‹ Souvenirs d'une mère de familleChapitre 4 sur 13 · L'HOMME BRUN , OU LA BIENFAISANCE · texte numérisé non relu

L'HOMME BRUN , OU LA BIENFAISANCE

Lje petit Pierre, âgé de quatorze ans, venait, en 1773, de quitter les plaines fertiles de la Limagne, où il était né, pour venir à Paris vendre ses sueurs et son industrie à la dédaigneuse opulence. « Oh î que je serais heureux, se disait-il, en agitant le bâton noueux que lui avait donné son vieux père , au moment de son départ, que je serais heureux, si je pouvais seulement amasser de quoi acheter le terrain qui borde notre petit enclos! Alors mon père qui a reçu tant de blessures du temps qu'il était soldat, et qui a eu tant de cha-^ grin depuis la mort de ma mère, ne manquerait plus de rien ; car nous aurions bien assez de grain pour nous nourrir tous deux; je ne serais plus ol^ligé de le quitter pour aller ailleurs chercher ma subt,istance ; on

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est si bien près de son père î... Oui, mais, c'est à savoir si les gens cle la grande ville Tondront m'enjplover... Et pourquoi pas?

Je suis encore bien petit pour mon âge, c'est vrai, et l'on dit que je ne grandirai guère; mais je suis fort, tout de même, jamais malade, et avec cela du courage, et

le désir de gagner ma vie Ah, bab î je

réussirai. Est-ce que le voisin Guillaume n'a pas réussi lui? Il m'a bien dit qu'il n'était ni plus grand , ni plus savant que moi, quand il alla à Paris , où il v a tant de belles choses à voir et tant d'arg-enl à a'as"ner. »

Pendant ce monologue, le pauvre enfant recevait d'aplomb sur sa tête les rayons du soleil de juin, et commençait à se sentir bien fatigué de la longue route qu'il avait faite.

« Allons , reposons-nous, dit-il , en s'assejant sous l'ombrage de quelques vieux saules, aux pieds desquels serpentait un ruisseau limpide. Voilà de quoi me désaltérer, et j'ai du paiu dans mon havre-sac. Oh ! je ne manquerai pas d'ici Paris; car je suis déjà à peu près à moitié chemin y et

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il nie reste encore cinquanle sous des Irois livres que mon pauvre père m'a données pour uion voyage. 11 est vrai que presque partout on m'a nourri et logé pour rien. C'est pourtant le bon Dieu , comme le dit mon père , qui met tant de charité dans le cœur de l'homme. Oh î moi aussi, je veux être bon et charitable , et si jamais je devenais riche, quel plaisir, quel bonheur j'aurais à Taire du bien à tous ceux qui seraient dans le besoin ! »

Cette douce pensée fait sourire le jeune Auvergnat: le cœur palpitant d'espérance, il voit la vie sous l'aspect le plus riant; car à son âge on ne redoute rien de l'avenir ; l'expérience seule nous apprend toutes les vicissitudes qu'il renferme.

Ayant terminé son repas plus que frugal, il se lève , ramasse son petit paquet avec le reste du pain, son unique provision , et, reprenant gaiement sa route, il poursuit ses projets pour la plantation du second enclos qui avoisine la cabane de son père. Mais tandis qu'il se livre ainsi à tous les rêves d'une imagination de quatorze ans^

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il aperçoit à quelques centaines de pas du ruisseau qu'il vient de quitter, une femme et un enfant couverts des lambeaux de la misère, et paraissant exténués de besoin et de fatigue. Ils étaient assis sur le bord du chemin, et pleuraient amèrement.

Pierre a poliment oté son chapeau , sans néanmoins oser s'approcher d'eux ; car le malheur inspire du respect à celui qui sait y compatir. Cependant ayant entendu les sanglots de la pauvre femme , il finit par se hasarder à lui demander la cause de son chagrin .

« Hélas! dit alors l'infortunée , nous avons fait une longue route à travers le Ijois, je n'ai pas trouvé une seule chaumière, et, depuis ce matin, je n'ai eu qu^un très petit morceau de pain à donner à mon pauvre enfant ; il souffre de la faim et de la soif, et je n'ai pas même une seule goutte d'eau à lui offrir.... Ah î comment achè- Tcrons-nous le long voyage qui nous reste à faire !.. »

Le jeune Auvergnat est vivement ému; mais pourtant il sent au fond de son cœur

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une joie indicilJe ; car il peut soulager la souffrance de ces deux êtres malheureux, en leur donnant son pain et en partageant avec eux les cinquante sous qui lui restent; il peut aussi leur aller chercher de l'eau. « Ne pleurez pî:! dit-il, en tirant vivement de son havre-sac le précieux morceau de pain qui heureusement pouvait encore faire deux parts raisonnables, ne pleurez plus, voici d'abord de quoi manger, et je vais vous quérir de l'eau. » En même temps il court au ruisseau , remplit son chapeau et le rapporte avec précaution.

