Cour d'appel
m SOUVENIRS DE CHASSE.
ne font grftce qu'aux pères à (jpii leur heureuse étoile a donné des filles jolies, ou aux maris qui ont eu le bon esprit de ctioisir des femmes accortes et prévenantes ; car les bons pères sont si pieux qu'ils adorent le Créateur jusque dans la créature.
—Mais les charges publiques, les besoins de TËtat, sont^ils donc oubliés? dis-je au fabricant de savon.
— Non pas , me répondit-il ; ce brave homme n'en payera pas moins le droit A^alcabala^ s'il va vendre au marché un âne ou un mouton , et le droit de puertas^ s'il fait entrer une outre d'huile ou de vin à Séville, et le droit de polvo y pqfa sur la maison qu'il habite , et le droit d'utensilios sur son mobilier, et tous les droits existants depuis les khalyfes arabes, singuhërement augmentés par les rois catholiques. D'ailleurs, on aura la politesse de le prévenir et d'empêcher qu'il ne se dérange. Dès qu'il aura satisfait à tous les alguazils ecclésiasti* ques, viendront les alguazifs séculiers pour toucher les impôts royaux, à moins que.... où il n'y a rien, le roi perd ses droits.
— Oh ! que vous me faites de peine > m'écriai^je» en me montrant, à propos des moines, le revers de la médaille 1 Ils sont si pittoresques, si couleur locale! Voyez, quoi de plus beau, de plus original, que ce mélange d'hommes blancs, noirs, bruns, gris , bariolés^ rasés ou barbus, tondus ou cheve-
ks? Qa'ils font bien dans les romans, les tableaux, les albums de touristes I
— Et surtout dans* la procession du Corpus*^ reprit M. L...; mais je ne me désolerai point, si quelque jour, en passant devant une capucinière vide des fainéants qui la remplissent, j'y vois une fiibrique ou un collège. Les soldats aussi sont bien beadx dans une parade; cependant, devrait-on beaucoup regretter "qu'il n'y en eût plus, et que, &Qte d'armée, la guerre <^ssàt , quand on voit càïe que vous nous faites, et que des soldats, même français, assistent, l'arme au bras, au supplice de Riego, leur prisonnier sur parole...? Mais, à propos de guerre, le soleil a baissé, nos cbiens s'éveillent, les cailles chantent ; prenons nos fiisils. »
Je refis d'autres fois, et d'autres côtés, ces petites promenades guerrières à travers les champs, qui offrent plus d'occasions que le séjour des villes d'étudier les mœurs et la langue d'un pays. La ehasse complète ainsi le voyage; elle ajoute à son I utilité comme à son agrément. Il fallait même cet attrait d'un autre genre pour me faire braver les feux de la canicule, les cornes des taureaux et les I escopettes des héros de grands chemins ; car corni ment trouver bien du plaisir à enfiler sans cesse le