‹ Souvenirs de FélicieChapitre 19 sur 82 · ELOGE · texte numérisé non relu

ELOGE

De M'^'Ja baronne de Klopskbajlebstogk, née Pflekalkreuren.

Je laisse aux chercheurs de dates et aux compilateurs le soin défaire naître et mourir (1) madame la baronne de Klopskrakerstock, née Pflekalkreuken ; je ne chercherai dans une vie si intéressante que les traits frappants faits pour im* mortaliser sa mémoire et pour passer à la postérité.

Ce n'est point dans une enceinte environnée de murs que je veux tracer l'éloge de cet être céleste , de cette fille du sa* leil (2). Ce n'est point à la clarté brillante de Tastre radieux du jour que j'écrirai ces lignes que mes pleurs effaceront tant de fois! ... J'ai besoin d'être écouté de là nature entière, de la nature wi deuil de cette femme incomparable, qui fut son plus sublime ouvrage!... Oui, c'est ici, sur le bord de ce torrent, dont l'onde écumeuse parcourt en gémissant cette plaine solitaire , c'est dans les ombres tutélaires de la nuit que j'exhalerai des regrets immortels comme leur objet!....

toi, sombre génie de la douleur ! étends tes ailes funèbres sur le cyprès qui m'ombrage ; jette un voile de crêpe sur le front argenté de la lune, et sur ce ciel étoile, dont mes yeux fatigués de larmeâ ne peuvent soutenir la douce et faible lumière ! Tendre mélancolie ! viens t'asseoir à mes côtés et me recevoir dans tes bras ; viens tempérer la violence de mon

(1) D'Alembert, Êlone de BernomUi.

(2) M. Gnibert, Éhgc dû mademoiselle de Lespinasse.

C Notes de Fauteur. )

désespoir, et donner à ma voix le charme de tes accents! Madame de KJopskrakerstock ^u/ trois nourrices (i); elle n'était pas belle, ses traits et même sa taille avaient quelque chose d'irrégulier; mais quelle âme! quel esprit! quelle sensibilité brûlante!... Un fameux écrivain a dit : Si f avais à peindre d'un seul mol la gaieté^ la raison et la volupté réu' nies y je les appellerais Philosophie (2) ; et moi je les appellerais Klops&rakebstock. Telle était cette créature angélique qui eût animé le marbre et fait penser la matière (3) ! Qui jamais sut allier comme elle le génie le plus profond au goût le plus exquis ! EUe était toujours mise uniment ; tout ce qu'elle portait était frais et bien assorti{^) ; elle savait que les filles brunes, qui sont sages y et qui cependant aiment à plaire, ne portent ni les blondes, ni le linge, ni les habits d*un beau blanc, parce qu'ils les feraient paraître d'un incarnat noir et terne, et que les femmes coquettes portent les couleurs qui jurent avec le doux incarnat de la pudeur; en un mot, qu'elles mettent sur toute leur figure des enseignes qui appellefU à grands cris les passions (5). Aussi madame la baronne de Klopskrakerstock eut-elle la sagesse de se vouer au gris de perle ; elle ne porta jamais que cette modeste couleur. Lorsqu'elle parut à la cour, elle y produisit une grande sensation, par ]tk supériorité de son génie et par le charme de sa. conversation! Partout sa personne était en quelque sorte frappée d'une réquisition flfitteuse (6). Mais elle ne fut point enivrée de l'encens qu'on lui prodigua : dotée d'un esprit obsercateur, elle savait apprécier le morcelé de l'âme des cour-

(I) Éloge de M. Bonnard, par M. Garât

(5) Diderot, Bncyclop.^ mot Gaieté.

(3) M. Guibert, Éloge de mademoiselle de Lespinasae, f4)MémeËloge.

(6) Encyclop.» mot Carnation.

(6) Éloge de M. de Âivarol, par M. Siilpioe de la Platiëre.

{Netes de l'auteur,)

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MiMOtfiES

iîBans, et en les hantant elle ne s'éiail point laissé contag\ du souffle impur de kur viorgue puérile (i).

Passionnée pour tous les arts, elle ne dédargna point ceux que Minerve elle-même eûseigiie et prescrit aux femmes. Pei?sornie» à Berlin, ne tricotait comme elle. Malgré son goût pour la littérature, elle n'a point laissé d'ouvrages ; mais ses antis conservent des lettres d'elle, écrites en français, et qui surpassent de beaucoup celles de madame de Se vigne. Elle eût lait^fl avec le même suecès des romances et des comédies. Et , avec la settsibilité profonde et rëlévadon d':\me qui la caractérisaient, qui peut douter que, si elie eût entrepris de faire une tragédie» die n'eût excellé dans ce genre P Quand on songe a cette fa- ^ dlité prodigieuse et à cette inconcevable diversité de taleïita^| supérieurs, on regrette avec amertume que son dédain ma gnanîme des huanges [2) nous ait privée de tant de chefsd'œuvre (3).

