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Il fallut donc b'y dérober, il fallut chercher uîi réduit assez obscur pour qu'elles ne pussent pas j pénétrer. Sa chère Limagne s'offrit alors à sa pensée ; mais les calaniités publiques n'étaient pas le seul chagrin qui eût frappé Pierre ; il venait de perdre l'auteur de ses jours, et ne se sentait pas encore le courage de revoir les lieux où il n'aurait plus à embrasser qu'un tombeau ; et d'ailleurs serait-ce en Limagae qu'il pourrait être utile à ses semblables : sans doute là comme ailleurs il y a des infortunes à secourir; mais ce Paris, théâtre de tant d'événements , d'agitations et de malheurs , n'était-il j)as plus que jamais le centre de toutes les misères humaines, et l'homme qui voulait se dévouer à les soulager n'y trouvait-il pas chaque jour une plus ample moisson pour son active charité ?
« Oui , restons à Paris , dit le bon Auvergnat ; mais restons-j cachés à l'avide cupidité des méchants qui chercheraient à m'arracher le bien des pauvres dont le ciel m'a fait dépositaire. »
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Dès cet instant sa résolution est prise. La maison cle commerce , qn'il avait l'ait fructifier est vendue j les Tonds qui en proviennent sont placés en pays étrangers ; une partie considérable de diamants et le surplus de ses fonds sont cachés dans un lieu sûr et à sa portée , afin qu'il pût chaque jour eti faire usage pour les besoins des malheureux. Sans cesse occupé de les chercher, comme tant d'autres s'empressent de les fuir, il s'introduit jusque dans les prisons où sont entassées les victimes de tous les rangs et de tous âges; il les ranime, il les console , soulage leur misère, et affronte quelquefois les plus grands périls pour en dérober quelques-unes à l'échafaud. Chargé du secret d'un grand nombre de proscrits qui se tiennent cachés dans les réduits les plus mal-sains et les plus obscurs , il devient pour eux comme une seconde providence , leur porte de la nourriture et des vêtements ; les soigne dans les maladies qui leur surviennent; veille à leur sûreté, les avertit des dangers qui les aieiiacent , leur procure au besoin de nou-
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veaux asiles, ou les aide de sa bourse lorsqu'il peut assurer leur évasion.
Parmi ces infortunés dont sa vive sollicitude s'occupe sans cesse, un surtout l'intéresse au plus haut point; c'est l'honnête et bon Duval qui le fît passer de la sellette de décrotteur à l'état de bijoutier qui lui a si bien réussi.
Ce respectable vieillard était un ancien pensionnaire du gouvernement déchu , et toutes ses ressources s'étaient trouvées anéanties au moment de la révolution. Doué d'une grande bonté de cœur, mais d'une extrême irascibilité de caractère , il n'avait pu voir de sang-froid tous les bouleversements qui se passaient chaque jour sous ses yeux sans se permettre hautement des réflexions qui l'avaient fait ranger au nombre des suspects : c'était le mot consacré alors pour désigner les hommes qui n'avaient pas embrassé les principes révolutionnaires , et il était rare que cette désignation ne conduisît pas à la détention et quelquefois même à la mort.
Averti du danger que courait son ancien
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protecteur , dont il était devenu depuis quelque temps le soutien , Pierre se dévoua pour le sauver, et parvint à le faire conduire en Liniagne où il savait qu'il pourrait demeurer caché sans que personne songeât à le trahir ou à l'inquiéter. Mais ce dernier acte de dévouement ayant failli compromettre sa sûreté, il fut à son toiîr obligé de s'éloigner du théâtre des persécutions , et prit alors la singulière résolution d'aller établir, à une certaine distance de Paris , sur la route de sa terre natale, une espèce d'auberge qui devint en même temps un lieu de reluge pour ses chers proscrits qu'il ne voulait pas abandonner. Cette maison , extrêmement vaste , fut garnie de la quantité de lits nécessaires, pour le service des vojageurs paj ants , et la plupart des dépendances furent converties en diverses petites cellules destinées k servir d'asile au malheur. L*urbanilé du maître , le zèle des domestiques , qui tous avaient été choisis parmi des gens sûrs et dévoués, y attirèrent chaque jour de nouveaux chalands, et le boa Auvergnat
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n'eut bientôt plus que peu de frais à faire pour soutenir cet établissement où son inûénieuse charité trouvait sans cesse le moyen de se montrer et plus zélée et plus acti\e. Proscrits et voyageurs indig-ents > tous avaient part à ses soins et à ses bienfaits; mais c'était surtout envers les pauvres enfants délaissés allant, coinnie il avait f^iit autrefois lui-même, chercher fortune à Paris, que se montrait sa tendre compassion. Avec quel empressement, quelle touchante sollicitude il leur offrait tous les secours, tous les soulagements que réclamaient leur jeunesse et leur pauvreté! avec quel plaisir il écoutait leur langage -naïf, et combien il était heureux lorsque les ayant recommandés dans la capitale , ou il entretenait diverses relations, il apprenait que son appui et ses libéralités les avaient arrachés au malheur!
