I.CS Bourguignons, les Gutbs éprouvent son conrage
Et il y en avait comme cela jusqu'à Louis-Philippe 5 dont voici le distique :
Philippe d'Orléans, tiré de son palais.
Succède à Charles dix par le choix des Français.
Il y avait dans tous ces quatrains, si inslrjLictifs qu'ils fussent, une singularité, qui m'attristait bien un peu; c*est
SOUV£MRS 165
que parmi tous ces vers, il n'y eu avait que deux qui fussent féminins. Il est vrai que j'y trouvais une raison.
Cette Histoire de Finance étant particulièrement destinée aux collèges, il s'agissait de faire venir le moins possible de mauvaises idées aux écoliers en leur rappelant , même indirectement , un genre qui a perdu la race humaine.
Je prenais donc mes notés avec acharnement, trouvant déjà que je savais assez d'histoire pour commencer a Fapprendre aux autres, lorsque par fortune Deianoue entra dans mon cabinet de travail.
Si vite que j'eusse caché mon Abbé Gauthier^ corrigé par M. de Moyencourt, Delaooue vit le mouvement.
— Que lisais-tu donc là? me demanda-t-il.
— Rien.
— Gomment 9 rien; tu tenais \m livre.
— Oh ! un livre, oui.
Sans doute crut-il que c'était un livre obscène et que je voulais le lui cacher.
Il insista de telle façon qu'il n'y avait pas moyen de résister.
—^ Tiens, lui dis^je^ «d peu humilié d'être surpris dans une lecture élémentaire. C'est une histoire de France.
•^ BoU) l'histoire dç l'abbé Gauthier^ Connu I
fit sans avoir besoin de jeter le moins du monde les yeux sur le livre.
Neuf cent quatre-vingt-sepl volt Capel sur le trône. Ses fils ont huit cents anscouseryé la couronne,
dit-il.
— TieDS, tu sais cela par cœur?
— C'est le pendant des racines grecques^
O se doit compter pour septante, O BBLOS, la broche tournante.
Delanoue prenait a mes yeux, comme instruction, des proportions fantastiques.
— Gomment^ tu ne connais pas VHistoire de France, par t'albbé Gauthier, et le
HJ8 SOUVENIllS
Jardin 'des Racines grecques ^ par M. Lan-* celot.
— Je ne connais rien, mon cher.
— Ça doit bien te faire rire?
— Mais pas trop.
— Alors, pourquoi lis-tu cela?
— Mais je voudrais avoir des notes précises sur les premiers siècles de notre histoire.
— Et tu cherches cela dans Tabbé Gauthier.
— Tu vois.
— Ah ! tu es bon ! Est-ce la -dedans que tu as pris tes notes pour
Henri m?
Henri Irois de Pologne, eo France est ramené^ R«iloule les ligueurs^ ei meurt aftsas&iaé
SOCYKMUS 160
— Non^ c'est dans TËtoile, dans firantôme, dans d'Aubigné, dans laf^nfession de Sabcy ; mais je ne sache pas qu'il y ait quelque chose de pareil sur Mérovée ou Clovis.
— D'abord, on ne dit pas Mérovée et Clovis.
— Comment dit-on ?
— On dit Méro-wig et Hlode-wig. Ce qui veut dire : l'un cminent guerrier ^ et, l'autre, célèbre guerrier.
— Où as-tu vu cela?
— Parbleu! dans les lettres sur l'ffw-. toire de France par Augustin Thierry.
— Les lettres sur YHisioire de France par Augustin Thierry?
— Oui.
— Où les trou ve-t-on ?
*^ Partout^
— Combien cela coûte-t-il?
— Peut-être dix francs, douze francs, je ne sais pas bien.
— Te charges-tu de ra'acheter cela et de me le faire envoyer en sortant?
— C'est la chose du monde la plus facile.
— Connais-tu d'autres livres sur cette époque-là ?
— Il y a les Éludes historiques de Gha-
teaubriand, puis les sources.
— Quelles sources ?
— Les autieurs de la décadence, Jornandès, Zozime, Sidoine, Âppolinaire, Grégoire de Tours.
— Tu as lu tous ces auteurs-la ?
— Oui, en partie.
âouvEmRS 171
— Et l'abbé Gauthier né les avait pas lus?
