NAZARETH
Enfin le douze janvier, au coucher du soleil, une douce brise apportait jusqu'à nous les échos jetés dans les airs par les cloches de Nazareth, |£t cette petite ville se dessinait elle-même, avec la colline en amphithéâtre qu’elle couronne si | gaiement ; abandonnant la plaine, nous nous
tngageons dans un défilé où nous perdons la vue de la cité de Marie,
laquelle nous apparait
de nouveau quelques instants après, avec son sanctuaire de la Visitation, qui se détache admirablement sur le reste du: panorama.
Encore un quart d'heure de marche, et nous allons demander l'hospitalité aux PP. Franciscains, dont le couvent est tout. à côté de la sainte maison,
Nazareth paraît peu connue aux siècles. qui précédèrent la venue de Notre Seigneur, et c'est le mystère de l’incarnation du Verbe qui a fait toute sa gloire.
La demeure de la sainte famille servit sans doute d'église dans les premiers siècles, et attira dans la ville une foule de pèlerins, dont le concours fit, pendant longtemps, la richesse et la prospérité de cette partie du pays.
Mais les barbares n’eurent pas, pour la cité
sainte de Galilée, un respect qu'ils avaient | refusé aux autres sanctuaires de Palestine, ! et que demandait la sublimité des mystères
accomplis à Nazareth.
Aussi, à l’époque des croisades, les chrétiens
la trouvèrent-ils dans un état de dévastation !
affreuse, et s’empressèrent-ils de lui rendre |
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autant que possible, le prestige et l’honneur
qui lui était si justement dus,
Un archevêque y fut même installé, et cinq de ses successeurs Purent s'asseoir sur le siège métropolitain de Nazareth,
1187 fut inexorable, et Ja ville tomba au pouvoir de Saladin: Jes musulmans l’occupèrent longtemps : puis des hordes de barbares la brûlèrent au milieu du treizième siècle, et quelques années plus tard, Edouard d'Angleterre vint en expulser les disciples du coran, jusqu’à extermination complète.
Bonaparte arriva à Nazareth en 1799, et visita la grotte de l’'Annonciation,.
. En 1860, grâce au chef bédouin Akil-Agha, les chrétiens de Nazareth échappèrent aux horreurs du massacre, qui avait plongé dans le Sang, Damas et le Liban tout entier.
D'un aspect assez réjoui, quand on l'aperçoit de la plaine d'Esdrelon, Nazareth n'offre aucun charme par’son intérieur et ses rues qui, comme dans toutes les autres villes, scnt en pente raide, étroites, souvent tortueuses, mal- Propres, et bordées de maisons insignifiantes,
ramifications latine, grecque unie et maronite, est d'environ deux mille âmes ; il y a deux mille musulmans, à peu près le même nombre de schismatiqués, et une quarantaine de protestants de je ne sais quelle dénomination.
La paroisse latine est desservie par les religieux de saint François ; les autres rites ont leurs prêtres respectifs. Il y a des écoles catholiques ; celle des garçons est dirigée par les franciscains eux-mêmes ; les dames de Nazareth enseignent aux filles, et soutiennent un orphelinat,
Nous visitâmes, le soir même de notre arrivée, le principal sanctuaire de Nazareth, celui où le Verbe s'est fait chair, la maison bénie dans laquelle Jésus passa la plus grande partie des trente premières années de sa vie, :
La maison de la sainte famille se composait de deux parties, dont l’une était un enfoncement dans le flanc de la colline, l’autre, bâtie de main d'homme, avait été adossée et unie à la grotte préexistante, de manière à former avec elle une même demeure, partagée en deux
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chambres de dimensions à peu près égales, et communiquant entre elles par une assez large baie,
On croit généralement que, lors de l’Annonciation, l'ange apparut dans l’une de ces deux pièces, et que Marie se trouvait dans l'autre, sans que la tradition détermine, d'une manière plus précise, la place occupée respectivement par Gabriel et la divine Vierge,
La sainte maison de Nazareth, témoin des divines opérations du Saint-Esprit dans le cœur de Marie, et que Jésus, s2 Mère et Joseph sanctifièrent par un long séjour, fut comme je l'ai dit plus haut, transformée de bonne heure
. en église, et les pèlerins y affluèrent à tous les
siècles, suivant la facilité qu'ils pouvaient avoir de la visiter et d'y prier. :