Telle fut l'amie que j'ai perdue L*. Je la voyais deux foi par jour ; je 71' ai plus de maHn ^ je n'ai ptuii de soir (4) Comment puis -je me rappeler sans mourir les plaisirs champêtres que j*ai goûtés près d'elle dans les environs délicieux, de ^ DietrichsdorfL., « Comme nous aimions à trouver Ja terre ;■ a jonchée de prunes bigarrées , h écarter du pied la pomme et tt la poire, et à contester la cerise aux loriots I Les contrastes tt sont la ojquetterie de la nature. Comme nos cœurs s'épa- »i nouissaient à la vue d'une humble c^ïbane remplie d'heureux « de notre façon ! Comme nous nous plaisions à voir la pâque- « rette entourer le pied des arbres , et la jacinthe expirer sur i^ Je sein entr'ouvert de Narcisse , tandis que le chardoimeret

(1) Même Ëloge* Go a seukinent tnb tnx féminin ce qui, dana J*Élô|;ia de in « de Rlvarol,i!fl| au ma^îculiii^

(a) Eloge de madame Nethër*

{'^) Touïtfs ces supposLUunfl nu aodl qu'une [mîtâUctii de VSloye à9 M, Turgoi, daiiâ ta vie de ce mldiâlrei par M. âe CouilorCÊl.

(4J D^Alembert. { Notet de V&uieur, )

DE liàDÀME DE GENLIS. 316

« chantait sur la flèche d^un arbre , comme mi bouquet harc monieux (1) l ;»

O souvenirs inmiortels et désolants !'... O Klopskrakerstoek ! du haut des régions éthérées jette un regard de compassion sur ton malheureux Wolfsdiaffenbourg!.., Mânes sacrés, tenez errer sur ce tombeau champêtre ! Vous y verrez tm sentier toujours vert (2), ety dans tous les temps de tanmécy le marbre du monument récemment mouillé de mes larmes (3)«

La jeunesse ne réflédiit point parce que tout lui est nouveau;, elle jouit de tout. Il faut une sorte de sang-iroid pour réfléchir. On rend mieux compte de ce qu*on a senti que de ce qu'on sent. Par les mêmes raisons, la jeunesse est trop oecu|iéB du présent pour songer à l'avenir; à peine même en a-t-cffle l'idée : c'est l'expérience du passé qui porte nos idées sur T»venir. La jeunesse d'ailleurs envisage une telle étendve dsM l'avenir qu'elle ne le regarde qu'avec une espèce d'mdiffémice; Ce qui peut ou doit arriver dans trente ans nous est presque étranger; et puis on n'aime pas à fixer sa pensée sur un temps où les brillantes années de la vie seront écoulées. A mesure qu'on avance en âge, l'avemr devient précieux; on est natinel* Icment porté, ne pouvant prolonger une courte carrière, à chercher du moins tous les moyens de la rendre agréable.

Void un joli passage sur l'absence , que j'ai tiré d'iHW ksttr ' d'une de mes amies (4) :

(I) Emeifelop.f moi Bo9quêt.

(3) Éioge de mademauetle de Lespinfute, par M. Gaibert* 13) Mènie Éloge.

(4) Madame la baronne de.Lafcoon. (iVofet dt Vamitm.y

âl6 MEMOIRES

« Étrangère à tout, j'éprouve plus vivement le besoin de te- « nir par Taffection à ceux qui m'entourent. Je regrette avec ^ plus d'amertume ce qui est loin de moi ; et maintenant qu'il « faut que je me supporte tout entière je me trouve d'un poids (' accablant. Oh!, comme l'amitié vous soulage ! combien elle vous cache vos propres imperfections en les supportant « avec indulgence ! II faut se voir loin d'elle pour savoir corn* « bien peu l'on vaut. »

II y a des déclamations bien vaines , par exemple, celle de l'espionnage exercé par les gouvernements. Comment veut-on que, sans espionnage , les chefs des nations et leurs ministres répondent de la sûreté publique? Un père de famille doit savoir tout ce qui se passe dans sa maison ; il ne jemplit son de* voir qu'à force d'espionnage. Il fait très-bien d'écouter aux portes de ses jeunes enfants, d'interroger les domestiques , de renvoyer ceux qui ne l'instruisent pas de tout, etc. Dans tous les gouvernements fermes, l'espionnage est fait avec soin. Celui du cardinal de Richelieu fut aussi ingénieux qu'actif. On voit dans les Mémoires du comte de Rochefort que ce Rochefort, dans sa jeunesse, étant page du cardinal , fut envoyé par lui à Bruxelles , et que , par son ordre , pour épier certaines manœuvres, il resta un an dans un couvent de religieux , déguisé en frère convers. Dans une autre occasion, ce même page, pour épier ce qui se passait dans une maison , resta, déguisé en mendiant, deux ou trois jours , sur un tas de fumier dans une rue. Voilà comme on servait ce fameux cardinal , qui savait également se faire aimer et se faire craindre. L'espionnage dirigé par lui était du dévouement ; on s'en glorifiait. Ce comte de Rochefort se battit en duel pour son maître. Le cardinal ne fit point sa fortune ; le zèle qu'il inspirait était au-dessus de tout

