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rais volontiers une. étrange curiosité politique, le vieux manoir des ducs d*Àtbol. Il n*est ni beau ni curieux; mais à ce manoir féodal s'est attachée peu à peu, par le droit d'aînesse et la loi des substitutions, la propriété de toute la contrée. Demandez à qui est la ville, le pont, la rivière, les champs, les prés, les bois, les hameaux, les fermes, tout ce que l'œil peut embrasser ; on vous dira : « C'est au duc d'Athol. » Et à 70 milles au nord de Dunkeld , on vous dira encore : « Au duc d'Athol. » Nous verrons tout à l'heure les effets de cette excessive concentration de la propriété territoriale.
Le merveilleux pays qui encadre le cours de la Tay s'étend à quelques milles au delà de Dunkeld; et longtemps encore, tandis que la lourde machine gravit au grand trot de ses quatre chevaux k route sinueuse ouverte sur le flanc des montagnes, entre les pics et les précipices, on ne fait que changer de ravissants spectacles. Soit qu'on élève, soit qu'on abaisse la vue> on aperçoit partout d'admirables tableaux de paysages, que la nature compose toute seule avec un art prodigieux, où les ciels, les eaux, les terrains, les verdures, causent à chaque pas de charmantes surprises, où l'ombre et la lumière se livrent leurs plus gracieux combats. Mais peu.à peu, à force de monter par ces pentes insensibles, on s'aperçoit que les habitations deviennent plus rares et plus étroites, que les arbres se rapetissent à la taille
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d*arbri«eaax9 que les cultores sont plus maigres et plu bornées, qu'enfin la sombre pierraille et sartout Taride bmy^ne enfabîssent tout Fespace. Koitôt la solitude se bit, et le YÎde ; on pénètre dans un horrible désert. Pas une maison, pas un diamp, pas un arbre. La bruyère occupe tout, rempUt tout, déTore tout. Si Ton ne voyait devant soi le petit ruban tortueux et poudreux que trace la route à travers ce général et monotone manteau de la bruyère en fleur, on se croirait hors du monde civilisé; et, sur cette route, de hautes perches peintes en blanc, avec le fette rouge, échelonnées de droite et de fçaudie à courtes distances, de même que les poteaux de gaz dans les mes d'une ville, annoncent que, pendant les neiges de l'hiver, il faut, sur ces hauteurs^ comme dans les plaines de la RiKsie, marquer le chemin aux rares passants qui s'aventurent dans ces solitudes affreuses. Entre le bourg de Hair-Atbol et celui de Ringussie, il y a bien quinze lieues de ce désert fleuri, cm l'on trouve seulement deux ou trois cabanes miséraUes pour abriter les relais de la voiture, qui ne fait de service que pendant kt belle saison.
Après être monté jusqu'au petit lac de Garry, vrai lac d'Averne tant il est sombre et morne, d*où coule au midi le torrent du même nom, on trouve un autre petit torrent qui coulé au nord et devient plus bas, In Spey : preuve qu'on est au sommet des
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Higbtands. Dès lors on commence à descendre, et peu à peu l'on rencontre d'abord quelques bouleaux nains, perçant la bruyère de leurs tiges grêles et blafardes; puis d'horribles cabanes en terre noire, en quartiers de tourbe, entourées chacune d'un maigre champ d'avoine qui donne à ses habitants le manger et le boire, le porridge et \Qwisky; puis enfin de nouveaux arbres, denouvellescultures, denouvelles habitations. Les premiers hameaux, dont les maisons sont rangées sur deux files aux deux côtés de la route» comme dans les villages russes, n'offrent encore que de vraies cabanes, basses, enfiunées et au-dessous du rang des chaumières ^ cm* elles sont couvertes, non de chaume» mais avec des fagots de genêt revêtus d'une couche de terre battue, sur laquelle croît une prairie de mousses, d'orties et de champignons. D'ailleurs, pas un jardinet à l'entour, pas une fieur, un fruit, un légume; c'est la mis^ profonde, sordide, navrante , celle qui inspirait à notre La Bruyère son triste et vigoureux tableau de c certains animaux farouches, des mâles et des femelle», noirs, livides , attachés à la terre qu'ils
fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté în-
vincibie ; qui se retirent la nuit dans des tanières
où ils vivent de pain noir, d*eau et de racines. » Puis enfin, sur les bords satns cesse élargis du torrent devenu rivière, et qui s'est fait avec les siècks un lit d'alluvioB, reparaît cette* mêhie nature fertile, ver-
doyante, splendtde et pittoresque, qu'on dvait laissée de l'autre côté des monts.
