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TENDANCES NATIONALES

Le mouvement italien prenait chaque jour davantage le caractère national qui constitue sa nature intime.

Le cri \ive l'Italie! retentissait au fond de la Sicile, grondait dans chaque manifestation de mécontentement local, et terminait, comme le Delenda Carthago de Gaton, chaque discours politique. Ailleurs, les populations, lasses de misère et d'inégalité, s'agitaient dans le rêve d'un nouvel ordre de chose?, social ou politique : en Italie, pour la seule gloire et par la puissante espérance des grandes choses de l'avenir, elles s'insurgeaient ou aspiraient à s'insurger pour une idée. Elles cherchaient la patrie ; elles regardaient vers les Alpes. La liberté, but des autres nations, était pour nous le moyen.

Ce n'est pas que les Italiens, comme d'autres l'ont cru ou ont fait semblant de le croire, fussent insouciants de leur droit ou imbus de préjugés monarchiques. — Excepté dans quelques coins de Naples et de Turin, je ne crois pas qu'il existe un peuple plus démocrate et par conséquent plus républicain par ses traditions, par la conscience de son égalité civile, par les fautes de ses princes et par l'instinct de sa mission future, que le nôtre. — Mais ils avaient un sentiment trop élevé de leur dignité pour ne pas savoir que l'Italie, devenue nation, serait libre, et ils auraient sacrifié la liberté, pour quelque temps, à quiconque (soit pape, soit prince, soit pire) aurait voulu les guider et faire d'eux une nation. L'obstacle, non pas le plus réel, mais le plus apparent, à la fraternisation de tous ceux qui peuplent cette terre sacrée de l'Italie, c'était l'Autriche. Ils invoquaient donc, avant tout, la guerre contre l'Autriche, et le peu de liberté qu'ils réussis-

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saient à arracher à leurs maîtres servait presque exclusivement à rendre ce cri plus fort, plus unanime et plus solennel.

Déjà, en avril 1846, la pétition adressée aux légats pontificaux assemblés à Forli se terminait, après avoir constaté les doléances des provinces, par la déclaration que les questions de mauvaise administration locale n'étaient pour les hommes de la Romagne que des questions secondaires : que la question italienne était la principale, et que le péché le plus grave de la cour papale était celui d'être le vassal de l'Autriche.

A Ancône, en août 1846, la nouvelle de l'amnistie pontificale rassemblait la foule sous les fenêtres de l'agent autrichien, et la joie s'exhalait naturellement dans ce cri : Chassons les étrangers I

A Gênes, lorsqu'en novembre 1847, le roi allait visiter cette ville, et que quarante mille personnes, applaudissant à une espérance, passaient devant lui, le drapeau arraché aux Autrichiens, en 1746, par les Génois, flottait au-dessus de ces masses, comme le programme éloquent de leurs vœux. Il en fut ainsi partout et chez tous.

Metternich comprenait les tendances nationales du mouvement. « Sous le drapeau des réformes administratives, disait-il au comte Dietrichstein, dans une dépêche du 2 août 1847, les factieux tâchent d'accomplir une œuvre qui ne pourrait rester circonscrite dans les Etats de l'Église,, ni dans les limites d'aucun des Etats dont l'ensemble forme la péninsule italienne. Les factions cherchent à réunir ces États dans un seul

corps politique, ou, au moins, dans une confédération d'États soumise à la direction d'un pouvoir central suprême. » Metternich disait vrai, seulement toute l'Italie était faction.

