INTRODUCTION. XIX
roux, et la religion, si persécutée, mais si courageuse, portait jusqu'au fond des cachots ses consolations divines.
Oh l que l'esprit de parti et la vanité blessée sont persévérants dans leur haine! Au nombre des captifs, des victimes delà Terreur fut André Ghéuier, ce poète si rempli de sensibilité et qui regrettait avec une mélancolie si touchante l'avenir de son rare talent. M™® de Genlis trouve , à cette occasion, moyen de renouveler contre Marie- Joseph GhénJer, frère aîné d'André, le plus odieux reproche. Cette attaque indirecte, et partant plus perfide , est articulée dans le volume des Mémoires écrits par la comtesse. Dans ce volume aussi nous ferons, de notre côté, connaître les circonstances qui seules conduisirent André Chénier à l'échafaud.
Hélas ! il y monta le 7 thermidor, et la journée du 9 l'eût sauvé 1 — Enfin ce jour si mémorable ouvrit les prisons dans toutela France ! Qui n'aurait dit que la nation 'tout entière allait, enveloppée de deuil, gémir longtemps entre des ruines et des tombeaux? Après les premiers moments de surprise , après de justes larmes données à ses pertes , elle éclata en transports de joie indicibles. Le joug affreux était donc brisé I On pouvait respirer, vivre, penser, serrer la main d'un ami , presser dans ses bras une femme ^ des enfants , un pèrel On vivait I c'était pour s'emparer de tous les biens à la fois. Le présent devait compte au passé. La société semblait renaître pour épuiser tous les plaisirs. Les salons de Méot^ de Beauvilliers, de Rose , célèbres restaurateurs du temps , ne désemplissaient pas. Les ci-devant buvaient à grands frais des vins qui souvent sortaient de leurs caves. On courait à l'Opéra-
XX IKTBODUCTION,
Comique, à Feydeau, surtout à l'Odéon, pour y revoir les eomédiens franeaiSj longtemps mcarcérés eux-mêmes. Le goût de la daase, entre autres, était porté jusqu'au délire ; l'été ^ ce n'étaient que bals champêtres ; on dunSiOiE au Wauxhall, au Jardin Marboeuf^ à l'Elysée, à Tivoli ; Thiver, on dansait en tous lieux , par cachets ^ par abonnement , par souscription* C'est une b ace banale épi demi que qui court à Paris ; six cents quarante bals 1 On dause en tous lieux ; on danse sur les souveoirs , on danse sur septembre j on danse enfin dans raueien eimeliêre de Saiot-SuJpice, et sur la porte de ce funèbre asile un joli transparent rose annonce : Bal des Zéphirs,
Ce n'était pas le tout que de danser, il fallait vivre I Les plus heureux se faisaient fournisseurs ou raarcbouds* Un petit nombre devait aux lettres de ptua nobles ressources. Héritier du baron de Besenval , M, le vicomte de Ségur conservait un peu de fortune ; son frère aine, le comte de Ségur avait tout perdu; il écrivit; son esprit lui rendit son rang. M* le vieomte de Ségur disait alors en parlant de son frère ce mot touchant : Je pourrais en être jaloux /f aime miéuw en être ficr^ Quelques hommes d*un beau nom, liés avec MM. de Ségur, protestaient comme eux en faveur de Tan ci en régime par T élégance de leui^ manières et le sel piquant de leurs propos. De ce nombre était M< le duc ÛB Braneas-Lauraguaîs, ce grand seigneur, ami des lettres, qnij vingt ans plus tôt, avait racheté des comédiens français le droit qu'ils avalent alors de placer des comtes et des marcfuis sur la scène, au milieu du palais d'Auguste et du sérail de Bajazet* La Eévolution avait amoindri sa fortune» maïs non changé le tour original de sa gai té moqueuse. Il passait Tété àHanicamp, dans ses terres; il y