Sainte Paule, au quatrième siècle, saint Antonin au sixième, saint François d'Assise, en 1210, et saint Louis, roi, en 1252, comptent parmi les plus illustres des saints pèlerins qui. vinrent se Prosterner sur les dalles sacrées de ce Sanctuaire, ou sur les décombres dont l'avaient Couvert les barbares, Mais voici que vers la fin
du treizième siècle, un événement extraordinaire se produisit à Nazareth : le 10 mai 1201, en effet, cette partie de la sainte maison que les hommes avaient construite, pour l'ajouter à la grotte naturelle, disparut, et fut emportée par des anges à travers les airs, d'abord en Dalmatie, où elle resta trois ans, puis, sur les rives opposées de l'Adriatique, dans la marche d'Ancône; cette station ne devait pas être la dernière puisque, huit mois après son apparition en Italie, la sainte maison de Marie quittait le bosquet, au milieu duquel les anges l'avaient pieusement placée, et était portée définitivement un mille plus loin, à l'endroit qui s'appelle Lorette, et où la maison de la sainte Vierge porte le nom de Sainte Maison de Lorette,
La demeure de Marie se trouve donc aujourd'hui, partie à Nazareth, où est restée la chambre creusée sous le rocher, et que la sainte famille habitait réellement, et partie à Lorette, en Italie, où les anges déposèrent, après plusieurs années de pérégrination, la pièce ajoutée par la main de l’homme, à l’appartément primitif,
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Comme chacune de ces deux parties était occupée par Marie ou le Messager céleste, au moment de l’incarnation du Verbe, il est juste de vénérer le Sanctuaire de l'Annonciation et à Nazareth et à Lorette, puisque, à ces deux endroits, se trouve vraiment la maison dans laquelle s'accomplirent ces sublimes mystères.
La demeure de la sainte famille subit, naturellement, toutes les vicissitudes de la ville même de Nazareth.
Par les soins de Constantin, une belle basilique entoura d’abord le sanctuaire de l'Annonciation. Bien des fois exposée à la profanation de la part .des infidèles, cétte église fut pillée, saccagée, mais non détruite, à l'époque du siège de Jérusalem par les premiers croisés, et ce n'est qu’en 1263 qu’elle fut renversée,
Les franciscaine, qui vinrent en 1300 s'établir à Nazareth, ne Purent cependant s’y fixer définitivement que trois siècles plus tard, époque à laquelle le Rme Custode obtint l'autorisation de bâtir une autre église, sur le lieu de l'annonciation,
Les travaux de déblaiement amenèrent la
découverte, sous les ruines de l’ancienne église, des fondations de la partie de la maison qui se trouve aujourd’hui à Lorette,
Un nouveau temple s'éleva sur ces ruines et ces fondements, et les bédouins le saccagèrent et brûlèrent en 1638. Il fut aussitôt remplacé par une humble chapelle qui subsista jusqu’en 1730. À cette date remonte la basilique actuelle, que le gouvernement d'alors permit aux franciscains de construire, en fixant comme délai, un temps trop court pour laisser mettre à découvert, les pierres qui avaient servi d’assise à la demeure de Marie ; il fallut édifier sur des décombres, ce qui eut pour résultat une différence de niveau assez notable, entre le pavé de l'église et celui de la chambre naturelle,
Notre première pensée en arrivant à Nazareth, fut d'aller nous prosterner dans ce sanctuaire de l’annonciation, et d'y répéter les prières de la salutation angélique. Le le demain matin, chacun de nous s’accorda la jouiseance bien grande d'offrir le saint sacrifice, sur lé +1 même de l'incarnation du Verbe dans le £a de la Vierge Marie, |
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La partie supérieure de l'église est divisée en trois nefs, séparées par des piliers carrés ; un escalier de quinze marches descend du milieu de l'église, à la chapelle de l’Ange, où se
voient deux autels dédiés respectivement à
saint Joachim et sainte Anne, et à l'archange
Gabriel ; cette chapelle de l'Ange couvre l'em-
placement de la maison ajoutée par la main de l’homme, De la chapelle de l’Ange, on descend, par deux autres degrés, dans la grotte naturelle, qui porte le nom de l’Annonciation, L'autel principal y est dédié au mystère de l'Incarnation du Verbe, que nous rappellent ces mots incrustés dans le marbre :
H£c Verbum caro Jactum est,
En arrière de cet autel, dans une autre grotte formant une chapelle obscure, est un quatrième autel, adossé à celui de l’Annonciation, et portant le nom de saint Joseph.
