EDITH
Moi, ricD, je me fai» reiue.
J'avais réfléchi deux ans au sujet, et j'avais travaillé, quelque chose comme trois ou quatre mois, au plan de ce bel ouvrage. J'en étais content en raison, Don pas de son mérite, mais de la peine qu'il m'avait coûté : c'est-a-dire que je croyais avoir fait un chef-d'œuvre.
Aussi, pour la première fois de ma vie, ce fut aussi la dernière, invitai-je deux ou trois amis a venir entendre la lecture.
J'avais un splendide auditoire.
L'illusion dura jusqu'à la fin du pre*
mier acte ; mais, je dois le dire, n'alla pas plus loin.
A la fin du premier acte, je sentais déjà que mon œuvre ne mordait pas sur le public.
Au second acte, ce fut plus froid encore.
Au troisième^ c'était glacé.
Un des plus grands supplices qui soit imposé a un auteur, en eitpiation de sesi pièces, c'est de lire devant un comité venu avec des intentions bienveillantes, et qui sent peu a peu ces intentions se fanèr^ jaunir, tomber, à Ja brise de l'ennui, comme tombent les feuilles d'automne aux brises mortelles de l'hiver*
Ah! qu'on donnerait des choses, dans un pareil moment, pour ne pas aller jusqu'au bout, poui^ rouler Mq
sauTiNiM MS
maniiscfit , tirer âa révérelicë et sor^ tir.
Mais point, — malgré le service que l'auteur ren4i^it a sou auditoire^ Fauteur est condamné à lire, l'auditoire à entendre.
Il faut aller jusqu'au bout. Il faut descendre, marche a marche, Tescalier de ce sépulcre, plus froid que l'escalier de la mort.
C'était la première fois que la chOse m'arrivail, juste puAition de tnoii or* gueiL
Je me levai inlmédiatement après le demiâr hémistiche^ et Je soi^tis^ laissant Êdiih &UX Inngs okêveus sur la table du ooiËiité.
Je sentais que cette fois ce n'était point un narcotique qu'elle avait p^is,
204 souvENins
comme Juliette, mais un bel et boTi poison qu'elle avait avalé, comme Roméo.
Cependant; je n'eus ppint le courage de sortir sans avoir une réponse.
Celte réponse, je l'attendis dans le cabinet du régisseur*
Ce fut mademoiselle Mars en personne qui me l'apporta.
Pauvre mademoiselle Mars, elle avait l'air funèbre, on eût dit qu'elle revenait du convoi d'Ethelwood, après avoir été la veille a celui d'Edith.
Elle employait toutes sortes de circonlocutions pour m'annoncer que le comité ne trouvait pas ma pièce jouable.
Selon elle, il n'y avait la qu'une moi-
lié (le pièce. Que devenait Ediih après avoir jeté la clé dans le gouffre ? Que devenait Ethelwood, enfermé dans ce tombeau? Que devenait la sœur du roi, amoureuse de ce mort vivant?
Élait-il possible que la Providence vît un pareil crime sans s'en mêler?
que la justice divine entendît porter une pareille plainte devant elle et rendît une ordonnance de non-lieu ? il y avait certainement une suite a souder a ce commencement, une seconde partie a accrocher a cette première partie.
N'y avait-il pas moyeu d'utiliser celte sœur du roi ? ne pouvait-elle pas représenter le dévoûment, comme Edith représentait Tingratitude? ne pouvait-elle pas, de même que le roi avait voulu descendre dans le caveau, pour voir sa
208 SOUTENlltS
fianoéa morte, ne pauvadt-^elie pas, elle, descendre dans ce tombeau, pour voir 9on fiancé mort ?
Ce qui avait failli arriver pour le roi ne pouvait-il pas arriver pour la sœur ; c'est-à-dire qu'Ethelwood
Je pris la main de mademoiselle Mars.
— La pièce est faite, lui dis-je : elle s'appellera Catherine Howard. — Merci !
grâce à vous, je tiens la fin. — Où sont mes amis, que je leur annonce cette bonne nouvelle ?
Mes amis étaient loin. Us s'étaient fait montrer une porte dérobée par laquelle ils fussent sûrs de fuir sans me rencontrer.
Le lendemain, je reçus une lettre du secrétaire de |ji Comédie^Française
qui m'invitait a venir reprendre le manuscrit.
— Flanqnez-le au feu , lui xépon dis-je.
