‹ Souvenirs de 1830 à 1842Chapitre 8 sur 15 · acte pour la représentation a bëhéfice de mademoiselle Dupont · texte numérisé non relu

acte pour la représentation a bëhéfice de mademoiselle Dupont

— Êles-vous fou? elle est affichée pouf ittardi prochain.

— Elle est remise a mardi en huit.

•— Et dlci k mardi en huit, elle sera

ffeitfejliie, distribuée, apprise et jouée? — ' J'en fais mon affaire.

— Bon.

— Un jour pour faire la pièce , un jour pour la recopier , un jour pâat la lire^ il restera encore sept jours pour les répétitions, c'est du luxe.

Eugène Durieu reconnut la justesse du calcul, et me vida son sac.

Nous nous arrêtâmes au sujet du Mari de la Veîive ; mais le plan était loin d'être Ml.

-^ Eœutes l lui dis-je , il eM midi $

j'ai affaire jusqu'à cinq heures. Anicet Bourgeois désire avoir ses entrées au Théâtre -Français; pourquoi? je n'en sais rien : un caprice ! Allez chez lui de ina part ; débrouillez le scénario ; rêvenez ensemble a quatre heures et demie, nous dînerons. Dans la soirée , nous ferons le numérotage des scènes; je pourrai me mettre a la pièce cette nuit, ou demain matin, et en tout cas, à quelque heure que je m'y mette, vingt-quatre heures après celle où je m'y serai mis, elle sera finie.

Eugène partit tout courant. Je rentrai a cinq heures , comme j'avais dit, et les trouvai tous les deux a la besogne.

Je mis a mon tour la main a la pâte. Nous nous quittâmes a minuit, et ils me

laissèrent un numérotage k peu près complet

Le lendemain , comme je m'y étais engagé, je me mis a l'œuvre.

J'en étais a ma troisième ou quatrième scène, quand la femme de chambre entra tout effarée, et pâle comme uue morte.

«-* Ah! monsieur! monsieur! monsieur! dit-elle.

— Eh bien ! qu'y a-t-il , Catherine ?

— Ah I monsieur, il y a... mon Dieu!

mon Dieu !

— Après?

— Il y a que le choléra.,. Ah I monsieur, j'ai des crampes !

— Le choléra est a Paris î

— Oui , monsieur , il y est , le gredini

27)8 S0Uvsf(iBS

— Diable ! Et c'est sûr y ce que vous me dites'la ?

— Un hoinme vient de mourir , rue Chauchat, monsieur. U n'y a qu'un quart d'heure qu'il est mort ^ et il est déjà noir comme un nègre.

-!- Comment l'a-t-on triuté ?

— Par les frictions, monsieur, maist rien n'y a fait; noir, monsieur, tout noir.

— On l'aura peut-être frotté avec une brosse à cirage,

— Oh ! monsieur , pouvez-vous plaî-»

sauter; rue Ghauchat, monsieur, rue Chauchat !

— En effet, la rue Ghauchat est à cent pas de la rue Saint-Lazare. Qui empêchait le choléra en sortant de la rue Ghauchat, de passer par la rue

SOUVElflRS 2^

Saint^Lazare, et eo psissuot par la me Saint-Lazare , de frapper à ma porte ?

— Si le oh(iiéra sonoe, q'ouvrçiZ pas, Catherine , lui dis-je ; je vais aller voir ce qui se passe.

Je pris mon chapeau et sortis.

C'est alors que je vis se dérouler sous mes yeux le spectacle de terreur que j'ai essayé de peindre.

Je rentrai , assez mal disposé , je Tavoue, a faire de la comédie, et j'écrivis k Dupont :

c Ma belle Martine,

» Je présume qu'en remettant votre représentation a mardi ou a jeudi en huit, vous aviez compté sans le choléra.

)) Il vient d'arriver de Londres, et a

2i0 SOUVENIRS

débuté , Il y a deux heures , rue Chauchat.