ÎDtérét. Les grands seigneurs du siècle suivant possédèrent aussi cet art utile de se faire des partisans passionnés : c'est ainsi que Ton aimait et que Ton servait le grand Condé , comme ou peut le voir dans les Mémoires du temps, et surtout dans ceux de Gourville. Notre siècle, le siècle des lumières y n'a rien produit de semblable; on est trop raisonnable pour se passionner dans ce genre, et trop prudent pour se dévouer ainsi.

Quant à l'espionnage ordinaire exercé dans les cours et dans les villes , il demande , de la part de ceux qui le dirigent , un grand discernement; car il est impossible de se fier entièrement aux gens assez vils pour faire un tel métier. L'espionnage n'est dangereux qu'avec un souverain et des ministres sans esprit. II faut savoir choisir les espions. Il y a des hommes qui, sans être dénués de bon sens et d'une certaine probité , ont une telle grossièreté d'esprit et de caractère qu'il leur est impossible de concevoir une idée délicate ou un sentiment généreux; ils ne manquentpas absolument de principes, car ils sont incapables de voler et de calomnier; mais, faute de lumières et d'élévation d'âme, ils ne voient dans tout ce qui tient à la délicatesse que duperie et préjugé. On pourrait dire d'eux qu'ils font innocemment des bassesses : ils ne les sentent pas. Quand ces gens-là aiment l'argent , on peut en faire d'excellents espions, ils pourront quelquefois mal voir , mais ils n'interpréteront pas avec finesse et malignité, ils inventeront encore moins; tandis qu'un homme de beaucoup d'esprit, un homme vé^tablement éclairé , qui fait le métier d'espion , est nécessairement le plus corrompu de tous les êtres. Comment alors se fier à ses rapports? Non-seulement la passion et la méchanceté le feront mentir, mais il mentira de gaieté de cœur pour faire briller sa pénétration et sa sagacité.

Le bon sens est utile en toutes choses; mais l'esprit est dangereux partout où il n'est pas nécessaire. C'est pourquoi je ne crois pas qu'il fût bon ( en supposant que cela fût possible ) d'éclairer et de perfectionner l'esprit des gens du peuple. Un

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tailleur de pierre et un savetier seraient fort malheureux s'ils avaient supérieurement d'esprit , et leurs métiers n'en iraient pas mieux, au contraire. De tous les subalternes que j'ai eus sous mes ordres, je n'ai été contente que de ceux qui n'étaient pas au^ssus de leur état; ceux-là seuls se consacraient entièrement à leur devoir et le remplissaient bien. Ce n'est pas ici le cas de dire que qui fait Ip plus fait le moins : on se rabaisse avec peine au-dessous de sesfacultés, et Ton fait mal ce que l'on fait avec dédain. On verrait sur la terre une étrange confusion et de terribles soulèvements si l'on pouvait établir parmi les hommes une parfaite égalité de lumières; heureusement que ce souhait de la philanthropie pliilosopliique ne sera jamais exaucé.

Depuis quelques années on parle beaucoup sur le despotisme; mais il me semble qu'on ne s'entend guère, et pour moi je ne comprends rien à tout ce qui se dit là-dessus. Qu'estce que le despotisme ? Est-ce le droit de commettre impunément des crimes , de dépouiller le faible , de persécuter, d'immoler l'innocent? Comment ce droit monstrueux pourrait-il être donné par des chrétiens ? Comment pourrail-il s'exercer avec une religion qui réprouve toute violence et toute injustice ? Ce despotisme pouvait exister chez les païens ; ils respectaient, ils adoraient des dieux infâmes ; ils pouvaieut tolérer dans leurs souverains les vices les plus odieux. Cette belle maxime, q^un roi doit être sur la terre l'image de la Divinité, n'avait certainement pas pour eux le sens qu'elle a pour nous. Ce despotisme, insensé autant qu'atroce, se trouve encore chez quelques nations barbares, privées des lumières de la religion; mais il est impossible chez les peuples policés qui sont éclairés par le christianisme. Quand ces peuples confèrent un pouvoir absolu, il est toujours convenu qu'ils ne se soumettent aux lois

du chef qu'ils élisent qu'autant que ce chef se soumettra luimême aux lois divines. Ainsi la religion, le plus sûr garant parmi nous de Tobéissance, Test aussi d'une autorité sage. Le despotisme , en Europe, ne peut se montrer que sous des formes adoucies. Souvent même les législateurs ont cru devoir entourer le chef absolu , sinon d'obstacles à la puissance , du moins d'entraves à l'ardeur des premiers mouvements. Quand on parle du despotisme d'un État chrétien , il ne peut donc jamais être question d'un despotisme spoliateur et sanguinaire.