— D'abord, il n'avait pas pu lire Au-; gustin Thierry, qui a écrit surtout depuis sa mort. Quand a Chateaubriand, il était son contemporain, et les historiens ne lisent jamais leurs contemporains. Quant à Jornandès a Zozime, Sidoine, Apollinaire et à Grégoire de Tours, je soupçonne l'abbé Gauthier de ne pas même connaître leur e:i^istence.
— Mais, avec quoi donc a-t-il fait son histoire?
— Mais, avec les abbés Gauthier qui ont écrit les mêmes histoires avant lui.
— Te cbarges*tu de m'acbeter Gha-
teaubriaud, en même temps que Thierry ?
— Parfaitement.
-— Tiens, voilà de l'argent, je ne te renvoie pas.
— Non, mais tu voudrais avoir ton Augustin Thierry et ton Chateaubriand.
— Je te Tavoue.
— Dans un quart d'heure tu les auras.
Un quart d'heure après, je les eus.
J'ouvris au hasard.
J'étais tombé sur Augustin Thierry.
Je lus, — je me trompe, — je ne lus pas, je dévorai le merveilleux travail de l'auteur de la Conquête des Normands^ sur les rois de la première race.
Puis, ces espèces de scènes historiques intitulées. Récits Mérovingiens.
Aloré, sans même avoir besoin d*ou«
vrir Chateaubriand, tous les spectres de ces rois, debout au seuil de la monarchie, m'apparurent à partir du moment qu'ils s'étaient faits visibles aux yeux du savant chroniqueur, — depuis Glodio,
à qui ses éclaireurs rapparient que la Gaule est la plus noble des régions^ remplie de toute espèce de biens^ plantée de forêts d^arbres fruitiers^ et qui, entrant le premier sur le territoire des Gaules, porte jusqu'à la Somme la domination des Francs, — jusqu'au grand et religieux Karl c se levant de table plein d'une grande crainte^ se mettant à une fenêtre qui regardait TOrient et y demeurant très longtemps et les bras Cl oisés^ pleurant et n^ essuyant pas ses larmes^ » parce qu'a Thorizon il voyait apparaître les vaisseaux normands.
Je vis, ce dont je ne me doutais pas
i^^ SOUVENIRS
ènfln, un monde tout entier vivant, à la distance de douze siècles, dans Tabîme sombre et profond du passé.
Je restai anéanti.
J'avais cru jusque-là Clovis et Charlemagne des ancêtres de Louis XIV, mais voila que , sous la plume d'Augustin Thierry, une espèce de géographie nouvelle se faisait, chaque race coulait isolément, suivait son véritable cours a travers les âges : Gaulois, immenses comme un lac, — Romains, majestueux comme un fleuve, — Francs , terribles comme une inondation, — Huns, Burghunds, Westh-Goths , dévorants et rapides comme des torrents.
Quelque chose de pareil à ce qui s'était passé en moi, chez le général Foy, se manifesta de nouveau. Je vis que
sou vENins 4 75
pendant les neufs années qui venaient de s'écouler je n'avais rien ou presque rien appris ; je me rappelai mes couversalions avec Lassagne ; je compris qu'il y avait plus a voir dans le passé que dans l'avenir ; j'eus honte de mon ignorance "et je serrai presque convulsivement ma tête dans mes deux mains.
Pourquoi donc ceux qui savaient ne produisaient-ils pas ?
Oh! c*esl que j'ignorais a cette époque avec /juelle paternelle bonté Dieu traitait les hommes ; comment il faisait des uns les mineurs qui tirent de la terre For et les diamants, des autres les orfèvres qui les cisèlent et qui les montent.
J'ignorais que Dieu avait fait d'Augustin Thierry un mineur et de moi un orfèvre.
i Tf » sotiVF.Nrnjî
Je restai sept ou huit jours, hésitant devant Ténorme tâche qui me restait a accomplir; puis, pendant cette halte, mon courage m'étant revenu, je me mis bravement a l'œuvre, oubliant tout pour cette élude de l'histoire*
Ce fut dans cette période que je fis Teresa et la pièce dont je vais parler.
Horace Vernet avait envoyé de Rome un grand tableau, représentant Edith a: X long fi cheveux cherchant le corps de Harold sur le champ de bataille de Hasdng.