Ne se bornant pas à ces actes de bienfaisance qui cependant se renouvelaient chaque jour, Pierre étendait ses soins jusque si.^r les habitants des campagnes environnantes, et se vit bientôt l'objet d'une si
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tendre vénération dans tonte la contrée, qu'il fut dès lors tout-à-Pait à l'abri des persécutions révolutionnaires, quoiqu'à cette époque désastreuse elles atteignissent quelquefois l'homme de bien jusqu'au fond de la plus obscure retraite. Prudent dans ses démarches, comme dans ses discours, cachant sa richesse sous l'apparence d'une honnête industrie, et n'ajant jamais quitté le modeste vêtement qu'il avait adopté lorsqu'il pouvait sans nul danger montrer son opulence, il eut le bonheur de n'exciter l'envie de personne , et ne fut connu dans le pajs que sous le nom de rhomme hmn ^ nom qu'il avait donné pour enseigne à son auberge, et sous lequel il fut depuis désigné à Paris où il revint aussitôt que le calme fut assez rétabli pour lui permettre de se livrer à de nouvelles spéculations commerciales.
Résolu de consacrer le reste de sa vie au soulageaient du nialheur, cet homme vertueux voulait encore travailler à au^-menter sa fortune afin d'être plus à même d'étendre ses dons. Aussi que de larmes
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furent essuyées depuis par sa main bien-faisante î Combien de familles lui durent leur bien-être ! et combien de fois il reijouvela la scène du fermier Aubert^ en arrachant à la misère et au déshonneur d'honnêles commerçants qui lui confièrent leur détresse!
C'est à l'un de ceux-ci que nous devons ces détails sur la yie de Pierre. Si quelques-uns de nos jeunes lecteurs se sont plu au récit de tant de bienfaits, que pourtant nous n'avons fait qu'indiquer, et qu'ib désirent connaître cet homme si dévoué à l'espèce humaine, si passionné pour le tien de ses frères , qu'ils visitent en hiver surtout, les quartiers les plus pauvres de la capitale, le quartier Saint-Marceau, par exemple. Là bientôt, au coin de quelque rue boueuse, ils verront un petit vieillard, enveloppé d'un manteau brun râpé, souriant avec bonté au groupe qui se presse autour de lui ; ils le verront distribuer ses abondantes aumônes, non avec cette morgue de l'opulence qui détruit le bienfait, mais avec cette charité tendre et active qui
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en double le prix et fait trouver tant de charme dans le sentiment de la reconnaissance ; ils le verront s'enquérir des maux qu'il peut soulager; ils Tentendiont dire à Tétre infortuné dont il vient tarir les pleurs : « Oui je comprends tout ce que vous souffrez; moi aussi j'ai été pauvre, et je sais tout ce que la misère a de cruel , c'est pourquoi je compatis à la vôtre ; mais ne vous affligez plus, voici de quoi acheter du bois et de la nourriture. Demain je reviendrai, et sans doute j'aurai trouvé le mojen d'améliorer voire situation par le travail que je vous ferai procurer. »
A ce touchant in lérêl pour le malheur, à ces paroles si simples, mais si consolantes, mes jeunes lecteurs reconnaîtront r homme brun y mon petit Pierre enfin , et si hi Providence ne leur a pas donné comme à lui le^ richesses nécessaires pour faire beaucoup d'heureux , je suis sûr du moins qu'un si noble exemple ne sera pas perdu pour îeurbjeunes cœurs, et qu'ils j puiseront avec le désir d'être utiles à leurs semblables, une véritable admiration pour la vertu, admiralion qui déjà est presque la vertu même.