C'est sur une pente au nord des Grampians, et dominant la Spey, que la dernière duchesse de Gordon a bâti, pour sa résidence d'été, le château de K. Le site est merveilleusement choisi pour ce petit Versailles ducal; il a suffi d'entourer l'habitation d'un parterre, et de tracer sous de beaux arbres tout venus quelques allées d'un pare qui, selon la sage mode anglaise, n'a point de clôture, et va peu à peu se perdre en tous sens dans les forêts, les -vallons et les rochers. Sur le sommet du mont auquel est adossée cette charmante demeure sont deux monuments assez curieux et qui la signalent de loin à l'attention des voyageurs. L'un, simple amas de pierres, vrai tumulus antique, a commencé de s'élever en 1815, au souvenir des Écossais tombés à Waterloo'. Chaque visiteur, depuis ce temps, y apporte pieusement son offrande d'une pierre ; et au centre de cette petite pyramide égyptienne est enfermée, comme l'âme commune de ces héros, une bouteille de wisky que Ton remplît à mesure qu'on la vide : non moins ingénieux emblème de l'immortalité que le serpent mordant sa queue. L'autre monument, moins intéressant parce qu'il est plus prétentieux, est une espèce de colonne Trajane dressée à la mémoire du dernier duc de Gordon, qui commanda le régiment des Highianclerâ de la garde royale. Ses
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armoiries occupent une des quatre faces du piédesv tal de la colonne, et sur les autres se lisent trois inscriptions en latin, en anglais et en gaél. La première doit sortir de quelque académie des inscriptions et belles-lettres, car elle est rhétoricienne, ampoulée et ridicule au dernier point. L'anglaise, en revanche, est fort simple, etfaurais bien voulu être Bas-Breton pour' lire la troisième dans son vieux jargon venu du celtique, ce jargon conservé en trois seuls endroits de la terre, la Bretagne française, le pays de Galles et les montagnes de l'Ecosse. En tous cas, si ce vieux patois venait à s'éteindre, à se perdre complètement comme dans le Cornouailles, quelque Ghampollion des âges futurs en pourrait retrouver les éléments par la comparaison de cette inscription gaélique avec l'inscription anglaise, car elles disent toutes deux la même chose. Dans cette solitude de K., l'on est surpris et charmé de trouver tout lecomfort et tout le luxe qui se puisse souhaiter à la campagne, et de recevoir Thospitalitè de l'Ecosse avec la splendide générosité de l'Angleterre. Maintenant quaj'ai amené mon lecteur à K., je voudrais le conduire à la chasse avec autant de hâte et d'empressement que j'ai demandé moi-même à y être conduit. Mais je le prie pourtant de me laisser lui dire, en forme d'introduction, quelques mots du viliage de Lynwilg, duquel dépend le château de K. Ce village se compose d'une maison bien bâtie en
pierre de taële sur le bord de la grand'roiUe qui mène de Pertfa à Invemess. Cette unique maison porte une enseigne, et on y lit : William Cummins, gênerai dealer; ce qui yeut dire : marehanâ universel. Il n'y a pas dans ce litre la OEioindre exagération. W.Cumming, en effet, est qaincailler, mercier, drapier, cbapdler, bonnetier, cordonnier; pufe épicier, fruitier, coquetier ; il vend des munitions de chasse et des engins de poche; il a le bureau de tabac et le bureau de poste. Pour compléter ce que nous appellerions une commune, — ce qu'on appelle là-bas une paroisse, — il y a, sur un petit promontoire qui s'avance dans le kc d'Âlvie, une chapelle et un pred^ytère , non de l'église établie, . mais de l'églfee libre, c'est-à-dire d'une