C'était un tal)leau appartenant a la catégorie que Vernet appelle en riant sa grande peinture.
Le tableau m'avait singulièrement séduit, non pas à cause du sujet, mais à cause du nom de l'héroïne.
Il me prit fantaisie de faire un drame
sorvËîfiRS 477
qui aurait nom Édiih aux hngti chevetûc.
On ne pouvait faire qu'en vers un drame qui portait un titre si poétique.
Charles Vif m'avait un peu familiarisé avec ce que Ton appelle encore aujourd'hui a l'Académie la langue des dieux.
Comment tout ce que j'êntrevoyais^et dont l'étude était pour moi d'une absolue nécessité, comment tout cela tiendrait-il dans ma pauvre tête sans la faire éclater?
El remarquez bien que je n'entrevoyais encore que la première race.
Comment me débrouillerais-je au milieu de Charlemagne et de ses fils, représentant les intérêts et les types de la race franque? Comment rcconnaîtraisje ces Eudes, ces Robert, rois natio-
lU 12
178 souvBnms
naux, poussant et régnant 8ur cette terre conquise, dont ils vont être les Camille et les Pélasge.
C'était effrayant de ne rien savoir, k trente ans, de ce que les autres hommes savent a douze.
J'avais étudié le théâtre ; je le i^avais a être content de moi ; il me fallait étudier l'histoire comme le théâtre, et der« rière cette histoire, barrière placée sur mon chemin, qui me disait qu'il n'y aurait pas une nouvelle étude à faire, plus longue , plus sèche,plus ardue que les précédentes.
L'étude du théâtre m'avait pris cinq ou six ans. Combien de temps allait me prendre l'étude de l'histoire.
Hélas ! j'étudierais donc toute ma vie.
Oh ! si j'eusse étudié a l'âge des au-^
•OWBNIM 173
très, je n'aurais donc plus rien k faire 4(U'a prCNluire.
Je décidai donc que le dnme serait en Yars«
SeulemeQt^ du drame je n'avais encore que le titre ^
U va sans dire que je ne savais de la bataille d'Hasting que C6 que j'en avais lu dans VIvanhoé de Walter«Scôtt«
Aussi, Je ne comptais pas faire un drame historique^ mais quelque chose comme la Cymbeliiie de Shalcespeare.
Sur ces entrefaites, je lus par hasard un [roman d'Auguste Lafontaine. Je voudrais bien vous dire lequel, mais je n'eu sais plus rien. Tout ce que je me rappelle, c'est que Théroïne se nomme Jacobine.
Au reste, si vous voulez en avoir le
im
SOUVKXIRS;
cœur nef, mon amie madame Cardinal, rue des Canettes, vous dira cela : elle sait son AugrusteLafontaine par cœur.
Tant il y a que l'on faisait prendre un narcotique à cette Jacobine, qu'on l'endormait, qu'on la faisait passer pour morte, et que, grâce a cette mort supposée qui la déliait des entraves de la terre, elle pouvait épouser son amant.
Cela ressemblait bien un peu a Roméo et Juliette; mais quelle est ici-bas l'idée qui ne ressemble pas peu ou prou a une autre idée.
Vous remarquerez qu'il y avait déjk bien longtemps que j'avais ce diable de . drame dans la tête , car je l'avais , au mois d'août 1830, proposé a Harel, aux lieu et place de Napoléon^ que je ne voulais pas faire a toute force.'
souv£?riHs 181
On a vu comment Harel combattit et vainquit ma résistance.
Quant a Edith aux longs cheveux^ il l'avait refusée net, et vous allez voir tout à rheure qu'il n'avait pas si mal fait.
aux kngt ^uveux (raîte). ^ Refus. — Cath$^ fine Howard,
Voila ce que c*étaît qu'Edith aux longs dieveux; vous la reconnaîtrez sous un autre nom /vêtue d'une autre manière, et, au lieu de marcher en cinq actes,
traînant derrière elle une queue de huit tableaux.
