‹ Souvenirs de Cézanne et de van Gogh à Auvers. Natures mortes composées avec des objets choisis et peints dans la maison du docteur GachetChapitre 4 sur 6 · Le nom réel de cet instrument est tambour de basque · texte numérisé non relu

Le nom réel de cet instrument est tambour de basque

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Tandis que chez Lisbonne, à la « Taverne du Bagne » les garçons étaient déguisés en forçats, chez la Segatori, les serveuses étaient costumées en Italiennes et tout... tournait au Tambourin.

Coquiot raconte que Vincomparahle timbale était servie dans un récipient ayant la forme d'un taïuhonrin, d'ailleurs représenté sur l'affiche, laquelle qualifie cette timbale de « Bolonaise » et la donne comme « brevetée ».

L'affiche annonce encore des vins et liqueurs étrangers à prix réduits, sans doute pour faire digérer la fameuse timbale qui coûte 5 fr. 50, 15 fr. et 30 fr... un plat que Vincent n'aurait jamais pu s'offrir... même avec pourboire interdit, lui qui, si souvent, au vrai Tambourin, paya d'une petite toile de fleurs les repas et amabilités qu'il devait à la compassion de la hiiona signora italiana.

Vincent, en ces derniers déplacements, traînait avec lui quelques bouquins : ses auteurs favoris, Hugo, Balzac, Dickens, Michelet ou... préférés : Zola, Flaubert, Maupassant, de Concourt.

Les livres, il les lisait, les relisait parfois, mais ils lui servaient encore à d'autres fins : après s'être repu de leurs meilleurs tableaux il les mettait à contribution pour leur aspect extérieur de modestes brochures à couvertures multicolores, bien plus ordinairement jaune, de ce chrome N" 2 qu'il affectionne particulièrement.

Il en éparpille une fois un nombre respectable et les reproduit exclusivement : ce sont les livres jaunes des Indépendants, de 1888. Il avait écrit à Théo:

'■ Je trouve très bien que tu mettes les livres aussi aux Indépendants, " faudra donner comme titre de cette étude : Romans parisiens \

Il composa ainsi près d'une demi-douzaine de toiles mais ne fut pas toujours aussi prodigue en « bouquins ». Il n'en mit qu'un sur le Fauteuil de Gauguin et l'Annuaire de la Santé de Raspail se trouva, une fois, en tête à tête, avec la bouteille de Pernod.

Vincent aimait qu'on partageât ses admirations : combien de fois s'enquiert-il de savoir si Théo a enfin lu Madame Chrysanthème... laquelle lui a dévoilé, à lui — une partie du Japon.

Au docteur Cachet, il avait apporté, pour qu'il les lise, Germinie Lacerteux et Manette Salomon; il les déposa sur la table rouge où s'appuyait le docteur; ils furent « portraicturés » en même temps que lui, d'ailleurs sans aucune relation avec ses goûts littéraires, tandis que la Digitale fut intentionnellement choisie comme emblème d'une spécialisation professionnelle : celle de certaines maladies du cœur.

Quelle suite eut cette lecture? Nous l'ignorons, mais elle encouragea Vincent à prêter, un peu plus tard, la Fille Elisa, et ce dernier bouquin est resté au docteur; c'est lui qu'on voit au premier plan de la photo; il a, depuis, été relié en toile noire, mais sa couvertrue jaune, chère à Vincent, est toujours à l'intérieur.

Revenons maintenant au pays de Mme Chrysanthème. *

Voici d'abord un très modeste Souvenir symbolisant cependant l'une des plus grandes admirations de Vincent — vénération, devrait-on dire — pour un pays que, comme Lautrec,

1. N" 658 du Catalogue. — L'Exposition eut lieu au Pavillon de la Ville de Paris (Champs-Elysées) du 22 mars au 3 mai. Tliéo avait joint : La Bulle Montmartre et Derrière le Moulin de la Galette.

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