Ce fut un moment sublime que le frémissement d'une nation et le tintement de l'heure qui devait apporter dans le monde de Dieu une nouvelle vie^collective, l'apostolat de vingt-six millions d'hommes, aujourd'hui muets, qui auraient annoncé aux nations, leurs sœurs, la parole de paix, de fraternité et de vérité. Si dans l'âme de ceux qui régnaient eût couvé une seule étincelle de la vie italienne, ils auraient été émus, ils auraient oublié dynastie, couronne et pouvoir, pour se faire les premiers soldats de la sainte croisade, et ils se seraient dit : «Mieux vaut une heure de comrftunion dans une grande pensée avec un peuple qui ressuscite, que toute une existence dans la solitude d'un trône menacé par les uns et méprisé par les autres. » Mais, par un décret de la Providence, qui veut substituer l'ère des peuples à celle des rois, les princes ne peuvent désormais s'élever jusqu'à cette idée : ils se jouèrent de la généreuse mais imprudente tendance qui poussait les peuples à oublier et à sacrifier la liberté civile à l'espoir de l'indépendance nationale. Ils trahirent l'une et l'autre ; et, trompant le plus beau mouvement populaire qui fut jamais, ils nous repoussèrent dans l'abîme où nous sommes aujourd'hui.

Entre le supplice des frères Bandiera et la mort de Grégoire XVI, une race d'esprits avait surgi, qui,

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élevée à moitié dans le matérialisme sceptique du xvme siècle, à moitié dans l'éclectisme français, radotait néanmoins de christianisme et de religion, et se parait du nom de modérés : comme si, entre Têtre et le néant, entre la société future et les gouvernements qui en combattent le développement, il pouvait jamais exister un chemin de milieu! Ces genslà s'étaient posé, pour problème à résoudre, la conciliation des inconciliables : la liberté avec la royauté, la nationalité avec le démembrement, la force avec une direction incertaine. Aucune classe d'hommes n'eût pu opérer cet étrange prodige, celle-là moins que tout autre. C'étaient des écrivains doués de talent, mais sans l'étincelle du génie; suffisamment pourvus de cette sorte d'érudition italienne qui s'acquiert dans les livres avec les morts, mais que ne féconde point l'impulsion vivifiante des synthèses. Ils ne comprenaient pas le travail de fusion qui s'était accompli mystérieusement dans les trois derniers siècles. Ils n'avaient pas conscience de la mission italienne , encore moins la faculté de communier avec le peuple qu'ils croyaient corrompu, qui, pourtant, valait mieux qu'eux, et dont les éloignaient les habitudes de leur vie, certaines dissidences traditionnelles et des instincts non cachés d'aristocratie nobiliaire ou littéraire. Par cet isolement moral et intellectuel, par cette séparation d'avec le peuple, qui est désormais l'unique élément progressif et l'arbitre de la vie des nations, ils étaient déshérités de toute vraie science et de toute foi darjs l'avenir. Leur conception historique flottait,

avec de légères modifications, entre le guelfisme et le ghibellinisme. Leur conception politique, quoi qu'ils fissent pour la revêtir d'une forme italienne, n'allait pas au delà des termes posés par la doctrine que Montesquieu avait enseignée en France, et qui , recueillie par les Mounier, les Malouet , les Lally- Tollendal et autres modérés de l'Assemblée nationale, fut réduite en système par les hommes qui dirigèrent l'opinion publique en France, durant quinze années, après le retour de Louis XVIII. C'étaient des monarchistes avec une nuance de liberté, juste ce qu'il en fallait pour rendre tolérable la monarchie, pour s'attribuer à eux-mêmes la faculté de publier leurs opinions, et de siéger dans une consulte quelconque, sans étendre pourtant cette liberté jusqu'aux masses, de peur de susciter en elles l'idée de droits qu'ils détestaient et de devoirs qu'ils ne soupçonnaient même pas. En somme, ils n'avaient aucune croyance ; leur foi dans le principe monarchique ne relevait pas du dogme du droit divin incarné dans quelques familles, ni de cette affection chevaleresque pour certaines personnes, qui plaçait autrefois le monarque entre Dieu et une femme aimée : Mon Dieu^ mon Roi et ma Dame. C'était un acquiescement passif, inerte, sans vénération ni amour pour un fait qu'ils avaient devant les yeux et qu'ils n'essayaient même pas d'examiner ; c'était une couardise morale ; c'était la peur du peuple, dont ils voulaient arrêter le mouvement ascensionnel, par la monarchie : la peur d'un choc inévitable entre les. deux éléments qu'ils ne se sentaient pas capables