184 soiiVËNins
Une jeune fille abandonnée vit dans une espèce d'Eden , au milieu des ombrages verts , des oiseaux chantants et des fleurs ; une rivière coule, rongeant un des angles de son jardin, et sur cette rivière, comme sur FArno ou sur le canal de la Brenta, passent de beaux jeunes gens qui lui font rêver Tamour, de beaux gentilshommes qui lui font rêver l'ambition.
Un de ces gentilshommes l'aperçoit, s'arrête devant la gracieuse apparition, pénètre dans ce qu'il croit un palais de fée, et trouve une jeune fille qui lui semble la sœur des oiseaux et des fleurs au milieu desquels elle vil.
Comme eux elle chante, comme elles elle est blanche, rose et parfumée.
Il aime Edith*
Quant a Edith , elle u*aime qu'une chose , la cour, les bals, les fêtes , la souveraine puissance.
Ëthelwood est le favori du roi ; elle aimera Ëthelwood en attendant.
Edith est une de ces femmes blanches comme le marbre, froides et sans cœur comme lui ; une statue de courtisane antique retrouvée dans les fouilles de Pompéia, et qui s'est animée au jour et au soleil.
Elle vit, voila tout; mais ne lui demandez pas d'aimer.
11 est assez rare que je crée de ces sortes de rôles dans mes livres ou dans mes drames, mais j'avais alors un exemple sous les yeux.
L'exemple m'entraîna.
Il y a toujours un peu du monde maté^
iDO souv^Nias
riel exlérijBur dans le monde idéal et intérieur de l'artiste.
Elle dit a Ëthelwood qu'elle l'aimait, mais ne l'aima point. Derrière Éthelwood
elle voyait le roi.
Le roi aussi l'a vue ; c'est la fatalité qu'on ne prisse voir certaines femmes sans les aimer.
Le roi a vu Edith , et l'aime.
Mais qui est-élle, et comment arriver auprès d'elle? Lui, roi, ne sait rien de tout cela; il lui faut des ministres pour son amour comme il lui en faut pour son royaume; mais si Ëthélwood l'aide a porter la moitié de sa puissance, Ëthelv^ood l'aidera a porter le poids de cet amour .
Ce qu'Éthelwood avait craint arrive ; le roi ajme la n^ème femme que lui.
Cette femme, c'est sa vie ; il faut la soustraire au roi a quelque fn\ que oe soit.
€'est le lendemain qu'il doit venir vi^ siter Edith avec le roi.
Il a la nuit devant lui, et pour lui, la nuit, cette fidèle alliée des amants, nous devrions dire cette capricieuse amie, car elle en trahit presque autant qu'elle en sert.
U part , deux heures après il est près d'Edith.
Il serre dans sa main un flacon qui contient ce puissant narcotique qui n'existe qu'au théâtre, et qu'on ne trouve que chez les pharmaciens de Shakespeare.
En la voyant si belle* si jeune, presque armante p^r la première fois, car
elle aussi a \u le roi) et pense au roi, tout en caressant Éthelwood , l'amant hésite même à endormir ce chef-d'œuvre de la création. Le sommeil, disaient les anciens, est frère de la mort. Si la sœur allait être jalouse du frère, et allait cueillir, comme une fleur de tombe, rame de cette belle enfant pendant son sommeil.
Une ballade que chante Edith sur une vassale épousée par un roi le décide ; le narcotique est vSrsé dans le verre de la jeune fille, à peine Ta-t-elle bu, qu'une langueur mortelle s'empare de toute sa personne, elle se sent engourdir, elle crie, appelle, repousse instinctivement Éthelwood, et s'endort désespérée, croyant qu'elle meurt.
Lui, retourne au palais; le lende-^
souvENins 480
main^ quand il reviendra avec le roi, le roi et lui retrouveront Edith au tombeau.
Éditb est déposée dans le caveau mortuaire, le roi et Êlhelwood descendent dans le sépulcre, le roi s'agenouille, Êthelwood reste debout, la main sur le cœur de la jeune fille, craignant que d'un moment a l'autre, la vie ne reparaisse dans la mort. Il lui semble sentir un léger battement d'artères, il lui semble que le marbre glacé se réchauffe peu à peu. Qu'arriverait-il si Edith allait se réveiller?
Il se fait un prétexte de la douleur du roi, et l'entraîne juste au moment où le cœur d'Edith commence a tressaillir sous sa main.
