partie de l'année
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Daubigny et son fils Karl attirèrent dans le pays pas mal d'artistes, connaissances et amis : et, grâce à la célébrité acquise par le père, ce mouvement se continua longtemps après leur mort.
La liste serait longue si l'on devait la dresser complète, du simple passager aux peintres américains et anglais comme Sprague-Pearce et Robert Wickenden qui se fixèrent dans le village; de toutes façons, il convient de mettre Corot en tête bien qu'il n'y ait guère travaillé; Daumier, de Valmondois, ainsi que Jules Du pré, de l'Isle-Adam sont dans le même cas, puis viennent Geoffroy-Dechaume, Oudinot, Guillemet, Perret, Beauverie, Delpy, Allongé, Damoye, et Mlle Bourges.
1 872-1 873 vit Cézanne s'y installer laborieusement.
L'engouement créé par Daubigny n'est pas le facteur qui détermina son choix. Il se décidait à étudier le paysage carrément sur nature, de plus, se trouvant à l'étroit avec femme et enfant dans un logement parisien, il cédait d'autant mieux aux conseils de Pissarro, alors à Pontoise, et choisissait Auvers ou le docteur Cachet avait acheté sa propriété l'année précédente.
Dix-sept ans plus tard venait Van Gogh.
La renommée artistique des bords de l'Oise survivait à Daubigny, particulièrement chez les peintres américains, mais c'est encore par l'entremise de Camille Pissarro, auquel Théo s'était adressé, qu'Auvers fut adopté.
Le calme, le pittoresque du village avaient été vantés par Pissarro qui n'avait pas moins recommandé le séjour à cause de la présence du docteur Cachet en qui il avait toute confiance, qu'il estimait en outre comme un fervent ami des artistes.
Des friurtneiix séjours de Cézanne et de Vincent les historiens d'art ont à peine parlé ou de façon fort superficielle, l'importance cependant, en fut grande, décisive, bien supérieure à leur courte durée.
Cézanne, résolu à l'étude de la nature y commença sinon sa carrière, du moins la plus consistante partie de sa production, Vincent, déjà parvenu au paroxysme de son talent y termina sa carrière et sa vie. Quels faits plus saillants pourraient marquer dans l'existence d'un maître?
D'intérêt égal ces faits sont cependant de nature fort différente : la période d'Auvers se trouve chez Cézanne au début de sa manière claire, point capital, alors que pour Vincent, elle termine glorieusement l'explosion provoquée par le soleil d'Arles.
Venus tous deux pour le paysage, Cézanne et Vincent ne perdirent cependant de vue ni la figure ni la nature morte, mais presque aussi mal logés l'un que l'autre pour un travail d'intérieur, ils acceptèrent d'autant plus volontiers l'offre du docteur de venir à la maison et d'utiliser le grenier, transformé d'ailleurs en atelier sur le conseil de Cézanne.
Bien qu'il y recourut davantage celui-ci n'a malheureusement rien écrit à ce sujet tandis que Vincent, avec les abondants détails qu'il donne parfois à son frère, ne manqua pas de signaler le fait :
" Mais sa maison, tu verras c'est plein, plein comme un marchand d'antiquités, de choses pas toujours intéressantes. Mais dans tout cela il y a ceci de bon que pour arranger des fleurs ou des natures mortes, il y aurait toujours de quoi.
Et quelques lignes plus haut, il venait d'écrire :
Je sens que chez lui je peux faire un tableau pas trop mal toutes les fois que j'y vais et il continuera bien de m'inviter à dincr tous les dimanches ou lundis.
Ainsi la maison du docteur était remplie de ces n vieilleries noires » dont parle encore Vincent qui, tout ébloui des clartés du Midi, semble oublier momentanément la sombre production de sa première manière.
Cézanne a peint dans la maison de son ami quelques belles natures mortes dont les ustensiles — précieux souvenirs — sont encore là, presque à la même place '.
Lui-même avait apporté, entre autres objets, un médaillon en plâtre auquel le voyage avait été funeste.
Quoique cassé il le plaça dans une composition au milieu d'un d fouillis » d'étoffes ocre jaune et brun rouge, en compagnie d'un sujet en faïence et d'un modeste encrier qu'on devine surtout grâce à la plume d'oie fichée dedans. Au premier plan, une serviette dans un rond, a la rigidité particulière aux linges de Cézanne; enfin une poivrière en bois et deux grosses pommes ocre jaune, grassement peintes reposent, comme tout le reste, sur une grande malle grise à fermoir.
Le fond, en haut, est du noir pur.
Baptisée par le docteur Cachet, les « accessoires de Cézanne », cette nature morte fut peinte non à la maison mais chez Cézanne et brossée — par surcroît — sur un épouvantable carton, spongieux, effrité, que l'humidité des murs d'Auvers n'a pas épargné.
Malgré le grand intérêt de conserver un tel spécimen dans son intégralité, il a fallu procéder à un enlevage : c'est aujourd'hui une toile saine et robuste, très représentative de la période ancienne, un peu sombre mais de technique solide, sans lacune, bien terminée, énergique.
Naturellement Cézanne remporta ses accessoires, sauf le plâtre qu'il donna au docteur... ainsi que les deux morceaux.
Ceux-ci, retrouvés et identifiés longtemps après, ont pu être recollés, la photographie montre ainsi un médaillon entier '.
Quant à l'effigie c'est un portrait de Philippe Sohivi par lui-même; il est daté : 1870.
On voit au Louvre, dans la collection Camondo un beau Bouquet de Dahlias dans un Vase de Dclft, faïence blanche à décors bleus, grandeur originale.
Le docteur Cachet se préparait à peindre ces fleurs lorsque survint Cézanne; cette fois il n'en fut pas de même que pour certains paysages où les deux amis traitèrent le même motif : le docteur céda la place.
Cézanne se servit encore à la maison d'un autre Delft beaucoup plus pefif, également blanc à ramages bleus, qui porte le monogramme de Van Eehorn, un décorateur hollandais du xvii° siècle.
Il avait projeté de faire avec ce vase toute une série de bouquets; pour tenter de les
1. Ils figurent aujourd'luii au Musée de rimpressionnismc (donation Paul Cîachet, novembre 1951). 1. Donné au Musée de l'InTiJressionnisme (novembre 1951).
BOUQUET DE DAHLIAS DANS UN VASE DE DELFT (1873) (Le grand Delft.) Musée du Louvre
NATURE MORTE x^U VASE D'URBINO Esquisse (1873)
« enlever » et de réagir, ainsi que le lui conseillait le docteur, contre les lenteurs forcément accrues par les grandes toiles, il avait décidé de les faire moins importants que le précédent.
Il semble qu'il n'en ait fait que trois : tous trois exceptionnellement clairs, solides, complets, terminés et même... signés!
La plus petite toile, un N" 6, est longtemps restée à Auvers dans la maison où elle est née ". La seconde était à Pontoisc, chez Rondest, l'épicier, fournisseur de Pissarro et de Cézanne. La troisième figura sous le N" 31 à l'Exposition Cézanne, à l'Orangerie, en 1936.
A cette même Exposition les visiteurs ont pu admirer une magistrale et très curieuse Nature morte (N" 30 du catalogue) appartenant à Mme Jacques Doucet.
Elle fut peinte à Auvers, en 1873.
Il est facile de reconnaître sur la photo les objets choisis par Cézanne dans « l'arsenal » du docteur : un pot de grès, cloisonné d'émail bleu, un terre ftaimvid qui pourrait bien être vénitien de style, un couteau plusieurs fois emprunté; une tapisserie genre « verdure » qui figure au fond et à droite dans la photographie.