Le roi de Danemark est plus absolu que le grand-ture. La fameuse charte royale de ce pays lui donne un droit illimité sur la vie et les fortunes de ses sujets , et il est expressément dit dans cette charte que quiconque , même par insinuation , engagerait Sa Majesté à céder quelque chose de sa prérogative royale serait coupable du crime de lèse-majesté. Cependant il n'est point de gouvernement plus doux.

Dans toute société qui va bien , le despotisme est quelque part. Chez les Romains , si Gers de leur liberté , il était dans les. familles ; les pères avaient droit de vie et de mort sur leurs enfants , et l'exercèrent souvent. Chez certains peuples (comme , par exemple , chez les Lacédémoniens), il fut dans des lois de la plus excessive dureté, et jadis en France dans la chevalerie. C'était une puissance généreuse, mais une puissance usurpatrice, arbitraire, et fondée sur la seule force.

Le despotisme , dans les petits cantons suisses , se trouve parmi le peuple. Le despotisme est comme l'air que nous respirons, tantôt bon et salutaire, tantôt mauvais ; mais il est partout , il est inévitable. Quand on entend par despotisme une puissance souveraine, absolue, qui peut souffrir des représentations, des retardements dans Fexercice de sa force, et non des empêchements réels, ce despotisme est la vie de toute association considérable, dans l'intérieur d'une famille bien réglée, dans l'humble conununauté religieuse , dans les classes de collège ,

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dans les ateliers d'artisans , dans les armées et dans Tenceinte des grandes villes. Sous les noms divers de police, d'obéissance filiale et domestique , et de subordination , on le trouve dans tous les lieux où règne Tordre. Les philosophes de tous les temps l'ont voulu dans les seules lois ; ils n'ont pas senti qu'il ne peut exister ainsi que par un code d'une telle austérité que ce code ne pourrait être suivi que par un peuple naissant et pauvre. Tout ce qu'on nous conte des républiques anciennes ne prouve que cette vérité. Quand les lois seules commandent, il faut non-seulement qu'elles soient très-sévères , mais excessivement détaillées ; telles étaient les lois de Lacédémone. Par exemple, elles prescrivaient le travail, et, ne se contentant pas de punir la paresse, elles imposaient une amende pour l'embonpoint qui passait une certaine mesure : il est pourtant très-possible qu'un homme fort laborieux devienne trop gras ; mais ces lois sévères , pour atteindre sûrement les coupables , risquent sans cesse de frapper les innocents. Ce despotisme , avec nos richesses et nos arts , n'est plus possible. Je ne suis pas assez philosophe pour trouver regrettable et pour envier cette étrange liberté lacédémonienne, si vantée , avec laquelle chaque citoyen était tyrannisé dans l'intérieur de sa maison , ne pouvant fixer son travail sur ses forces, ni régler sa dépense et sa table à son gré,- ni élever ou même conserver ses enfants, dont la loi le privait au moment de leur naissance. J'avoue que j'aime mieux dépendre d'un homme que tous ses vrais intérêts doivent rendre équitable, et dont la volonté peut changer ou s'adoucir, que de dépendre d'une puissance immuable, invisible, muette, insensible aux murmures, sourde aux prières, et que rien ne peut fléchir. Telle est l'autorité de la loi, lorsqu'elle règne seule, comme dans ces anciennes républiques. Dans l'origine, le despotisme à Venise fut dans les lois ; mais, quand le commerce eut enrichi la république, les lois s'adoucirent, et le despotisme se réfugia dans le sénat Dans toutes les révolutions des empires il n'a jamais fait que changer de place.

Quant aux chefs qui gouvernent les nations , il me semble qu'il est prouvé aujourd'hui que, plus ils ont de puissance, plus la tranquillité publique est assurée