» Son début fait un tel bruit, qu'il nuirait^ j'en ai peur, à votre recette.

» Que dois-je faire a l'endroit de la comédie en un acte ?

» A vous quand même.

» A. Dumas. »

On trouva mademoiselle Dupont, et par le messager qui portait ma lettre, je reçus la réponse suivante :

et Mon cher Dumas ,

» Il y a si longtemps que ma représentation traîne que je veux en finir d'une façon ou de l'autre.

SOUVENIES 241

» Faites donc toujours la pièce, je vous en supplie ; elle ira quand elle ira.

» Tout a vous.

» Dupont. »

Je me remis donc au if/art de la Veuve.

Gomme je l'avais promis, la pièce fut faite en vingt-quatre heures.

Le rôle plût a mademoiselle Mars, qui l'accepta.

8a présence dans une pièce était une garantie de rapidité.

En effet, nous avons déjà dit quelle était la probité de mademoiselle Mars a l'endroit du théâtre et des acteurs.

Elle vint exactement aux répétitions,

malgré le choléra , et me fit enrager

pour une pièce en un acte comme elle

eût pu faire pour une pièce en cinq, m 16

242 SOUVENIUS

Chaque jour, elle trouvait quelque chose a corriger; j'emportais la pièce et je faisais la correction chez moi.

Voila comment le Mari de la Veuve fut fait, avec cette perspective funèbre dont je vous parlais tout a l'heure.

La pièce, au reste, était adorablemept montée ; les cinq rôles étaient remplis par mademoiselle Mars, Monrose, Anaïs, Menjaud, mademoiselle Dupont.

Au jour dit, la pièce passa.

Le choléra no^s avait fait une rude concufrence ; il n'y avait pas ciaq cçnts personnes dans la sallp.

La p^èce eut un sviceès Qi^iocra, et

attrapa mêpie un coup de sifflet.

Menjaud, après avoir reçu upe averse, rentrait en se sécpuant au château.

souvfiNms S45

— Quel temps! disait-il, me voila trempé comme du via de collège 1

Un spectateur siffla; un maître de pension, sans doute.

Le mot, au reste , n'était pas de moi ; je Tavais entendu dire a Soulié quelques jours auparavant, et je l'avais utilisé, le trouvant drôle.

Ce me fut une nouvelle preuve de celte vérité que, ce qui s'encadre admirablement dans l'esprit de Fun, jure dans celui de l'autre.

Je cherche dans touç les journaux du ieHUps la rendu-compte de la représentation et je n'en trouve trace que dans VÀnnuaire de Lesur et dans la Gazette de France.

Mes . lecteurjs me permettront de mettre 90Uâ l^urs yeusL cette dopble appré*

244 SOUYËNIRS

ciation que la critique fait de l'ouvrage ; elle est courte et sincère :

Voici celle de Lesur.

a Paris, Théâtre-Français.

» Représentation au bénéfice de ma- X» demoiselle Dupuis. »

Lesur se trompe, c'est de mademoiselle Dupont qu'il eût fallu dire.

€ Le Mari de la Veuve , comédie en un » acte et en prose.

» Jamais , peut-être , salle de spec- » tacle n'offrit un aspect plus triste et » une assemblée moins nombreuse un > jour de représentation à bénéfice. Le » choléra avait envahi Paris ; la ville B était en proie a la terreur^ l'émeute

SOLVENIUS 24f>

» courait les rues, le rappel baKait » a l'heure de Touverture des bu- » reaux.

D II n'y eut doncce soir-la que très peu » de spectateurs assez hardis pour aller » respirer le camphre et le chlore dans » la solitude du Théâtre-Français , et » juger par eux-mêmes du mérite de la » pièce nouvelle.

» Sous ce rapport , les absents n'ont » guère perdu.

» Quelques détails agréables , quelle ques mots spirituels et le talent de > mademoiselle Mars, doivent soutenir

» ce léger ouvrage pendant une dizaine » de représentations.

