SAINT JEAN D’ACRE
Le trajet, du mont Carmel à Beyrouth, se fit en suivant la rive, partout où la grève offrait à nos chevaux une route facile et agréable; quelquefois, il fallut faire de longs détours, afin d'éviter des rochers escarpés, des marais
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infranchissables, ou le lit trop large et trop rapide «ie quelque torrent.
Pendant toute la durée de ce voyage qui dura trois jours et demi, nous fûmes favorisés du temps le plus agréable, sauf, qu'à de rares intervalles, des averses imprévues nous forcèrent à chercher pour quelques minutes refuge dans un khan. Souvent ces khans, où nous arrétions ainsi pour nous reposer au milieu du jour, ou nous protéger contre l'orage, étaient déjà occupés par quelques personnes des environs, que le même motif y avait amenées: ces gens, ceux surtout que nous rencontrâmes dans le Liban €t qui sont connus sous le nom de Maronites se montraient d’une extrême courtoisie à notre égard ; la population de ce pays a, dans sa physionomie un cachet à part ; la figure respire là douceur et l'honnêteté, ce qui repose singulièrement de la vue des druses ou des mahométans en général, qui ont le regard si faux et la mine si repoussante : leur manière de salue est aussi des plus gracieuses ; souriant avec bienveillance, de l'air de quelqu'un qui vous reconnaît, ils portent, en inclinant un peu
la tête, leur main aux lèvres, au front et sur le cœur, Ces maronites sont d'excellents catholiques.
Si Fon excepte la zône étroite qui longe la mer et est, en général, désolée et déserte, le paysage qui se déroulait sous nos yeux, à mesure que nous avancions vers le nord, était agréable et réjouissant ; d'un côté la mer, dont les vagues mollement remuées par une douce brise vehaient baigner les pieds de nos chevaux, pour se retirer ensuite et faire briller aux rayons du soleil, comme autant de perles, les innombrables coquillages qui parsèment le rivage, et dont les habitants de Tyr se servaient autrefois pour la confection de la pourpre ; au loin, le Liban étale ses belles collines en amphithéâtre, dont les plus hauts sommets sont Couverts de cèdres, et dont les flancs laissent voir, dispersés au milieu d’un riche tapis de verdure, les villages les plus prospères et les plus vivants. Autour de ces villages sont
d’épaisses forêts de cactus, et de belles planta.
tions de môûriers, la richesse du pays.
À notre droite, hélas! pendant la première
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prospérité, souvenir qui ajoute encore à l'indicible tristesse du spectacle actuel,
Devant nous, sur notre route même, nous avons à fouler de nos pieds l'emplacement de plusieurs villes importantes, qui ont complètement disparu, ou sont aujourd’hui remplacées par des bourgs insignifiants,
Notre première halte, après avoir dépassé Caipha, se fait à Akka. |
Cette ville s'appelait Ptolémaide, au temps de saint Faul, qui s'y arrêta une journée au milieu des frères,
A l’époque des croisades, Akka soutint un siège. de trois ans, pendant lequel périrent cinq cent mille combattants. Guy de Lusignan s’en rendit maître enfin, et la ville prit le nom de saint Jean d'Acre.
Les franciscains, qui y résident encore, 5’y établirent en 1210.
En 1291 le sultan d'Egypte assiégea la ville : vingt-cinq mille chrétiens furent massacrés où
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trainés en esclavage, et c’est alors que l'on vit les clarisses, pour échapper au deshonneur, se mutiler horriblement le visage,
Bonaparte vint à son teur mctire Je siège devant saint Jean d’Acre en 1799 : mais vains efforts, le fougueux général dût battre en retraite, et renoncer à entrer dans la ville,
Ibrahim. Pacha l'emporta d'assaut en 1823, La malheureuse ville fut de. nouveau bombardée et prise, par les flottes coalisées de l'Angleterre et de l'Autriche, en 1840.
Akka possède un couvent des fils de saint François où nous reçumes l'hospitalité, Ces religieux desservent aussi l'église paroissiale,
Il n’y a guère de remarquable, dans la ville, que la mosquée de Djezza, et ce qui reste d’un ancien couvent des chevaliers de saint Jean, dont les musulrans se sont en parés, pour s’en servir comme d'un hôpital militaire.
