‹ Souvenirs d'une mère de familleChapitre 7 sur 13 · l'homme brun · texte numérisé non relu

l'homme brun

Oui Pierre est en ce moment le plus heureux des hommes ; car il a la conscience du bien qu'il a fait; ses yeux sont encore humides des pleurs qu'il a versés en quittant ses amis: et quelles pensées délicieuses sont au fond de son âme ! Emporté mollement dans sa chaise de poste, il contemple avec délices toutes les beautés de la nature qui lui semblent si bien en harmonie avec son cœur palpitant de plaisir, et son existence lui paraît doublée.

Arrivé ensuite près du ruisseau où quinze ans auparavant il s'est désaltéré en mangeant son morceau de pain noir, il fait arrêter , descend rapidement , et va se mettre à genoux sous les saules qui lui servirent d'ombrage. « 0 mon Dieu ! dit-il , en élevant les yeux vers le ciel , c'est ici que je dois particulièrement rendre hommage à votre bonté. J'étais pauvre , saîis- talents, sans appui , vous m'avez secouru , vous m'avez envoyé des rich^^sses ! Ah ! faites que je les regarde toujours comme un dépôt conjGé entre mes mains pour le soulagement de mes semblables ; faites que

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jamais je ne me montre indigne de tos dons en les prodiguant à un autre usage ; conservez dans mon cœur le souvenir de mon ancienne pauvreté , afin que , toujours humain et laborieux , je travaille sans cesse pour secourir mes frères. »

Ayant achevé cette action de grâces, il puisa un peu d'eau , la but avec délice, et remonta ensuite dans sa voiture , regrettant de n'avoir pas trouvé, comme autrefois, non loin du ruisseau une pauvre mère à soulager.

Ce fut au milieu de ces douces émotions que Pierre continua sa route vers sa chère Limagne. Chaque maison , chaque chaumière où il avait été accueilli eut part à ses souvenirs et à ses libéralités.

Enfin , il touche au sol paisible qui le vit naître ; bientôt la cabane de son père se montre à ses regards attendris: tout près d'elle s'élève une jolie maison entourée de beaux vergers , et de diverses autres plantations; un air d'abondance et de propreté règne autour de ce nouveau manoir. Pierre est descendu de sa chaise

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de poste pour contempler ces objets st intéressants pour son cœur. Tout-à-coup un vieillard , que dans sa vive émotion il n'a pas remarqué , s'avance vers lui, le regarde un moment, et s'écrie en se jetant à son cou : « Pierre î uion cher Pierre î oui c'est toi , c'est bien toi ! » Pierre ne peut répondre , mais les larmes de joie, qu'il répand en serrant le vieillard sur son sein, assurent à celui-ci qu'il ne s'est pas trompé. « Cher enfant! reprend-il, en le regardant encore, comme le voila grandi! oh î que ta vue me fait de bien! viens, poursuit-il en l'entraînant vers la jolie maison, viens, ce n'est plus une pauvre cabane que tu vas trouver, grâce à toi, tout est changé chez nous; nous sommes riches maintenant!.... »

Toujours plus ému , Pierre suit l'heureux vieillard, et se voit bientôt entouré par tous les gens de son village qui le proclament comme le meilleur des fils.

<K 0 Hion père , ô mes amis! dit-il alors eu les embrassant tour-à-tour, ne me vantez pas tant, je vous en prie; c^lr je n'ai fait

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que mon devoir; je serais indigne des biens ^^ue le ciei a daigné m'accorder , si je n'en avais pas tait un semblable usage. »

Après ces diverses émotions , le vieillard fît servir un repas abondant où les amis et les voisins lurent invités. Avec quel plaisir l'heureux iîls s'assit à cette table d où il était éloigné depuis tant d'années et dont son vieux père faisait les honneurs ! et avec quelle satisfaction il raconta à cette assemblée si heureuse de sa présence , les diverses épreuves qu'il a traversées, et l'histoire presque miraculeuse de sa fortune l

Les jours qui succédèrent à celui de son arrivée furent tous pour lui des jours de fête; car, comme sur sa route, il trouva des larmes à essuyer, et son cœur, toujours plus ardent pour la bienfaisance, goûta un nouveau charme dans celte vertu en l'exerçant au milieu de ses compalriotes.

Durant son séjour dans son pajs natal, Pierre eut souvent la tentation d'y demeurer; mais son vertueux père l'engagea le premier à ne pas céder à cette tentation.

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