‹ Souvenirs d'un voyageurChapitre 10 sur 15 · O COD, KEEP ME INNOCENT, MARE THE OTHERS GREAT · texte numérisé non relu

O COD, KEEP ME INNOCENT, MARE THE OTHERS GREAT

A llirschholm, je rencontrais un vieux paysan qui l’avait vue et qui en parlait avec une sorte d’enthousiasme poétique.

1 Mon Dieu, conserve-moi innocente el fais les autres grands!

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« Mes parents, me dit-il, demeuraient près du château, sur le chemin de la forêt. Quand la reine allait à la chasse, elle passait devant notre maisonnette. Dès que j’entendais le bruit de ses équipages, je courais dehors pour la voir. J’étais bien petit alors, mais je me rappelle comme elle était belle, et elle n’était pas moins bonne. En l’année 1771, lorsqu’il y eut une si grande misère en Danemark, souvent elle nous envoyait des provisions. Elle avait vendu à Hambourg ses plus brillantes parures pour mieux assister les indigents. Un jour, ayant appris par hasard que ma mère était malade, de la maladie dont elle est morte, elle vint elle-même la visiter; elle l’encouragea à la patience, lui donna de l’argent, et lui dit qu’elle lui enverrait son médecin, ce qu’elle fit réellement. Mon père était si ému, qu’il pouvait à peine la remercier. Ma mère et moi, nous la regardions, tout émerveillés, les mains jointes, comme si nous avions devant nous un ange. »

Ainsi disait le paysan, un vénérable vieillard

avec une grande barbe blanche et une figure dont j’admirais la sérénité.

À Elseneur, j’oubliais la chronique de Saxo, le grammairien, et le drame de Shakspeare:

llamlet et Ophelia. Je montais sur la terrasse de Kronborg, songeant à Caroline-Mathilde, etj’entrais avec une religieuse commisération dans la cellule où elle lut enfermée par la rage de ses ennemis.

Plus lard, j’ai été voir dans le pays de Hanovre le château de Celle, où elle est morte, et le monument que de pieuses mains lui ont élevé.

Bien des années se sont écoulées depuis celle où j’accomplissais celte pérégrination. Mais le temps n’a point affaibli la pensée qui m’animait en ce voyage de ma jeunesse. Chaque fois que je retrouve quelque part le nom de Caroline-Mathilde, il m’émeut, il m’attendrit.

J’ai lu tout ce qui a été écrit sur elle, en danois, en anglais, en allemand, en français. Son histoire n’est pas encore faite comme elle doit l’èlre. Si je n’étais un de ces pauvres vieux rè-

gle

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veurs auxquels les longs Ouvrages font peur, je l’entreprendrais. Un autre plus habile et plus heureux que moi accomplira cette tâche.

En attendant, je voudrais essayer de retracer sincèrement, brièvement, les principaux traits de cette dramatique légende.

Qu’elle était belle au temps de son mariage, la royale fille d’Angleterre, avec ses longs anneaux de cheveux châtains, ses grands yeux bleus, sa vivacité juvénile, et l’éclat printanier de ses joues et de ses lèvres! À celte beauté elle joignait un esprit très-cultivé, et parlait facilement plusieurs langues: l’allemand, le français, comme l’anglais.

Son père, le prince de Galles, était mort subitement quelques mois avant qu’elle vînt au monde. Mais elle avait été parfaitement élevée sous la direction de sa mère. Et elle avait seize ans, et elle apportait en Danemark une dot de plusieurs millions.

Dès son arrivée à Àltona, elle captiva tous

ceux qui l’approchaient, et partout, sur son che-

min, ('lie fut saluée avec enthousiasme. « Elle fut, dit un écrivain danois qui assistait à son entrée à Copenhague, elle fut reçue comme une divinité et vraiment adorée. Par l’expression de son regard, par la douceur de son sourire, par la grâce de ses mouvements, elle répandait autour d’elle un charme indicible. A moins de n’avoir pas de cœur, on ne pouvait résister à cet enchantement. »

Telle était, en 1766, l’impression générale du peuple danois. Mais au delà des manifestations de l’enthousiasme populaire, quelle ombre sinistre! Dans les fêles de la cité et du palais veillait la haine silencieuse? et sombre. Près de la jeune reine était le péril. Près du trône où elle montait s’ouvrait l’abîme où elle devait tomber.

