‹ Souvenirs de chasseChapitre 25 sur 31 · DANS LES 0IGHLANDS DE L'ECOSSE · texte numérisé non relu

DANS LES 0IGHLANDS DE L'ECOSSE

contrée du Nord, et presque sous la latitude de Saint-Pétersbourg , tandis qu'on ne peut Pacclimater à Berlin, il faut se rappeler que, grâce aux courants d'eau chaude que l'Océan verse chaque année de l'Equateur jusqu'autour de ses côtes, FÉcosse, dont les étés sont à peine tièdes, n'a pas d*hivers très-froids. C'est à la même cause, j'imagine, que l'on doit attribuer une autre surprise, celle de trouver aux mêmes endroits, et toute l'année, im précieux et charmant gibier à plumes, qui ne fait dans nos pays que deux courtes apparitions de printemps et d^utomne, la bécasse. Cette voyageuse, pleine de caprices, dont les migrations ne sont pas encore bien déterminées par les docteurs en histoire naturelle, se plaît dans ce climat toujours tempéré, sous ces bois garnis de petits marécages. Elle y fait son nid comme dans les grands marais de l'Ukraine; elle y. séjourne à demeure, comme chez nous la perdrix. Après ces races vient celle des lièvres qui offre là deux espèces fort différentes. Celle des vallons est comme la nôtre ; ce sont les lièvres fauves. Mais il y a dans les montagnes une espèce plus petite, dont l'oreille est plus courte et le museau plus carré. Ces autres lièvres portent un pelage gris de fer, fort luisant. On les nomme à cause de cela lièvres bleus {blue-hares). Ils deviennent tout blancs pendant l'hiver, comme ceux de Russie, et, pour dernière

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singularité» ils se creusent des terriers comme les lapins, non précisément des villes souterraines, avec portes, rues, places et carrefours, mais au moins de petites tanières où ils se font une retraite et un abri. Ces lièvres ne sont pas très-estimés , et Ton n'en voit guère sur une table riche les râbles et les civets. On en met trois dans une marmite pour faire une soupe. Mais quelle soupe, bon Dieu! un épais brouet de viande noire, aussi succulent et aussi nutritif que devait Têtre la moelle de lion au temps de Téducation d* Achille.

Ce n'est pas tout encore. A tant d'animaux divers il faut joindre le renard. Puisqu'il est impossible aux plus hardis fox-huniers de le chasser à cheval et en habits rouges dans la haute Ecosse, on l'y tue tout bêtement comme chez nous , pour détruire un écornifleur de poules et de lapins, un braconnier dangereux , un rival et un ennemi des chasseurs. D y a de plus des perdrix, et de plus encore des faisans, pas aussi nombreux que dans le Norfolk, j'en conviens. Et d'ailleurs la loi les protège , la loi qu'on se fait honneur de respecter là-bas, comme on se fait gloire ici de l'enfreindre. Sicile permet d*assassiner les grouses dès le 12 août et les blak-coks dès le 20, elle n'autorise le meurtre des perdrix que le 1*' septembre et celui des faisans que le l** octobre. Mais consent-on à monter toujours, à s'élever vers les cimes, à s'égarer aussi

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loin que possible du séjour des hommes : alors il se trouve du grand gibier tout à fait digne des chasseurs qui ne veulent employer que la carabine et tirer seulement avec la balle conique à pointe d'acier. Sur les plateaux déserts, dans les plus lointaines pâtures, se promènent des bardes vagabondes de grands cerfs (red-deers), dont les gravures d'après Lahdseer nous ont raconté les mœurs, les aventures, et, soit les combats qu'ils se livrent entre eux, soit les combats que l'homme va leur livrer dans ces retraites inacce*ssibles. Il n'y avait point de red-deers aux alentours de K..., et je n'ai pu tenter de joindre un trophée de cette espèce à ceux des cerfs et des sangliers de l'Allemagne, des ours et des élans de la Russie. Mais, en revanche, beaucoup plus près du voisinage des lieux habités, se rencontre le roe^deer^ espèce de daim fort différente du daim quasi-domestique des parcs de l'Angleterre, espèce entièrement libre et sauvage, qui tient le milieu entre le cerf et le chevreuil. Je puis affirmer qu'il m'est arrivé dans la même journée, je devrais dire dans la même promenade entre deux repas, de tuer bécassine, sarcelle, lapin, lièvre fauve, lièvre bleu, bécasse et daim. Voilà, j'espère de la variété dans l'unité, assez pour satisfaire le plus exigeant professeur des théories de l'art.

