DÉVOUEMENT DE GOFFIN ET DE SON FILS
JL 'Europe entière connaît le trait sublime qui a illustré le nom de Gofïin: un grand homme a pris soin de payer à ce héros de l'humanité le tribut de la reconnaissance publique , en lui accordant solennellement la récompense des braves, et un poêle aimable (*) lui a consacré des vers qu'on ne peut lire sans attendrissement ; mais il est des actions que l'on ne saurait trop citer . et nos jeunes lecteurs ne seront peut- être pas fâchés de voir reproduits ici les détails de l'événement qui a fourni au généreux Goffin l'occasion de signaler son courage. C'est dans la relation authentique qui en fut faite sur les lieux (**) que nous avons puisé ces détails intéressants.
(*) Aimé Martin.
t'^*) Par M, le baron de Micoud, alors préfet de Liège.
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Le 28 février 1812 , l'exploitation delà mine tle houille de Beaujonc, située commune d'Ans , près de Li 'ge , l'ut inondée par reftorl des eaux qui pénétrèrent à l'un des côtés du serrement ou digue en bois qui sert ordinairement à contenir les masses d'eau qui se trouvent entre deux terres, particulièrement dans les veines qui ont déjà été exploitées.
Cette inondation se manifesta d'abord dans la bure ou grand puits , par où l'on enlève la bouille. Les ouvriers chargeurs qui s'j trouvaient rassemblés crurent que cette inondation provenait de l'engorgement des tuyaux de la pompe à vapeur, et n'en conçurent d'abord qu'une légère inquiétude } mais un d'eux ayant envoyé chercher le maître ouvrier, Hubert Gofïin, qui était alors dans une taille ou tranchée dans la veine à cinq cents mètres de distance, celui-ci reconnut bientôt que le danger était réel , et son premier soin fut d'appeler son fils, âgé de douze ans, qui était renfermé avec lui dans ce gouffre profond, où cent vingt-sept ouvriers al-
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laient avoir à lu Lier contre la mort la plus efFrajante.
Déjà, cependant, plusieurs d'entre eux se sont jetés dans le panier qui sert à enlever la houille; Goffin , tenant son fils dans ses bras , s'y place avec eux ; mais ^ frappé en ce moment du péril où ses compao-nons vont rester exposés , s'il les abandonne j il s'écrie dans un transport généreux : « Non , non, je veux sortir d*ici le dernier , les sauver tous ou périr. » Il dit , s'élance, et met à sa place un pauvre aveugle éperdu qui appelait en vain à saa secours.
Le panier s'élève rapidement ; mais , suspendu seulement à deux des quatre chaînes qui le soutiennent, il est sur le côté, plusieurs hommes tombent dans l'eau et en sont retirés par Goffin et son fils qui ne l'a point quitté. Le panier redescend , les ouvriers se pressent , s'entassent , la chute du coup d'eau en précipite une partie, ils sont encore sauvés avec le même dévouement. Enfin le panier revient pour la troisième fois. Les chevaux du manège
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sont lancés , leur course est rapide ; les honuiies n'ont qu'un instant pour saisir la machine qui doit les enlever ; Goffiu les avertit du danger qu'ils courent, mais ils ne l'écoulent plus, s'accrochent aux chaînes, et la plupart retombent et périssent dans la bure, plus profonde de deuxmèlres que le lieu du chargement où l'eau était déjà parvenue à la hauteur de la poitrine.
Danstette extrémité il n'j avait plus un moment à perdre, la fuite par la bure était devenue impossible ; il fallait chercher une autre voie de salut ou se dévouer à une mort certaine. Goffîn , avec un sancrfroid héroïque , avait ordonné toutes les dispositions nécessaires pour sauver les ouvriers demeurés dans les parties basses de la mine , et , secondé par trois de ses compagnons que son généreux dévouement avait électrisés , il était parvenu à les rassembler tous autour de lui et à les diriger vers le lieu le plus élevé.
Mais qu'on se ligure l'état de ces malheureux enfouis dans les entrailles de la terre à plus de cent soixante-dix mètres
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de profondeur, entassés dans un petit espace, privés d'aliments et presque d'air vital , et craignant à chaque instant d'être submergés par la crue rapide des eauxî Ah ! sans doute il ne fut jamais de position, plus désespérante. Ici la réflexion est l'agonie même : plus d'illusions , plus d'avenir, plus de lendemain; le moment qui s'écoule est le seul qui leur reste, et , pour comble de maux, plusieurs enfants renfermés avec eux dans cet effroyable gouffre, ajoutent par leurs cris au désespoir dont ils sont frappés.... « Cher maître, disent à Gofîin ces pauvres enfants ! par où sortirons- nous d'ici ? mon Dieu I se peut-il que nous devions mourir si jeunes! » Leurs plaintes touchantes déchirent le cœur du sensible Goffin ; il regarde avec douleur ces petits infortunés, hélas, son fils est parmi eux I mais renfermant les mortelles inquiétudes qni l'agitent , il promet de les sauver tous, et parvient à rendre le courage aux plus abattus.
A l'instant même les mineurs les plus robustes sont choisis pour entreprendre
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une tranchée et se frayer une issue dans la bure dite de Mauionster, éloignée de cent soixante-quinze mètres de celle de Beaujonc , et quelle que fût la difficulté d'un pareil travail, chacun s'y dévoue avec une égale ardeur.
Déjà un chemin de plusieurs mètres est ouvert , et chaque coup de pic en rendant un son plus grave annonce qu'on n'est pas éloigné du vide. Ils vont donc revoir le jour, ils pourront encore serrer dans leurs bras leur famille éperdue I Goffin, aussi sourit au bonheur de revoir sa femme et ses six autres enfants... Après de telles espérances qu'on se peigne , s'il se peut, l'affreux désespoir de ces infortunés , lorsqu'ils reconnaissent qu'ils ont creusé sur d'anciens travaux sans issue ; et d'où s'échappe avec un bruit horrible l'hydrogène enflammé qui leur eût causé la mort, si Goffin ne se fut hâté de boucher la communication.
Frappés de stupeur, les ouvriers se laissent tomber sur le mur de la veine ; quel* ques-uns néanmoins veulent continuer les