Pour expliquer les événements dont elle fut la victime, nous devons retourner quelque peu en arrière.

Frédéric V, qui pendant une partie de sa vie gouverna sagement son royaume, avait épousé, en 1745, une fille de George il, une femme

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d’un esprit élevé et d’un cœur excellent, qui se lit chérir et bénir en Danemark. En 1749, il en eut un fils, qui fut Christian VII. Par malheur, il la perdit, et par malheur, il se remaria, et par malheur, il eut encore de ce mariage un fils.

Sa seconde femme, une princesse de Brunswick-Wolfenbultel, ne ressemblait en rien à la première. Elle était ambitieuse et dissimulée, cupide etcruelle. La vue de Christian, qu’on appelait le prince royal, éveillait eu elle une jalousie féroce.

Comme la marâtre des contes de fées, elle était tourmentée du désir de mettre son fils sur le trône, à la place de celui qui en était le légitime héritier. Son lils était laid, disgracieux, méchant; Christian, au contraire, avait une jolie figure et annonçait d’heureuses facultés. Elle n’en ressentait pour lui qu’une plus violente animosité. On dit qu’un jour, pendant qu’il était au lit, malade, elle tenta de l’empoisonner, et une autrefois de le noyer dans le lac de Fredensborg.

Si ces deux attentats ne sont point pleinement

prouvés, il en est un autre qu elle poursuivit pendant de longues années avec une horrible pensée. Si elle ne voulut pas, ou ne réussit pas à tuer physiquement tout d’un coup l’innocent fils de la noble reine Louise, elle le tua moralement peu à peu. Elle lui inspira dès son bas Age une crainte puérile dont il ne s’affranchit jamais, et dont elle usa plus tard pour le subjuguer entièrement. Elle lui donna des maîtres qui le rudoyaient sans lui rien enseigner, et des compagnons qui lui apprenaient les plus mauvaises choses. A dix-sept ans, le prince royal de Danemark courait la nuit à travers les rues de Copenhague dans les cabarets et les maisons de débauche, et sa marâtre souriait en entendant raconter le tapage qu’il faisait et les désordres auxquels il s’abandonnait dans ses honteuses aventures. M. Reverdit, un des historiens de celte époque, dit dans ses Mémoires que le malheureux Christian contracta tout jeune en son cercle pervers des habitudes qu’il ne put réprimer et qui altérèrent son cerveau.

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Frédéric V vivait encore, mais il subissait luimême l’influence de sa méchante femme. Pour oublier ses chagrins de père et de roi, il s’abandonna à des sensualités funestes qui affaiblirent son énergie et abrégèrent son existence. 11 mourut au commencement de 1700, à l’âge de quarante-trois ans.

Neuf mois après, Christian VII se mariait.

La voilà donc, l’innocente Caroline, loin de sa famille, sur une plage étrangère, au milieu d’une cour où elle ne peut trouver, dans son inexpérience, ni un ferme appui, ni un bon conseil ; en face d’une vieille reine douairière, la mère de Frédéric, qui l’observe avec une froide sévérité, et d’une autre reine douairière, Marie-Julie, dont elle a tout à craindre. La voilà unie, presque enfant, à un enfant. Elle a seize ans et Christian en a dix-neuf. Il est devenu amoureux d’elle en voyant son portrait, amour d’imagination, amour de jeune despote, amour impérieux et éphémère.

La reine Julie avait été fort opposée à cette alliance. En réalité, elle aurait voulu que Christian

ne se mariât pas. Avec une constitution faible, il se montrait de plus en plus enclin à de dangereuses intempérances. Elle pensait qu’il ne vivrait pas longtemps et qu’elle aurait la joie de voir son tils à elle couronné roi de Danemark.

Elle échoua dans cette odieuse combinaison.