» L'auteur, qui sans doute ne s'aveu-

i> glait pas sur Fimportance dei sa pièce, » a gatdé l'anonyme. *

Et d'un.

» 2 mai 1832.

» On a donné dernièrement une pe- » tite comédie : le Mari de la Veuve ^ de » M. Alexandre Dumas, laquelle, quoi- » qu'écrite avec assez de rapidité et de w naturel dans le dialogue, n'offre que » fort peu de bon sens dans Tintrigue *» et de vérité dans les caractères; mais » celle pièce est si agréablement jouée » par Monrose, Menjaud, mademoiselle )>,Mars el mademoiselle Dupont, qu'elle » devient fort amusante et fait beau- ^ coup rire ceux qui ont l'esprit de se r moquer des quolibets et de rindiffé-

» rence silencieuse des petits journaux » contre le Théâtre-Français et d'aller » plus souvent a ce théâtre qu'à Atar^ » Gull ou a Madame Gibou. >

La pièce a aujourd'hui plus de trois cents représentations.

J'invente l'éthérlsation,

Le choléra allait son train, mais on en était arrivé a s'habituer au choléra.

En France on s'habitue a tout.

On avait même dit que la meilleure manière de combattre le choléra, c'était

de n'y point penser, de vivre comme d'habitude, et de s'amuser même plus que d'habitude si l'on pouvait.

Ce régiuïe m'ailait très bien a l'époque dont il est question. J'écrivais Gaule et France^ ouvrage qui me fatiguait beaucoup comme recherches, de sorte que je n'étais pas fâché d'oublier un peu le soir mon travail du matin.

Il en résultait que chaque soir j'avais quelques amis : Fourcade,.Collin, Boulanger, Liszt, Châtillon, Hugo parfois, Delanoue presque toujours. — On causait, on parlait art ; parfois on décidait Hugo a dire des vers ; Liszt, qui jaitiais ne se faisait prier un seul instant, frappait de toutes ses for'ces sur un mauvais piano, qu'il injuriait tout en le mettant en cannelle^ et la soirée s'écoulait sans

SOIJVENIBS 251

qtl'ofi pensât davantage au choléra que s'il était à Pétersbonrg, à Béuarès ou à Pékin.

D'dilléâFS on avait fait le calcul que^ cinq centg trépasses pslr jour sur iin million d'hommes, ce n'était pas tout à âilt tin moH par mille vivants, et l'on y Avait, à tout pt-ehdre^ bien pltis de chances d'être un des mille vivants que tl'être le mort.

Ce calcul, Gomihè on le voit, était on ne peut plus rassurant.

Au milieu de toilt cela 5 Harel^ qui -était en froid avec Hugd, venait de temps en temps me tourmenter poui* lui faire une pièce. 11 prétendait que lemtfment était on ne peut pliii favorable, qu^il n'y avait de succès nulle part^ et que le premier qui aurait un succès en pd-

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reilie circonstance, Fàurait de cent re^ présentations.

Quant au choléra, il le traitait de mythe, Fassimilait aux fantômes de Sémiramis et de Hamiet, et avait mis un morceau de papier dans sa tabatière pour ne point oublier qu'il était a Paris.

L'objet pour lequel il me poursuivait avec acharnement était un drame intitulé : Marguerite de Bourgogne^ dans le* quel il y avait, disait*il, une idée a ré* volutionner tout Paris.

Je repoussai le tentateur avec énergie en lui disant que le même sujet m'a« vait déjà été proposé deux fois : une par Roger de Beauvoir, auteur de YÊcoUer de Cluny^ l'autre par Fourcade, qui, a cette époque, voulait faire de la littéra* ture.

Henri Fourcade était le frère de ce Fourcade^ mon vieil ami, dont j'ai déjà parlé a propos de mes premières aventures d'amour à Villers-Cotterets, lequel, on se le rappelle, dan^it si bien, et luxe dont j'avais été étourdi , avait dans sa poche, en allant au bal , une paire de gants de rechange.

