‹ Souvenirs de chasseChapitre 22 sur 31 · DANS LES HIGHLANDS DE L'ECOSSE · texte numérisé non relu

DANS LES HIGHLANDS DE L'ECOSSE

Voici l'un des vingt mille proverbes de l'Espagne : « Si tout le monde te dit que tu es un âne, brais. » Tout le monde m'avait dit qu'en voyant les Lowlands (Basses-Terres), dès longtemps envahies, conquises par la civilisation et les mœurs de l'Angleterre, je n'avais pas vu la véritable Ecosse ; qu'il fallait, pour la trouver comme elle fut, comme elle . sera longtemps encore, monter dans les Highlands (Hautes-Terres); que là seulement l'homme et la nature ont échappé à la conquête anglaise et se montrent encore Tun et Tautre dans leur forme primitive, dans leur liberté séculaire, dans leur rude et sauvage beauté. Alors je me suis mis à braire, c'est-à-dire à croire tout le monde sur parole, et à souhaiter ardemment de suivre le conseil unanime qui m'était donné. Maintenant il m'est permis de dire comme Alhalie : « J'ai voulu voir, j'ai vu. »

Une aimable invitation de séjour et de chasse, dans un château des montagnes de l'Invemess- Sbire, me donnait l'occasion désirée. Parti d'entre Seine-et-Marne, j'ai traversé rapidement la Somme, la Manche, la Tamise, la Trent, la Tyne et la Tweed, enfin, dont les bords me sont à présent si conmis, et que je salue à chaque retour comme la frontière d'une seconde patrie. J'ai revu la vieille ville de Berwick, qui a gardé quelques pans de ses murs et de ses tours pour attester combien de fois elle fut attaquée» défendue» prise et reprise au t^mps des guerres continuelles entre FAngleterre et l'Ecosse, aiiyourd'hui sœurs, loieux encore, amies inséparables, et seulement émules dans ies lelbws, l'industrie» l'agriculture, comme dans les voyages et les combats. J'ai revu las bons et chers amis de D.-Gastle ; pjuis l'Alhènes du Royaume-Uni, la belle et savante Edimbourg. Mais ailleurs, déj^ J*âi consacré aux amis un souvenir d'affectueuse reconntissance, à la splendide capUale un souvenir d'admiration. C'est, après Edimbourg, après ses fertiles campagnes, qui doivent leur richesse moins à la natune qu'à la science très-avancée de l'agriculteur, que j'entrais enfin dans un pays nouveau pour moi.

Montant toujours droit au nord, j'ai traversé Stirling, dont le vieux château, dressé sur un roc, est si plein des souvenirs de l'histoire écossaise; puis la jolie ville de Perth, qu'a illustrée dans le monde

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entier, sojus un titre presque semblable, Tun des plus intéressante ouvrages du grand romancier d'Abbotsford; puis, à Dnnkeld, s*est ouvert le dernier wagon du dernier rail-way. Là est le finis ferrx des chemins ie fer, du moins dans Tintérieur du pays, car ils étendent encore leurs longs bras autour de rÉcosse, sur les rivages des deux mers. Au delà de Dunkeld, en effet, la nature défie l'homme; elle lui dit, comme à l'Océan le doigt de Jéhova : « Tu n'iras pas plus loin. » C'est qu'au delà de Dunkeld, où les Highlands commencent, fhomme devient trop rare, trop disséminé, trop faible enfin dans son isolement, pour entreprendre ces luttes gigantesques avec la nature qui lui font percer les Alpes, ou jeter un itmnêl sur un bras de mer, comme un pont, par dessus les mâts des vaisseaux. On retrouve avec surprise, pour continuer le voyage, une espèce de curiosité archéologique, l'afidenne diligence anglaise, avec ses vingt places d'impériale découverte, que se disputent les gentlemen, et même les nobUmen, groupés autour d'une montagne de bagages, avec ses quatre places d'intérieur, qu'on abandmme aux ouvriers, aux domestiques et souvent aux chiens. L'on retrouve du même coup le sabot pour la descente, le trot à la montée, le galop dans le plat chemin , et le dtner d'auberge à table d'hôte. On est enfin rajeuni de trente an». Mais ri est juste de s'arrêter un moment à Dun-

keld, ne serait-ce que pour admirer la grande kall de rhôtel du Bimam, avec son piano, son oi^e et ses tables d*un réfectoire, non de collège, mais de couvent, car elles sont grassement servies. Dunkeld est un petit pays non moins connu des touristes de l'Angleterre que Baden-Baden, par exemple, ne Test des touristes de FAUemagne ; et il ne mérite pas moins sa célébrité. Là, l'entrée des Highlands ressemble à l'entrée de la Forêt^Noire, même avec une différence à son avantage. A travers les prairies des vallées, entre des montagnes aux formes bizarres, ombragées des plus beaux arbres qui se puissent voir, de chênes, de frênes, de hêtres surtout, capables de faire concurrence à tous ceux de la Thuringe, court en murmurant une large etlimpide rivière, la Tay. Ah! grands paysagistes hollandais, Guyp, Hobbéma, Wynants, Van de Velde, Van der Neer, que n'avez-vous eu sous les yeux ce pays charmant et pittoresque? Vous auriez trouvé là, avec vos grasses prairies et vos gras troupeaux, ce que ne vous montrait pas la Hollande monotone, des eaux claires et bondissantes, des arbres géants et le sublime encadrement des montagnes. Toi seul, 6 grand Ruysdaél, 6 poète de la mélancolie, tu semblés, dans tes vues sauvages de la Norvège, avoir deviné la haute Ecosse !

Outre ses curiosités naturelles qui lui amènent tant de visiteurs, Dunkeld possède ce que j'appelle-

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