Il est plus probable qu'on abusera d'un pouvoir royal borné à certains égards que du même pouvoir ilhmité , parce qu'en général l'esprit du prince sera tendu à empiéter, à quelque prix que ce soit, et que souvent la fierté blessée lui fera mettre de la passion , de la violence ou de la mauvaise foi dans ses démarches et dans sa conduite. Tous les souverains qui n'ont pas un pouvoir absolu sont artificieux et dissimulés, ou violents et emportés; lisent leur fortune à faire. Ils intriguent s'ils sont faibles , et s'ils ont du courage, ils conspirent, ils usurpent, La puissance souveraine est adorable quand celui qui la possède en cormatt toute la dignité. Il faut pour cela des lumières et de l'élévation d'âme. Les despotes orientaux n'ont jamais eu ridée de la véritable puissance , dont le plus haut degré est d'imprimer à certaines choses un caractère ineffaçable. Ces despotes sont comme les enfants qui font avec facilité des châteaux de cartes , et qui s'enorgueillissent de pouvoir les détruire d'un souffle. Par exemple , en Turquie , le grandseigneur fait des nobles, mais aussi il fait ce qu'on appelle la mazul , c'est-à-dire quMl ôte la noblesse à celui auquel il l'a donnée , et qu'il le remet à volonté dans la dernière classe du peuple. Ainsi, croyant exercer pleinement la puissance suprême, il la ravale; il ne se reconnaît pas le noble droit, le droit divin, de faire une création que rien ne peut anéantir. Il est assurément plus grand de pouvoir conférer une noblesse que le temps même, qui détruit tout, ne pourra qu'illustrer. Celui qui peut donner le plus est certainement le plus puissant. Enfin, chez les nations chrétiennes, la morale de l'Évangile préserve à jamais des Néron et des Caligula ; et si , contre toute vraisemblance, il en survenait un, il serait facile de le détrôner, car il faudrait qu'il fût imbécile. Mais où me conduit tout le verbiage politique devenu presque universel ! Il faut assurément

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qu'on ait bien déraisonné là-dessus pour que j'aie pu me laisser entraîner à raisomier sur de pareils sujets. Les philosoplies et les législateurs modernes , à force de folies , ont donné aux femmes mêmes le droit de les réfuter. Ils ont fait disparaître ou du moins suspendu la prééminence de leur sexe. Tant que la philosophie dissertera, déclamera , les femmelettes les plus superficielles qui la combattront pourront parler sans scrupule ; car il ne leur faudra , pour bien raisonner, que des intentions pures et du bon sens. Nous devons nous taire , mais c'est quand les hommes instruits et raisonnables parient. Depuis longtemps nous sommes dispensées du silence. Au reste, il est étrange d'être obligé de faire de la politique pour savoir si Ton doit pardonner, à ceux auxquels le Ciel a remis l'autorité souveraine, de l'exercer au profit de la tranquillité publique, et de la sienne en particulier.

Ce qu'il faut le plus exiger des hommes, c'est qu'ils soient conséquents, que leurs actions s'accordent avec leurs discours, leurs opinions ; ceux-là seuls ont de la suite et du caractère. L'inconséquence de conduite prouve de l'hypocrisie ou de la sottise.

Les gens qui n'ont jamais eu d'orgueil, qui sont naturellement réfléchis, qui ont eu de grands succès et ont éprouvé de grands malheurs, n'ont plus du tout de vanité.

La vanité des bons esprits s'use avec le temps ; la fatuité ne s'use jamais.

Il faut se méfier de certaines fiertés; par exemple, de celle qui paraît croire que c'est se rabaisser que prendre toutes les précautions possibles pour éviter d'être accusé d'une friponnerie, et qui prétend être tellement au-dessus du soupçon que ce serait une humiliation que de donner à cet égard toutes les

clartés néeessaires. La marche de la vraie probité n'est jamais celle-là.

Dans une coiir gouvernée par un prince supérieur, il doit y avoir au bout de quelques années très-peu d'intrigues. L'ambition vise à mériter, et non à tromper : voilà l'avantage incalculable de l'opinion universelle que le souveram est éclairé et en état de juger par lui-même.

J'ai passé ma jeunesse à voir des intrigues et des intrigants ; je m'amusais à les étudier ; ne prétendant à rien qu'à me divertir et à' m'instruire, je partageais mon temps entre l'étude et le grand monde , qui était pour moi un tableau instructif ou un délassement En général, alors, j'étais aimée. C'est une chose étonnante que la quantité de confidences que j'ai reçues dès l'âge de dix-sept ans. On me contait tout, je savais tout. H y avait souvent bien des mensonges de fatuité dans ces confidences , mais cela m'apprenait à connaître les hommes J'ai vu qu'il fallait plus d'esprit, de finesse, et même de sens, qu'on ne le croit, pour bien intriguer. Un intrigant a souvent des vues lumineuses. Souvent des gens très-médiocres à d'autres égards m'ont paru étonnants dans ce genre par leur pénétration et leur 'prévoyance ; il me semblait que ces gens-là auraient fait d'habiles négociateurs, mais dans de certains cas seulement. La droiture les déjouait totalement. Leur grand défaut est de préférer toujours, sans nécessité, le compliqué au simple, et de supposer souvent des mystères et des finesses où il n'y en a pojnt. Ils ont le discernement de la tromperie , ils n'ont que celui-là : c'est un rétrécissement d'esprit et un vice de caractère. Ce qui me frappait aussi beaucoup, c'était le profond ennai qu'il fallait dévorer et l'abaissement oontinut)! auquel il faut se soumettre pour exceller dans ce rôle.