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de maîtriser. C'était la peur que l'Italie ne fût pas assez puissante pour reconquérir par ses propres forces populaires, même cette petite part d'indépendance vis-à-vis de l'étranger, qu'eux aussi, tendres qu'ils étaient pour l'honneur italien, auraient seule voulu revendiquer. Dans leurs écrits ils donnaient, avec une affectation de gravité, avec des allures d'hommes profonds et clairvoyants, des conseils empruntés d'une époque de développement normal et d'hommes habitués aux luttes parlementaires, déjà citoyens de nations plus avancées, à un peuple qui, d'un côté, n'avait rien, et qui, de l'autre, avait tout à conquérir, existence, unité, indépendance, liberté. Le peuple répondait à leurs voix d'eunuques par le rugissement et le bond du lion, chassant les jésuites, exigeant l'institution des gardes civiques et la publicité des débats, arrachant des constitutions aux princes, tandis qu'eux recommandaient le silence, les voix légales, et suppliaient de s'abstenir de toute manifestation pour ne pas affliger le cœur paternel des maîtres. Ils s'intitulaient hommes pratiques, positifs... On aurait dû les nommer les areadiens de la politique.

Voilà quels étaient les chefs de la faction, et je n'ai pas besoin de les nommer. Et aujourd'hui, quelquesuns, soit ambition du pouvoir, soit vanité blessée par la solitude qui s'est faite autour d'eux, se trouvent à la tète de la réaction monarchique en Italie.

Mais, dès l'avènement à la papauté de Pie IX, on vit se grouper autour d'eux plusieurs jeunes gens qui valaient beaucoup mieux que de tels chefs, attirés

soit par l'influence de leurs discours et le prestige des premiers actes du pape, soit par l'espoir de frayer à l'Italie un chemin plus facile vers un meilleur avenir, après le brusque découragement des nombreuses tentatives avortées dans le passé. Ames candides et saintement dévouées à la patrie, trop flexibles néanmoins et pas assez fortement trempées, par leur nature et par la souffrance, dans la sévère et énergique foi du vrai immuable, elles avaient été formées parmi nous au culte de l'idée nationale, mais elles s'étaient fatiguées trop tôt des inévitables douleurs de la lutte ; et se méprenant sur le besoin d'autorité qui nous domine tous, elles se prosternaient devant celle qui existait alors et qui avait l'air de se régénérer.

Au-dessous de ceux-ci, se pressait, toute joyeuse de voir que les sacrifices et les obstacles allaient diminuer, la foule des hommes de calcul, des esprits et des coeurs médiocres, des tièdes repoussés par l'Évangile, de ceux dont notre cri de guerre troublait le sommeil et à qui le programme des modérés promettait, au contraire, les honneurs faciles du patriotisme, à la seule condition d'écrire des articles pacifiques dans les journaux, ou de soulever d'inoffensives polémiques avec le Lloyd sur le chemin de fer, ou encore de supplier le prince de vouloir bien se montrer un peu moins tyran.

Et, plus bas encore, lèpre de tous les partis, on voyait grouiller la race affairée des jongleurs politiques, hommes de tous les métiers, véritables harpies qui souillent tout ce qu'elles touchent, prêts dans tous

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les pays à jurer et à se parjurer, à exalter ou à calomnier, à oser ou à ramper selon le vent qui souffle, pourvu que dans une agitation sans danger, ils puissent acquérir une importance microscopique quelconque ou un tout petit emploi public ou secret. Race, Dieu merci, plus rare en Italie qu'ailleurs, mais plus nombreuse cependant, par suite d'une éducation jésuitique, matérialiste et tyrannique, qu'on ne voudrait la voir au milieu d'un peuple grand dans son passé et appelé à être grand dans l'avenir.

