Voleurs en troupe. — 2. Voleur isolé
f EN ESPAGNE. 1
m& trop m* étonner qu'à la porte d'une grande viUe de cent mille âmes il fallût yoyager en caravanes comme à travers l'Arabie Pétrée. « Vous savez bien, » me dit un hidalgo de notre compagnie, lequel, né Catalan, et ayant parlé dès son enfance l'ancienne langue d'oc qui est restée le patois de son pays , avait appris un peu de français, c vous savez bien qu'en Andalousie, être ladron, c'est faire un métier comme un autre, plus exposé seulement, et qui, exigeant plus de courage, donne aussi plus de renommée. Depuis les sept niûos d'Ecija, héros de tant de légendes populaires, jusqu'à notre fameux José-Maria, cpii, devenu vieux, vient de changer de profession et de se faire alguazil, bien des braves gens ont honnêtement vécu sur les grandes routes. Ce petit brun trapu , qui nous a dépassés tout à l'heure à l'amble de sa mule, et qui nous a si courtoisement ôté son chapeau calaûès, je suis sûr qu'il va rejoindre ses camarades, ou peut-être, brave comme il est, se mettre tout seul en embuscade. Tai vu son tromblon pendu à l'arçon de la selle, et d'ailleurs nous sommes de vieilles conflaissances. Je pourrais bien le dénoncer au corrégidor ; mais Dieu m'en garde ! c'est un trop galant homme pour que je lui fasse ce déplaisir.
— Vous avez peut-être, lui dis-je, acheté de ces héros de nuit, moyennant redevance, un sauf-condnit qu'ils renouvellent chaque année?
— Nonpasi, répliqua-t-il, et leurs prouesses m^ gênent autant que je les admire. J'ai à trois lieues (l*ici un assez joli cortijo ^ bien abrité sous un bois d'orangers, où j'aurais grand plaisir à vous donnei:le divertissement d'une course de jeunes taureaux: (picar novillos); mais, quoique j'y entretienne à mes frais une petite garnison de quatre hommes et un caporal, je n'ose pas y passer la nuit ; 'car, en cas d'attaque, je n'aurais pas plus de confiance aux assiégés qu'aux assiégeants. Que voulez-vous ? j'habite l'Andalousie, et il faut bien se faire aux usages . du pays. »
En devisant de la sorte , nous atteignîmes sans , encombre le village de Santi-Ponci , où un bon laboureur, connu de l'hidalgo et averti de notre arrivée, nous donna l'hospitalité. Ce laboureur anda- ? lous était Auvergnat, et le nombre est fort grand de ces enfants du Cantal, qui, venifs en Espagne étamer les cuillers d'étain, s'y fixent et prospèrent, parce qu'ils sont, comme dit Voltaire des Alorisques, laborieux dans le pays de la paresse. On ser- . yit aussitôt le puchero, ce plat unique et multiple ^ de la plupart des dtners espagnols, où se trouvent mêlés bœuf, mouton, lard, poule, saucissons, navets, choux et pois chiches; puis, pour honorer des hôtes et compléter le repas, quelques œufs ' ''