S24 HÉMOIBES

J'ai entendu tant de musique aujpurd'hui que je ne parlerai pas d'autre chose ce soir. Il est bien juste que la harpe trouve une petite place dans mes Souvenirs.

Un écrivain suédois remarque ingénieusement que, de tous ' les plaisirs terrestres , la musique est le seul qu'on ait osé placer dans le ciel (1). Il aurait pu ajouter que, de tous les instruments, la harpe est le seul que Ton ait osé mettre entre les mains des anges. Cet instrument est à la fois si doux , si mélodieux et si brillant, qu'il réunit tout ce qui peut faire le charme de la musique. Sa forme a tant d'élégance, Tattitude qu'il donne a tant de grâce, qu'il semble ne convenir à une femme que lorsqu'elle est jeune et belle.

Quelques voyageurs prétendent que c'est en Finlande que Ton trouve l'origine de la harpe. Le peuple de ce pays, de temps immémorial, joue en effet d'un instrument qu'il appelle le harpu. Cet instrument, sans manche, n'a que cinq cordes de métal, ne formant que cinq tons. Il se monte en la mineur^ ton favori des peuples du Nord.

Il paraît que, depuis le roi prophète, la harpe sans pédales, et sous diverses formes, a passé dans les pays du Nord et s'y est fixée longtemps . Les poésies d'Ossian prouvent son antiquité dans les îles de l'Ecosse. Elle était connue en Angleterre avant l'invasion des Danois. L'histoire rapporte qu'Alfred le Grand, à peine âgé de quinze ans, dépouillé de la royauté, caché dans une chaumière et voulant observer le camp des Danois, se déguisa en pâtre, et, portant une harpe, futadmis dans la tente de Guthrum, chef des Danois , et y joua de la harpe durant quelques heures.

Aujourd'hui encore les pâtres de la principauté de Galles jouent de la harpe dans les champs et sur les montagnes. L'élégance de cet instrument et l'éclat de son harmonie donnent à ces pâtres quelque chose de romanesque qui les fait ressem-

(I) Le chancelier d*OxeDsUero.

bler à des bergers d'églogues. En parcourant cette province, j'ai regretté que le plus noble, le plus parfait de nos paysagistes, le Poussin, n*eût pas vu ces sites majestueux et pittoresques dignement ornés par ces pâtres jouant de la harpe sur les rochers ou sur le bord des torrents (1).

Cet instrument a toujours été cultivé aussi par le peuple en Irlande. J'ignore pourquoi l'Irlande a pris pour armes une harpe. Deux lyres posées à côté l'une de l'autre étaient, chez les Grecs, le symbole de la douceur et de la bienfaisance. Dans le Nord, les chants guerriers des bardes ont peut-être fait regarder la harpe comme l'emblème le plus naturel du courage et de la victoire.

La petite harpe sans pédales, avec des cordes à boyaux, est, depuis des siècles, d'un usage populaire en Allemagne. 11 est bien extraordinaire que, dans im pays où l'on aime autant la musique, on n'ait pas songé plus tôt à perfectionner un instrument si agréable. Apparenunent que, profané si longtemps dans les rues et dans les guinguettes , il a été dédaigné parce qu'il était avili ; mais c'est cependant un Allemand qui l'a relevé de cet abaissement, et qui, le retirant des tavernes d'Allemagne, l'a fait subitement passer dans les palais des rois. Cette révolution est due à Gaiffre, mventeur des pédales.

L'affectation, qui s'est mêlée à tous les arts, a corrompu aussi le goût en musique; beaucoup d'artistes, et surtout d'amateurs à prétentions, pour avoir de la grâce et de Vexpression, affectent dans leur jeu une mollesse outrée qui dégénère en niaiserie.

De grands clavecinistes ont établi, de nos jours, qu'il y avait du charme, non-seulement à ralentir la mesure, mais à jouer hors d'ensemble, à faire marcher régulièrement la basse et à rainer le dessus. Les joueurs médiocres prodiguent, exagèrent cette manière essentiellement vicieuse, qui ne serait bonne que

(1) Ces harpes oat des cordes de iaiCon, et deax rangs de cordes.

(NoUdeVauieur.