Un soir donc que nous venions de rire, de causer, dire des vers, de faire de la musique et de souper, comme j'ai* lais reconduire mes amis et que je les éclairais du haut de mon palier, je me sentis pris d'un léger tremblement dans les jambes; je n'y fis point attention, je m'appuyai sur la rampe, moitié pour éclairer ceux qui descendaient, moitié pour me soutenir moi-même, et leur criai un sonore et franc : Au revoir.

Puis, lebruitdespass'étaatéleint dans la cour, je me retournai pour rentrer.

— Oh! monsieur, me dit Catherine, comme vous êtes pâle!

— Bah ! vraiment, Catherine? fis-jeen riant.

— Que monsieur se regarde dans une glace, et il verra.

Je suivis le conseil de Catherine, je me regardai dans une glace.

J'étais fort pâle, en effet. .

En même temps je me sentis pris d'un frisson qui, peu à peu, tournait au gre*lottement.

— C'est drôle, dis-je, j'ai froid.

-rAb! monsieur, s'écria Catherine^ e'est comme cela que ça €om»ienoe;

i^ Quoi, Catherinef - i

— Le choléraj monsieur.

— Vous croyez domc que j-ai' 16 cho-:

léra, Catherine?

— Oh ! pour sur, monsieur. Ha !

— Alors, Catherine, ne perdons pas' de temps ; un morceau de sucré trempé dans réther et le médecin I

Catherine sortit se heurtant a tous les

meubles et criant :

— Oh! mon Dieu! mon Dieu! monsieur qui a le choiera !

Pendant ce temps, comme je sentais* que les forces me manquaient rapidement, je na'approchai dé mon lit, je me dévêtis aussi vite que possible, et je me couchai.

Je grelottais de plus en plus.

Catherine rentra : la pauvre fille avait a peu près perdu la tête ; au lieu de

m'apporter un morceau de sucre trempé

5(t SOUVENIKS

dans réther^ elle m'apportait un verre de malaga plein d'éther.

Quand je dis plein, par bonheur la main lui avait tremblé ^ et le verre n'était plus qu'aux deux tiers.

Elle me le présenta.

Â. plus juste titre qu'elle, je ne savais guère non plus ce que je faisais; ne me souvenant plus de ce que je lui avais demandé, ignorant le contenu du verre qu'elle me présentait, je le portai a mes lèvres et avalai d'un seul trait la valeur d'un once d'éther.

Il me sembla que j'avalais l'épée de l'ange exterminateur.

Je poussai un soupir, fermai les yeux et tombai la tête sur l'oreiller.

Jamais chloroforme n'avait produit un effet plus rapide.

A partir de ce moment, et pendant les deax heures que durèrent à peu près mon évanouissement, je ne me souviens plus de rien.

Seulement, quand je rouvris les yeux, j'étais dans un bain de vapeur,qu'à l'aide d'un conduit mon médecin m'administrait sous mes' couvertures, tandis qu'une bonne voisine à moi me frottait à l'extérieur de mes draps avec une bassinoire pleine de braise.

Je ne sais pas ce qu'il adviendra de moi en enfer, mais je n'y serai jamais plus près d'être rôti que je ne l'ai été . cette nuit-là.

Je passai cinq ou six jours sans pouvoir mettre le pied hors de mon lit; j'étais littéralement roué.

Tous les jours on me remettait la carte III „

258 souvENitiS

d'Harel^ seulement, a L\iî «pmwer mx autres^ on répondait que je Qe roceyaiâ pas.

Lorsque je rouvris ma poorte, bi pren mière chose que j'aperçus par ma porte entre^bâillée^ ce fut sa souriante et ^pirn tuelle figure.

---T Et le choléra lui demandai-je^ y croyez-vous ?

— Il est parti.

— Vous en êtes sûr ?

, — Il pe faisait plus ses frais, Ah ! mon ami) le bon moment pour faire un drame.