Edith, restée seule, se réveille comme
Juliette ; feulement) en se réveillant, Juliette trouve la Roméo qui Tattend.
Edith est seule avec les morts, avec les terreurs et les superstitions de la jeune fille. Elle crie, elle appelle, elle secoue la porte du sépulcre ; la porte s'ouvre, Êthelwood paraît.
Pour la première fois, elle se jette dans ses bras avec refifusîon de la reconnaissance. Ce n'est pas un roi qui lui apporte une couronne, c*est quelque chose de bien plus grand, de bien plus précieux, de bien plus providentiel; c'est un sauveur qui lui apporte la vie.
Pendant quelques secondes, elle l'aime de toute la force de sa vie qu'elle a crue perdue.
Celte expression est si franche^ si
SOUVENlIiS 191
vraie, si instantanée, qu'elle trompe le pauvre amant. Il se croit aimé, il croit tout pouvoir dire k la jeune fille.
Le roi Ta vue et est amoureux d'elle.
Alors, pour le public seulement, sous le masque de la jeune fille aimante, commencent a apparaître un a un les traits de la femme ambitieuse.
Éthelwood dit sa ruse, comment il lui avait fait prendre un narcotique, comment il l'a endormie ; il lui dit ce qu'il lui avait caclié jusqu'alors , c'est-a-dire qu'il est un des premiers seigneurs de l'Ëtat; mais cela ne suffit déjà plus a Edith : il lui dit que pendant son som « meil le roi est descendu dans son caveau, a prié k genoux près de ce corps
ii)2 souvEîtms
adorai qu'il prenait pour un cadavre; et comment lui, Ethelwood , en proie à toutes les angoisses du désespoir, attendait, un poignard a la main , le premier mouvement d'Edith et le premier soupçon du roi pour poignarder le roi.
Au milieu du récit du pauvre fou, Edith ne suit que sa propre pensée. Le roi l'aime; pourquoi au lieu d'être la femme du favori du roi, ne serait-^Ue pas la femme du roi !...
Le roi, pendant qu'elle était sur cette tombe, ue lui at-il point passé au doigt son anneau de fiançailles?...
Un anneau , c'est une couronne en petit.
Cependant il faut sortir de cette tombe, qui pèse si fort sur la poitrine dîËdith,et
?5ouvENfns 495
profiter de la nuit pour jçagoer le château d'Êthelwood. Êthelvood va explorer les environs ; puis, si le chemin est solitaire, il reviendra chercher Edith. ,
Edith reste un instant seule.
Cet Instant, elle remploie a chercher la trace des pieds du roi sur les dalles humides, les traces de sa main sur le marbre glacé. Dans ce court instant, elle dévoile tout son cœur, abîmé d'ambition ou s'est englouti l'amour.
Ëthelwood revient la chercher.
C'est presqu'a regret qu'elle quitte ce tombeau, ou un roi l'a baisée au front, et a passé une bague à son doigt.
 l'acte suivant, on est au château du comte. Edith semble heureuse... Ëthelwood est heureux.
104 souv^mns
On a.uûonce l'arrivée 4u roi. Que viant-il faire che? le confie?
Edith le saura ; car, obligée de se cacher pour ne pas être vue du roi, elle se cachera de manière a ne pas perdre un mot de ce qu'il dira au comte.
Le roi est profondément atteint. Comme tout cœur blessé , son cœur cherche la lutte : la guerre avec la France va lui offrir une diversion a sa douleur; il passera sur le continent.
Mais il a besoin qu'une main ferme et sûre gouverne ses états en son absence: il a pensé a Éthelwood ; Êlhelwood sera régent, et pour le récompenser de son dévoûment , bien plus que pour rattacher aux intérêts du royaume, r^ sûr çQmnie il est 4e w lojgiiité, «^it jui donnera sa sœur pour femuie.
Êthelwold essaie de repousser ce double honneur : la princesse Éléonor, — je crois qu'elle s'appelait Éléonor, — je n'en suis pas bien sûr ; mais le nom de la princesse ne fait rien a la chose... en argot de théâtre, cela s'appelle la princesse Bouche-trou. — La princesse Eléonor ne l'aime pas. Éthelwood se trompe, la princesse Éléonor l'aime.
Éthelwood refuse tout.