J'aurais pu citer encore deux autres chasses au

bas et au faîte de celte longue échelle lopographique. Il y a, le long des rivières, la chasse aux saumons, aux truites et aux brochets, qu'on voit parfaitement dans ces e^x claires et qu'on peut tuer à coup de fusil. Il y a, tout à l'opposé, sur les cimes les plus aiguës, où disparaît môme la bruyère, où règne seule la roche vive, une espèce de grouse di^- ^t\èe ptarmigan. Celui-là est plus petit, plus blanc, plus rare, presque inabordable. Les chasseurs blasés vont chercher le ptarmigan comme les touristes blasés font une ascension au Mont-Blanc ou à la Jung-Frau, Je me suis bien gardé de perdre mon temps et ma belle jeunesse à ces tours de force ; j'avais bien assez des grouses et des moors pour le plaisir et l'exercice.

Mais pourquoi citer tant et tant d'animaux , de l'eau, de la terre et des cieux î N'a-t-çn pas, dès le mois d'août, pour alterner avec celle du grouse^ la chasse du blak-cok? Ce sont des espèces voisines, mais qui ne se mêlent point d'habitude et qui ont leur domaine séparé. Celui des hlak-coks est encore de plus difficile accès que celui des grouses. Ce ne sont plus les crêtes découvertes et pelées, où la bruyère n'est jamais plus haute que notre luzeriie , parce que, dans l'intérêt des bandes de moutons à demi-sauvages qui montrent çà et là leurs petites faces à masque noir et s'enfuient comme des gazelles, on la brûle dès qu'elle grandit pour donner

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à la terre l'engrais de cette cendre ; ce sont des gorges boisées et sombres, où courent avec fracas les larges torrents sur leurs lits de rochers , où croît, sous des forêts de pins séculaires, une bruyère haute, épaisse et serrée comme des arbrisseaux. Là, passant dans de continuelles alternatives des roches aux tourbières, on a constamment le pied sur la pierre dure ou dans la boue fangeuse, et l'on est empêtré souvent jusqu'aux aisselles, à se croire dans les lianes des forêts vierges du Brésil. Tel est l'âpre royaume du blak-cok. Mais quels obstacles , quelles fatigues, quels dangers même ne braverait-on pas pour la conquête d'un tel gibier ? Si l'on excepte le paon sauvage de l'Himalaya, le blak-cok est assurément le roi des oiseaux de chasse. Beau, fort et noble à l'égal du faisan, il est plus rare, plus farouche, et, si le plaisir se mesure à la peine, d'une prise bien autrement agréable et glorieuse. Lorsque avec l'aide de Sancho et de Charp , j'amoncelais dans les paniers du poney jusqu'à huit paires de ces splendides oiseaux, n'avais-je pas une belle offrande à déposer sur l'autel de Diane..., je veux dire au garde-manger ?

Par malheur, toutes ces chasses diverses , si ravissantes à faire, n'offrent guère d'épisodes à raconter. L'on ne peut que les indiquer en gros, laissant le détail à l'imagination du lecteur, qui, de son fauteuil, voyage dans ces solitudes inconnues, voit ce

gibier qu'il n*a vu nulle part, et vide sans bruit son fusil pour emplir sa carnassière pendue derrière la porte. Mais pourtant je veux, parmi cent autres, lui conter une petite histoire. Celle-là pourra lui prouyer combien les chasseurs anglais ont raison, dans leur pays du moins, et même au risque de perdre quelques pièces démontées, de foire coucher leurs chiens au coup de fusil pendant qu'ils chargent, et de n'aller ramasser les morts que prêts à frapper d'autres vivants.

Nous venions de faire un assez long trajet sans rien tirer ni rien voir, et, rencontrant devant nous une pente assez rapide, une vallée assez profonde, dont le garde n'avait pas très-bonne opinion, il avait lancé Sancho à la découverte. Tout à coup, comme frappé de la foudre au milieu de son galop, le bon animal tombe en arrêt. C'était loin , très^oin , au fond delà vallée, et je désespérais d'arriver à temps; néanmoins, par devoir, par acquit de conscience, je me lance à mon tour au milieu de tous les obstacles du terrain, pierres, bruyères, tourbières et fondrières. Sancho tournait de temps en temps la tête, me regardait comme pour me presser d'accourir, et me montrait du bout de son museau où était le gibier qu'il réservait à mon fusil. Il s'était assis pour prendre patience, et Gharp, par un long détour, était venu se coucher à son côté. Je cours, je roule, je m'évertue, j'arrive enfin. A mon approche, cinq

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