Le lendemain je notre arrivée à saint Jean d’Acre, ayant célébré la messe dans la petite église franciscaine, nous Patftimes de bonne heure et continuâmes de nge la mer; la
première étape se termina vers midi à Khan-
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en-Nakoura, et le soir nous allions frapper à
la porte du monastère de saint François, la petite ville de Tyr,
Sur notre route, nous avions là, des arcades à demi ruinées,
dans
remarqué çà et Pauvres restes d'anciens aqueducs ; des jardins assez bien cultivés, et plantés d'arbres fruitiers ; des ponts en maçonnerie et à plusieurs arches, jetés au-dessus des torrents, quelques Villages à l'aspect misé. . rable, établis au pied des montagnes.
Mieux situé, et plus prospère que ceux que
ous avions vus jusque là, est le bourg mahométan d’Ez-zib, : ‘ti sur l'emplacement d’Achzib, qui, lors du partige de la terre promise, fut assigné à la tribu d'Aser C'est ]à qu'Anti-
gone fit couper les oreilles … jn frère Hircan,
afin de le rendre incapable d'exercer les fonctions de grand-prêtre, et que Phasaël, frère d'Hérode-le-Grand, ne voulant pas mourir de lk main de ses ennemis, se brisa la tête contre ls murs de son cachot,
Viennent ensuite la plage déserte, des ruines, des tombeaux abandonnés, des torrents dessé.
chés, des marais couverts de broussailles, et enfin, près du lieu de la fameuse Palæ-Tyr, les trois puits dits de Salomon, sorte de bassins
immenses, construits avec de belles pierres cimentées, et dont les eaux, passant d'une citerne à l’autre par le moyen d’un canal, font tourner des moulins, arrosent des prés, alimentent plusieurs ruisseaux, et vont finalement se perdre dans la mer.
Les commencements de Tyr, appelée par les prophètes fille de Sidon, fille de la mer, se perdent dans la nuit des temps. A l’époque de Josué, cette ville passait déjà pour une place forte.
Le plus ancien historien, après Moïse, Sanchoniaton, eut Tyr pour patrie,
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roussailles, et Palæ-Tyr, les e de bassins belles pierres assant d’une n canal, font les prês, alint finalement
appelée par de la mer, se A l’époque our une place
Moïse, San-
Située, à l’origine, sur le Continent, la ville fut, sous Hiram, reliée à l'île d'Erycore, qu'un bras de mer éparait de la terre ferme, et sur laquelle étaient le temple et l'idole de la divi. nité tyrienne, Astarté,
Après avoir longtemps résisté au siège le plus habile, Tyr, soumise enfin par les troupes assyriennes, perdit son indépendance, et fut
même détruite de fond en comble sous Napopolassar.
La partie de la ville sise sur le continent, ne se releva pas de ses ‘ruines, mais ceux des
tyriens qui survécurent À l'affreux massacre de Nabuchodonosor, refirent de l’
île d'Erycore le siège d’une ville, qui rappela par sa richesse et sa magnificence, la gloire et la prospérité inouies de l’ancienne ville phénicienne, et mérita de nouveau le Surnom de reine des mers.
Cette nouvelle cité fut assiégée par Alexandre-le-Grand qui ne Put, malgré d’habiles efforts, s'en emparer qu'après sept années, A l'exception de quinze mille, sauvés par les Sidoniens, tous les habitants périrent.
Tyr se releva Encore, et même redevint flo-
rissante, jusqu’à ce que Pompée fit de toute la Phénicie, une province. romaine.
La richesse de Tyr provenait surtout de la pourpre, mentionnée mainte fois dans les Saintes-Ecritures, et dont la fabrication semblait être le secret des Tyriens,
Le long du rivage, on nous fit voir un coquillage qui s’y trouve en grande quantité et dont, selon une opinion assez répandue, les habitants de la côte Tyrienne se servaient autrefois, pour la confection de la pourpre et que les savants appellent Murex trunculus.