secte quelconque non conformiste, dont les adhérents bâtissent leur temple et payent leur ministres II y a de plus quelques fermes, cottages, cabanes, dispersés à de grandes distances dans la campagne environnante, et que l'on n'aperçoit pas de la maison centrale. D'où vient doac qu'en ce beau pays l'homme est presque invisible? Hélas! c'est que la population de la haute Ecosse a presque entièrement disparu , surtout depuis trente à quarante ans. C'est le résultai, que j'annonçais tout à l'heure, de la trop grande concentration territoriale. En Ecosse, plus encore qu'en Angleterre, les propriétés sont immenses, sans lîmitÊS ; toute la terre, on peut le dure à k
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lettre, est dans les mains de cpidkpies famUles. Les cim^s de Bocdeuw, d'Atbd, de Si^tberland, de Hichinond, le marquis de Breadalbane, le comte de I^ife, etc., possèdent, non des cantons, non des disiricis, mais des comtés tout entiers, de vraies provinces. Jadis les laMs^ les chefs de petits dans, avaient donné à leurs compagnons d*armes des parcelles de terrain, si non en propriété, du moins à long bail, en empbytéose. Depuis, par l'extinction suceessive d'une fouie de familles nobles, par l'effet incessant des majorais et des substitutions, dont l'abus ici saute aux yeux, ces petites possessions des anciens lairds ont formé les immenses ûek d'aujourd'hui, toujours s'accroissant, toujours grossissant. Par exemple, le duc de Gordon, que je viens de citer, étant mort sans enfants mâles, ses domaines sont allés accroître ceux du duc de Richmond^qui en avait déjà bien assez. Or les grands propriétaires trouvent leur avantage à détruire partout l'agriculture proprement dite pour donner tout le sol k l'élève du bétail. Au moyen de siiôples clôtures, les vallées deviennent des pâturages pour les bœuls, les montagnes, pour ks moutons. De cette manière, quelques bergers suffisent, et le laboureur disparait. Le bras de l'homme est inutile. Dans ce système meurtrie, les maître des grands fiefs ont repris successivement toutes tes parcelles jadis aliénées par empbytéose. Les guérets sont devenus partout des
prairies; et, pour achever de chasser les habitants, d'avides intendants ont brûlé leurs cabanes à mesure qu'elles faisaient retour au domaine direct. UËcossais, le montagnard surtout, est trop fier pour se résigner au travail des manufactures, qu'il regarde comme avilissant, trop actif pour se condamner à une vie de réclusion qui lui serait insupportable, qui lui serait mortelleJl préfère s'expatrier, bien qu'il adore sa patrie, bien qu'au départ il en baise la terre en pleurant. Il va porter aux États- Unis, au Canada, à l'Australie , l'aide de ses bras robustes et laborieux- Il y va, et il y appelle ses proches. Et même en partant, l'àme déchirée, les yeux pleins de larmes, il ne maudit pas, il n'accuse pas même les maîtres du sol qui lui demeure fermé, de la contrée oh il ne peut plus vivre. •< Le profit est évident, » dit-il, et il cesse de se plaindre. C'est ainsi que se dépeuple entièrement la haute Ecosse, pays d'honnêtes gens, où l'on ne ferme ni porte ni fenêtre, où tout s'abandonne à la bonne foi publique.
Le passage de la vie pastorale à la vie agricole avait marqué l'un des grands progrès de l'bumanilé; c'est de là qu'était parti l'accomplissement de la parole divine : « Croissez et multipliez. » Revenir de la vie agricole à la vie pastorale, c'est marcher à rebours et retourner en arrière; c'est recommencer l'ancienne histoire des latifundia et de Vagro romano.