<( Que Dieu vous récompense, dit la mère, profondément touchée; ah jamais je ne cesserai de le prier pour vous!

Pierre la regarde les larmes aux jeux, sourit à l'enfant qui dévore son pain et s'est désaltéré , lui glisse quelque chose dans la main, et s'échappe en saluant plusieurs fois la bonne femme.

Comme son cœur bondit ! comme sa marche est légère ! C'est la première fois qu'il a pu goûter le charme de la bienfaisance; mais quel délicieux souvenir ce pre-

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mier acte de charité laissera dans sut^ âme î

« Ohl oui, si jamais je fais fortune, dit-il, certainement je la partagerai avec ceux qui auront faim; car je n'ai jamais été si heureux qu'en donnant mon pain et mes vingt-cinq sous à cette pauvre mère et à son enfant. On tlit qu'il y a de mauvais riches; mais vraiment ils ont grand tort, çà coûte si peu de donner, et cà fait tant de bien au cœur! »

Animé par le doux souvenir de son bienfait, le petit Pierre marchait depuis plusieurs heures sans s'être ai-rêlé de nouveau, lorsqu'un homme à cheval, d'une figure douce et honnête, le joignit et le regarda d'un air de bienveillance.

Le jeune voyageur avait une de ces heureuses physionomies qu'il est impossible de voir sans plaisir. 11 salue le passant, celui-ci s'arrête, lui demande où il va. << A Paris, Monsieur, rjépond Pierre, tenant toujours son chapeau à la main. — A Paris! quoi si jeune! Eh mon pauvre enfant, Ui as donc dans cette ville des parents.

ou LA BIEIVrAISÂNCE. Ôl E

des amis, pour te protéger? — Hélas! non, j\JoDsieur, je n'y ai personne , mais le bon Dieu ne me délaissera pas; vous savez bien qu'il n'abandonne pas ceux qui l'aiment.

— Sans doute ; mais ta iamiile a du avoir bien du chagrin de te laisser partir ainsi à ton âge , sans aucun appui? — Ma famille, c'est mon père, reprend Pierre^ en soupirant; je n'ai plus que lui. Il ne pouvait plus me nourrir , parce qu'il est bien pauvre et qu'il se fait vieux ; c'est pour lui que je vais chercher du travail à Paris , où l'on dit qu'il y en a pour tout le monde.

— Monte en croupe derrière moi , reprit le passant tout ému ; ma ferme est à deux lieues d'ici , sur ton chemin -, tu y coucheras, et ce sera toujours autant d'épargné pour ta bourse que je ne suppose pas trèsgarnie. — Monsieur, il me reste vingtcinq sous, dilPierre, en s'élançant joyeusement sur le cheval. — Vingt-cinq sous!

répète tout bas le bon fermier , nommé Aubert, oh, le pauvre enfant! Il y aurait vraiment cruauté à ne pas faire quelque chose pour lui. »

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Continuant sa conversation avec le jeune vojageur , Aubert presse le pas de sa monture, et arrive une heure après à son logis où tout annonçait l'ordre et l'aisance.

« Tiens , Louise , dit-il à une jeune femme qui vient au devant de lui et se jeta à son cou , voici une trouvaille que j'ai faite ; elle en vaut bien une autre.

Donne à boire et à manger à cet enfant, fais-lui préparer un bon lit, et tâche par les soins qu'il se souvienne de nous avec plaisir ; cela nous portera bonheur.

Pierre est profondément ému ; car lui aussi dans cette même journée s'est montré bon et compatissant, et il sait le bien que cela fait au cœur.

« Comme cette homme doit être heureux! se dit-il tout bas en regardant les traits joyeux de son hôte. Oh , si jamais je deviens riche, comme j'aurai aussi du plaisir à recevoir chez moi ceux qui n'auront pas moyen d'aller à l'auberge I

Pendant qu'il se parlait ainsi à lui-même , la jeune fermière lui servit une excellente

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soupe et une énorme tranche de jamboti qui, après toutes les privations qu'il avait soulTertes, lui parut un met délicieux.

Nous l'avons déjà dit, rien n'est propre comme le malLeur à nous rendre peu exigeant dans nos besoins; celui qui a été privé de tout sait d'ordinaire mettre un grand prix aux biens inattendus que le ciel lui envoie , et Pierre défierait en ce moment le gastronome le plus délicat de lui prouver que le mets qu'il dévore n'est pas le plus exquis que l'on puisse savourer.

