différence de niveau formant l'unique barrière,

Toute la vie du mahométan est, du reste, à l'avenant.

Sous le rapport religieux, le sectateur du Coran est maintenu dans le fanatisme et l'ignorance par une loi dont la rigidité est inflexible ; : la réclusion des femmes, et la défense absolue d'entamer, ou même simplement de soutenir une controverse, rendent à peu près impossible Faction du missionnaire ; et Mahomet, en maudissant le vin, et interdisant ce breuvage sous les peines les plus sévères, inspirait À ses dis-

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ciples l'horreur du sacrifice chrétien ; et pour donner à leur curiosité un aliment suffisant dans l'isolement où il les jetait, il leur présenta une foule de fictions absurdes ; mélange disparate de faits bibliques, de traditions et de légendes chrétiennes et d'inventions ridicules, le tout réuni et assimilé sans logique ni vrai. semblance,

Les musulmans vénèrent les prophètes comme Abraham, David, etc, : ‘ils respectent aussi la très sainte Vierge, qu'ils appellent madame Marie, et rendent même un certain culte ho-

norifique à Jésus, qu’ils nomment Issa. Il était,

selon eux, envoyé de Dieu ; trahi par un disciple et condamné à mort injustement, Issa pour le châtiment du traître, changea avec lui de figure et d'apparence, en sorte que Judas, à la place de Jésus, dont il avait pris la ressemblance, fut traîné sur le calvaire et crucifié, Pour leurs cérémonies religieuses, ils ont des mosquées, dont nous décrirons celle d'Omar dans un chapitre spécial, Ces édifices, très simples dans leur forme, presque tous surmontés d'un dôme, sont orientés de façon à ce que

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le mihrab, petite niche pratiquée au fond de la mosquée, indique la direction de la Mecque.

C'est, en effet, toujours tournés du côté de la Mecque que les musulmans font leur prière.

Le pavé est généralement recouvert d'une natte ou d’un tapis; avant d'entrer les musulmans quittent leurs chaussures en signe de respect. À côté des mosquées il y a ordinaitement une tour, garnie de plusieurs rangées de galeries, se terminant en pointe et surmohtée d’un croissant ; c'est le minaret ; le muezin, prêtre du Coran, y monte sept fois par jour, Pour annoncer l'heure de la prière.

Au premier son de sa voix, tous les fidèles se lèvent et se rendent à la mosquée voisine, ou. même, se groupent à l'écart pour accomplir leur cérémonie ; ils ôtent leur manteau et l'étendent par terre; répandent un peu d'eau sur leurs pieds, par manière de purification, et se mettent sur deux lignes, laissant à leur tête le plus vénérable d’entre eux, C’est alors qu'on les voit se prosterner maintes fois le front dans la poussière, se relever, regarder le ciel, puis s'agenouiller de nouveau et recommencer leurs

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prostrations ; pendant tout ce temps, ils réci. tent ensemble, à haute voix, des passages du Coran ou d’autres formules. Quand tout est fini, celui qui a présidé, donne à tous une poignée de main ; chacun se relève, reprend son manteau et continue à flâner.

Ce spectacie a quelque chose d'étonnant, il faut cependant que l'étranger qui en est le témoin se garde bien de rire ou de se moquer ; pendant la prière, on le laissera rire, mais après, gare à lui, la vengeance serait terrible,

À dire vrai, j'étais moins tenté de me moquer d'eux, que de me laisser aller à un sentiment de tristesse en pensant que ces esclaves de l'erreur ont plus de courage et moins de respect humain ; qu’il savent mieux pratiquer leur fausse religion que nous-mêmes, qui sommes en possession de la vérité, et que la seule présence de quelqu'un qui n’a pas le même bonheur, end lâches et pusillanimes.

Une autre leçon que le musulman nous donne encore, bien qu'il n’en ait point le mérite, c'est que jamais il n'oserait prononcer le moindre mot irrespectueux contre Dieu ou Mahomet ; le blasphème chez eux est puni de mort.