Des premiers (les chefs modérés) s'élevait une voix qui disait : « Notre première question est l'indépendance; notre premier conflit est avec l'Autriche, puissance gigantesque, tant par les éléments qui lui sont propres que par ses liens avec les gouvernements de l'Europe. Or, si vous menacez vos princes, non seulement vous n'aurez pas d'armées, mais vous les aurez hostiles : notre peuple est corrompu, ignorant, désaccoutumé des armes, indifférent, sans volonté ; et avec un peuple semblable, on ne fait ni une guerre nationale, ni une république fondée sur la vertu. Il faut auparavant l'instruire, l'habituer aux fortes actions, à la morale du citoyen. . Le progrès est lent et marche par degrés. Avant tout, l'indépendance, puis la liberté éducatrice, constitutionnelle-monarchique ; puis enfin, la république. Les affaires des peuples ne se régissent que par l'opportunité, et qui veut tout n'a rien. Ne persistez pas à recopier le passé, le passé de la France surtout. L'Italie doit avoir son propre mouvement et des règles propres à ce même mouvement. Vos princes

ne vous sont contraires que parce que vous les avez attaqués : unissez-vous à eux ; excitez-les à s'allier entre eux par des ligues commerciales, douanières, industrielles; ensuite viendront les ligues militaires, et vous aurez alors des armées toujours prêtes et sûres. Les gouvernements étrangers commenceront à vous connaître, et l'Autriche apprendra à vous craindre. Peut-être réussirons- nous à reconquérir notre indépendance pacifiquement et par des sacrifices pécuniaires; sinon nos princes, réconciliés avec nous, nous la donneront par les armes. Alors nous penserons à la liberté. »

Les seconds (les bons cœurs à illusions) chantaient des hymnes à Pie IX, âme d'honnête curé et de mauvais prince, en l'appelant le régénérateur de l'Italie, . de l'Europe et du monde ; ils prêchaient la concorde, l'oubli du passé, la fraternité universelle entre les princes et les peuples, entre le loup et l'agneau ; ils entonnaient d'une voix émue un cantique d'amour sur une terre vendue, trahie pendant cinq siècles par les princes et les papes, et qui buvait encore le sang des martyrs fraîchement égorgés.

Les derniers (les intrigants) allaient, venaient, s'agitaient, s'entremettaient, débitaient les plus étranges nouvelles d'intentions royales, de promesses, de transactions avec l'étranger ; ils répétaient des paroles qui n'avaient jamais été dites, répandaient des médailles. Au peuple, ils racontaient des choses folles sur le compte des princes ; à nous, ils tendaient là main avec mystère, en murmurant, à demi- voix : « Laissez faire

chaque chose a son temps ; pour le moment, il nous faut profiter des hommes qui ont du canon et des armées; après, nous les renverserons. » Je ne me rappelle pas un seul d'entre eux qui ne m'ait dit ou écrit : « Je suis en théorie aussi républicain que vous l'êtes vous-même, » et qui, en même temps, ne calomniât de son mieux notre parti et nos intentions.

Nous, nous étions républicains de foi ancienne, fondée sur ce que nous avons dit plusieurs fois et redirons encore ; mais, avant tout, pour ce qui touche à l'Italie, nous étions républicains parce que nous étions unitaires, parce que nous voulions que notre patrie fût une nation. La foi nous faisait patients. Le triomphe au principe qui formait et qui forme notre croyance est tellement certain, qu'il ne sert à rien de se hâter. Par décret de la Providence, décret lumineux qui rayonne au loin dans le progrès de l'humanité, l'Europe court vers la démocratie. La forme logique delà démocratie, c'est la république; la république est donc dans les faits de l'avenir. Mais la question de l'indépendance et de l'unification nationale exigeait une solution immédiate et pratique. Comment l'atteindre ? Les princes ne voulaient pas ; le pape ne voulait ni ne pouvait. Restait le peuple. Bit nous décrier comme nos pères : Popolot popolo! acceptant toutes les conséquences, toutes les formes logiques du principe contenu dans ce cri.