Je ne sais s'il a fait selon mes instructions ; mais ce que je sais, c'est que je ne l'ai jamais revu et que les seuls vers dont je me souviens sont les deux
et demi que j'ai cités :
On les immola (ous, sire, — ils étaient trois mille.
Et voila comment fut enterrée la belle Edith aux longs cheveux.
Nous dirons, dans son lieu et place, comment vint au monde sa sœur, Ca^ therine Howard^ qui ne valait pas beaucoup mieux qu'elle, et qui mourut a la fleur de son âge, en l'an de grâce 1834.
luYasîoQ da choléra. — Aspect de Paris . -^ La méde* cine et le fléaa. — Proclamatioa du préfet de police. — Les préteadus enipotsoaoeurs. ^ Réclame d'Harel.
Depuis longtemps la France suivait
avec inquiétude la marche du choléra.
Parti de l'Inde, il avait pris la route des grands courants magnétiques, avait traversé la Perse, gagné Saint-Pétersbourg, s'était rabattu sur Londres.
Le détroit seul nous séparait de lui.
Qu'était-ce que la distance de Douvres a Calais pour un géant qui venait de faire trois mille lieues?
Aussi traversa-t-il le détroit d'une seule emjambée.
Je me rappelle le jour où il frappa son premier coup; le ciel était d'un bleu de saphir, le soleil plein de force, toute la nature renaissait avec sa belle robe verte et les couleurs de Iti jeunesse et de la santé sur les joues.
Les Tuileries étaient émaillées de femmes, comme l'est une pelouse de fleurs; les émeutes éteintes depuis quelque tëhips laissaient un peu de calme a la société, et permettaient aux spectaleurs de se hasarder dans les théâtres.
Tout a coup cet effroyable cri retentit,
poussé comme par une de ces voix dont parte la Bible, qui passent dans les airs
en Jetant à la terre les malédictions du
ciel ;
~ Le choléra est a Paris I On ajoutait :
— Un homme vient de mourir rue Ghauchai; il a été' littéralement foudroyé.
Il sembla qu'a l'instant même un crêpe s'étendait entre le ciel bleu, le soleil si pur et Paris.
On fuyait dans les rues, on se pressait de rentrer chez soi, on criait : le choléra! le choléra! comme dix-sept ans auparavant, on criait: les Cosaques !
Mais si bien qu'on fermât portes et fenêtres, le terrible démon de l'Asie se
glissait par les gerçures des contrevents, par les serrures des portes.
Alors, on tenta de lutter contre lui.
La science s'avança et essaya de le prendre corps a corps.
Il la toucha du bout du doigt, et la science fut terrassée.
Elle se releva étourdie, mais non vaincue.
Elle commença a étudier la maladie.
On mourait parfois en trois heures, il fallait moins de temps encore.
Le malade, ou plutôt le condamné, éprouvait tout a coup un léger frissonnement, puis venait la première période du froid , puis les crampes , puis les selles effrayantes et sans fin; puis lacir-
SOUVENIKS 215
culation s'arrêtait par Tépaississement du sang; les capillaires s'injectaient^ le malade devenait noir et mourait.
Seulement, rien de tout cela n'était positif; les périodes se suivaient, se précédaient, se mêlaient ; chaque tem-* pérament apportait sa variété a la maladie.
Au reste, toute cela n'était que symptômes ; on mourait avec des symptômes comme d'une maladie inconnue.
Le cadavre était la, l'assassin était là.
Le cadavre était visible, l'assassin in* visible.
Il frappait; on voyait le coup, on cherchait'inutilement le poignard.
On médicamenta au hasard, comme Uu faomihe surpris par un voleur dan*
214 SOUYENIBS
la nuit frappe au hasard au milieu de robscurité, espérant atteindre ce voleur ; la science espadonna dans les ténèbres.
En Russie, on traitait le choléra par la glace.
Les attaques présentaient des symptômes typhoïdes.
On partit de ce point.
. Les uns administrèrent des toniques, c'est-a-dire du punch, du vin chaud, du bordeaux., du madère.
Les autres, n'ayant en vue que les douleurs d'entrailles, traitèrent ces douleurs par les deux systèmes en présence a cette époque, c' est-a-dire, ceux-ci par le système physiologique de Broussais, qui consistait a saigner les malades et a leur mettre des sangsues sur Testoiioiac
et sur le ventre, traitement qui avait pour but de combattre la maladie dans sa Dafuremême, c'est-à-dire dans sa nature inflammatoire.