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Plus à plaindre encore que les musulmans, sont les douze mille Juifs qui vivent à Jérusalem, et sont comme entassés dans le quartier qui porte leur nom. Ils sont presque tous Russes ou Polonais ; à l'époque où nous étions dans la ville sainte, il était facile de les reconnaître à leurs cheveux longs et bouclés, recouverts d’un bonnet en fourrure ; leur physionomie, du reste, est en général très dessinée,

Ils sont tenus dans une espèce de captivité malgré la protection de leurs frères d'Europe, qui leur font parvenir des secouts abondants,

Ils ne perdent pas l'espoir de reconquérir, ou même d'acheter la cité sainte. En attendant ils y prient, ils y pleurent et gémissent,

‘Tous les vendredis de l'année, ils vont, se succédant près de l'enceinte de la mosquée d'Omar, à un endroit où se Conservent quelques pierres de l’ancien temple de Salomon ; et là, qu'il est triste de les voir dans leur endurcissement, baiser, et arroser de leurs larmes ces restes qui leur rappellent les temps heureux où Dieu lui-même manifestait sa gloire au milieu de son temple, écoutait les chants et les prières

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de leurs ancêtres, et les comblait de bénédictions, ce qui leur avait mérité le beau titre de peuple de Dieu.

Ils pleurent la dévastation de leur temple, la chute de leur ville, la dispersion de leur nation ; ils prient pour le retour des enfants de Jérusalem, et le rétablissement de la beauté, de la gloire, et de la majesté de Sion.

Beaucoup d’entre eux, après avoir erré par le monde, reviennent dans la ville de David, désirant mourir à l'ombre des murs qui retracent à leur âme désolée, le souvenir de l'antique

gloire d'Israël,

Aux Juifs, l'entrée de la basilique du Saint Sépulcre est sévèrement interdite ; il leur est pareillement défendu, sous peine de mort, de pénétrer dans la mosquée d'Omar, élevée sur l'emplacement de leur temple.

Autrefois, en dehors de la porte de Jaffa, on avait placé deux grandes statues de marbre, représentant des pourceaux, animal abhorré par les Juifs, et cela, pour les tenir éloignés de la ville.

Aujourd’hui, quand le sultan de Constanti-

nople vient à mourir, le grand rabbin doit remettre au pacha de Jérusalem les clefs de la même porte de Jaffa ; Ce qui constitue les Juifs captifs jusqu'à ce que, par l'ordre du nouveau sultan, ces clefs leur soient rendues,

Il y a plusieurs SYnagogues dans la ville, et les Juifs s'y assemblent régulièrement pour lie et commenter les Ecritures et’le Talmud,

Les partisans du schisme oriental, en com- Prenant toutes les ramifications grecque, armé: nienne, cophte, éthiopienne et syrienne, sont en tout 3,500; les prêtres et les moines sont très nombreux ; ils sont là surtout pour garder les

sanctuaires, recevoir et diriger les pèlerins de leur communion respective, Actuellement fort Paisibles, leur passé est assez Connu pour la ruse, la fourberie, la violence même qu'ils ont toujours mises à leur service afin de déposséder les latins et de s'emparer des sanctuaires,

Rejetant la primauté de juridiction dans le Pontife Romain, ils lui reconnaissent ostensibleinent une certaine primauté d'honneur, et dans leurs principales églises, il y a un trône, dans le chœur, qu'ils disent réservé pour le Pape, s’il allait à Jérusalem,

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Pendant longtemps, les adeptes du protestantisme de toutes nuances sont restés indifférents à ce qui touche les lieux saints, et comrae la Palestine, de même que l'Orient en général, est un pays où les traditions jouent un très grand rôle, pour être logiques, des sectaires qui prétendent réprouver ce criterinm dans les matières religieuses, ne devraient pas chercher à s’y établir.