HEMOI&ES

dans les effets imîtatifs, L^omme, par exemple, pour pcintlrc le sommail, ou l'épuisement qui suitsouveat un grand raouvement de Fi^mc, tel que la colère, la fureur, etc. ■ mais cette manière, empbyée Vciguement, ne plaîra jamais aux pieilies oTelil^Sj accoutumées h désirer avant tout la précision et ï^aplomb. La véritable expression est de fuire ressortir fes notes qui doivent être touchées avec fermeté et d'adoucir celles qui doivent être adoucies -, ceci indépendamment des piano, forte, indiqués par le compositeur, Yoîlà ce que nul maître ne peut enseigner, et ce qui tient au goûl et à Tiime , et non les ralentissements et les manques d'ensemble devenus si commuos, et tellement applaudis que je suis toujours étonnée qu'on n'y joigne pas la grâce d^^ jouer uïi pt*u faux ; car alors rien ne manquerait a cette aimable négligence, et beaucoup d'amateurs, sur le violon, ne laissent rien h désirer à cet égard. Ces mêmes amateurs font aussi un usage immodéré des sons coulés ou doublés par une petite note qui préeèdc et qui s'unit au son pnneipal ; ces sons ont une grande expression quand on les en;i ploie à propos , mais rien ne rend le violon et le chant plus fades quand on les prodigue. Ce n'est pas ainsi que Viotti joue du violon. C'est à fécole de cet artiste admirable que tous les amateurs peuvent apprendre que la gentillesse et ia sensibilité ne sont jamais de rafféterie, et que In force, la noblesse et Texéeution la plus brillante peuvent S'allier parfaitement avec la grâce et la douceur.

Des broderies conviennent beaucoup mieux à la musique instrumentale qu^à la musique vocale, parce que rexprcssion de la première est toujours beaucoup plus vague, tandis que les paroles déterminent positivement Tex pression du chant. H faut d'ailleurs tout le pouvoir de Thabitude pour ne pas trouver extrêmement ridicules les roulades et les broderies qui suspendent si souvent, pendant plusieurs mesures, la deruière syllabe d'un mot. Une ariette de bravoure n'est jamais qu'une extravagance musicale ; mais cette même ariette, jouée sur un

Si

mii

Tîolon OU sur un hautbois, ne choquerait en rien la raison. Quand les broderies ne dénaturent point le chant, qu'elles ne sont ni communes ni bizarres, elles sont excellentes ; mais en général elles se ressemblent toutes ; pour peu qu'on ait l'habitude dé la musique, on les p^voit, on les devine aisémeht : il en existe un recueil de tradition que tous les maîtres apprennent à leurs écoliers. Il est bien rare que les chanteurs et les joueurs d'instruments sortent de ce cercle si connu ; il résulte de ceci un grave inconvénient, celui de mêler à de bonne musique une grande quantité de phrases communes, qui ôtent souvent aux productions nouvelles l'air d'originalité. Pour bien broder il faut avoir du goût et de l'imagination, et par conséquent du talent pour la composition.

Au reste , je le répète, la musique instrumentale demande particulièrement à être ornée. 11 faut absolument, pour charmer, qu'elle soit variée, animée, expressive et brillante. Depuis quelque temps on commence à lasser des niaiseries sentimentales en musique et de l'abus des broderies ; on a raison, mais on auraa tort d'en conclure que l'expression n'est pas une partie essentielle de la musique que les broderies doivent être prohibées. Il faut que l'expression soit vraie, que les règles musicales soient toujours observées, et que les broderies soient bonnes et bien placées. On loue beaucoup la musique et le Jeu sage; mais la sagesse en musique peut facilement paraître insipide, ou ne montrer qu'une prudente timidité. Il faut ne rien hasarder, mais seulement parce qu'il faut être sûr de ce que l'on fait; ce qui ne dispense nullement de faire des choses extraordinaires. Il faut n'être jamais extravagant ou bizarre, mais étonner toujours. La sagesse n'est point ambitieuse , et dans les arts le talent sublime ne s'acquiert que par l'ambition.

Les instruments qui ont, comme la voix, l'avantage de soutenir et de filer des sons, tels que la flûte et le violon, etc., doivent être joués avec plus de simplicité que le piano et la harpe,

MEMOIBES

surtout lorsqu'ils exécutent des adagio et des morceaux d'ex* pression. L^adagio, coustammeut nu sur la harpe, serait exce^^ sjvemeut ennuyeux ; il ne peut être joué avec une grande simplifïté sur cet instrument qu*en y mettant beaucoup de sons harniomques, dout la douceur convient si bien aux morceaux d'expression.