Ceux-là par les opiacés, les calmants, les adoucissants, Topium, la belladone, Fellébore.
Ceux-là combattaient, sinon la maladie, du moins la douleur.
D'autres, enfin, essayaient de réchauffer par les bains de vapeur, les frictions, les fers brûlants.
Quand la période de froid était attaquée à temps et qu'avec une réaction énergique on parvenait à la vaincre, le malade, en général, était sauvé.
Seulement, on n'en sauvait pas utt sur dix.
C'était tout le contraire de la dîme.
i?16 SOUVKNIAS
Le fléau frappait de préférence sur les classes pauvres, mais n'épargnait pas les riches.
Les hôpitaux s'encombraient avec une effroyable rapidité.
Uû homme tombait malade chez lui, deux voisins le prenaient sur une civière et le portaient a Thôpital le plus rapproché.
Souvent, avant d'arriver, le malade était mort, et Fun des porteurs, parfois tous les deux, prenaient sa place sur la civière.
On déposait les morts a la place où ils mouraient ; un cercle de visages épou« vantés se formait autour du mort; un cri retentissait au milieu de cette foule : un homme, une de ses mains à sa poi-^
trinfl) Tautre a ses entraillei| te tordait
comme un épileptique, tombait à terre, se roulait sur le pavé, devenait bleu, et expirait.
La foule se dispersait épouvantée, levant les bras au ciel, tournant la tête en arrière, fuyant pour fuir, car le danger était partout ; elle ne comprenait rien aux distinctions que les médecins établissaient entre ces trois mots.
Ëpidémique, — endémique, — ^ conta-* gieux.
. Les médecins étaient des héros. Ja* mais général sur le champ de bataille le plus sanglant ne courut dangers pareils a ceux auxquels s'exposait Tbomme^ de science debout au milieu de l'hôpital, ou allant par la ville de lits en lits.
Les sœurs de charité étaient des sain^ ieê^ parfoid deâ mariyreii
Les bruits les plus étranges cçuraient,
venant on ne savait d'où, et étaient répétés par le peuple avec des imprécations et des menaces.
On disslt que c'était ïe gouvernement qui, pour se débarrasser d'un surcroît de population encombrant Paris, faisait jeter du poison dans les fontaines et dans les brocs des marchands de vin.
Paris semblait atteint de folie. Ceuxlà même qui par leur charge avaient fonction de rassurer leurs administrés, les épouvantaient.
Le 3 avril, le préfet de police, M. Gisquet, adressait aux commissaires de police la circulaire suivante :
c< Monsieur le commissaire,
> L'apparition du choléra-morbus
SOUVEMIRS 210
^ dans la capitale, source de vives in-
> quiétudes et d'une douleur réelle pour » tous les bons citoyens, a fourni aux
^ » étemels ennemis de l'ordre une nou--
» velle occasion de répandre parmi
» la population d'infâmes calomnies
» contre le gouvernement ; ils ont osé
» dire que le choléra n'était autre que
» l'empoisonnement effectué par les
» agents de l'autorité pour diminuer la
» population et détourner Fattention
» générale des questions politiques.
» Je suis informé^ que pour accréditer
» ces atroces suppositions^ des misérables'
» ont conçu le projet de pareotirir leseaba^
» rets et les étals de boucherie avec des
^ fioles êi des paquets de poison^ soii pour » en jeter dans les fontaines ou les brocs ^ ou
> sur la viaièdef soii simplement pour en
ka.
220 souvENins
> faire le simulacre et se faire arrêter en
> flagrant délit par des complices qui^ après » les avoir signalés comme attachés à la po- » lice^ f(w oriseraient leur évasion et met-- » traient ensuite tout en œuvre pour démon^ » trer la réalité de Vodieuse accusation » portée contre Vautorité.
> Il me suffira, monsieur, de vous » signaler de pareils desseins pour vous » faire sentir la nécessité de redoubler » de surveillance sur les établissements
> de marchands de liquides et les bouti- » ques des bouchers, et vous engager a » prévenir les habitants contre les at-^ » tentats qu'ils ont personnellement un
> puissant intérêt a prévenir.
» Si des tentatives aussi audacieuses y> venaient à se réaliser, je n'ai pas be-' i ftoid de vottâ dire oombièn il importe^ ,
souvENins 221
» rait de saisir les coupables et de les
> mettre sous la main de la justice. C'est » une tâche dans laquelle vous serez
> secondé par tous les amis de Tordre » et tous les honnêtes ^ens.