— Vous croyez?

— Il va y avoir une réaction en faveur des théâtres ; d'ailleurs ^ vous avez vu ce que j'ai fait mettre dans l^s Journaux.

SOUVENIBS 259

— A Tradroit des salles de spectacle, où aucun cas de choléra n'a jamais été constaté ; mon cher Harel, vous êtes l'homme le plus spirituel du dis:-neuvième siècle.

— Eh! non.

— Pourquoi cela ?

— Vous le voyez bien, puisque je ne puis pas vous déterminer à me faire une pièce.

— En conscience, suis-je en état?

— Vous!

n haussa les épaules.

— J'ai une fièvre de tous les diables.

— Elle vous tiendra lieu d'inspira-

iiion.

— Mais enfin, voyons, qu'est-ce que c*e«t que votre pièce ?

~ Eh ! bien, je vais vous dire la vérité.

— Parole d'honneur.

— Harel ! Harel ! Harel !

— Que vous êtes bête.

— Vous voyez bien que je ne vous le fais pas dire.

— *Mais sij vous me le faîtes dire, et c'est ce qui prouve votre esprit, puisque vous me rendez stupide.

— Voyons, trêve de marivaudante; nous disons :

— Nous disons qu'un jeune homme de Tonnerre m'a apporté un manuscrit où il y a une idée; mais il n'a jamais fait de théâtre. Ce n'est point écrit, dramatiquement parlant; je n'en ai pas

SOUVENll.S ?(jl

moins traité avec lui ; j'avais mon projet.

— Voyons votre projet.

— Depuis longtemps Jauin a envie de faire du drame.

— Bon.

-- J'ai dit, voilà l'occasion toute trouvée ; je lui ai porté le manuscrit de mon jeune auteur.

— Après?

— II l'a lu.

— Eh bien ?

— H a reconnu comme moi qu'il y avait un drame.

— Et le drame ?

•— Il l'a cherché pendant six semaines, et' ne l'a point trouvé.

— Alors il. n'a rien ajouté au manuscrit primitif?

?6â SOUVENIRS

— Si fait, il l'a récrit.

— Ensuite?

-r- C'est mieux écrit, mais ce n'est pas plus jouable.

— De sorte que voila, déjà deux auteurs?

— Ne vous inquiétez pas de Janin .

— Pourquoi cela ?

— Parce que ce matin, manuscrit a lui, manuscrit a M. Gaillardet, il a tout pris à brassée, a tout jeté sur le canapé de Georges en me disant : Allez au diable ! vous et votre drame.

— Alors, vous êtes venu a moi; merci.

— Qu'est-ce que cela voua ftiit, mon ami. Lisez cela.

— Mais je vous dis quç je suis ftiible, que je ne puis pas même lire.

— Je vous enverrai Verteuil, jl vous

le lira; il lit très bien.

— Et je n'aurai pas de désagrément avec votre jeune homme?

— Un mouton, mon cher.

— Je comprends, et vous voulez le tondre.

— Il n'y a pas moyen de parler sérieusement avec vous.

— Envoyez-moi Verteuil.

— Quand? -

— Quand vous voudrez.

— Dans une heure il sera ici.

— Eh bien ! vous vous çn allesK ?

~ Je n'ai garde dé rester.

SOUVKINins

— Pourquoi cela ?

— ^Vous n'auriez qu'a vous dédire.

— Oh ! je ne m'engage a rien.

— C'est inutile, puisque vous vous êtes engagé.

~ A quoi?

— A me livrer la pièce faite dans quinze jours.

— Harel!

— Soignez le rôle de Georges.

— Harel!

— Adieu.

Harel était parti,

^ Âh ! l'animal ! murmurai-Je en re-

SOIJVKMUS 205

tombant la tète sur mon oreiller ; il me donnera une rechute.

Une heure après, comme Tavait dit Harel, Yerteuil était a la maison.