Plusieurs amateurs, qui n*ont m cidtïvé la musique, ni réfléchi surent art, a ffceteut de dénigrer les artistes qui s'appliquent à jouer de grandes difO cultes : comme si jouer toute espèce de musique, ou n'en jouer qu'une simple et facile, formaient deux genres, dont le dernier dût avoir la préféreuce sur Tautre ! Il n'eu est pas de la musique instrumentale comme de la littérature , où Ton peut , en excellant daus un petit geure ^ se faire justement un nom célèbre; la raison en est simple : c*est que^ dans les opératioBS de resprit , il n'y a rien de mécanique, et que tout le travail du monde ne fera jamais faire, en dépit de la nature, ut une bonne tragédie, ni sculemcut nue jolie chaoson. Tout n'est assurément pas mécanique dans le talent d^un grand joueur d'instrument, puisqu'il faut, pour qu'il atteiguc la supériorité, que la nature lu'. ^ît donné du goût, l'oreille la plus délicate, un certain genre de sensibilité et rimagination musi» cale ; mais il y a du mécanisme, et beaucoup, dans ce talent. Le travail seul peut donner à tous rexéeution, du moins jusqu'à un certain point; car il est uue certaine exécutîonrapide si rare qu'il est prouvé qu'elle dépend d'une disposition particulière ; le seul travail peut mettre en état de vaincre les difBcultés les plus extraordinaires , et avec toutes les dispositions possibles on ne les surmontera jamais sans travail. On a donc le droit d'exiger de T artiste qui veut s'élever au premier rang qu*il ait tout ce que la nature et le travail peuvent domier, sans quoi il est condammé a la médiocrité par un arrêt très-ëquîtable. H doit jouer également bien les petits airs , les variations et les lonates, malgré le mot insignifiant tant répété de Fontenelle : Sonaie, que vmx-tu dé moif lilot qui prouve seulement qin

Fontenelle n'aimait pas la musique ou que la sonate qu'il écoutait était mauvaise.

Si un artiste est assez maladroit pour ne faire qu'un usage ennuyeux du talent de jouer facilement les plus grandes difficultés, il eçt dépourvu de goût et de sens commun, et par conséquent il n'est point un artiste supérieur. Mais il est bien aisé de faire unheureux emploi du fruit d'un travail si utile ; et c'est ce que Ton sent quand les grands maîtres jouent dans le genre simple et gracieux. On peut alors leur appliquer ce vers :

Même quand l'oigeaa marche oo seot qu'il a des ailes.

Leur jeu est plein d'aisance et de facilité, et ils peuvent à volonté l'orner de' passages brillants et extraordinaires. Au reste, n'être arrêté par aucune difficulté, c*est posséder l'exercice facile de tous les mouvements, de toutes les positions des doigts qui peuvent s'exécuter sur un instrument , et quand on ne possède pas cela on n'en joue pas parfaitement.

Observons encore que les artistes, en s'exerçant à jouer toutes les difficultés possibles, étendent l'art de la composition en donnant de grandes facilités de plus aux compositeurs, qui si souvent se refusent de beaux passages dans la crainte qu'on ne puisse les exécuter.

J'ose dire que la paresse des nombreux amateurs, et même celle des artistes, restreint prodigieusement aujourd'hui le talent des compositeurs; les plus beaux morceaux de musique concertante ne se vendent pomt s'ils sont d'une exécution difficile. Tout le monde chante , et si peu de personnes prennent la peine d'exercer leur voix que Ton n'ose plus faire de romances que pour le médium de la voix. Toutes les anciennes romances vont fréquemment au sol et au la ; aujourd'hui il est rare qu'elles aillent jusqu'au/a ; communément elles ne passent paslemf.

Pour donner à la musique , à cet art charmant et consolateur, tout rédat dâicat désirable, il ne suffirait pas d'applaudir

les grands artistes; il faudrait décourager les petits talents, parce qu'ils forment aujourd'hui un nombre si effrayant que c'est malheureusement pour eux que Ton est obligé de composer.

Je suis auteur, j'ai toute ma vie cultivé les arts, et je n'ai jamais loué faiblement un bon ouvrage pu un grand talent, i ai pu mal juger, mais en exaltant trop, et jamais en rabaissant. Nul intérêt, nulle considération n'a pu me faire modérer une louange équitable ou exagérer une critique. Pour dire la vérité, ou ce que j'ai cru l'être, je n'ai songé ni à mes amis ni à mes ennemis. J'ai pu me taire quelquefois, mais en portant un Jugement j'ai toujours exprimé sans détour et sans ménagement ma pensée la plus intime.

J'ai, par étourderie , fait un nombre infini de maladresses. En voici une assez plaisante. Le comte de Schomberg voulait absolument que j'aimasse d'Alembert, chose à laquelle je n'avais pas la moindre disposition (je n'étais pas encore auteur) , et, malgré les soins du comte de Schomberg , cette liaison a toujours été fort superficielle. D'Alembert m'envoyait ses discours à mesure qu'il les faisait imprimer. Un jour il m'en envoya un qui n'avait point de nom d'auteur : c'était l'éloge de La Condamine. Je le lus rapidement, il me fit plaisir, et, le croyant de d'Alembert, je lui écrivis que j'en étais charmée , et que je faimois infiniment mieux que tous les précédents. Cet éloge était de M. Condorcet. M. de Schomberg me gronda beaucoup de cette balourdise, qui jeta un grand refroidissement dans mon commerce épistolaire avec d'Alembert.

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