Ce refus étonne d'abord le roi, puis l'irrite... Une querelle s'allume entre le sujet et le roi.
Le sujet porte la main a la garde de son épée.
Dès-lors il a tout encouru, confiscation, dégradation, mort sur l'échafaud.
Éthelwood sera pauvre, Éthelwood renoncera à la noblesse, Éthelwood
19fi SOlVKNIftS
bravera la mort, maïs il n'épousera pas une autre femme qu'Edith.
Le roi sort , défendant à Ëthelwood de le suivre. Mais Éthelwood est Thôte du roi : il doit le reconduire juSqu'a la porte du château ; il doit tenir Tétrier du roi; il doit lui présenter le genou pour monter a cheval.
A peine le roi est-il sorti, et le comte a-t-il disparu derrière lui, qu'une tapisserie se soulève et qu'Edith entre en scène.
Elle n'a rien vu, sinon que le roi est jeune et beau; elle n'a rien entendu, sinon qu'il l'aimait. Le dévoûment d'Ételwood, son refus d'épouser la sœur du roi, le danger qu'il court, tout cela a glissé sur son cœur comme un souffle sur un miroir.
SOUVKNIUS 197
Elle va a la feuêlre.
Éthelwood, a geaoux, présente Tétrier au roi.
Dans ce qui, aux yeux de la noblesse, est un honneur, Ëdilli ne voit, elle, qu'une honte; et en voyant ce roi, tout couvert d'or et de pierreries, enveloppé des hommages d'un peuple comme d'un manteau de pourpre , se grandissant de la bassesse de ce qui l'entoure, il lui arrive de murmurer tout bas :
— Si je devenais reine!
En ce moment, Êthelwood rentre.
Sa résolution est prise, et Edith va la connaître. Il demande une plume, du papier et de l'encre.
C'est son testament de mort qu'il écrit.
— Vas-tu donc mourir? demande Edith.
— Non , mais je vais te rendre enfin ce que tu as fait pour moi. Je ne t'avais Versé que la moitié de la liqueur contenue dans le flacon ; le reste était pour moi, au cas oîi cette liqueurj au lieu d'être un narcotique, aurait été un poison.
— Eh bien?
— Eh bien ! le reste dé la liqueur contenue dans le flacon, je l'ai bu.
Edith pâlit; elle commence à comprendre.
Ge parchemin, où Ëthelwoôd a rajpidement tracé quelques lignes, il direi k tous que , contre la colère db roi ^ te comte a cherché un refuge dans la mort.
GomBw Edith a été déposée daas son t€i!ibeâ«i, JËthelwood sera déposé dans le sien. Maisi, comme il veillait sur elle , elle, a son tour, veillera sur lui. Gomme il avait la clé de la vie, elle aura, elle„ la clé de la mort.
Edith repousse cette idée. Elle mesure
sa faiblesse, elle pressent son ambition, mais il est trop tard. Ëthelwood, en quittant le roi , a pris le narcotique. Il chancelle, il pâlit il se laisse aller entre
les bras d^Ëdith en lui remettant la clé du tombeau, et en lui disant:
— A demain.
Le lendemain, au lieu de rouvrir les portes de la vie k sou amant, Edith vient rapporter au roi sa bague defiançailies% Le roi croit d'abord voir Tombre de celle qu'il a aimée ; puis^ peu à peu^ il se râs-
SOrVEMHS
sure, louche , joyeux ^ celte main tiède et vivante, qu'il a touchée morte et glacée ; il renouveHe a Edith pleine de vie les offres qu'il avait faites a Édilh couchée sur le tombeau. La jeune fille était venue chercher le vertige, elle avait besoin de toutes les promesses de l'ambition pour oublier. Cette clé du tombeau de son amant la brûle comme un fer rouge. Elle s'approche de la fenêtre, demande si la rivière qui roule audessous du palais est bien profonde.
— C'est un gouffre qui engloulit tout ce qu'on y jette.
Edith détourne la tête , et , avec un cri étouffé , y laisse tomber la clé , en 'disant:
Que pour l'éternUé ' C'tfbii»ei*eng]out{68e, ouleeoaraQt rentpatot!
SOUVENIRS SUl
LE lOt.
Qo6 faites-voosv Edith T