» Recevez, etc.
» GlSQUET, »
Une heure après l'apparition d'une pareille circulaire, on eût dû mettre le préfet de police en accusation.
On n*en fil rien.
On répondait a une stupidité par une calomnie.
Ce n'était plus les agents du gouvernement qui empoisonnaient lés fohtaines et les brocs des marchands de vins pour décimer la population et détourner l'attention des affaires politiques,
222 sotîVENitts
— c*étaient les républicains qui jetaient des fioles de poison sur les étals de bouchers pour dépopulariser le gouvernement de Louis-Philippe.
On comprenait la première accusation, elle venait de Tignorance, mais la seconde ?
La seconde, qui verrait de raulorilé, et de quelle autorité, de celle qui devait être la mieux instruite sur ces sortes , d'aCTaires.
Le peuple ne demandait qu'a ne j^as croire à la présence de la peste : cet ennemi invisible qui frappait du seîn des nuées l'irritait par son invisibilité.
Il se refusait à croire que Ton mourût d'un empoisonnement aérien par un ciel (Si pur, avec un soleil si radieux.
SOCJVEfflM S28
Une cause matérielle, visible, pal^ pable faisait bien mieux son affaire, — » sur celte cause, au moins, il pouvait se venger.
Des placards contenant a peu près les mêmes accusations avaient été affichés.
Le même jour, des rassemblements eurent lieu autour des placards, puis on se porta aux barrières.
De pauvres malheureux furent assommés à coups de bâtons, assassinés a coups de couteaux, déchirés par les ongles des femmes et les dents des chiens.
On montrait du doigt un homme, on le poursuivait, — atteint, l'homme était mort.
Je vis de loin une de ces terribles
^i souvËNtns
exécutiôûs. I^ foule se ruait vers la barrière, on comptait par mille, chaque homme était une vague de cet océaa irrité ; grand nombre de garçons bouchers avec leurs tabliers tachés de sang étaient mêlés a l'effroyable marée. *
Chaque Jlab lier, au milieu de tous les flots, semblait une vague d'écume.
Paris menaçait de devenir mieux qu'un grand charnier, il menaçait de devenir un immense abattoir.
Le préfet fut forcé de se rétracter et de reconnaître qu'un assassin, qu'un meurtrier, qu'un empoisonneur, qui échappait a toutes les recherches, avait rompu son ban et se cachait dans Paris.
Cet assassin, ce meurtrier, cet empoisonneur : c'était le choléra!
Oh ! qui a vu Paris a celte époque ne
SOI7YE5IES £tS
foaUien janais, avec son del implaca- UoMat Heu, son soleil railleur, ses praBenades désertes, ses booleyarts sofitaires, ses nies sillonnées par des ooriiillaids et hantées par des fantômes.
Les saUes de spectacle semblaient d'immanses tombeaux. Harel fit mettre mie rédame dans les journaax à la suite de Dix ams de la vie d^une femme.
Om a remarqué avec^ étonnemeni que les udles de spectacle étaient les seuls endroits publicSjaàjquel que fui le nombre des spectateursj aucun cas de choléra ne s'était enr^ core manifesté. Nous livrons ce fait incontestable à Yitwestigation de la science.
Pauvre Harel! il avait encore de Fesprit, non-seulement quand personne n*en avait plus, mais ne songeait plus
même a en avoir, ui »
Le Mari de la Veuve.
C'était la terreur de 1793 âar une grande échelle.
Eo 1 793, les grandes journées allaient k tren te ou tren te*cinq victimes*
En 1832, les journaux accusaient jus-
qu*a sept ou huit cents morts par jour.
Chose étrange, les autres maladies semblaient avoir disparu : elles s'arrêtaient stupéfaites ; la mort n'avait plus qu'une manière de frapper.
On quittait un ami le soir, on lui serrait la main en lui disant : Au ravoir!
Le lendemain, une voix qui venait on ne sait d'où, de l'abîme, murmurait a votre oreille :
— Tu sais bien un tel?
— Oui. Eh bien ?
— Il est mort.
On avait dit au revoir ^ c'était adieu qu'a tout hasard il eût fallu dire.
Bientôt les bières manquèrent dans ce terrible steeple-chase entre la mort et les faiseurs de cerôueils. Les faiseurs de cercueils furent dislancés.