Elle s’indigna, avant de l’avoir vue, contre la douce fille d’Angleterre qui bouleversait son espoir. Elle l’abhorra, quand elle la vit si gracieuse, si charmante et si admirée. Furieuse de ses déceptions, elle se retira avec son fils dans son château de Fredcnsborg. Le roi n’essaya pas de la retenir. Le bruit se répandit qu’elle était en disgrâce et les courtisans s’éloignèrent d’elle. Quelques-uns de ceux là mômes qu’elle comptait au nombre de ses partisans les plus dévoués la quittèrent. Elle vécut seule dans ses pensées farouches, et un jour, au fond de sa retraite silencieuse, elle eut la douleur d’entendre résonner le canon qui lui annonçait la naissance d’un prince royal. C’était pour elle un nouveau désastre. Mais les vigoureuses passions ne se découra-

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gent point aisément. Julie avait la passion delà haine et de l’ambition. Elle ne voulait pas y renoncer, ou tout au moins ne pas se croire vaincue avant d’avoir de nouveau combattu. Elle connaissait l’humeur variable, la faiblesse de tempérament de Christian, et songeait qu’un jour ou l’autre elle retrouverait le moyen de le gouverner. Un jour devait venir en effet où on la verrait apparaître dans le palais de Chrislianborg, froide comme un arrêt judiciaire et inflexible comme le destin.

Bientôt elle apprit que le roi était déjà trèsrefroidi envers la jeune reine, dont il avait été si amoureux. Souvent, le jour, près d’elle, il se montrait fort ennuyé, et la nuit il désertait, comme autrefois, sa demeure pour courir avec son fatal favori Conrad Holck et d’autres mauvais compagnons dans les rues de Copenhague.

11 n’en fallait pas tant pour raviver ses projets. Elle comprit aussitôt que le moment était venu où elle devait se remettre à l’œuvre. Elle sortit de sa solitude pour se rendre près de Chris-

lian,pour l’engagera visiter quelques pays étrangers. Comme il était si faible et si accessible à de pernicieuses séductions, peut-être pensait-elle qu’il périrait dans les hasards de ses pérégrinations. Si réellement, comme l’affirment plusieurs écrivains, elle avait voulu l’empoisonner dans son enfance, elle pouvait bien rêver un nouveau moyen de destruction. En tout cas, elle espérait que, dans ce voyage, Christian se détacherait de plus en plus de ses devoirs d’époux, et que Mathilde, abandonnée à elle-même, dans la vivacité de son esprit et l’inexpérience de son âge, se laisserait entraîner à quelque faute irrémédiable.

« O ambition, dit le poète de la Fairy queen , ambition dont les emportements ne peuvent être réprimés ni par la crainte de Dieu qui enchaîne les démons, ni par les lois humaines qui gouvernent les empires, ni par les lois de la nature qui subjuguent les animaux sauvages! »

Peu soucieux des devoirs de la royauté, le débile, le fantasque Christian ne songeait qu’à se procurer sans cesse de Nouveaux amusements. Il

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ordonnait des bals, des mascarades, et il avait organisé dans son palais un théâtre où l’on jouait la tragédie et la comédie françaises, et où luimême jouait assez souvent un rôle. Mais déjà il était las de ses succès de danseur et d’acteur. 11 accueillit avec empressement l’idée de sa rusée belle-mère, et, comme un enfant habitué à satisfaire immédiatement tous scs caprices, il voulait se mettre aussitôt en route.

Un tel voyage exigeait pourtant certains préparatifs, et d’abord il fallait trouver de l’argent, ce qui n 'était pas chose aisée dans la pénurie du Danemark.

En 1707, Voltaire, qui alluma tant de brandons révolutionnaires et qui se prosternait si humblement devant les grands seigneurs et devant les rois, Voltaire écrivait à Christian, qui lui avait envoyé quelques centaines de pistoles pour les Calas :

Pourquoi, généreux prince, âme tendre et sublime. Pourquoi vas-tu chercher dans nos lointains climats Des cœurs infortunés que l’injustice opprime ?

C'est qu’on n’en peut trouver au sein de tes États.

Christian n’avait qu’à regarder autour de lui pour voir plus d’un infortuné digne de compassion. Pauvre bon pays de Danemark, si fidèle à ses souverains et à cette époque si mal gouverné !