Les malheurs effroyables qui, à diverses époques, sont venus fondre sur la ville de Tyr, étaient l’accomplissement des terribles prophéties, prononcées contre cette ville orgueilleuse, que la prospérité avait enflée de vaine gloire, Après avoir rappelé la richesse et la prospérité de Tyr, Ezéchiel poursuit par ces paroles : “ Voici ce que dit le Seigneur Dieu: Parce que ton cœur s'est élevé et que tu as dit: Je suis Dieu, et assisé au milieu de la mer, quoique tu ne sois qu'un homme; Je ferai venir contre toi des étrangers qui sont lés plus
puiss.
l'épée tout « te tue mouri tués à Jés les co dans :
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voir un quantité idue, les servaient urpre et lus.
diverses de Tyr, les proorgueille vaine se et la par ces r Dieu:
e tu as la mer, Je ferai les plus
puissants d'entre les peuples ; et ils viendront, l'épée à la main, EXterminer ta sagesse dans tout son éclat, et ils Souilleront ta beauté, Ils te tueront et te précipiteront du trône, et tu Mourras dans le Carnage de ceux qui seront tués au milieu de la mer. ”
Jésus, comme le raconte saint Marc, vint sur les confins de Tyr et de Sidon : et étant entré
dans une maison, il Youlait que personne ne Je sût; mais il ne put demeurer caché. Car une femme, dont la fille était possédée d'un esprit impur, sitôt qu'elle eût oui dire qu’il était Jà,
entra, et se jeta à ses pieds.
C'était une femme païenne, syro-phénicienne de nation. Et elle Je priait de chasser le démon du corps de sa fille, Jésus lui dit: “ Laissez d’abord rassasier les enfants ; car il n’est pas bien de prenüre le pain des enfants, et de le jeter aux chiens. ” Mais elle répondit et lui dit : “il est vrai Seigneur ; cependant, les petits chiens mangent sous la table les miettes des enfants.” Alors il lui dit: « A Cause de cette parole, allez; le démon est sorti de votre fille.” Et lorsqu'elle revint dans sa maison, élle
trouva que‘sa fille était couchée sur son lit, et que le démon l'avait quittée,
Allant de nouveau hors des confins de Tyr, Jésus vint par Sidon à la mer de Galilée, à travers le pays de la Décapole…
Rien n'indique au pèlerin l'endroit du miracle, nile chemin suivi par Notre Seigneur aux environs des villes de Tyr et de Sidon.
Saint Paul vint, lui aussi, à Tyr, comme nous l'apprennent les actes des apôtres, où se trouve ce récit si touchant de son départ : “Et ces
jours étant écoulés, nous partîmes, et ils vinrent
tous, avec lerus femmes et leurs enfants, nous
conduire jusque hors de la ville ; et, nous étant agenouillés sur le rivage, nous priâmes. Et après nous être dit adieu les uns aux autres, nous montâmes sur le vaisseau, et ils s’en retournèrént chez eux. :
La ville, fortifiée par Adrien, eut, dès l’origine, un évêque catholique,
Elle vit mourir Origène, fournit à l'Eglise un grand nombre de tnartyrs, envoya plusieurs de ses pasteurs à divers conciles, et eut dans la suite un archevêque, dont pas moins de aua-
torze diocèses dépendaient,
les pa que d amas tions, où pr et fort ferme La } tants, c les aut juifs.
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de Tyr, alilée, à
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l'Eglise lusieurs dans la
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Les sarrasins ravagèrent tous les monuments chrétiens en 636. A l'époque des croisades, Beaudoin II s'empara de Tyr, qui fut prospère et recouvra même son siège archiepiscopal, pour toute la durée du royaume latin de Jérusalem,
La journée d'Hattine inaugura une ère nouvelle de malheurs et de désastres, et la: ville fut complètement détruite et brûlée en.129r.
Les Pères franciscains, qui y possèdent encore un Couvent, sont venus s'établir à Tyr en 1256,
La ville actuelle, qui n'offre à l'œil, À part les pauvres maisons-qui abritent ses habitants, que des pans de murs à moitié croulés, et des amas de pierre, restes des anciennes constructions, est sise tout entière sur l'ile d'Erycore, Où primitivement, se trouvait le temple païen, et forme une presqu'ile, étant reliée à la terre ferme par une chaussée,
La population, Comprend cinq mille habi. tants, dont ia moitié au moins sont musulmans : les autres sont catholiques, schismatiques et juifs,
Des sœurs indigènes dirigent une écotg catholique de jeunes filles.