Les dimensions de la chapelle de l'Ange sont de vingt-quatre pieds, sur un peu moins de neuf, Quant à la sainte grotte, elle mesure à peu près dix-huit pieds de long sur six de large, et est entièrement creusée dans le rocher,
Enfin, une autre excavation naturelle, plus reculée encore que la chapelle de saint Joseph, est appelée par plusieurs auteurs Cuisine de la sainte Vierge, sans qu'on puisse établir cependant, qu’elle ait fait partie de la demeure de Marie,
Au-dessus de la crypte, dont je viens de donner une description sommaire, est le chœur des réligieux, communiquant avec les nefs de l'église supérieure par deux escaliers latéraux ; les religieux s’y réunissent pour chanter leurs offices de chaque jour.
La basilique, comme on le voit, n’est remarquable ni par ses proportions grandioses, ni par la richesse des ornements qui la décorent; mais, appartenant exclusivement aux catholiques, représentés par les pieux franciscains, elle est entretenue avec un soin minutieux,
dans la plus grande décence et la plus parfaite propreté, ce qui fait un contraste avec la plupart des autres sanctuaires de la Terre-Sainte,
Dans la ville de Nazareth, outre le sanctuaire de l’'Annonciation, nous visitâmes encore la fontaine de la sainte Vierge, que recouvre un
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petit monument pourvu de trois robinets, et à laquelle la mère de Jésus venait puiser l’eau pour les besoins du ménage.
La source qui alimente cette fontaine, est renfermée dans une petite église schismatique située à quelques pas.
Une pauvre chapelle, remplaçant une vaste église que les premiers chrétiens y avaient d'abord construite, s'élève sur le lieu de l'atelier de saint Joseph, où l'enfant Jésus venait donner à son père nourricier les consolations de sa divine présence, et même l’aide que lui permettaient les forces de son jeune âge,
Dans une autre chapelle, qui appartient aux franciscains, est un énorme bloc de pierre grossièrement aplani, et désigné sous le nom de table du Christ, Mensa Christi: on croit que Notre Seigneur y prit plusieurs repas avec sés disciples, avant et après sa résurrection.
Les grecs catholiques ont leur église paroissiale, bâtie à l'endroit où, du temps de Notre Seigneur, existait une synagogue: Jésus y entra un jour du sabbat, et se leva pour lire.
On lui donna le livre du prophète Isaïe ; et
l'ayant déroulé, il lut le passage où il était écrit: ‘“ L'Esprit du Seigneur est sur moi ; c’est pourquoi il m'a consacré par son onction et m'a envoyé pour évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé...” Ayant repli le livre, il le rendit au ministre, et s’assit, Et tous dans la synagogue avaient les yeux attachés sur lui, Or, il commença à leur dire:
“ C'est aujourd’hui que cette écriture que vous venez d'entendre est accomplie,” Et tous lui rendaient témoignage, et admirant les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, ils disaient : “ N'est-ce pas là le fils de Joseph?” Alors il leur dit : “ Assurément vous m'appliquerez ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même, et me direz : ces grandes choses faites à Capharnaüm et dont nous avons ouï parler, fais-les ici dans
ta patrie,” Et il ajouta: En vérité je vous dis qu'aucun prophète n'est accueilli dans sa patrie...” Entendant ces paroles, ils furent tous remplis de colère dans la synagogue, C'est pourquoi ils se levèrent, le poussèrent hors de la ville, et le menèrent au sommet du mont sur lequel leur ville était bâtie, pour l'en
précipiter. Mais Jésus passant au mijieu d'eux,
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D'après la tradition, Marie fut présente à ce soulèvement des Nazaréens contre son Fils, et chercha même à suivre Jésus, jusqu'au lieu d'où là foule cruelle voulait le précipiter ; mais elle dut s'arrêter au milieu du chemin, épuisée par la fatigue et la douleur ; sur la colline qui fut témoin des angoisses de Marie, et que l'on visite, au sud de la ville, une église exista long. temps sous le nom de S, Maria del T, mor, où Notre-Dame de l'Effroi ; il y avait aussi un
D couvent de bénédictines, On ne voit plus rien
de ces monuments.
La montagne d'où les Nazaréens voulurent précipiter Notre Seigneur, est encore plus loin, vers le sud,
Elle domine la ville, et est bordée de rochers affreux ; de la plus haute plate-forme, qui est le lieu même du précipice, le regard plonge dans un abîme effrayant, et presque vertical. On
parrive à ce plateau par un sentier serpentant à
qiravers les roches hérissées de petits arbustes Lrabougris,