Après cet excellent repas qui avait entièrement réparé ses forces, il prit congé pour la nuit, de ses charitables hôtes, et alla retrouver dans un doux sommeil les riantes illusions dont il se berçait depuis son départ de la Limagne.

Levé le lendemain au point du jour, il trouva le bon Aubert et sa femme l'attendant avec une grande jatte de lait chaud et du pain bien blanc que déjà il avait trouvé si exquis la veille. « Mano-e, mon enfant, lui dit le compatissant fermier, mange pendant que tu es à même, et

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puisse le ciel t'en envoyer autant tous les jours! » — Ah , Monsieur, ce serait trop heureux, répondit le jeune Auvergnat; pourroanger, il faut travailler, coninie dit mon père, et je demande seulement au bon Dieu de me faire trouver assez d'ouvrage à Paris pour me fournir le nécessaire et m'en retourner ensuite au pays avec quelqu'argent. — Tu es un brave garçon, reprit Aubert ; mais pour recueillir il faut semer, et je ne vois pas trop où tu prendras ton grain. Cependant, puisque tu as l'espoir de réussir, je ne veux pas te décourager par mes réflexions ; la Providence a ses vues ; c'est souvent le plus petit qu'elle choisit pour donner les plus grands exemples de son pouvoir. En attendant que sa bonté se montre pour toi, voici toujours deux écus de six livres que tu vas joindre à tes vingt-cinq sous. Tâche d'ici Paris de n'en dépenser que la moitié ; le re^le le servira pour attendre au travail; si tu jéussis, tu nie les rendras un jour en repassant, si non je te les donne de grand cœur, et ne veux pas que lu me les renvoies.

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Le petit Pierre, attendri jusqu'aux larmes, s'est jeté sur la main que lui tendait son bienfaiteur ; mais celui-ci dont le cœur est gonflé de tristesse en voyant le pauvre enfant exposé à toutes les chances malheureuses qu'il redoute , se hâte d'abréger cette scène, et après lui avoir tait serrer les deux écus dont il le rendait possesseur, il lui présente son havre-sac que la bonne fermière a eu soin de remplir de diverses provisions , l'embrasse tendrement , lui 'montre le chemin qu'il doit suivre, et rentre au fond de sa ferme essuyant une larme que lui arrache malgré lui le triste sort du jeune vovao'eur.

Oh que le cœur d'un homme bienfaisant est une douce chose , et qu'il y a de plaisir à l'examiner, à le suivre jusque dans ses moindres mouvements I Malheur à l'être insensible qui ne s'attendrit pas à la vue d'un tel homme, et qui ne sent pas au fond de son âme le désir de l'imiter : celui-là ne connaît de la vie que ce qu'elle a d'aride et d'amer ; pour lui le champ du vrai bonheur est fermé sans retour*

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Pierre a quitté le toit hospitalier où sa jeunesse indigente venait d'être l'objet d'une si tendre sollicitude. Pénétré de reconnaissance , il s'éloigne lentement , et se retourne plusieurs fois, espérant voir encore ses généreux hôtes ; mais ils ont disparu , et la ferme elle-même disparaît bientôt aussi à ses yeux. Reprenant alors son pas accoutumé , il marche avec un

nouveau courage.

Nous ne le suivrons pas dans toutes les circonstances de son voyage; car bien qu'il se vît presque partout accueilli avec l'intérêt qu'inspiraient naturellement son âgre et son heureuse fio^-ure , il ne retrouva plus toutefois parmi ceux qui lui donnèrent l'hospitalité , les soins , les pi'évenances et la tendre compassion du bon fermier Aubert et de sa digne compagne.

Enfin il a franchi l'espace qui le séparait encore de la grande ville où sa jeune imagination a fondé tant d'espérances. Il lui reste encore la plus grande partie de son trésor; mais, à Paris, le pain ne se donne pas ; il n'y a ni grange ni étable

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pour le voyageur nécessiteux qui réclame un abri : il faut qu'il paie son gîle, quelque misérable qu'il le choisisse, où qu'il se décide à coucher dansla rue , où l'indifférent citadin , dont l'œil est Façonné à tous les genres de spectacles, le laisse tranquillement sans s'informer s'il peut ou non lui être utile.

O Paris! Paris! étrange assemblage de plaisirs , de richesses et de misères! de talents, de vertus et de vices ! quel immense dédale tu présentes à l'infortune isolée arrivant dans tes murs î Et pourtant , que de nobles actions , que d'actes de dévouement et de bienfaisance s'exercent chaque jour dans ton sein î Mais , hélas I avant que de rencontrer la main compatissante qui doit soulager ses maux, que de larmes amères verse le malheureux se débattant au milieu de ta nombreuse population ! Effrajé du cahos qui l'environne, il regarde sans voir , écoute sans entendre, et se perd dans la foule sans avoir excité aucune marque d'intérêt.