Les paysans courbés sous la loi du servage, le commerce entravé par de durs monopoles ; une bourgeoisie laborieuse et souffreteuse; une noblesse qui n’aspirait qu’à quelque décoration ou quelque place dans le palais du roi ; le déficit perpétuel dans le budget; le trésor public chargé d’une lourde dette qui, chaque année, s’accroissait; à la cour, un grand luxe, fêtes bruyantes, dîners somptueux ; le roi et la reine servis eu vaisselle d’or, mais souvent la cassette vide, et la dot de Mathilde employée à solder d’impérieuses créances : telle était la situation du Danemark, quand le savant Voltaire félicitait Christian de n’y trouver aucun infortuné,

Cependant Christian voulait partir. Pour lui donner le moyen d’accomplir son projet, on établit un nouvel impôt sur les denrées alimen-

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laires, cl l’on mil en gage les revenus de la Norvège.

Grâce à ces expédients, le roi put entreprendre son voyage. Caroline-Mathilde manifesta le désir de l aecompagner, au moins jusqu’en Angleterre, où elle aurait eu la joie de revoir sa mère cl son frère. Pour la détourner de cette idée, Christian allégua une raison d économie.

L’économie était bien le dernier de ses soucis, il partit avec un cortège de cinquante personnes : ministres , conseillers , chambellans. A Hambourg, il vendit, pour un million, un ancien. privilège féodal qu’il conservait dans cette ville. À Allona, le comte Ranlzau lui recommanda un jeune médecin dont il vantail l’esprit et l’instruction. Le roi avait oublié d’emmener un médecin. Il prit le protégé de Ranlzau. C’était Struensée.

Quelques semaines après, Horace Walpole écrivait de Londres : « Je viens de voir le roi de Danemark. Il est si petit, si petit, qu’on dirait qu’il est sorti d’un nojau d’amande, comme dans les

contes de fées. 11 n’est pas mal conformé, quoiqu’il soit si exigu, et n’a pas l’air malade, quoique son visage soit fort pâle. 11 a avec lui un jeune fat nommé Holck, qui a une assez jolie ligure, mais qui ne tardera pas, je crois, à faire la culbute. Son premier ministre, M. de Bernstorff, est un homme distingué et de bonne façon. »

Dans une autre lettre il est dit : « Le roi de Danemark se montre gracieux et accessible, mais sans discernement et sans dignité. Plusieurs de ceux qui se sont rendus dans les appartements de Saint-James pour le voir dîner l’ont pris pour une jeune lille habillée en homme. »

Dans une autre lettre, Horace Walpole dit avec son spirituel humour : « Le grand roi si petit a la fière attitude d’un roitelet et les clairs yeux bleus de sa parenté maternelle. 11 pense faire un acte assez original en voyageant, car il ne s’intéresse à rien. Le peuple de Londres l’adore, et ce n’est pas sans raison ; le roi lui jette de l’argent par les fenêtres. Aux prochaines élections, il sera sans doute le candidat de Middlesex. »

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Christian faisait en effet un libéral usage de l’emprunt contracté pour payer ses frais de voyage. En se promenant dans les rues de Londres, il avait ses poches pleines de pièces d’or et d’argent qu’il répandait de côté et d’autre à tout hasard. Si cette provision était épuisée, quand quelqu’un implorait sa munificence, il donnait sa montre ou quelque autre bijou.

Pour remercier la cité de Londres qui lui avait offert un pompeux banquet, il lui offrit, dans la salle de l’Opéra de Haymarket, un bal masqué, le plus magnifique qu’on eut jamais vu. Tous les murs étaient tendus de velours cramoisi, surchargés de candélabres, et plus de trois mille personnes s’assirent à des tables splendidement servies.

Par son faste, ce roi du Nord apparaissait dans la capitale de la Grande-Bretagne comme un sultan des Mille et une Nuits , et le récit de ses générosités émerveillait les provinces. Le lord-maire lui présenta, au nom de la cité, un diplôme de bourgeoisie. L’université d’Oxford et l’université

de Cambridge lui décernèrent un diplôme de docteur en droit, et en même temps donnèrent le diplôme de docteur en médecine à Struensée, à qui le roi commençait à témoigner une estime particulière.