Il croyait me trouver levé et convalescent, il me trouva âu lit , brûlé de flèvre et maigri de vingt-cinq livres.

Je lui fis peur.

— Oh! me dit-il, vous n'allez pas travailler dans cet état?

— Que diable voulez-vous, mon cher?

puisqu'Harelle veut!

— Non, je remporte les manuscrits, , et je dis a mademoiselle Georges que c'est impossible, a moins de vous tuer.

~ Y a-t-il quelque chose dans les mauuscHts ?

SCO

— Sans doute, il y a quelque chose , mais...

— Mais quoi ?

— Dame! vous verrez, je n'ose pas dire.

— Alors, laissez-moi les manuscrits ^ je lirai tout cela.

— Quand?

— A mon loisir. Est-ce bien écrit au

moins ?

— C'est recopié par moi.

^ Bon.

— Voila celui de M. Gaillardef.

— Et puis?

Et puis celui de M. Janin. Oom

mencez par celui de Janin pour perdre le moins de temps possiWe.

— Y a-t-il une grande différence entre les deux ?

— Comment Tentendez- vous?

— Au fond.

— C'est la même chose, a part une ou deux tirades ajoutées par Janin.

— Et dans la forme?

^ Dame, il y a le «tyle, vous savez, c'esi pimpant, brillant, cessant.

— Je verrai tout cela.

— Quand voulez-vous que je x^ vienne?

— Revenez demain.

-— A quelle heure ?

— Vers midi.

— A demain midi, reposez-vous d'ici la.

— Je tâcherai, adieu* -* Adieu,

Il me donna la main.

— Prenez garde vous avez une fièvre de cheval.

— C'est bien Ik-dessus que je compte.

Mille tendresses k Georges ; qu'elle soit tranquille ; s'il y a un rôle, il faudra qu'il vienne ou qu'il dise pourquoi.

~ Vous n'avez pas autre chose à lui dire ?

— Que je l'aime de tout mon cœur, c'est tout.

SOUVKNIRS 209

Et Verteuil sortit, me laissant seul avec la fièvre, le manuscrit de M. Frédéric Gaillardet et le manuscrit de Jules Janin.

La Tour de Neile.

ËDGore uue fois, je le répète, et qes quelques ligaes, c'est a M. Frédéric Gaillarde t que je les adresse : *— Dieu me garde, aj^rès vin gt-uu ans écoulés, d'avoir r apparence d'une intention hostile pour

un homme qui m'a fait Thonneur de risquer sa vie contre la mienne et d'échanger avec moi un coup de pistolet ; mais Je dois, avec ma franchise accoutumée, raconter les choses comme elles se sont passées, hien certain que, s'il le fallait aujourd'hui encore, les souvenirs de Bocage, de Georges, de Janin, de Verteuil, seraient d'accord avec les miens.

Ce préambule établi, je reprends jnon

récit.

Resté seul, je commençai la lecture du manuscrit.

Le hasard fit que je tombai d'accord sur celui de M. Gaillardet ; mais, à la troisième ou quatrième scène, plusieurs pages, déchirées a dessein, manquaient.

soiJVENms 275

Force me fut de recourir a celui de Janin.

Uun et l'autre commençaient »u second tableau^ c'est-k-dire au monologue d'Orsîni. Au reste, a peu de chose près, ce second tableau, alors le premier, resta ce qu'il était.

Il n*v avait d'autre différence entre celui dei M. Gaillardet et celui de Janid que le style. Janin, on le sait, sous ce rapport est un maître devant lequel les petits s^'nclinent et que les grands saluent.

Cependant, une tirade tout entière, la plus brillante peut-être de tout le drame, appartenait a Janin.

C'était celle des grandes dames.

Avait-il a se venger en ce moitient

d'une dame^ et croyait-il celte dame une ni 18

grande dame? je n'eu sais rien; en tout cas, si connue que soit la tirade, nous la reproduisons ici,

BURIDAN

Vous ne sauvez donc pas oîi nous sommes ?

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