Ce fut d'abord ce qui arriva à notre

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pauvre petit Pierre. Harassé de (aligue, ajant le plus pressant besoin de nourriture, il parcoure les rues de Paris, où il vient d'arriver à six heures du soir, sans oser arrêter aucun passant pour lui demander le chemin qu'il doit suivre pour se rendre à une petite auberge à deux sous par nuit, que lui a indiquée son voisin Guillaume. « C'est là, lui a-t-il dit, que tu trouveras plusieurs de nos gens rassembles; ils t'indiqueront comment tu dois t'y prendre d'abord pour gagner ton pain , et quand tu connaîtras ton Paris , dame , mon enfant, tu agiras par toi-même. »

Certes , avec une pareille indication, il était impossible de ne pas réussir, du uioins Pierre le pensait ainsi, et l'on a vu avec quelle sécurité , il est venu vers cette îrrande ville où tout abonde.

Enfin, il y est maintenant; il touche ce sol heureux où il s'est créé tant de prospérités , et il le foule à peine , que déjà ses yeux sont gros de larmes; son cœur est serré, la tête lui tourne; il cherche un être bienveillant, et n'aperçoit que de^

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machines mouvantes courant çà et là , le poussant , le lieurtant, sans daigner abaisser jusqu'à lui un regard de pilié.... N'en pouvant plus, se senlant défaillir, il s'assied sur une borne pour reprendre ses sens, et, ayant encore assez de liberté d'esprit pour adresser à Dieu sa fervente prière, il lève les yeux au ciel, et prie avec une telle ardeur que bientôt il oublie presque et la Foule qui refïiaie, la faim qui le tourmente , et la lassitude qui l'accable.

« Que fais-tu donc là, mon garçon, lui crie en ce moment une vieille ibmme qui détalait son échoppe à quelques pas de l'endroit où il s'était arrêté, est-ce que tu étudies aux astres? — Hélas! non, répond tristement le pauvre petit, je prie le bon Dieu de me donner du courage, et de me faire trouver mon chemin pour aller à la place Maubert. — Tu pries pour ça , reprit la vieille en souriant, eh, par ma foi va, ne prie pas tant, je vais t'y conduire, justenient c'est mon quartier^ mais tout de même tu fais bien de prier ; car c'est toujours de là

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haut que nous Tient le secours, grand ou petit. Allons, marche, mon garçon. Tu es donc tout frais débarqué? — J'arrive Madame. — Ah! je comprends. Tu as faim peut-être? — Oh oui bien faim î — Tiens, mange toujours ca, en attendant la soupe de ton auberge. » En même temps , elle lui donne un morceau de pain qu'elle a tiré de son pairler, et le pauvre petit affamé le dévore tout en marchant à côté d'elle, et en lui racontant les diverses circonstances de son voyage.

Enfin ils arriventàneuf heures du soirà l'entrée d'une petite rue étroite et boueuse , située à Tun des angles de la place que l'enfant a tant cherchée. Le mauvais cabaret , décoré du nom d'auberge à deux sous par tête , est facilement découvert ; mais Pierre n'ose franchir le seuil de la porte ; car il est épouvanté à la vue d'une quinzaine d'hommes complètement ivres, entourant une longue table mal-propre, couverte de plusieurs brocs de vin , et poussant des cris assourdissants.

« Oh I non, je n'entrerai pas, dit-il ea

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reculant avec effroi. Si c'est là l'auberge que m'a indiquée le père Guillaume , j'aime mieux coucher clans la rue. Ce n'était donc pas comme çà de son temps? — C'est possible , répond la vieille , qui ne l'a pas encore quitté; mais enfin il te faut un gîte. Encore si j'étais plus grandement logée. Il ne sera pas dit cependant que la mère Marianne ait abandonné un enfant dans la rue.... Allons, viens; tu partageras ma mansarde; là tout du moins il n'y aura pas d'ivrognes pour te faire peur. » En même temps elle l'emmène chez elle, lui donne à souper, lui montre ensuite la paillasse où il pourra s'étendre; ils font ensemble leur prière, et s'endorment bientôt après du plus profond sommeil.

Il était impossible que la Providence eût choisi un être meilleur et plus honnête que la vieille Marianne, pour diriger les prenûers pas de Pierre dans la capitale. S'étant dès le lendemain matin informée de ses projets et des ressources qui lui restaient, elle comprit que ces ressources ne pouvant le mener loin; il fallait les lui

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