Mais un jour, comme il passait sur le porl, à l’endroit où stationnaient plusieurs navires du Nord, llolek, avisant un vieux matelot danois, lui dit brusquement :

— Que penses-tu du roi de Danemark?

— Je pense, répondit l’honnête marin, que c’est un grand miracle si, avec des gens comme ceux qui l’entourent, des conseillers comme Holck, il ne se perd pas tout à fait.

— Connais-tu Holck?

— Personnellement, non. Mais j’ai assez entendu parler de lui, et chacun, à Copenhague, plaint la jeune reine dont il a, par ses mauvaises actions, éloigné le roi.

Christian se fit reconnaître en adressant la parole à cet homme cl en lui donnant une poignée de ducats.

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— Excusez la hardiesse de mon langage, reprit le matelot, mais je ne puis cacher le chagrin que j’éprouve en vous voyant accorder votre confiance à des serviteurs qui vous conduisent à votre j)erte.

Le roi essaya de rire de celte remontrance inattendue, mais au fond il en fut affecté. Elle contribua à l’éloigner de Ilolk et à lui inspirer plus d’estime pour la conduite de Struensée, qui ne flattait point, comme Ilolck, ses caprices et ses passions.

D’Angleterre il se rendit en France et y fut reçu avec toutes sortes de courtoisies. Les peuples n’avaient point encore désappris à respecter la royauté. Les philosophes qui déclamaient si vaillamment contre les privilèges de la noblesse et les excès du pouvoir absolu adulaient à qui mieux mieux le roi de Prusse et composaient les plus emphatiques épîlres pour l’impératrice Catherine.

Ce roi, qui venait de si loin étudier, disait-on, les lettres, les arts, l’industrie, le gouvernement

des contrées les plus civilisées, devait être l’objet d’une attention universelle. Les journaux littéraires publièrent les compliments qui lui étaient adressés par les poêles, et racontèrent de point en point les divers incidents de son séjour à Paris : sa visite à Louis XV, qui l’accueillit avec une paternelle bonté; sa visite aux manufactures de Sèvres et des Gobelins, où on lui préparait de magnifiques présents; sa visite à l’Institut, où il eut le plaisir d’ètre harangué en prose par d’Alemberl, et harangué en vers par l’abbé Voisenon ; son dîner chez le duc d'Orléans, et la chasse nocturne, la chasse féerique de Chantilly.

Pendant ce temps, Caroline- Mathilde vivait solitairement, silencieusement, à Frederiksborg, sans cesse occupée de son fils dont la frêle constitution exigeait des soins assidus. Quelquefois, Julie allait la voir, et, l’observant attentivement, cherchait à découvrir sur son visage, à surprendre sur ses lèvres une expression de mécontentement. Quelquefois, dans l’espoir de lui faire commettre quelque indiscrétion, elle l’engageait traî-

Ireuscment à égavor sa retraite par des bals ou des banquets. Quelquefois, pour l’irriter, elle lui racontait les folies que faisait le roi en pays étranger. Mathilde, qui se déliait d’elle, ne se laissait heureusement point prendre à ces pièges. Elle écoulait doucement ces perfides conseils, et ne répondait point à ces hideuses confidences. Dans sa solitude, elle se consolait par sa tendresse maternelle de ses soucis de reine, de ses chagrins d’épouse. Elle se sentait heureuse de voir près d’elle le berceau de son fils. Plus tard, elle eut encore une fille. Ce fut son dernier rayon de joie au déclin de sa royauté.

Enfin Christian reprit le chemin de ses Etals. La reine alla à sa rencontre jusqu’à Roskilde et rentra «avec lui à Copenhague. Le soir, les rues de la capitale furent illuminées ; le peuple se réjouissait de revoir sou roi absent depuis huit mois.

En ces huit mois, Christian avait dépensé un million de rigsdalers.

Ni en Hollande, ni en Angleterre, ni en France, il n’avait fait une bonne chose pour sou pays, et

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