Toutefois, depuis quelques années, la Prusse et l'Angleterre protestantes envoient à Jérusalem, des missionnaires et des colons, dans l'espoir que la religion de Luther et d'Henri VIII y prendra racine. Jusqu'à présent, grâce à Dieu, leurs efforts n'ont abouti qu’à l'insuccès le plus complet, et'les sommes fabuleuses qui ont été dépensées, les innombrables bibles et /racts qui furent distribués, les missionnaires qui se sont succédé, n'ont pu faire de nombreux disciples du rationalisme protestant, dans une ville où l'on né va, et surtout où on ne demeure que parce qu'on croit, et que la foi est vivace et indestructible.

Les catholiques qui habitent la ville de Jéru-

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salem sont latins ou orientaux.

mant la minorité,

Ceux-ci, foront, outre les sanctuaires qui S avec les autres communions une église paroissiale grecque, desservie par un prêtre melchite, Ceux-là ont les éplises de Saint-Sauveur, de la Flagella. tion, de Sainte-Anne, et la cathédrale attenante à la résidence patriarcale, Les établissements

d'éducation sont nombreux et pourvoient suff-

samment aux besoins de la Population non

seulement catholique, mais schismati et musulmane,

leur sont commun chrétiennes,

que, juive

Deux écoles sous la direction des Francis-

Cains, une troisième, tenue par les frères des

écoles chrétiennes, et l'orphelinat du P, de Ratisbonne ; un Patronage, et un atelier d’imprimerie où se forment beaucoup d’apprentis, voilà pour les Barçons; quant aux filles, elles : ont le couvent des dames ‘de Sion, à l'£rce omo, l'école des sœurs de saint Joseph de l’Apparition, et deux Ouvroirs dirigés chacun par des tertiaires de saint François, haute surveillance des Pères de Terre-Sainte, Les pèlerins, les Pauvres et les malheureux

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à l’'Ecce seph de chacun sous la Sainte, eureux

en général, reçoivent l'assistance nécessaire à Casa Nova, l’hospice franciscain, à l'hôpital autrichien, à l'hôpital Saint-Louis, et au dispensaire général de Saint-Sauveur.

Comme il est facile de le voir par ce simple aperçu, malgré l’apathie, trop réelle, du monde catholique à l'égard de la Terre-Sainte, la charité chrétienne y est toujours vivante, tou, ours active, et les ordres religieux savent encore, par leur action bienfaisante, ‘y faire aimer le nom chrétien,

Plus loin, je parle assez au long des Franciscains; dans leurs couvents ils donnent une hospitalité gratuite à tous, sans distinction d'origine ou de croyance, et à leur table d'hôte, sont assis ensemble, le chrétien et le juif, le catholique et l'infidèle; partout ailleurs, dans les principaux endroits de la Terre-Sainte, ils accordent trois jours de station dans leur couvent ; à Jérusalem, cette permission s'étend à deux semaines, afin de donner le temps nécessaire pour voir en détail et visiter à loisir, les divers sanctuaires.

C'est Pie IX, de sainte mémoire, qui a réta-

bli, le 10 octobre 1847, le patriarcat latin de Jérusalem ; le premier titulaire fut Mgr Valerga, Prêtre du diocèse de Gênes, Entré à Jérusalem en 1848, il en gouverna l'Eglise pendant vingt-cinq.ans, fonda plusieurs des établissements religieux et établit un bon nombre de missions dans l'intérieur du Pays. Son successeur, le patriarche actuel, est Mgr Braco, qui continue Jes œuvres de son prédécesseur, et applique toute son énergie et ses talents à faire progresser le catholicisme dans toutes les parties de la Terre-Sainte.

C'est lui qui, entre autres, a appelé à Jérusalem, les frères des écoles chrétiennes, qui ont actuellement un établissement des plus prospères, voyant accourir à leurs classes presque tous les enfants de la ville, y compris les fils du Pacha,

Après cette vue d'ensemble sur la Ville Sainte, il faut en visiter chacun des monuments religieux, parmi lesquels le Saint Tombeau, étant à tous points de vue, le plus important, et celui qui présente le plus d’attrait aux

pêlerins, doit le premier attirer notre attention.

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