SOUVëNIUS
On entassa les cadavres, dans les tapissières. On en roulait dix, quinze, vingt à l'église. Les parents suivaient Je char commun, ou ne le suivaient pas. Chacun savait le numéro de son mort, et pleurait ce numéro-la. On disait une messe collective ; puis la messe dite, on prenait le chemin du cimetière: On versait le contenu de la tapissière dans la fosse commune, et Ton recouvrait le tout d'un linceul de chauK.
Puis on faisait d'étranges remarques.
Par exemple, on lisait dans les journaux :
c< On écrit de Lille, qu'on a remarqué » à Moscou, a Saint-Pétersbourg, et en » beaucoup d'autres pays, qu'une quan- » lité innombrable de mouches obscur- > cissait l'atmosphère a l'arrivée du
350 souvÈNins
» choléra. La ville de Lille est en ce » moment couverte de cousins. Un ama- • ^teur de statistique s'est amusé a* cal- » culer combien il y avait de ces in- » sectes dans un mètre carré de mu- Th raille. Il les a comptés et pesés, la » surface des murailles de la ville étant » évaluée à 7,750 millions de mètres » carrés. Chaque mètre moyen portant » un milligramme pesant de cousins , » il a trouvé que les insectes réunis, » après leur mort, formaient un poids » de trois mille cinq cent cinquante » kilogrammes de matière animale en » putréfaction , ce qui équivaut à cin- » quante cadavres d'hommes qu'on lais^ *> serait se décomposer dans les rui^ de » la ville. »
Le 18 avril fut le point culminant de
la première période. Le chiflVe des morts moDta a près de mille.
Je demeurais à cette époque , comme j*ai dit, rue Saint-Lazare, au Square d'Orléans, et je voyais de ma fenêtre passer cinquante ou soixante convois par jour, se rendant au cimetière Montmartre. Ce fut, ayant celte perspective devant les yeux, que je fis une des comédies les plus gaies que j'aie faites de ma vie.
Le Mari de la Veuve.
Voici commuât ia pièce fut faite.
Mademoiselle Dupont , l'excellente soubrette de la Comédie-Française, qui riait avec des lèvres si roses et de si blata^faes dentà; mademoiselle Dupont, la Martine la plus effrontée que j^aie
jamais vue^ avait obtenue une repré^ sentation a béuéfiçe.
Je l'avais connue chez Firmin plutôt
qu'au théâtre ; elle n'avait jamais joué
dans aucune de mes pièces.
Un matin, elle vint me trouver.
C'était, autant que je puis me rappeler, la veille même du 29 mars, jour où le choléra devait éclater.
Tout était prêt pour sa représentation a bénéfice; elle venait seulement me demander pour elle une scène épisoâique.
Nous étions au samedi , je crois. La représentation devait avoir lieu le mardi ou mercredi suivant.
Il n'y avait point de temps a perdre.
Je suis stupide a l'endroit des choses de circonstance.
£t cependant, comment refuser a la charmante soubrette une demande de si peu d'importance.
— Remettez la représentation a samedi, lui dis-je, et, au lieu d'une scène, je vous ferai une comédie en un acte.
— Vous y engafçez-vous?
— D'honneur!
— Je^vais voir si c'est possible, et dans une heure je suis ici.
Dix minutes après, je recevais de . mademoiselle Dupont un billet qui m'annonçait qu'elle avait obtenu un sursis de douze jours, et qui m'invitait a faire dans la pièce un rôle pour mademoiselle Mars.
J'étais a peu près brouillé avec mademoiselle Mars, depuis Anlony^ et ellç
n'était pas fâchée de se raccommoder avec moi.
J'avais un ami, homme d'infiniment d'esprit j chef ou sôus-chef de bureau au ministère de riûtérieur. Cet ami s'est même fait un nom depuis dans l'administration.
Il s'appelait et s'appelle encore ^ par bonheur, Eugène Durieu.
Deux ou trpis fois depuis un an je l'avais rencontré , et chaque fois il m'avait raconté quelque sujet de pièce tantôt en un acte, tantôt en deux actes, tantôt en trois actes.
jamais, cependant, je ne sais pourquoi, nous n'avions rien arrêté.
Je lui écrivis, il accourut.
— Passons la revue de vos sujets, lui dis-je ; j'ai besoin d*une pièce en un
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