Il est faux de dire que le progrès se manifeste par degrés : il s'opère par degrés; et, en Italie, la pensée nationale s'est élaborée dans le silence de trois siècles

de servage commun à tous, et pendant près de trente années d'apostolat assidu, bien souvent couronné par le martyre des meilleurs d'entre nous. Une fois le terrain préparé par un travail latent, le principe se révèle, d'ordinaire, par l'insurrection, en un mouvement collectif, spontané, anormal des multitudes, en une subite transformation de Vautoritè. Une fois le principe conquis, la série de ses déductions et applications se déroule par un mouvement normal, lent, progressif, continu.

11 est faux que la liberté et l'indépendance puissent être disjointes et revendiquées l'une après l'autre. L'indépendance, qui n'est que la liberté conquise sur l'étranger, exige, pour qu'elle ne soit pas un mensonge, l'œuvre collective d'hommes ayant la conscience de leur propre dignité , la puissance du sacrifice, et la vertu de l'enthousiasme, qui n'appartiennent qu'aux hommes libres. Gela est si vrai, que, dans les conflits bien rares qui ont été soutenus par l'indépendance, sans l'intervention apparente de la politique, les peuples ont puisé leur force dans l'unité nationale déjà conquise.

11 n'est pas vrai que l'on ne puisse pas fonder de république sans le concours de toutes les vertus républicaines les plus sévères. Une pareille idée n'est qu'une vieille erreur qui a servi à fausser la théorie gouvernementale dans presque tous les esprits. Les institutions politiques doivent représenter l'élément éducateur de l'Etat, et Ton fonde précisément les républiques pour que les vertus républicaines, que

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l'éducation monarchique ne saurait produire, puissent germer et s'enraciner dans le sein des citoyens.

Il n'est pas vrai que la force aveugle des canons et des armées suffise pour reconquérir l'indépendance. Dans les combats de la liberté nationale, il faut, avec les forces matérielles, une idée qui préside à leur ordonnance et qui dirige leurs mouvements ; la bannière qui s'élève du milieu des armées doit être le symbole de cette idée; et — les faits l'ont irrévocablement prouvé — cette bannière vaut la moitié du succès. Du reste, l'accord franc, hardi, durable, entre six princes, plusieurs de race autrichienne, presque tous de race étrangère, jaloux et méfiants les uns des autres, tremblants devant le peuple par la conscience de leurs méfaits, n'ayant contre lui d'autre secours à espérer que celui de l'Autriche, voilà, pour soutenir la guerre d'indépendance, une utopie bien autrement extravagante que la nôtre.

Vous ne pouvez donc espérer fonder une nation qu'avec un homme ou avec un principe. Avez- vous l'homme? Avez-vous parmi vos princes le Napoléon de la liberté, le héros qui sache à la fois penser et agir, aimer plus qu'aucun autre, et combattre? Avezvous l'héritier de la pensée de Dante, le précurseur de la pensée du peuple? Faites qu'il surgisse et qu'il se révèle; sinon, laissez-nous invoquer le principe; n'entraînez point l'Italie à la remorque d'illusions pleines de larmes et de sang.

Nous disions ces choses non publiquement, mais dans nos entretiens particuliers et dans notre corres-

pondance, à des hommes placés très avant dans la confiance des premiers, des chefs du parti modéré. Les seconds^ les amis qui nous abandonnaient, nous les regardions tristement, en nous disant : « L'épreuve faite, vous nous reviendrez; mais Dieu veuille que cette épreuve ne déflore pas votre âme et ne vous ôlc pas la foi dans les destinées de l'Italie. » Des derniers, les intrigants, nous nous éloignions pour ne pas nous salir. Amis ou ennemis, nons étions et nous voulions nous conserver noblement loyaux. « Les nations, disions-nous souvent, ne se régénèrent point par le mensonge. »

A notre dernière interrogation, les modérés répliquaient en nous montrant du doigt Charles-Albert.

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